‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 45 sur 82 · TOME I. g · texte numérisé non relu

TOME I. g

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mari et de la femme, et de les rendre plus commodes par de sages distributions , et plus brillans par les oriiemens qu'on y multiplie.

Telle était celle qu'occupait Dinias, un des plus riches et des plus voluptueux citoyens d'Athènes. 11 étalait un faste qui détruisit bientôt sa fortune. Je le priai un jour de me montrer sou logement. Une allée lonmie et étroite conduisait directement à l'appartement des femmes. Après avoir traversé un gazon entouré de trois portiques , nous arrivâmes à une assez grande pièce où se tenait sa femme Lysistrate , à ' qui nous fûmes présentés. Cette dame passait pour une des plus jolies femmes d'Athènes, et cherchait à soutenir cette réputation par l'élégance de sa parure.

Après une conversation , qui fut interrompue par l'arrivée d'un de ses amis , tiDus lui demandâmes la permission de parcourir le reste de Tappartcment. J'examinai d'abord la toilette, qui me frappa par le grand nombre de petits meubles élégans, et d'objets propres à la parure la plus recherchée. Comme les autres meubles me causaient une vive surprise, Dinias me dit qu'aimant à jouir de rin<jwslric et de la

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supériorité des ouvriers étrangers, il avait fait faire les sièges en Thessalie, les matelas du lit à Corinthe , les oreillers à Car- (thagc. Voyant ma surprise augmenter, il se mit à rire de ma simplicité , et ajouta , pour se justifier, que Xénophon paraissait à l'armée avec un bouclier d'Argos , une cuirasse d'Athènes, un casque de Béotie, et un cheval d'Épidaure.

I^ous passâmes à l'appartement des iiommes. Toutes les chambres ou salles en étaient décorées avec soin. L'or et l'ivoire rehf^ussaieut l'éclat des meubles. Les plafonds et mur^ étaient ornés de peintures ; les portières et les tapis , fabriqués à Ba- ;i>jlone , représentaient des Perses avec leurs robes traînantes, des vautours, d'autres oiseaux et plusieurs animaux fantasti-

Le luxe que Dinias étalait dans sa maison , régnait aussi à sa table. J'entrerai dans quelques détails sur le premier souper auquel il nous invita, Philolas et moi, en supprimant tout ce qui présenterait peu d'intérêt au lecteur.

On devait s'assembler vers le soir. Nous eûmes l'attention de n'arriver ni trop tôt ni trop tard. Avant que nous nous missions à table, des esclaves répandirent de

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l'eau pure sur nos mains , et posèrent d:s" couronnes sur nos têtes. Nous tirâmes au sort le roi du festin. Il devait écarter la licence, sans nuire à la liberté ; fixer l'instant où l'on boirait à longs traits ; nommer les santés qu'il faudrait porter, et faire exécuter les lois établies parmi les buveurs. JNousnous plaçâmes ensuite sur des lits dont les couvertures étaient teintes en pourpre.

Le premier service nous offrit des coquillages , des œufs frais , des andouilles , des pieds de cochon , un foie de sanglier, une tête d'agneau , de la fraise de veau , le ventre d'une truie, et de petits oiseaux. On donna au second ce qu'il y a de plus exquis en gibier, en volaille , et surtout en poissons. Des fruits composèrent le troisième.

Comme il s'agissait de représenter les banquets des sages , le roi du festin décida que chacun parlerait à son tour , et traiterait son sujet avec beaucoup de gravité, sans s'appesantir sur les détails, sans les trop négliger.

C'était à moi de commencer. Je donnai alors une idée des repas des Scythes; je dis en peu de mots qu'ils ne se nourrissaient dès leur enfance que de miel et de lait de vache ou de jument j qu'ils rece-

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yaient ce lait dans de grands seaux, qu'ils

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de la vue , ceux de leurs ennemis que le sort des armes faisait tomber entre leurs

mains.

Après que j'eus parlé, les autres convives prirent successivement la parole. Plusieurs traitèrent des alimcns qui font la base d'un bon repas ; Philotas s'étendit sur l'excellence des légumes de l'Attique ; nu parasite fit l'éloge des gâteaux et des pâtés d'Athènes : en finissant, il s'empara d'une tourte de raisins et d'amandes qu'on venait d'apporter. Un autre convive nous entretint de l'histoire de l'art de la cuisine, qu'il plaça au-dessus de tous les autres.- Parmi les auteurs qui ont traité de cette matière, il fit l'éloge d'Archestrate , l'ami d'un des fils de Périclès, et qui a composé sur la gastronomie un poëme dont chaque vers est un précepte. A cet interlocuteur succéda un médecin , qui dévorait en silence et sans distinction tout ce qui se présentait sous sa main. Il nous entretint d'abord sur le choix des alimens, et passa en revue tous les préceptes d'Hippocrate à ce sujet. Il n'oublia pas les propriétés de

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chaque boisson, et les effets des différente^ espèces de vins. Il n'aurait jamais fini , si Dinias ne l'eût interrompu pour continuer le discours sur les différentes sortes de vins auxquelles il donnait la préférence.

Après avoir fini de parler, Dinias se fît apporter plusieurs bouteilles d'un vin qu'il conservait depuis dix ans, et qui fut remplacé par un vin encore plus vieux. Nous bûmes alors sans interruption. Démochares, roi du festin^ après avoir porté différentes santés , prit une lyre , et pendant qu'il l'accordait , il nous entretint de l'usage où l'on a toujours été de mêler le chant aux plaisirs de la table. « Autrefois, disait-il, tous les convives chantaient ensemble et à l'unisson. Dans la suite, il fut établi que chacun chanterait à son tour, tenant à la main une branche de myrte ou de laurier. La joie fut moins bruyante, à la vérité j mais elle fut moins vive. On la contraignit encore , lorsqu'on associa la lyre à la voix. Alors plusieurs convives furent obligés de garder le silence.

« Les chansons de table ne renfermèrent d'abord que des expressions de reconnaissance ou des leçons de sagesse. Nous y célébrions et nous y célébrons encore le's dieux, les héros et les citoyens utiles à leur

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patrie. A ces graves sujets, onjoigm't-'értsuite l'éloge du vin. De là tant de chàrfsons bachiques, semées de maximes, la jitôt sur le boiilieur et sur la vertu , tanl*^t sur l'amour et l'amitié. .■■..un ;

« Plusieurs auteurs se sont exçfcés^^^ns ce genre de poésie; quelques-uns $'y sont distingués. Alcée et Anacréon l'oi^t, rei>4ii célèbre. Il n'exige point d'e^çft , parce qu'il est ennemi des prétentio^^,.^ , (rro/jrf*?.

« Livrons-nous au transport qu'îifspifce cet heureux moment. Chantons tous ensemble ou tour à tour , et prenons dans nos mains des branches de laurier jojjilde liiyrte. » > f' , fi

Nous exécutâmes aussitôt ses ordres, et après plusieurs chansons assorties à la circonstance , tout le chœur entonna celle d'Harmodius et d'Aristogiton. Dëmocharès nous accompagnait par intervalles ;^ mais saisi tout-à-coup d'un nouvel eiilhou- siasme, il s'écrie : « Ma Ijre rebelle se re-^ fuse à de si nobles sujets. .> Et aussitôt il nous invite à chanter avec lui une chanson dont voici le refrain :

« Aimons, buvoBs, chantons Bacchus. »

La chanson n'était pas achevée que nous entendîmes un grand bruit à la porte :

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c'étaient des jeunes gens qui nous amenaient des danseuses et des joueuses de flûte. Aussitôt la plupart des convives sortirent de table et se mirent à danser. Dans le même temps , on apporta plusieurs liorsd'œuvres propres à exciter l'appétit. Ce non Teau service, accompagné d'une nouvelle provision de vin, et de coupes plus grandes que celles dont on s'était d'abora servi, annonçait des excès qui furent heureusement réprimés par un spectacle inattendu. Un des convives , qui était sorti de la salle, rentra, suivi de joueurs de gobelets et de ces farceurs qui dans les places publiques amusent la populace parleurs prestiges. On desservit un moment après. Nous fîmes des libations eu l'honneur du bon génie et de Jupiter sauveur. Après que nous eûmes lavé nos mains dans une eau odoriférante , nos baladins commencèrent leurs tours.

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