TOME II
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cieux , tramait à peine ses flots jusque sur le rivage.
A l'aspect de tant de changemens ind* pinés et rapides , nous restâmes quelque temps immobiles et muets : mais bientôt ils nous rappelèrent ces questions sur lesquelles la curiosité des hommes s'exerce' depuis tant de siècles. Pourquoi ces écarts et ces révolutions dans la nature? Faut-il les attribuer au hasard? ou plutôt n'est-ce pas une cause intelligente qui excite et apaise les tempêtes? Mais quel but se pro-; pose-t-elle? d'où vient qu'elle foudroie les déserts, et qu'elle épargne les nations cou^pables ? De là nous remontions à l'exis^ tence des dieux, au débrouillement du t^haos , à l'orisrine de l'univers. Nous notfs "égarions dans nos idées , et nous conjurions Platon de les rectifier. Il était dans Mn recueillement profond. Enfin , presséj par nos prières , il s'assit sur un siège rus-' tique 5 et , nous ayant fait placer à ses^ «côtés , il C6i6mença ainsi ;
« Faibles mortels que nous sommes , est-ce à nous de pénétrer les secrets de la divinité? Prosterné à ses pieds, je lui demande de- mettre dans ma bouche des discours qui lui soient agréables , et qui
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DU JEUNE AKACHARSIS. 'jS
VOUS paraissent conformes à la raison. Si j'étais obligé de m'expliquer , en présence de la multitude, sur le premier auteur de toutes choses , sur l'origine de l'univers, et sur la cause du mal , je serais forcé de parler par énigmes ; mais , dans ces lieux solitaires , n'ayant que Dieu et mes amis pour témoins, j'aurai la douceur de rendre nommage à la vérité.
« Le Dieu que je vous annonce est un Dieu unique, immuable, infini. Centre de toutes les perfections^ source intarissable de l'intelligence et de l'être , avant qu'il €Ût fait l'univers , avant qu'il eût déployé sa puissance au dehors , il était j car il n'a point en de commencement. Il était en luimême , il existait dans les profondeurs de l'éternité. Non , mes expressions ne répondent pas à la grandeur de mes idées, ni mes idées à la grandeur de mon sujet.
«f De toute éternité , Dieu par sa bonté infinie , avait résolu de former l'univers , suivant un modèle toujours présent à ses yeux 3 modèle immuable , incréé, parfait; idée semblable à celle que conçoit un artiste, lorsqu'il convertit la pierre grossière en un superbe édifice j monde intellectuel , dont ce monde visible n'est que la copie et l'expression ! Tout ce qui dans l'univers
tombe sous nos sens , tout ce qui se dérobe à leur activité , était tracé d'une manière sublime dans ce premier plan ; et , comme l'Etre Suprême ne conçoit rien que de réel , on peut dire qu'il produisait le monde avant qu'il l'eût rendu sensible.
t< Quand Tinstant de cette grande ope-' ration fut arrivé, la sagesse éternelle donna ses ordres au chaos , et aussitôt toute la masse fut agitée d'un mouvement fécond et inconnu. Ses parties, qu'une haine implacable divisait auparavant , coururent se réunir , s'embrasser et s'enchaîner. Le feu brilla pour la première fois dans les ténèbres j l'air se sépara de la terre et de l'eau. Ces quatre élémens furent destinés à la composition de tous les corps. »
\ Jusque-là j'écoutai Platon avec %n vif senliinent d'admiration pour la sublimité de sa doctrine ; mais , lorsqu'il vint à nous parler d'une àme du monde, formée en partie de l'essence divine et de la substance matérielle , de ces génies à qui Dieu confia l'administration des astres , et qu'il chargea 'de la création de l'homme j de deux âmes humaines , l'une immortelle et l'autre mdT-; Wle , et dont la première réside dans le cerveau et la seconde dans la région de l'estomac , je regrettai qu'un philosophe
DU JEUNE A]yACHA.nslS. 'JH
qui , par la force de son génie , était parvenu à se former de si grandes idées du premier être , y mêlât les vagues systèmes
Ge son imagination.
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rf^ ABRlîaÉ DU TOYAGE