‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 67 sur 82 · TOME 1, i · texte numérisé non relu

TOME 1, i

'^7. ABKÉC-fe DU VOTAJGEE

d'asile aux coupables. Lastatue du ditîu est à l'entrée ; au fond , s'ouvre une caveape immense et très - renommée parmi les Grecs. Us la regardent comme une Louche des enfers, et prétendent que ce fut par lu qu'Hercule emmena le CerLèrc, et Orphée son épouse. A cette caverne est attaché un privilège dont jouissent plusieurs auilr.es villes : les devins y viennent évoquer lei? ombres paisibles des morts , ou repousser au fond des enfers celles qui troublent le repos des vivans. Des cérémonies saintes opèrent ces effets merveilleux ; on emploie d'abord les sacrifices, les libations, les prières, les formules mystérieuses • il faut ensuite passer la nuit dans le temple ; :et l'ombre , à ce qu'on dit , ne manque jamais d'apparaître en songe.

« J'ignore , dit Philotas au prêtre du temple, qui nous racontait ces détails, jusqu'à qu<3l point on doit éclairer le peuple ; mais il faut du moins le ])rémunir coritre l'excès de l'erreur. Les Thcssalicns ftr^nt dans le siècle dernier une triste, expérience de cette vérité. Leur armée était en présence de celle des Phocéens , qui, pendant une nuit assez claire , détaçUèicut contre le camp ennemi six cents hommes endujts déplâtre. Quelque grossière que fût lu ruse,

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les Thessaliens , accoutumés dès l'enfance aux récits d'apparitions de fantômes , pri- ,rent ces soldats pour des génies célestes accourus au secours des Phocéens j ils ne firent qu'une faible résistance , et se laissèrent égorger comme des victimes. »

« Une seniLlable illusion, répondit leprêtre , produisit autrefois le même efïet dans jiotre armée. Elle était en Mess'énic, et crut voir Castor et PoUux embellir de leur présence la fête qu'oncélébraitenleurhonneui*. ; Deux Messéniens , brillans de jeunesse et de beauté, parurent àla tête du camp, montés sur de superbes chevaux' V' là lance eÀ xirrêt , une tunique blanche , un mantfeau de pourpre , un bonnet pointu et surmonté d'une étoile, tels enfin qu'on représente les deux héros , objets de notre culte. Ils entrent et tombent sur les soldats prosternés à leurs pieds, en font un carnage horrible , et se retirent tranquillement. Les dieux, irrités de cette perfidie, firent bientôt éclater leur vengeance contre les Messéniens. »

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-:,! jXous quittâmes Ténare , après avoir jDarcouru , aux environs, une carrière 'itf'o'u l'on tire une pierre noipe, aussi précieii^è quç le marbre. JXous nous rendîmes à Gylhj;um, jj,ile très-forie , et qui a un port

excellent où se tiennent les flottes de Lacédémone.

L'histoire des Lacédémonieus a répanda un si grand éclat sur le petit canton qu'ils ^habitent , que nous visitions les moindres' bourgs et les plus petites villes, soit aux en-' virons du golfe de Laconie, soit dansTinlé-j rieur des terres. On nous montrait partout des temples, des statues, des colonnes , et; d'autres monumens, la plupart d'un travail grossier, quelques-uns d'une antiquité respectable. Dans le gymnase d'Asopus , des ossemens humains d'une grandeur prodi-; gieuse fixèrent notre attention.

Revenus sur les bords de l'Eurotas, nous (le remontâmes à travers une vallée qu'il «arrose; ensuite, au milieu de la plaine (qui s'étend jusqu'à Lacédémone il coulait jà notre droite; à notre gauche, s'élevait le çmont Taygcte , au pied duquel la nature a creusé dans le roc quantité de grandes cavernes. ".'"^

A Brysées, nous trouvâmes Un temple de Bacchus, dont l'entrée est interdite aux hommes , et où les femmes ont seules le droit de sacrifier. Nous avions vu auparavant une ville de Laconie où les fcmiiies n'assistent point aux sacrifices que l'on ofîVc au dieu Mars. De Brysées on nous

montrait sur le sommet de la montagne voisine un lieu nommé le Talet , où l'on immole des chevaux au Soleil. Plus loin, les habitans d'un petit bourg se glorifient d'avoir inventé les meules à moudre les grains.

Nous aperçûmes bientôt la ville d'Amyclse, située sur la rive droite de l'Eurotas , et éloignée de Lacédémone d'environ vingt stades. Nous étions impatiens de nous rendre au temple d'Apollon , un des plus fameux de la Grèce. La statue du dieu , haute d'environ trente coudées ( quarante-deux pieds et demi) , est d'un travail grossier , et se ressent du goût des Egyptiens. Ce Imonument remonte à une haute antiquité. Dans la suite il fut placé par un artiste nommé Bathyclès sur une base en forme d'autel , au milieu d'un trône qui est soutenu par les Heures etles Grâces. Le temple est desservi par des prêtresses , dont la principale prend le titre de mère. Après sa mort on inscrit sur le marbre son nom et les années de son sacerdoce. On nous montra les tables qui contiennent la suite de, ces époques précieuses à la chronologie, et nous y lûmes le nom de Laodamée , fille d'Amyclas , qui régnait dans ce pays il y. a plus de mille ans. <&

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]Nqu lolii du temple d'Apollon, il en existe, un second , qui, dans œuvre , n'a qu'environ dix-sept ])ied.s de long sur dix et demi de large. Cinq pierres brutes et de couleur noire , épaisses de cinq pieds , forment les quatre murs et la couverture , au- . dessus de laquelle deux autres pierres sont poiséjES en retraite. L'édifice porte sur trois marches , chacune d'une seule pierre.

Sur la porte sont gravés, en caractères très-anciens , ces mois : Enrôlas , roi des Icteucrates , à Onga. Ce prince vivait environ trois siècles avant la guerre de Troie. Le nom d'Icteucrates désigne les anciens haLilans de la Lacouie j et celui d'Onga une divinité de Phénicie ou d'Egypte , la même , à ce qu'on pense , que la Minerve des Grecs.

Cet édifice est antérieur de plusieurs siècles aux plus anciens de la Grèce. En admirant sa simplicité et sa solidité , nous envisagions la somme des siècles écoulés 'dçjaiis sa fondation , avec le même étonnement que, parvenus au pied d'uùe montagne , nous avons souvent mesuré des yeux ,sa hauteur imposante. L'étendue de la durée ][>7QduU le même effet que celle de; l'espaoe , avec cette différence que nous sommes plus attachés à la durée qu'à la grandeur.

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V'De riantes prairies , des arbres superbes embellissent les environs d'Amyclse. Les fruits y sont excellens. C'est un séjour agréable, assez peuplé, et toujours plein d'étrangers , attirés par la beauté des fêtes, ou par des motifs de religion; nous le quittâmes pour aous rendre à Lacédémone.

■ Nous logâmes chez Ùamonax , à qui Xénoplion nous avait recommandés. PhiiT^tas trouva chez lui dès lettres qui le forcèrent de Dfirtir le lendemain pour Athènes. Je ne parlerai de Lacédémone qu'après rtro'îr dotiné une idée générale de la provrfïce.

Elle est bornée à l'est et au sud par la merj à l'ouest et au nord par de liâmes montagnes , ou par des collines qui eu descendent, et qui forment entre elles d'agL'cables vallées. On nomme Taygètes les montagnes de l'ouest. De quelques-uns de leurs sommets , élevés au-dessus des nues , l'œil peut s'étendre sur tout le Péloponèse. Le-irs flancs , presque entièrement couverts de bois , servent d'asile à quantité de chè-, vres , d'ours , de sangliers et de cerfs. La, • lature, qui s'est fait un plaisir de multiplier ces espèces , semble y avoir ménagé , poar les détruire , des races de chiens recherchés de tous les peuples , préférables

surtout pour la chasse du sanglier. Ils sont agiles , vifs , impétueux , doués d'un sentiment exquis.

Du côté de la terre , la Laconie est d'un difficile accès j ou n'y pénètre que par des collines escarpées , et des défilés faciles à garder. ALacédémone la plaine s'élargit, eten avançant vers le midi on trouve des cantons fertiles , quoiqu'en certains endroits, par l'inégalité du terrain, la culture exige de grands travaux. Dans la plaine , sont éparses des collines assez élevées , faites de main d'homme , et avant la naissance des ans, pour servir de tombeaux aux principaux chefs de la nation.;

Quant aux productions de la Laconie , . nous observerons qu'on y trouve quantité de plantes dont la médecine fait usage;' qu'on y recueille un blé léger et peu nour-| tissant ; qu'on y doit fréquemment arroser^ les figuiers j que les figues y mûrissent plus tôt que partout ailleurs j enfin que , sur. toutes les cotes do la Laconie , ainsi que sur celles de Cylîicrc, il se fait une pêche abondante de ces coquillages d'où Ton tire une teinture de pourpre fort estimée.

La Laconie est sujette aux tremblemens de terre. On prétend qu'elle contenait autrefois cent villes ; mais c'é|:ait dans le temps

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OÙ le plus petit bourg se parait de ce titre. Tout ce que je puis dire , c'est qu'elle est fort peuplée. L'Eurotas la parcourt dans toute son étendue, et reçoit les ruisseaux ou plutôt les torrens qui descendent des montagnes voisines. Pendant une grande partie de l'année , on ne saurait le passer à gué. 11 coule toujours dans un lit étroit , et, dans son élévation même, son mérite est d'avoir plus de profondeur que de su-' perficie.

En certains temps , il est couvert de cygnes d'uneblancheur éblouissante, presque partout de roseaux très-recherchés, parce qu'ils sont droits , élevés et variés dans leurs couleurs. Outre les autres usages, auxquels on applique cet arbrisseau, les Lacédémoniens en font des nattes , et s'en cou-' ronnent dans quelques-unes de leurs fêtes.'

A la droite de l'Eurotas, à une petite xiistance du rivage, est la ville deLacédé-, mone, autrement appelée Sparte. Elle n'est' point entourée de murs , et n'a pour dé-p îense que la valeur de ses habitans, et quel-* ques éminences qu'on garnit de troupes en cas d'attaque. La plus haute de ces éminences tient lieu de citadelle : elle se termine par un grand plateau sur lequel s'élèvent plusieurs édifices sacrés.

Autour de cetle colline sont rangées ciiq bourgades, séparées l'une de l'autre par des intervalles plus ou moins grands , et occupées cbaciuiepar une des cinq tribus des Spartiates. La grande place, àlaquelic aboutissent plusieurs rues , est ornée de temples etdè statues. On y distingue déplus les maisons où ^'assemblent séparément le sénat , les éphores , d'autres corps de magistrats ; et un portique que les Lacédéaioliiens élevèrent après la bataille de Platée aux dépens des vaincus dont ils avaient partagé les dépouilles. Le toit est soutenu, lion pair des colonnes , mais par de grandes statues qui représentent des Perses, revêtus de robes traînantes. Le reste de la villeoflre aussi q^ûàntité de monumens en l'honneur des dieux et des anciens héros.

Sur la plus haute des collines , on voit un temple de Minerve , qui jouit du droit d'asile , ainsi que le bois qui l'entoure et une petite maison qui en dépend , dans laquelle on laissa mourir de faim le roi Pausanias. Ce fut un crime aux yeux de la dtesse : pour l'apaiser , l'oracle ordonna aux Lacédémoniens d'ériger à ce prince :dcux statues , qu'on remarque encore au- )|)rès de l'autel. Le temple est construit en airain comme l'était autrefois celui de Del-

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Y^kie^. A droite de cet édifice , on trouve une statue de Jupiter, la plus ancienne peutcire de toutes celles qui existenten bronze^ï>i elle est d'un temps cpii concourt avec le ' rétablissement des jeux olympiques j et ce n'est qu'un assemblage de pièces de rapport (ui'on a joinles avec des clous.

Les tombeaux des deux familles qui régnent à Lacédémonesout dans deux quartiers difTérens. Partout on trouve des molîumens héroïques, c'est-à-dire, des édifices et des bouquets de bois dédiés aux anciens héros. Là se renouvelle, avec des cé?n]j rémonies saintes, la mémoire d'Hercule , " de Tyndare , de Castor, de Pollux , de Ménélas , et de quantité d'autres personnages plus ou moins connus dans l'histoire , : plus ou moins dignes de l'être. nr

lies malsons sont petites et sans orne- .raëns. On a construit des salles et des por-i. tiques où les Lacédémoniens viennent traiter de leurs afiaires ou converser ensemble. A la partie méridionale de la ville est riiippodrome pour les courses à pied et à cheval. De là ou entre dans le plataniste, lieu d'exercice pour la jeunesse , ombragé !)Hr de beaux platanes, et situé sur les bords de l'Eurotas et d'une petite rivière qui l'enferment par un canal de communica-

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