‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 78 sur 82 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

De la religion et des fêtes des Spartiates.

Les objets du culte public n'inspirent à Lacédémone qu'un profond respect, qu'un silence absolu. On ne s'y permet, à leur égard , ni discussion ni doutes : adorer les dieux, honorer les héros; voilà l'imique dogme des Spartiates,

Parmi les héros auxquels ils ont élevé des temples , des autels ou des statues , on distingue Herctde, Castor, Pollux, Achille, Ulysse, LycLH'gue, etc. Hélcnepartagcavec Ménélas des honneurs presque divins , et la statue de Clytemnestre est placée auprès de celle d'Agamemnon.

Partout ailleurs on doit se présenter aux dieux avec des victimes sans tache, quel-| quefois avec l'appareil de la magnificence ;< à Sparte , avec des offrandes de peu de va-; leur, et la modestie qui convient à des sup-' plians. Ailleurs, on importune les dieux par d'indiscrètes et longues prières; à Sparte J on ne leur demande que la grâce de faire de belles actions , après en avoir fait de bonnes; et cette formule est terminée par

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ces mots , dont les âmes fières sentiront la profondeur : « Donnez-nous la force de supporter l'injustice. »

Les Athéniens ont cru fixer la victoire cliez eux en la représentant sans ailes j par la même raison, lesSpartiatesont représenté quelquefois Mars et Vénus , chargés de chaînes. Cette nation guerrière a donné des armes à Vénus , et mis une lance entre les mains de tous les dieux et de toutes les déesses. Elle a placé la statue de la mort à côté de celle du sommeil , pour s'accoutumer à les regarder du même œil. Elle a consacré un temple aux Muses , parce qu'elle marche aux combats aux sons mélodieux de la flûte ou de la lyre; un autre à Neptune qui ébranle la terre, parce qu'elle habite un pays sujet à de fréquentes secousses ; un autre à la Crainte, parce qu'il est des craintes salutaires , telle que celle des lois.

Un grand nombre de fêtes remplissent; ses loisirs, entre autres celles de Bacchus, d'Apollon et d'Hyacinthe. Ces dernières sont célébrées au printemps , surtout par les habitans d'Amiclœ. On dit qu'Hyacinthe, fils d'un roi de Lacédémone, fut tendrement aimé d'Apollon, que Zéphire, jaloux de sa beauté, dirigea le palet qui lui ravit

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le jour, et qu'Apollon, qui l'^ivait lancé, ne trouva d'autre soulagement à sa douleur que de métamorphoser le jeune prince en une fleur qui porte son nom. On institua des jeux qui se renouvellent tous les ans. Le premier et le troisième jour ne présentent que l'image de la tristesse et du deuil; le second est un jour d'allégresse. Lacédémone s'abandonne à l'ivresse de la joie : c'est un jour de liberté; les esclaves mangent à la même table que leurs maîtres.

La discipline des Spartiates est telle, que leurs plaisirs sont toujours accompagnés d'une certaine décence. Dans les fêtes même de Bacchus , soit à la ville , soit à la campagne, personne n'ose s'écarter de la loi qui défend l'usage immodéré du vin.

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