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de ses sujets , autant par ses lumières et ses vertus que par sa puissance , serait persuadé qu'il est lui-même comme la loi , qui n'existe que pour le bonheur des peuples • où le gouvernement inspirerait le respect et la crainte au dedans et au dehors , non seulement parPuniformité des principes , le secret des entreprises et la célérité dans l'exécution , mais encore par la droiture et la bonne foi ; car oncompteraitplus sur . la parole du prince que sur les sermens des autres hommes.
Tout dans la nature nous ramène à Tuiiité , disent les seconds : l'univers est présidé par l'Être Suprême ; les sphères célestes le sont par autant de génies ; les royaumes de la terre le doivent être par autant de
; .souverains établis sur le trône , pour entretenir dans leurs états l'harmonie qui règne dans l'univers. Mais pour remplir une si liante destinée , ils doivent retracer en euxmêmes les vertus de ce Dieu dont ils sont les images, et gouverner leurs sujets avecia tendresse d'un père , les soins vigilans d'un
, ^pasteur, l'impartiale équité de la loi.
•^ Quelle est donc la constitution qui con-
'^'vient le rtiietix à des peuples jaloux de leur
* Iî])erté ? 'Le gouvernement mixte ; celui où
se trouvent la royauté, raristoçralie et.la
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iiémocratie , combinées par des lois qui redressent la balance du pouvoir toutes les fois qu'elle incline trop vers une de ces formes. Comme on peut opérer ce tempérament d'une infinité de manières , de là cette prodigieuse variété qui se trouve dans les constitutions des peuples et dans les opinions des philosophes.
Ou s'accorde beaucoup mieux sur la nécessité d'établir de bonnes lois , sur l'obéissance qu'elles exigent , sur les changemens qu'elles doivent quelquefois éprouver.
Comme il n'est pas donn^ à un simple mortel d'entretenir l'ordre par ses seules volontés passagères , il faut des lois dans, une monarchie. Sans ce frein, toutgôu-; vernement devient tyrannique.
Mais quel est le fondement solide du si-*epos et du bonheur des peuples? Ce ne sont point les lois qui règlent leur constilutioh, ou qui augmentent leur puissance, -/mais les institutions qui forment les citoyens etdonnent du ressort à leurs âmes ; . non les lois qui dispensent les peines et les -«.3Ï\écompenses , mais la voix du public , viorscfu'elle fait une exacte répartition du mépris et de l'estime. Telle est la décision 'unanime des législateurs , des philosophes,
de tous les Grecs , peut-être de toutes les 2 dations.
^4^,,Jjes lois impuissantes par elles-mêmes , j empruntent leurs forces uniquement des ^Janœurs , qui sont autant au-dessus d'elles . ^que la vertu est au-dessus de la probité. |C'est par les mœurs qu'on préfère ce qui
est honnête à ce qui n'est que Juste , et ce 'qui est juste à ce qui n'est qu'utile. Elles
arrêtent le citoyen par la crainte de l'opi- " nion , tandis que les lois ne l'effraient aue ":pàr la crainte des peines.
I ^ De là résulte pour tout gouvernement rindispensable nécessité de s'occuper de "^l'éducation des enfans , comme de l'affaire 'la plus essentielle ; de les élever dans l'esprit et l'amour de la constitution , dans la simplicité des anciens temps , en un mot, '"dans les principes qui doivent à jamais régler leurs vertus , leurs opinions , leurs sentimens et leurs manières. Tous ceux . qui ont médité sur l'art de gouverner les
- ' hommes ont reconnu que c'était de l'ins-
- fraction de la jeunesse quedépendait le sort
des empires. D'après leurs réflexions , on . 'peut poser ce principe lumineux : Que f éducation ^ les lois elles mœurs ne doii^ent jamais être en contradiction.
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CHAPITRELXII.
Denys, roi de Syracuse , à Corinthe. — Exploits Je Timolcoû.
De retour à Athènes , après onze ans d'absence, nous crûmes, pour ainsi dire, y venir pour la première fois. La mort nous avait privés de plusieurs de nos amis et de nos connaissances j des familles entières avaient disparu , d'autres s'étaient' élevées à leur place ; on nous recevait; comme étrangers dans des maisons que nous fréquentions auparavant : c'était partout la même scène et d'autres acteurs.
Nous fûmes pendant quelque temps accablés de questions sur l'Egypte et sur la Perse j je repris ensuite mes anciennes recberches. Un jour que je traversais la place publique, je vis un grand nombre de" nouvellistes qui allaient, venaient , s'agitaient en tumulte, et ne savaient comment exprimer leur surprise. — « Qu'est-il donc arrivé? dis -je, en m'approcliant. — Denys' est à Corinthe, répondit -on. — Quel Denys? Ce roi de Syracuse si puissant et û redouté.
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Timoléon l'a chassé du trône , l'a fait jeter sur une galère qui vient de le conduire à Corinthe. Il est arrivé sans escorte, sans amis, sans parens ; il a tout perdu, excepté le souvenir de ce qu'il était. » [An 545 avant J. C]
Cette nouvelle m'inspira l'envie d'aller à Corinthe : j'y accompagnai un Corinthien , nommé Euryale , avec qui j'avais (fes liaisons , et qui en avait eu autrefois avec Denjs.
En arrivant dans cette ville, nous trouvâmes à la porte du cabaret un gros homme, enveloppé d'un méchant habit, à qui le maître de la maison semblait accorder, par pitié, les restes de quelques bouteilles de vin. 11 recevait et repoussait, en riant, les grosses plaisanteries de quelques femmes de mauvaise vie , et ses bons mots amusaient la populace assemblée autour de lui.
Nous descendîmes devoiture, et suivîmes cet homme en un endroit où l'on exerçait des femmes qui devaient , à la prochaine fêle, chanter dans les chœurs. Il leur faisait répéter leur rôle, dirigeait leur voix et disputait avec elles sur la manière de rendre certains passages. « M'en croirez - vous , me dit Euryale, c'est là le roi de Syracuse,
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c'est lui-même ? il ne me reconnaît pas ; sa vue est aflaiblie par l'excès du viu. H est aujourd'hui maître d'école à Corlnihe. .> Eu effet, nous le vîmes plus d'une fois dans un carrefour expliquer à des enfans les principes de la grammaire.
Le même motif qui m'avait conduit à Corinthc, y attirait journellementunemultitude d'étrangers. Les uns, à l'aspect de ce malheureux , laissaient échapper des m.ouvemens de pitié ; la plupart se repaissaient avec délices d'un spectacle que les circonstances rendaient plus intéressant.
Comme Philippe était sur le point de donner des fers à la Grèce , ils assouvissaient sur le roi de Syracuse la haine que leur inspirait le roi de Macédoine. L'exemple inslruclif d'un tyran, plongé tout à-coup dans la plus profonde humiliation, fut bientôt l'unique consolation de ces fiers républicains. Quelque temps après, les Lacédémo* niens ne répondirent aux menaces de Philippe que par ces mots énergiques : (( Den rs à Corinthe. »
Nous eûmes plusieurs conversations avec ce dernier; il faisait sans peine l'aveu de sest fautes. Euryale voulut savoir ce qu'il ptnsait des hommages qu'on lui rendait à ojracuse. — « J'entretenais, répondit- il ,
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quantité de sophistes et de poètes dans mon palais : je ne les estimais point ; cependant ils me faisaient une réputation.
Mes courtisans s'aperçurent que ma vue commençait à s'affaiblir; ils devinrent, pour ainsi dire, tous aveugles ; ils ne discernaient plus rien : s'ils se rencontraient en ma présence, ils se heurtaient les uns contre les autres; dans nos soupers, j'étais obligé de diriger leurs mains , qui semblaient errer sur la table. »
Denys craint que les Corinthiens ne parviennent à le craindre, et se sauve de leur haine par leur mépris. Aussi ne se couvre-' t-il que de haillons , passe-t-il sa vie dans les cabarets, dans les rues, avec des hommes du peuple devenus les compagnons de ses plaisirs. Soit misère, soit décourage-i ment d'esprit, il s'enrôla dans une troupe de prêtres de Cybèle : il parcourait avec eux les villes et les bourgs, un tjmpanon à la main, chantant, dansant autour de la figure de la déesse, et tendant la main pour recevoir quelques aumônes.
Avant de donner ces scènes humiliantes, il avait eu la permission de s'absenter de Corintho, et de voyager dans la Grèce. Le roi de Macédoine le reçut avec distinction. Dans leur premier entretien, Philippe lui
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demanda comment il avait pu perdre cet empire que son père avait conservé si longtemps? « C'est, répondit-il, que j'héritais^ de sa puissance, et non de sa fortune. » Un. Corinthien lui ayant déjà fait la même^ question , il lui avail répondu : « Quand mon père monta sur le trône, les Syracu-. sains étaient las de la démocratie; quand on m'a forcé d'en descendre, ils l'étaient de la tyrannie. » Un jour qu'à la table du roi de Macédoine, on s'entretenait des poé-' sies de Denys l'Ancien : <^ Hais quel temps choisissait votre père, lui demanda Philippe , pour composer un si grand nombre, 'd'ouvrages? — Celui, répondit-il, que' TOUS et moi passons ici à boire. #
Les vices de ce prince le précîpttèren deux fois dans l'infortune, et sa destinée lui opposa chaque fois un des plus grands, hommes que son siècle ait produits; Dion' en premier lieu, et Timoléon ensuite. Je!; vais raconter de ce dernier ce que j'en ai appris dans les dernières années de mou séjour en Grèce.
On a vu dans le chapitre neuvième de cet ouvrage , qu'après la mort de son frère ,' , Timoléon s'était éloigné de Corinlhe. Il • avait passé près de vingt ans dans cet exil ^ Tolontaire, lorsque les Syracusains, ua.
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pouvant plus résisler à leurs tyrans , implorèrent l'assistance des Corinthiens dont ils tirent leur origine. Ceux-ci levèrent des troupes et les envoyèrent en Sicile , sous la conduite de ce général. Avec douze cents hommes , Timoléon battit cinq mille Léontins , et, cinquante jours après son arrivée en Sicile, Denys se rendit à discrétion, et lui remit la citadelle de Sj^racuse avec les trésors et les troupes qu'il avait pris soin d'y rassembler.
Après avoir délivré la Sicile des tyrans qui l'opprimaient , et avec six mille hommes seulement mis en fuite soixante-dit mille Carihagiriois, Timoléon ne borna passa gloire à cette rapidité de succès ; li fit déclarer par des hérauts, aux jeux solennels de la Grèce , que tous les Siciliens que la tyrannie avait forcés d'abandonner leur
Ï)atrie , pouvaient y rentrer pour y jouir de a liberté.
A ce cri de liberté , qui retentit aussi dans toute l'Italie , soixante mille hommes se rendirent à Syracuse , les uns pour y jouir du droit de citoyens , les autres , pour être distribués dans l'intérieur de l'île. Timoléon revit avec Céphalus et Denys, deux Corinthiens qu'il avait altirés auprès de lui, les anciennes lois qucDioclès
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avait données aux Syracusains. Celles qui concernent les particuliers furent conservées avec des interprétations qui en déterminent le sens; on réforma celles qui regardent la constitution , et l'on réprima la licence du peuple sans nuire à sa liberté . Pour lui assurer à jamais la jouissance de cette liberté, Timoléou l'invita à détruire toutes les citadelles qui servaient de repaires aux tyrans.
Après avoir rendu le bonheur à laSicile, ce grand homme se réduisit à la condition de simple particulier. Les habitans de Syracuse le forcèrent d'accepter, dans leur ville, uae maison distinguée et aux environs une retraite agréable , oii il coulait des jours tranquilles avec sa femme et ses enfans , qu'il avait fait venir de Corinthe.
La reconnaissance ne pouvait s'épuiser.
Leregardant comme leur second fondateur, ils décidèrent que le jour de sa naissance serait célébré comme un jour de fête, et qu'ils demanderaient un général à Corinthe toutes les fois qu'ils auraient quelque guerres étrangère à soutenir.
A sa mort la douleur publique ne trouva da soulagement que dans les honneurs accordés à sa mémoire.' Quand on eut placé son" corps sur le bûcher, un héraut lut à
haute voix le décret suivant : « Le peuple de Syracuse , en reconnaissance de ce que Timoléon a détruit les tyrans , vaincu les barbares , rétabli plusieurs grandes villes, ' et donné des lois aux Siciliens , a résolu de consacrer deux cents mines ( dix-huit mille francs) à ses funérailles , et d'honorer tous les ans sa mémoire par des combats de musique , des courses de chevaux , et des jeux gymniques. »