CHAPITRE XXVI
Éducation des Athéniens.
L'objet de l'éducation est de procurer au corps la force qu'il doit avoir , à l'àme la perfection dont elle est susceptible. Elle commence chezles Athéniens àîa naissance
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de l'enfant , et ne finit qu'à sa vingtième année.
Épicharis , femme d'Apollodore , chez qui j'étais logé, étant accouchée d'un enfant qui était du sexe masculin, je vis suspendre, à sa naissance , sur la porte de la maison une couronne d'olivier, symbole de l'agriculture , à laquelle l'homme est destiné. Si c'eût été une fille, une bandelette de laine, mise à la place de la couronne, aurait désigné l'espèce de travaux dont les femmes doivent s'occuper. Cet usage, qui retrace les mœurs anciennes , annonce à l'état qu'il vient d'acquérir un citoyen.
On lava l'enfant avec de l'eau tiède^ conformément au conseil d'Hippocrate. Ensuite on le déposa dans une de ces corbeilles d'osier dont on se sert pour séparer le grain de la paille. C'est le présage d'une grande opulence ou d'une nombreuse postérité. Comme les nourrices de Lacédémone sont très renommées dans la Grèce, Apollodore en avait fait venir une, et lui confia son fils. En le recevant, elle se garda bien de l'emmailloter. Pour l'accoutumer de bonne heure au froid, elle se contenta de le couvrir de quelques vêtemens légers
Le cinquième jour, une femme prit l'enfant entre ses bras, et, suivie de toutes les
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personnes de la maison, elle le purifia, en courant à plusieurs reprises autour du feu !qui brûlait sur un autel.
Deux jours après, ApoUodore, ayant assemblé ses parens, ceux de sa femme , et Heurs amis^ donna, en leur présence, le înom de Lysis à son fils. C'était le nom de son père j et, suivant l'usage , l'aîné d'une famille porte le nom^e son aïeul. Celte cérémonie fut suivie d'un sacrifice et d'un repas. Elle précéda de quelques jours une cérémonie plus sainte, celle de l'initiation aux mystères d'Eleusis.
Le quarantième jour, Epicharis releva de couches. Ce fut une fête dans la maison 'd' ApoUodore. Les deux époux, après avoir ïeçu de leurs amis de nouvelles marques d'intérêt, redoublèrent de soins pour l'éducation de leur fils, Déidamie, c'était le nom de la nourrice , écoutait leurs conseils, et les éclairait eux-mêmes de son ex-
I ' • iperience.
Dès que l'enfant put se tenir sur ses jaml)es^ cette sage gouvernante le fit marcher, 'toujours prête à lui tendre une main secourable. Elle mettait dans ses mains de petits iaslrumeiis , dont le bruit pouvait l'amuser et le distraire. Mais des soms plus importans ne tardèrent pas à l'occuper.
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Elle accomuma son élève à ne faire aucutl^ différence entre les alimens qu'on lui présentait. Jamais la force ne fut employ^ée pour empêcher ses pleurs. 11 lui paraissait plus avantageux de les arrêter, dès qu'elle en connaissait la cause ; de les laisser coller , quand elle ne pouvait la connaître j' Aussi cessa-l-il d'en répandre dès que, par les gestes, il put expliquer ses jbesoins.,At-7Î t^utive surtout aux premières impressions, qu'il pouvait recevoir , elle lui épargnait^i tous les sujets de terreur , au Heu de les' multiplier par les menaces et ]les coup;^.,,j^
Lysis était sain et irobuste. On ne le traitait, ni avec cet excès d'indulgence^ qui rend les enfans difficiies, impatiens, et insupportables aux autres^ ni avec cet ex-! €ès de sévérité qui les rend craintifs et' serviles. On s'opposait à ses goiits sans luï rappeler sa dépendance, et on le punissait de 'ses fautes sans ajouter l'insulte à la cor-' rection. Mais ce qu'Apollodore reccrai-^ mandait surtout avec plus de soin^ c'était qu'on l'empêchât de fréquenter les domestiques de sa maison ; et il fut sévèrement^ défendu à ceux-ci de- donÇk^r à^çQu iils la^* momdre notion du vice, soit par leurs^p^rôles, soit parleurs exemples. i,,,^ cf
' 'Apollodore accorda les cinq premier^
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années de son fils à raccroissement et à l'aflermissement de son corps. A la sixième, il le mit sous la conduite d'un conducteur ou pédagogue. C'était un esclave de confiance, chargé de le suivre en tons lieux, et surtout chez les maîtres destinés à lui donner les premiers élémens des sciences."
Avant de le mettre entre ses mains , il voulut lui assurer l'état de citoyen. A cet effet , il se rendit dans une chapelle qui appartenait à la curie de la tribu dans la-' quelle il était compris. Là se trouvaient assemblés plusieurs de ses pareus, les principaux de cette curie et de la classe particulière dont il était membre. Il leur présenta son fils avec une brebis qu'on devait immoler. Pendant que la flamme dévorait une partie de cette victime, il s'avança, et tenant Lysis d'une main, il prit les dieux à témoin que cet enfant était né de lui et d,'une femme athénienne, en légitime mariage. On recueillit les suffrages, et aussitôt l'enfant fut inscrit sous le nom de Lysis, fils d'Apollodore, dans le registre de la
Cet acte, q^Ètî place un enfant dans telle tribu, dans tielle curie, dans telle classé de la curie, est le seul qui constate la légitimité de sa naissance , et lui donne des droits ^ la succession de ses parens.
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L'éducation , pour être conforme au génie du gouYernement , doit imprimer dans les cœurs des jeunes citoyens les mêmes sentimens et les mêmes principes. Aussi les anciens législateurs les avaient-ils assujétis à une institution commune. La plupart sont aujourd'hui élevés dans le sein de leur famille , ce qui choque ouvertement l'esprit du gouvernement. Apollodore ne voulut pas s'écarter de l'ancien système; il envoya tous les jours son fils aux écoles publiques : son conducteur l'y menait le matin , et allait le prendre le soir.
Parmi les instituteurs auxquels on confie la jeunesse athénienne , il n'est pas rare de rencontrer des hommes d'un mérite distingué. Tel fut autrefois Damon, qui donna des leçons de musique à Socrate, et de politique à Périclès : tel était de mon temps Philotime ; il avait fréquenté l'école de Platon , et joignait à la connaissance des arts les lumières d'une saine philosophie. Apollodore , qui l'aimait beaucoup , était parvenu à lui faire partager les soins qu'il donnait à l'éducation de son fils.
Le cours des études comprend la musique et la gymnastique, c*est-à dire, tout ce qui a rappport aux exercices de l'esprit et à ceux du corps. Dans cette division , le mot
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musique est pris dans une acception très étendue.
Connaître la forme et la Valeur des letjtres^ les tracer avec élégance et facilité, donner aux syllabes le mouvement et les intonations qui leur conviennent , tels fuirent les premiers travaux du jeune Lysis. ,On lui recommandait d'observer exactement la ponctuation , en attendant qu'on put lui en donner des règles. 11 lisait soiw vent les fables d'Esope , souvent il récitait les vers qu'il savait par cœur. En effets* pour exercer la mémoire de leurs élèves ,' les professeurs de grammaire leur font apprendre des morceaux tirés d'Homère , d'Hésiode , et des poètes lyriques. Aussi at-on formé pour leur usage un recueil de pièces choisies , dont la morale est pure. C'est un de ces recueils que le maître de Lysis avait mis entre ses mains. Il y joignit ensuite le dénombrement des troupes qui assistèrent au siège de Troie , tel qu'on le trouve dans l'Iliade. Quelques législateurs ont ordonné que dans les écoles on accoutumât les enfans à le réciter , parce qu'il contient les noms des villes et des maisons les plus anciennes de la Grèce.
Comme la grammaire , sous le rapport des sons que produisent les lettres , seloa
tpi'elles sont séparées ou jointes avec d'autres , a beaucoup de rapport avec la musique, le même instituteur est ordinairement chargé d'enseigner à ses élèves les élémens de l'uîie et de l'autre. J'assistai quelquefois aux leçons que Philotime en donnait à Lysis. Celui-ci apprit à chanter avec goût , en s'accompagnant de sa lyre. On éloigna de lui les instrumens qui agitent l'âme avec violence ou qui ne servent qu'à l'amollir. Lia flûte , qui excite et calme tour à tour les passions , lui fut interdite.
Ce fut vers ce temps-là que je partis pour l'Egypte. Avant mon départ, je priai Philolime de mettre par écrit les suites de cette éducation, et c'est d'après son journal qiie je vais en continuer l'histoire.
Liysis passa successivement sous dîfférens maîtres : il apprit l'arithmétique par principes et en se jouant ; car, pour en faciliter l'étude aux enfans, onles accoutume tantôt à partager entre eux , selon leur nombre , une certaine quantité de pommes et de couronnes , tantôt à se mêler dans leurs exercice?, selon les combinaisons données, de manière que le même occupe chaque place à son tour. ApoIIodore estimait l'arlthméûçiue, parce que, entre autres avantages , elle augmente la sagacité de l'esprit,
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et le prépare à la connaissance de la géométrie et de raslronomie.
Lysis prit une teinture de ces deux sciences. Avec le secours de la première , placé un jour à la tête des armées , il pourrait plus aisément asseoir un camp, presser un siège , ranger des armées en bataille, les faire rapidement m.ouvoir dans une marche ou dans une action. La seconde devait le garaniir des frayeurs que les éclipses et les phénomènes extraordinaires inspiraient, iln'j a pas long- temps, aux soldats.
Notre jeune élève apprenait en même temps à traverser les rivières à la nage , et à dompter un cheval. La danse réglait ses pas et donnait de la grâce à tous ses mouvemens. Il se rendait assidûment au gymnase. Les enfans commencent leurs exercices de très bonne heure , quelquefois même à l'âge de sept ans, et les continuent jusqu'à celui de vingt. On les accoutume 'd'abord à supporter le froid , le chaud, toutes les intempéries des saisons , ensuite à pousser des balles de différentes grosseurs, à se les renvoyer mutuellement. Ce jeu et d'autres semblables ne sont que les préludes des épreuves laborieuses qu'on leur fait sul)ir, à mesure que leurs forces aug-
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mentent. Us courent sur un sable profond, lancent des javelots, sautent au-delà d'un fossé ou d'une borne , tenant dans leurs mains des masses de plomb, jetant en l'air ou devant eux des palets de pierre ou de bronze; ils fournissent en courant une ou plusieurs fois la carrière du stade, souvent couverts d'armes pesantes. Cequiles occupe le plus, c'est la lutte, le pugilat, et les divers combats que je décrirai en parlant des jeux olympiques.
Le soir, de retour à la maison , Lysis tantôt s'accompagnait de sa lyre , tantôt s'occupait à dessiner; souvent il lisait, •en présence de son père et de sa mère , des livres qui pouvaient l'instruire ou l'amuser. Il demandait un jour comment on jugeait '<iu mérite d'un livre. Aristote, qui se trouva présent, répondit : « Si l'auteur dit tout ce qu'il faut ; s'il ne dit que ce qu'il faut ; s'il le dit comme il faut. »
Ses parens le formaient à cette politesse noble dont ils étaient les modèles. Désir de plaire, facilité danslecommerce de la vie , égalité dans le caractère, attention à céder sa place aux personnes âgées, décence dans le maintien, dans l'extérieur, dans les expressions, dans les manières; tout était prescrit sans contrainte, exécuté sans effort.
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Autrefois les sophistes se rendaient en foule dans cette ville. Us dressaient les jeunes Athéniens à disserter superficiellement sur toutes les matières. Quoique leur nombre soit diminué , on en voit encore qui , entourés de leurs disciples, font retentir de leurs clameurs et de leurs disputes les salles du gymnase. Lysis assistait rarement à ces combats. Des instituteurs plus éclairés lui donnaient des leçons , et des esprits (au premier ordre des conseils : ces derniers étaient Platon , Isocrate , Aristote , tous trois amis d'Apollodoie.
La logique prêta de nouvelles forces, et la rhétorique de nouveaux charmes à sa raison. L'histoire de la Grèce l'éclaira sur les fautes et les prétentions des peuples qui l'habitent. Usuivit le barreau, en atten- ,dant qu'il pût , à l'exemple de Thémistocle jet d'autres grands hommes , y défendre la cause de l'innocence. L'étude de la morale ne lui coûta aucune larme. Son père avait mis auprès delui des gens qui l'instruisaient par leur conduite , et non par des remontrances importunes. Pendant son enfance, il l'avertissait de ses fautes avec douceur ; quand sa raison fut plus formée, il lui faisait entrevoir qu'elles étaient contraires à ses intérêts. Il était très difficile dans le
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choix des livres qui traiteat de la morale , parce que leurs auteurs , pour la plupart , ou sont mal affermis dans leurs principes , ou n'ont que de fausses idées de nos devoirs.
Dans les entretiens qu'on avait en présence de Lysis, Isocrate flattait ses oreilles, Aristote éclairait son esprit, Platon enflammait sOii âme. Ce dernier, tantôt lui expliquait la doctrine deSocrate, tantôt lui développait le plan de la république. D'autres fois il lui faisait sentir qu il n'existe de véritable élévation , de parfaite indépendance , que dans une âme vertueuse.' Plus souvent encore , il lui montrait en détail que le bonheur consiste dans la science du souverain bieii , qui n'est autre chose que Dieu. Ainsi, tandis que d'autres philosophes ne donnaient pour récompense à la vertu que l'estime publique et la félicité passagère de cette vie^ Platon lui offrait un plus noble soutien.
« La vertu, disait-il, vient de Dieu. VoUs ne pourrez l'acquérir qu'en vous connaissant vous-même, qu'en obtenant la sagesse^; qu'en vous préférant à ce qui vous appat-l tient . Suivez -moi , Ly sis : votre corps , votre beauté , vos richesses , sont à vous , mais ne sont pas vous. L'homme est tout entier!
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dans son âme. Pour savoir ce qu'il est et ce qu'il doit faire , il faut qu'il se regarde dans son intelligence , dans celte partie de l'âme 011 brille la sagesse divine , lumière pure , qui conduira insensiblement ses regards à la source dont elle est émanée. Quand ils j seront parvenus , et qu'il aura contemplé cet exemplaire éternel de toutes les perfections , il sentira qu'il est de son .plus grand intérêt de les retracer en luimôme , et de se rendre semblable à la Divinité, du moins autant qu'une si faible copie peut approcher d'un si beau modèle. Dieu est la mesure de chaque chose ; rien de bon, ni d'estimable dans le monde, que ce qui 'a quelque conformité avec lui. Il est sou- .verainement sage, saint et juste. Le seul moyen de lui ressembler et de lui plaire , est de se remplir de sagesse , de Justice et .de sainteté.
« Appelé à cette haute destinée , placezjvous aurangdeceux qui, comme le disent lies sages , unissent , par leurs vertus , les •'cieux avec la terre , les dieux avec les hom- (ines. Que votre vie présente le plus heureux .des systèmes pour vous , le plus beau des spectacles pour les autres , celui d'une âme ou loutesles vertus sont dans le plus parfait accord.
tt Je vous ai parlé souvent des conséquences qui dérivent de ces vérités , liées" ensemble , si j'ose parler ainsi , par des jraisons de fer et de diamant ; mais je dois vous rappeler , avant de finir , que le vice , outre qu'il dégrade notre âme , est tôt outard livré au supplice qu'il a mérité.
« Dieu , comme on l'a dit avant nous , parcourt l'univers , tenant dans sa main le commencement , le milieu et la fin de tous les êtres. La justice suit ses pas , prêle à punir les outrages faits à la loi divine. L'homme humble et modeste trouve son bonheur à la suivre. L'homme vain s'éloigne d'elle , et Dieu l'abandonne à ses passions. Pendant un temps, il paraît être quelque chose aux yeux du vulgaire ; mais bientôt la vengeance fond sur lui, et si elle l'épargne dans ce monde, elle le poursuit avec fureur dans l'autre. Ce n'est donc point dans le sein des honneurs , ni dans l'opinion des hommes , que nous devons chercher à nous distinguer j c'est devant ce tribunal redoutable qui nous jugera sévèrement après notre mort. »
Lysis avait dix-sept ans : son âme était pleine de passions , son imagination vive et brillante. Il s'exprimait avec autant de grâce que de facilité. Ses amis ne cessaient
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de relever ces avantages, et l'avertissaieut, autant par leurs exemples que par leurs plaisauteries, de la contrainte dans laquelle il avait vécu Jusqu'alors. Philotime lui disait un jour : « Les enfans et les jeunes gens étaient bien plus surveillés autrefois qu'ils ne le sont aujourd'hui. Ils n'opposaient à la rigueur des saisons que des vêtemeus légers , à la faim qui les pressait , que les allmens les plus communs. Dans les rues , chez leurs maîtres et leurs parens , ils paraissaient les yeux baissés , et avec nn maintien modeste. Ils n'osaient ouvrir la bouche en présence des personnes âgées, et on les asservissait tellement à la décence, qu'étant assis ils auraient rougi de croisât les jambes. — Eh! que résultait-il de cette grossièreté de mœurs ? demanda Lysis.
— Ces hommes grossiers , répondit Philotirae , battirent les Perses et sauvèrent la Grèce. — Nous les battrions encore. — J'en doute, lorsqu'aux fêtes de Minerve, je vois notre jeunesse, pouvant à peine soutenir le bouclier, exécuter les pas de danses guerrières avec tant d'élégance et de mollesse. »
Les succès des orateurs publics excitaient l'ambition de Lysis. 11 entendit par hasard, dans le lycée , (juclques sophistes disserter
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longuement sur la politique, et il se crut en €tat d'éclairer les Athéniens. Il blâmait avec chaleur l'administration présente , et attendait , avec la même impatience que la plupart de ceux de son âge , le moment où il lui serait permis de monter à la tribune. Son père dissipa cette illusion, comme Socrate avait détruit celle du jeune frère de Platon.
Lysis fut effrayé de Té tendue des connaissances nécessaires à l'homme d'état, dont Apollodore lui exposa le détail, mais il ne
Î>erdit pas courage. Aristote l'instruisit de a nature des diverses espèces de gouvernement dont les législateurs avaient conçu l'idée ; son père , de l'administration, des forces , et du commerce , tant de sa nation que des autres peuples. Ensuite, il fut décidé qu'après avoir achevé son édacation, il voyagerait chez tous ceux qui avaient quelques rapports d'intérêt avec les Athéniens.
■J'arrivai alors de Perse. Je trouvai Lysis dans sa dix-huitième année. C'est à cet âge '<ju€ ks ^nfans des Athéniens passent dans la classe des éphèbes , et sont enrôlés dans ia milice. Lysis fut conduit dans la chapelle d'Agraule j et là , en présence des autels, ii •fit le serment solennel de ne point déshonorer les armes de la république, de ne pas
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quitter son poste , de sacrifier ses jours pour sa patrie, et de la laisser plus florissante qu'il ne l'avait trouvée.
De toute l'année il ne sortit point d'Athènes. 11 veillait à la sûreté de la ville ; il montait la garde avec assiduité, et se formait à la discipline militaire. Au commencement de l'année suivante , le peuple , satisfait de sa conduite , lui remit dans l'assemblée générale lalance et le bouclier.
Il partit aussitôt, et fut successivement employé dans les places situées sur les frontières de l'Attique.
A son retour, ayant atteint l'âge de vingt ans, il lui restait une formalité à remplir. Il fallait un acte qui le mît en possession de tous les droits du citoyen. Son père le présenta à l'assemblée du canton auquel sa ^famille était agrégée, avec l'acte par lequel il avait été déjà reconnu dans la curie. Lysis , ayant obtenu les suffrages de cette lassemblée, fut inscrit dans le registre ; et, dès ce moment, il eut le droit d'assister aux assemblées, d'aspirer aux magistratures, et d'administrer ses biens , s'il venait à perdre son père.
De retour à Athènes, nous nous rendîmes une seconde fois à la chapelle d'Agraulc , où Lysis, revêtu de ses armes, re-
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uouvela le serment qu'il y avait fait deux ans auparavant.