PISISTRATE
Jauais homme ne réunit plus de qualités pour captiver les esprits : une naissance illustre, de grandes richesses , une valeur souvent éprouvée, une figure imposante , une éloquence persuasive , un esprit enrichi des agréaiens que la nature donne , et des connaissances que procure l'étude. Avec de si grands avanfages , accessible auï moindres citoyens , il leur prodiguait des secours et <les consolations. Devenu , par une conduite toute populaire , l'idole de la multitude , il crut pouvoir s'élever aisément à la souveraine puissance. Voici le stratagème dont il se servit.
Un jour , il parait dans la place publique , couvert de blessures qu'il s'était faites lui-même, et implorant îa protection du peuple. On convoqua l'assemblée ; il montre ses plaies , et accuse le sénat ainsi que les chefs des autres factions d'avoir attenté à ses jours. Des cris s'élèvent de toutes parts ; les principaux citoyens prennent la fuite ou gardent le silence. Solon leur reproche leur lâcheté; mais sa voix, que les ans ont affaiblie, est étouffée par les clameurs de la multitude , et l'assemldée se termine par accorder à Pisislratc un corps de satellites , chargé de veiller à sa conservation. lîicnlùt après, il emploie ces forces à s'emparer de la citadelle j il désarme le peuple , et usurpe la souveraineté [an 560 avant J. C.].
Solon , quoique souvent consulté par cet usurpateur , qui ne cessait de lui donner des marques de déférence et de respect , ne survécut pas long-temps à l'asservissement de sa patrie.
Trente-trois années s'écoulèrent depuis celte révolution jusqu'à la mort de Pi^istrate ; mais deux fois oblige de quitter l'Atliquc par le crédit de ses adversaires, il ne fut à la tête du gouvernement que pendant dix-sept ans.
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Avant de mourir , il eut la consolation d'affermir son ait— torité dans sa famille.
On doit lui rendre cette justice , c'est que , tant qu'il fut à la tête de l'administration , ses jours furent consacrés à l'utilité publique , et marqués ou par de nouveaux, bienfaits ou par de nouvelles vertus. Comme il ne craignait pas le progrès des lumières , il publia une nouTcSe édition des ouvrages d'Homère, et forma pour l'usage des Athéniens une bibliothèque composée des meilleurs livres que l'on connût alors. Dans une monarchie il aurait été le modèle des rois; mais dans la république d'Athènes on fut , en général , plus frappé du vice de son usurpation que des avantages qui en résultaient pour l'état.
Après sa mort , Hippias et Hipparque ses fils lui succédèrent ; avec moins de talens, ils gouvernèrent avec îa même sagesse. Malheureusement, le second commit uae injustice dont il fut la première victime.
Deux jeunes Athéniens, Harmodius et Aristogitoo. y' liés l'un à l'autre de la plus tendre amitié , ayant reçu de ce prince un affront qu'il éSait impossible d'oublier, conjurèrent sa perte et celle de son frère. Le jour qu'on célébrait la fête des Panathénées, ils couvrent leurs poifuartfe de branches de myrte, et se rendent dans un endroit où les princes mettaient en ordre une procession qu'ils devaient conduire au temple de Minerve, s'approchent d'Hipparque , et lui plongent un poignard dans le cœur». Harmodius tombe aussitôt sous les coups des satellites du prince. Aristogilon , arrêté presque au même instant, est présenté à la question , et nomme pour ses complices les plus fidèles partisans d'flippias , qui sur-le-champ le fait traîner avec eux au supplice.
^ Èès lors Hippias ne se signala plus que par des injustices : mais, trois ans après, îl fut forcé d'abdiquer la tyrannie par le chef des Alcméonides , maison puissacte TOME T. 2
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d'Athènes , qui avait rassemblé tous les mécontens auprès de lui, et obtenu le secours des Lacédémoniens. Après avoir erré quelque temps avec sa famille , Hippias se rendit auprès de Darius , roi de Perse. Il périt enlin à la>bth taille de Marathon.
Lés Athéniens n'eurent pas plutôt recouvré leur liberté , qu'ils rendirent les plus grands honneurs à la mémoire d'Harmcdius et d'Aristogiton ; on leur éleva des statues dans la place publique , et l'on accorda pour toujours à leurs descendans des privilèges très-étendus.
Après l'expulsion des Pisistratides , Clistène, le chef de la maison des Alcméonides , pour se concilier le peuple , partagea en dix tribus les quatre qui , depuis Cécrops , comprenaient les habitaus de l'Attique , et tous les ans on tira de chacune cinquante sénateurs, ce qui porta le nombre de ces magistrats à cinq cents. Ces dix tribus, comme autant de petites républiques, avaient chacune leurs présidens, leurs ofliciers de police, leurs tribunaux, leurs assemblées et leurs intérêts. Les multiplier et leur donnée plus d'activité , c'était engager tous les citoyens , sans distinction, à se mêler des affaires publiques : aussi les Athéniens déployèrenl-ils bientôt un caractère qu'on ne leur avait pas encore soupçonné. Depuis cette époqvie jusqu'à leur corruption , il ne s'est écoulé qu'environ un demi-siècle.