INTRODUCTION
La science de la nature on la physique générale , suivant les différens points de vue sous lesquels on envisage les corps naturels et les phénomènes qu'ils présentent, est divisée en trois grandes branches , savoir : Yhistoire naturelle, la physique et la chimie.
La première de* ces branches, qui , à elle seule, comprend trois sciences distinctes, la minéralogie , la zoologie et la botanique, a pour but de décrire et de classer les différons êtres organisés et inorganisés.
La physique s'occupe de l'examen des propriétés générales et permanentes des corps , des lois qui les régissent et des actions réciproques qui peuvent s'exercer entre ces mêmes corps à des distances plus ou moins considérables , sans toutefois altérer leur nature.
Enfin, la chimie a dans son domaine l'étude de tous les phénomènes qui dépendent d'une action intime entre les molécules des corps de différente nature, action qui a lieu à des distances infiniment petites , et qu iproduit des corps jouissant de propriétés nouvelles.
D'après ce que nous venons d'établir, on peut définir la .chimie une science qui a pour objet la connaissance spéciale de V action molléculaire des corps les uns sur les autres.
On entend par action moléculaire l'effet d'une force qui nous est inconnue et qui tend à réunir les particules, 4'tin, corj;s à celles d'un autre, ou à éloigner çespar4-r.
cules les unes des autres pour les combiner à d'autres , soit dans un autre ordre , soit dans d'autres proportions.
Cette force, dont la cause est ignorée, mais dont les effets sont si sensibles , et forment la base de l'étude de la chimie, a été nommée attraction moléculaire, parce qu elle n'agit k la vérité que sur les dernières particules ou molécules d'un corps.
Le nom de molécules a été donné aux parties les plus petites des corps, à ces fractions si Gnes , qu elles échappent à nos sens. On en distingue deux espèces : i° molécules intégrantes ; a° molécules constituantes.
Les premières sont celles dont l'ensemble forme le corps auquel elles appartiennent , ^t qui toutes sont semblables à la masse d'où elles proviennent. Ainsi si on conçoit un bâton de soufre réduit en poudre et amené à une division extrême, chaque petite parcelle ressemble à la masse ; comme cette dernière , elle est jaune , friable, combustible, et jouit en un mot des mêmes propriétés qui caractérisent la masse de là cette particule ou ces particules semblables au tout , dont elles font partie , sont désignées par le nom de molécules intégrantes.
On nomme molécules constituantes celles qui parleur union forment les élémens des corps. Ainsi dans le sulfure de fer , corps composé de soufre et de fer , deux corps simples, le soufre et le fer sont les molécules constituantes de ce composé : et si on réduit ce sulfure en poudre , chaque parcelle composée comme toute la masse de soufre et de fer , est une molécule intégrante.
D'après ces définitions on voit qu'un corps quelconque n'a jamais plus d'une molécule intégrante, et qu'il peut avoir plusieurs espèces de molécules constituantes. En efFet, qu'un corps soit simple ou composé de plusieurs élémens , il n'a toujours qu'une espèce de molécule intégrante, tandis que, dans le second cas, il a
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autant d'espèces de molécules constituantes qu'il entre de principes différons dans sa composition.
Tous les corps qui composent l'ensemble de la nature sont formés de petites parties ou molécules qui adhèrent les unes aux autres avec une certaine force variable , suivant une infinité de circonstances ; cette dernière a été appelée cohésion ou attraction moléculaire par les physiciens. Son action s'exerce à de très-petites distances sur les parties des corps, ce que Ton peut vérifier en faisant glisser l'un sur l'autre deux plans d'une même substance parfaitement polis ; après le contact il y aura une adhérence telle qu'il sera nécessaire d'employer une force considérable pour produire leur séparation.
Indépendamment de cette propriété physique, il en existe une autre qui sollicite les molécules d'un corps à se porter vers les parties d'un autre corps de nature différente pour les pénétrer , et qui donne naissance à un ' nouveau corps. La force qui préside à ce phénomène a été nommée affinité chimique. Beaucoup de causes peuvent k modifier, telles que i° la cohésion , a°le calorique, 3° l'état électrique , 4* 1» pression , 5° la densité , 6° et les niasses entre lesquelles la combinaison peut avoir lieu.
i° Dans le plus grand nombre de cas, deux corps solides ne peuvent s'unir s'ils n'ont point l'un pour l'autre une grande affinité. Voilà pourquoi on est obligé, lorsqu'on veut les combiner, de les exposer à l'action du calorique, qui , affaiblissant la cohésion , rend prépondérante l'affinité. Beaucoup de combinaisons chimiques s'effectuent de cette manière.
a° Quoique, d'après ce que nous venons de dire, le calorique favorise singulièrement la combinaison chimique, il agit souvent d*une manière inverse, en séparant les molécules qui avaient d'abord été unies. Plusieurs combinaisons sont ains? détruites par le calorique» qui, éloignant les molécules des corps- les
met souvent hors de leur sphère d'attraction. Ainsi , comme nous venons de l'exposer , le calorique peut déterminer la combinaison des corps entre eux , ce qui arrive dans le plus grand nombre de cas , et quelquefois aussi il sépare les élémens qui s'étaient d'abord unis. Ce dernier effet du principe de la chaleur dépend de son intensité; ainsi le mercure absorbe l'oxigènc à une température voisine de son ébullition et se convertit entièrement en deutoxide de mercure -, à Une température plus élevée, il le laisse dégager. Nous aurons l'occasion de Montrer par la suite d'autres exemples de composition et de décomposition parle calorique.
L'électricité joue aussi un rôle important dans l'union des corps , car il est démontré en physique que l'attraction que ce fluide peut exercer a lieu entre des corps qui sont chargés d'électricité opposée ou de nature contraire, tandis que la répulsion a toujours lieu entre des corps animés d'une électricité de môme nature.
3° La pression qui détermine le rapprochement dès parties a principalement une influence marquée sur lés COrps qui sont très-compressibles , tels que les fluides élastiques; elle favorise leur union entre eux où avec certains liquides , et leur affinité avec ces derniers augmente avec le degré de pression qu'ils éprouvent! Nous prendrons pour exemple le gaz acide carbonique, qui ne se dissout que dans son volume d'eau à là température de -f- i5° et à la pression ordinaire de l'atmosphère ; à une pression double ou triple , l'eau pèut en contenir plusieurs fois son volume. Cette combinaison ne peut exister qu'autant que cette force s'exerce, càr si elle cesse tout à coup , le gaz acide carboni-
que reprend sa force élastique, comme une barre d'acier trempé reprendrait sa forme rectiligne , si elle avait été courbée en arc par une force mécanique. Le bouillonnement assez vif qui se produit dans certains
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vins dits mousseux, la bière, le cidre, quelques eaux minérales , lorsqu'on vient à déboucher les bouteilles qui les contiennent, est dû au dégagement du gaz carbonique qui était retenu en dissolution dans ces liquides par la pression du bouchon qui empêchait son expansion. Parmi les combinaisons des fluides élastiques avec les corps solides, il y en a qui se décomposent facilement par la chaleur à l'air libre -, si au contraire on place ces composés dans un espace très-étroit et hermétiquement fermé, et qu'on les chauffe , il n'y aura plus de décomposition ; car alors l'expansion du gaz dégagé, qui serait trèsgrande à l'air libre , ne pouvant plus avoir lieu par la résistance des parois du vase, le corps se trouve soumis à une grande pression , et l'affinité des deux corps l'un pour l'autre n'estpoint détruite. Le marbre, la pierre à chaux, la craie , qui sont des combinaisons d'acide carbonique et de chaux , peuvent nous en fournir des exemples. Si on les calcine à l'air libre, sous la pression de l'atmosphère, 1 acide carbonique se dégage , et on obtient de la chaux vive et caustique ; lorsque l'expérience est faite dans un tube de fer , qui est rempli de l'une de ces trois substances , et qu'on a eu le soin de fermer les ouvertures avant de le chauffer , on ne remarque aucune décomposition , même par une chaleur très-forte.
L'affinité de deux corps l'un pour l'autre varie aussi suivant leurs quantités relatives. Dans la combinaison, l'on observe que l'un adhère d autant plus à l'autre qu'il est en plus petite proportion à l'égard de ce dernier, ce dont il est facile de se rendre compte dans la supposition suivante ; si l'on combine A et B, en deux proportions, savoir : une partie de A avec une partie de B, et une autre partie de A avec deux parties de B , Ton voit que dans la première combinaison une molécule de A sera attirée par une molécule de B. Dans la deuxième , il y aura une molécule de A sur deux molécules de B. Par conséquent , il sera plus
difficile où il faudra une plus grande force pour séparer une partie de A dans la deuxième combinaison que dans la première, où l'affinité ne s exerce que d'une molécule à une molécule. Cette force qui varie entre les différens corps de la nature, préside à toutes les réactions chimiques, et devient un objet continuel de recherches pour le chimiste. Elle n'est peut-être pas établie d'une manière aussi absolue qu'on l'avait d'abord regardée, car la quantité des corps qui sont en présence , la cohésion des uns et la force expansive des autres , la font changer comme Berthollet la très-bien démontré dans sa statique chimique. C'est cependant à l'aide de sa connaissance qu'il est permis au chimiste , la plupart du temps , de décomposer les corps et d'en séparer leurs élémens , et lorsque cette opération, qui est désignée sous le nom d'analyse chimique , est terminée, il lui est souvent possible de donner une preuve de la vérité qu'il a démontrée, en recombinant les corps qu'il avait primitivement détruits; ce qui constitue l'opération inverse à, la première , nommée synthèse. Nous verrons par la suite, bien que tous les corps naturels composés puissent être analysés par le chimiste, que beaucoup , et ce sont principalement ceux tirés du règne organique, ne peuvent être recomposés. Nous indiquerons quelles sont les causes qui s'y opposent, lorsque nous traiterons en particulier de ces substances.