‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 79 sur 82 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Du service militaire chez les Spartiates.

Les Spartiates sont obligés de servir depuis l'âge de vingt ans jusqu'à celui de soixante. Au-deîà de ce terme, on les dispense de prendre les armes , à moins que

l'ennemi n'entre dans la Laconie.

Quand il s'agit de lever des troupes, \ei \

ephores, par la voix du héraut , ordonnent aux citoyens âgés depuis vingt ans jusqu'à l'âge porté dans la proclamation de se présenter pour servir dans l'infanterie pesamment armée, ou dans la cavalerie; la même injonction est faite aux ouvriers destinés à suivre l'armée.

Comme les citoyens sont divisés en cinq tribus , on a partage la grosse infanterie eu cinq régimer.s de quatre bataillons , dont chacun est composé de seize compagnies. On porte chaque bataillon à deux cent cinquante-six hommes , ou même à cinq cent douze. Outre les cinq régimens, il existe un corps de six cents hommes ■d'élite , qui a quelquefois décidé la victoire.

Les principales armes du fantassin sont la pique et le bouclier. Je ne compte pas l'épée, qui n'est qu'une espèce de poignard qu'il porte à sa ceinture. C'est sur la pique qu'il fonde ses espérances. Un étranger disait à l'ambitieux Agésilas : k Où fixezvous donc les bornes de la Lacouic? — Au bout de nos piques , » répondit-il.

Les fantassins couvrent leur corps d'un iDOuclier d'airain , de forme ovale, échancré des deux côtés et quelquefois d'un seul , terminé en pointe aux deux extrémités, et

chargé des lettres initiales du nom de Lacédémone. A cette marque on reconnaît la nation j mais il eu faut une autre pour reconnaître le soldat , obligé , sous peine d'infamie de rapporter son bouclier. Il fait graver dans le champ de cette arme le symbole qu'il s'est approprié. Un d'entre eux s'était exposé aux plaisanteries de ses amis , en choisissant pour emblème une mouche d'une grandeur naturelle : « J'approcherai si fort de l'ennemi , leur dit-il , qu'il distinguera cette marque. »

Le soldat est revêtu d'une casaque rouge. On a préféré cette couleur , afin que l'ennemi ne voie pas le sang qu'il a fait couler.

Le jour du combat, le roi, à l'imitation d'Hercule , immole une chèvre , pendant que les joueurs de flûte font entendre Tair de Castor. Il entonne ensuite l'hymne du combat ; tous les soldats , le front orné de couronnes , le répèlent de concert.

Après ce moment si terrible et si beau , ils arrangent leurs cheveux et leurs vêtemens, nettoient leurs armes , pressent leurs officiers de les conduire au champ de l'honneur, s'animent eux-mêmes par des traits de gaieté , et marchent en ordre au son des flûtes, qui excitent et modèrent leur courage. Le roi se place au premier rang,'

entoure de cinq jeunes guerriers qui doivent , sous peine d'infamie , exposer leurs jours pour sauver les siens , et de quelques athlètes qui ont remporté le prix aux jeux publics de la Grèce , et qui regardent ce pos te comme la plus glorieuse des distinctions.

Pour tout homme , c'est une honte de prendre la fuite; pour les Spartiates , d'en avoir seulement Tidéé. Les exemples de lâcheté , si rares autrefois, livrent le coupable aux horreurs de l'infamie. Il ne peut aspirer à aucun emploi : s'il est marié , aucune famille ne veut s'allier à la sienne j s'il ne l'est pas , il ne peut s'allier à une autre. 11 semble que cette tache souillerait toute sa postérité.

Ceux qui périssent dans le combat sont enterrés , ainsi que les autres citoyens, avec un vêtement rouge et un rameau d'olivier , symbole des vertus guerrières parmi les Spartiates. S'ils se sont distingués, leurs tombeaux sont décorés de leurs noms , et quelquefois de la figure d'un lion j mais celui qui a reçu la mort en tournant le dos à l'ennemi est privé de la sépulture.

On ne fait entrer dans la cavalerie que des hommes sans expérience , qui n'ont pas assez de vigueur et de zèle. C'est le ci-

toy.en riche qiai fournit les armes et entretient le cheval. Si ce corps a remporté quelquefois des avantages , il les a dus aux cavaliers étrangers que Lacédémone prenait à sa solde. En général , les Spartiates aiment mieux servir dans l'infanterie: persuadés que le vrai courage se suffit à luimême, ils veulent combattre corps à corps. J'étais auprès du roi Archidamus quand on lui présenta le modèle d'une machine propre à lancer des traits , nouvellement inventée en Sicile. Après l'avoir examiné avec attention; « C'en est fait, dit-il^ de la valeur. »

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