‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 6 sur 82 · SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE

Siècle de Solon, depuis Van 630 jusqu'à l'an 490 avant J. C.

La république était dirigée par neuf archontes ou magbtrats annuels dont l'autorité ne suffisait pas pour maintenir la tranquillité dans l'état , et l'Attique était partagée en trois sections , celle des pauvres , celle des riches et celle de» habilans des côtes. Les premiers tenaient pour la démocratie , les secunds pour l'oligarchie, et les troisième», adonnés à la marine et au commerce, voulaient un gouvernement mixte qui leur assurât leurs possessions avec la liberté. Dans cet état de choses, les anciennes lois

■fa IV^RODlîCnOIÎ.

étaient presque sans force, et la licence ou restait impu» nie ou ne recevait que des peines arbitraires.

Dans celte aiiarcliic, qui uiencçaiL l'élat d'une ruiuc prochaine, Dracou fut choisi pour embrasser la législaliou dans son ensciuble et l'clcndre aux moindres détails. Ce législateur lit un code de lois et de morale, par lequel il se flattait de pouvoir former des hommes libres et vertueur j mais l'extrême sévérité de ses lois ne Ht que des mécontens, dont les murmures robligèrent de se retirer dans l'ile d'Egine, où il mourut bientôt après. Il avait mis dans ses lois l'empreinte de son caractère. La mort est le cliàllment dont il punit l'oisiveté et le seul qu'il destine aux crimes les plus légers ainsi qu'aux forfaits les plus atroces.

Comme il n'avait pas touché à la forme du gouverne^ ment, les divisions intestines augmentèrent de jour en jour après son départ. Un nommé Cylon s'empare de l'autorité; assiégé dans la citadelle , il échappe , j)ar la fuite, au supplice qui l'attend ; mais ses complices sont tirés du temple de Jîincrve où ils s'étaient réfugiés, et massacrés contre la parole qu'on leur avait donnée de leur conserver la vie. Cette perfidie des vainqueurs excite une indignation générale. Bientôt après arrive la nouvelle que les Mégariens se sont emparés du Nysée et de l'ile de Salamine , et une maladie épidémique se répand dans la TÎlle.

ÉPIMÉMDE.

Daks ces tristes circonstances où les imaginations étaient frappées de terreurs paniques, on consulta les devins et les oracles. Sur leur réponse, on ht venir de Crète Épimcnidc, regardé comme un homme qui avait commerce avec les dieux, et qui lisait dans l'avenir. Athènes le reçut avec les transports de l'espérance et de la crainte.

INTRODrCTIOK. 19

Après avoir fait offrir des sacrifices dans de nouveaux temples et sur de nouveaux autels , il profita de son ascendant pour faire des changemens dans les cérémonies religieuses, et par une foule de réglemens utiles il tùcha de ramener les Athéniens à des principes d'union et d'équité. Il partit couvert de gloire et honoré des regrets de tout le peuple. Il refusa des prcsens considérables, et ne demanda qu'un rameau d'olivier consacré à Minerve. Feu de temps après son départ , les factions se renouvelèrent avec une nouvelle fureur.

LEGISLATIO:( DE SOLO:f.

[As 594 avant J. C. ] Pour retenir l'état sur le penchant de sa ruine, Solon fut , d'une voix unanime , élevé à la dignité de premier magistrat, de législateur et d'arbitre souverain. Il descendait des anciens rois d'Avhènes. Dès sa jeunesse, il s'appliqua au commerce, et voyagea ensuite pour augmenter ses connaissances.

Le dépôt des lumières était alors entre les mains de quelques hommes vertueux, connus sous le nom de sages^ et distribues en différens canlotis de la Grèce. Leur unique étude avait pour objet l'homme, ce qu'il est, ce qu'il doit être, comment il faut l'instruire et le gouverner. Liés d'une étroite amitié, ils se réunissaient quelquefois dans un même lieu pour se communiquer leurs lumières, et s'occuper des intérêts de l'humanité. Dans ces assemblées augustes, paraissaient Thaïes de Milet, Pitlacus de Milylène, Bias de Priène , Cléobule de Lindus, Milonde Chio, Chilon de Lacédémone , et Solon d'Athènes, le plus illustre de tous. Au nombre de ces sages, on peut ajouter l'ancien Anacharsis , que le bruit de leur réputation attira en Grèce du fond de la Scythie. Aux connaissances que Solon puisa dans le commerce de ces sages, il joignait des talens distingués, entre auires celui de la poésie.

■^0 ISTROblCIIUX.

Il le cultiva jusqu'à son extrême vieillesse , mais t*)*JjOir.i eaiià efforts et sans prétention. Dans les derniers teni;»-» «Je sa vie, il avait entrepris de décrire, dans un poënie, les révolutions arrivées sur noire globe , et les guerres des Athéniens contre les habitans de l'île Atlantique, située au-delà des colonnes d'Hercule , et depuis engloutie dans les flots.

Le premier acte d'autorité qu'il eserça, lorsqu'il fut à la tête de la republique, fut de concilier les intérêts des riches et des pauvres, en refusant le partage des terres, qtie ceux-ci demandaient à grands cris, et en leur accordant raboUlion des dettes particulières et l'annulation de tous les actes qui engageaient la liberté du citoyen. Les uns et les autres murmurèrent d'abord, parce qu'ils n'avaient pas tout obtenu; mais bientôt en voyant l'in- <lustrie renaître et la confiance se rétablir, ils admirèrent la sagesse de leur législateur, et lui accordèrent de nouveaux [ ouvoirs dont il profita pour revoir les lois de Dracon : celles qui regardent l'homicide furent conservées.

Enhardi par le succès , Solon acheva l'ouvrage de sa législation. Préférant 1^ gouvernement populaire à tout autre , il s'occupa d'abord de trois objets essentiels ; de rassemblée de la nation , du choix des magistrats, et des tribunaux de justice.

Il fut réglé que la puissance suprême résiderait dans «les assemblées où tous les citovens auraient droit d'assister, cl qu'on y statuerait sur la i)aix , sur la guerre, sur les alliances, sur les lois, sur les impositions, sur tous les grands inléréls de l'état. Pour diriger la multitude dai-.s ses jugcmcns , Solon établit un sénat de quatre cent? nicmbros tirés des quatre tribus qui composaient alors l'Atlique ; ces quatre ccnis personnes furent comme les <lépulés et les rcprésentans de la nation. Toute décisioa <lu peuple devait cire précédée d'uu décret du sénat. Il

INTROOrCTîOîf. 2f

fut anssi réglé que les premiers opinans dans l'assemblée Ju peuple seraient àgcs de plus de cinquante ans , et que tout orateur, avant de parler sur les affaires publiques y subirait un examen qui roulerait sur ses mœurs et sa conduite.

Ce fut à l'assemblée générale que Solon lai«sa le pouvoir de choisir les magistrats , et celui de se faire rendre compte de leur administration; il jugea néanmoins convenable de laisser les magistratures entre les mains des riches, qui les avaient occupées jusqu'alors. Son motif était de les rendre plus respectables à la multiludc. Elles devinrent annuelles : les principales dépendirent de l'claction , et les autres furent données par le sort.

Les neuf principaux magistrats ou archontes présidèrent à des tribunaux dont les jugcmens furent portés à des cours supérieures de justice, l'our remplir ces cours, Solon décida que tous les citoyens, sans dislinction, pourraient se présenter pour remplir les places déjuges, ei que le sort déciderait entre eux.

Athènes avait dans l'Aréopage un tribunal respecté du peuple par ses lumières et son intégrité. Pour lui concilier plus de respect encore , et l'instruire à fond des intérêts publics, Solon voulut que les archontes , en sortant de place , fussent , après un sévère examen , inscrits au nombre des sénateurs. Ainsi, le sénat de l'Aréopage et celui des quatre cents devenaient deux conlre-poids assez puissans pour garantir la république des orages qui menacent les états ; le premier en réprimant les entreprises des riches le second en arrêtant les excès de la multitude.

Plusieurs lois vinrent à l'appui de ces disposition». L'une des plus remarquables est celle qui prononçait des peines contre les citoyens qui , dans un temps de trouble, ne se déclareraient pas ouvertement pour un des partis.

22 IXTBODrCTION.

Une seconde loi condamne à mort le citoyen convaincu d'avoir voulu s'emparer de l'autorité souveraine.

Enfin , dans le cas ou un autre gouvernement s'élèverait sur les ruines du gouvernement populaire, les magistrats doivent se démettre de leurs emplois, et il est permis à tout citoyen d'arracher la vie, non seulement au tyran et à ses complices, mais encore au magistrat qui conliiiuera ses ionclious après la destruction de la démocratie : telle est, en abrégé, la république de Solon.

Ces dispositions fondamentales furent suivies d'un code de lois civiles et criminelles , dans lequel le grand homme considéra le citoyen sous trois aspects différens : 1 ' dans sa personne, comme faisant partie de l'étal; 2" dans la i)liij>ait des obligations qu'il contracte, comme membre d'une famille qui appartient elle-même à l'étatj 3" dans sa conduite, comme membre d'une société dont les mœurs constituent la force de l'état.

Pour donner une idée de sa législation sous ces trois points de vue, il suOira d'eu rapporter quelques dispoiiitious.

Lorsqu'un Athénien attente à ses jours, il est coupa- Lie envers l'élat, qu'il prive d'un citoyen; ou enterre séparément sa main , et cel'c circonstance est une flétrissure. Mais s'il attente à la vie de son père, les lois gardent le silence sur ce forlait. Pour en inspirer plus d'horreur, Solon a supposé quii n'était pas dans l'ordre de» choses possibles.

En notant roinvclc d'infamie, Solon ordonne à l'Arcopage do rcchcrcîier de quelle manière les citoyens pourvoient à leur subsistance; il leur permet à tous d'exercer des arts mécaniques , cl prive celui qui a négligé de donner un métier à son lih des ïccoius qu'il do t en al'.cndre dans sa vicillci^e.

lîîTRODrCTTO'. 23

Le citoyen devenu fameux par la dépravalion de ses mœurs, de quelque état qu'il soit, quelque talent qu'il possède, sera exclu des sacerdoces, des magistratures , du sénat, de l'assemblée générale ; il ne pourra, ni parler en public, ni se charger d'une ambassade , ni siéger dans les tribunaux de justice ; et s'il exerce quelqu'une de ces fonctions , il sera poursuivi criminellement, et subira les peines prescrites par la loi.

Les lois de Solon ne devaient conserver leur force que pendant un siècle. Il avait fixé ce terme pour ne pas révolter les Athéniens parla perspective d'un joug éternel. "Quand on les eut méditées à loisir , il fut assiégé d'une foule d'importuns qui l'accablaient de questions , de conseils, de louanges ou de reproches. Après avoir épuisé les voies de la douceur et de la patience , et comprenant que le temps seul pouvait affermir son ouvrage , il prit la résolution de s'absenter pour dix ans , et engagea les Athéniens , par un serment solennel , à ne point toucher à ses lois jusqu'à son retour.

Il visita l'Egypte , où il fréquenta ses prêtres , qui «royaient avoir entre leurs mains les annales du monde : delà il passa en Crète, où il instruisit le souverain d'un petit canton dans l'art de régner, et donna son nom à une ville dont il procura le bonheur.

A son retour, il trouva les Athéniens prè^ de tomber dans l'anarchie. Accueilli avec les honneurs les plus distingués , il voulut profiter de ces dispositions favorables , pour calmer l'agitation des partis. Il se crut d'abord puissamnjeBt secondé par Pisislrate ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il cachait sous une feinte modération une ambition démesurée.

24 ISTRODICTION.

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