DU 3EV1ST. A^ACHARSTS
changera point la forme de la statue, forme anciennement empruntée des Egyptiens , et qu'on retrouve dans les temples de plusieurs villes grecques. La tête de la déesse est surmontée d'une tour ; deux tringles de fer soutiennent ses mains ; le corps se termine en une gaine enrichie de figures d'animaux, et d'autres symboles.
Nous voici à Milet. Nous admirons ses murs , ses temples , ses fêtes , ses manufactures , ses ports , cet assemblage confus de vaisseaux, de matelots et d'ouvriers, qu'agite un mouvement rapide. C'est le séjour de l'opulence , des lumières et des plaisirs. C'est l'Athènes de TIonie.Lesmoiiumens des arts décorent l'intérieur de la ville , les richesses de la nature éclatent aux environs. Combien de fois nous avons porté nos regards vers le Méandre , qui , après avoir reçu plusieurs rivières , et baigné les murs de plusieurs villes , se répand en replis tortueux au milieu de cette plaine, qui s'honore de porter son nom , et se pare avec orgueil de ses bienfaits. Combien de fois , assis sur le gazon qui borde ses rives fleuries , de toutes parts entourés de tableaux ravissans , ne pouvant nous rassa^ sier ni de cet air, ni de cette lumière , dont la douceur égale la pureté, nous sentions
mB4- abrégé du voyage
iiae langueur délicieuse se glisser dans nos âmes , et les jeler, pour ainsi dire , dans l'ivresse du bonheur.
Auprès de Milet , ou nous conduisit à la fontaine de Biblis , où cette princesse infortunée expira d'amour et dé douleur. Ou nous montra le mont Latmus , où Diane . accordait ses faveurs au jeune Endymion. A Samos , les amans malheureux vont adresser leurs vœux^ux mânes de Léontius et de Rhadine.
Le spectacle le plus int-éressant frappe le voyageur attentif , qui , du port d'Halicarnasse en Doride , remonte vers le nord pour se rendre à la presqu'île d'Érythrès. Dans celte route, qui, en droite ligne, n'a que neuf cents stades ( environ trentequatre lieues j , s'offrent à ses yeux quantité de villes <iispersées sur les côtes du continent et des îles voisines. Jamais, dans un si court espace , la nature n'a produit un si grand nombre de talens distinguéseldegénies sublimes. Hérodote naquit à Halicarnasse ; Hippocrate à Côs ; Thaïes à INFilct ; Pylhagore à Samos j Parrhasius à EphèsejXcnophaneàColoplionj Anacréon à ïéos ; Anaxagore àClazomcnesj Homère partout.
De l'Ionie proprement dite , nous pas-
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■sàmes dans la Doride. Cnide , située près du promontoire Triopiiira , donaa le jour à l'historien Clésias , ainsi qu'à l'aslrouorne Eudoxe , qui a vécu de notre temps. Ou îîoiis moiitrait , en passant , la maison oi ce derniier faisait ses observations. Un moment après, nous nous trouvâmes en présence de la célèbre Vénus de Praxitèle.
Elle est placée au milieu d'un petit temple qui reçoit le jour de deux portes opposées, afm qu'une lumière douce l'éclairé de toutes parts. Comment peindre la surprise du premier coup d'œil , les illusions qui la suivirent bientôt ? nous prêtions nos sentimens au marbre, nous l'entendions soupirer. Deux élèves de Praxitèle, venus récemment d'Athènes pour étudier ce chefd'œuvre , nous faisaient entrevoir les beautés dont nous ressentions les effets sans en pénétrer la cause.
EesCnidiens s'enorgueillissent d'un trésor éjùi favorise à la fois les intérêts de leur commerce et ceux de leur gloire.
Chez des peuples livrés à la superstition et passionnés pour les arts , il suffit d'un oracle ou d'un monument célèbre pour attirer les étrangers. On en voit très souvent qui passent les mers , et viennent à Cnide contempler le plus Bel ouvrage qui soit sorti des mains de Praxitèle.
■%d6 abrégé DV VOTA.GE
Au sortir du temple, nous parcourûmes Je bois sacré, où tous les objets sont relatifs au culte de Vénus . Là , semblent revivre et jouir d'une jeunesse éternelle , la mère d'Adonis sous la forme du myrte , la sensible Daphné sous celle du laurier, le beau Cyparissus sous celle du cyprès. Partout le lierre flexible se tient fortement attaché aux branches des arbres , et en quelques endroits la vigne trop féconde y trouve un appui favorable. Sous des berceaux que de superbes platanes protégiient de leur ombre , nous vîmes plusieurs groupes de Cnidiensqui,à la suite d'un sacrifice, prenaient un repas champêtre : ils chantaient leurs amours , et versaient fréquemment dans leurs coupes le vin délicieux que produit cette heureuse contrée.
Nous allâmes de Cnide à Mylasa , l'une des principales villes de la Carie , dont la Doride fait partie. Elle possède un riche territoire et quantité de temples , quelquesuns très anciens ; tous construits d'un très beau marbre , tiré d'une carrière voisine.
BU JKUÎVE ANACîîARSrS. ^D']