‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 29 sur 65 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

DeM n<iture des gouvememens , suivant Aristofe et d'autres philosophes.

Ce fut à Smyrue (an 345 avant J. C), à notre retour de Perse , qu'on nous remit les dernières lettres que j'ai rapportées. Nous apprîmes dans cette ville qu'Aristote, après avoir passé trois ans auprès d'Hermias , gouverneur d'Atarnée , s'était établi à Mytilène , capitale de l'ile de Lesbos.

Nous étions si près de lui, et nous avions été si long-temps sans le voir , que nous résolûmes de l'aller surprendre. Cette attention le transporta de joie. Il se disposait à partir pour la Macédoine. Philippe avait enfin obtenu de lui qu'il se chargerait de l'éducation d'Alexandre son fils. « Je sacrifie ma liberté, nous dit-il , mais voici mon excuse. » Alors il nous montra une lettre du roi, conçue en ces termes : « J'ai un fils, et je rends grâces aux dieux , moins encore de me l'avoir donné , que de l'avoir

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fait naître de votre temps. J'espère que vos soins et vos lumières le rendront digne de moi et de cet empire. »

Nous passions des journées entières avec ce grand philosophe. Nous lui rendîmes un compte exact de notre voyage. Des réflexions que nous fîmes sur le despotisme du roi de Perse et de ses satrapes , l'engagèrent à nous parler des différentes sortes de gouvernemens : il s'en était occupé depuis notre départ. 11 avait commencé par recueillir les lois et les institutions de toutes les nations grecques et barbares : il nous les fit voir rangées par ordre et accompagnées de remarques , dans autant de traités particuliers , au nombre de plus de cent cinquante. Là se trouvent la constitution d'Athènes , celles de Lacédémone , des Thessaliens , des Arcadiens , de Syracuse , de Marseille , jusqu'à celle de la petite île d'Ithaque.

Cette immense collection pouvait par elle-même assurer la gloire de son auteur, mais il ne la regardait que comme un échafaud sur lequel il voulait élever un laionument plus précieux encore. Les faits étaient rassemblés ; ils présentaient des différences et des contradictions frappantes. Pour CA tirer des résultats utiles au genre

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humain , il fallait remonter à l'esprit des lois , et les suivre dans leurs effets ; examiner , d'après l'expérience de plusieurs siècles , les causes qui conservent ou détruisent les états; proposer des remèdes contre les vices qui sont inhérens à la constitution , et contre les principes d'akérajtion qui lui sont étrangers; dresser enfin pour chaque législateur un code lumineux, à la faveur duquel il puisse choisir le gouvernement qui conviendra le mieux à sa nation , ainsi qu'aux circonstances des temps et des lieux.

Ce grand ouvrage était presque achevé quand nous arrivâmes à Mjtilène , et parut quelques années après. Aristote nous permit de le lire , et d'en faire l'extrait.

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