CHAPITRE VI
9 ii>n *r<î ' ' t- »*** ^r.Mjf m h'
Chlore.
Son extraction. — Ses propriétés. — oes combinaisons avec îoxigbne, T hydrogène , le carbone et Hydrogène deuto carbone .
Le chlore, dont la découverte est due à Schéele , chimiste suédois , fut distingué comme gaz particulier en 1774* et désigné alors sous le nom d'acide marin dé" phlogistiquë ; Berthollet lui donna ensuite le nom d'acide muriatique oxigène , parce qu'on le considéra pendant long -temps comme formé d'acide muriatique et d'oxigène ; enfin il fut aussi nommé par quelques chimistes gaz oxi-muriatique.
MM. Gay-Lussac et Thénard annoncèrent en 1809 que tous les phénomènes que présentait le gaz muriatique oxigéné en contact avec les corps pouvaient être expliqués en le supposant un être simple , ou un élément particulier, et que l'oxigène qu'on en dégageait dans quelques circonstances était dû à l'eau qu'il contenait. Cette hypothèse fut quelque temps après soutenue et prouvée victorieusement par les expériences de M. Davy 5 en conséquence ce dernier proposa de lui donner le nom de chlore, mot dérivé de x*wP°s> jaune, verdàtre, à cause de sa couleur particulière.
Le chlore n'existe point à l'état de liberté dans la nature. On le trouve uni à plusieurs métaux et principalc-
i3ô abrégé élémentaire
ment au sodium. "C'est cette combinaison qui constitue la substance qu'on connaît vulgairement sous le nom de sel marin, composé que Ton regarde aujourd'hui comme rrné de chlore et de sodium.
Préparation. Le chlore peut s'obtenir facilement par la réaction de plusieurs de ses composés. Dans les laboratoires on l'extrait par deux procédés diflerens]
Le procédé le plus usité consiste à mettre dans un petit matras terminé par un tube recourbé qui s'engage sous la cuve àeau (voyez pl. III, fîg. 17), une partie de peroxide de manganèse en poudre fine et 5 à 6 partie^ d'acide hvdfochlorique liquide. Par l'action d'une douce chaleur ces deux corps réagissent l'un sur l'autre ; l'hydrogène de l'acide hydrochlorique se porte sur l'oxigène du peroxide de manganèse pour former de l'eau , et le chlore q*i es* mis en liberté se divise en doux parties ; l'une s'uuit au manganèse pour produire du proto-» chlorure de manganèse qui reste dissous , tandis que l'autre se dégage à l'état de gaz et est reçue dans des flacons remplis d'eau.
Daus l'autre procédé , qui est plus économique , ou extrait le chlore du sel marin. A cet effet on mêle intimement dans un mortier de fer trois parties de sel marin (chlorure de sodium ) et une partie de peroxide
manganèse. Lorsque ce mélange est fait , on l'introduit dans up ballon triple en capacité et on y verse peu, * peu, en agitant, deux parties d'acide sulfurique auxquelles ou ajoute deux parties d'eau. Uen résulte par laclion d'we douce chaleur un dégagement abondant de £az chlore, et pour produit fixe, du protosiuTate de so- ^ium ^et du protosulfate de manganèse. Voici commeat jOU peut concevoir cette réaction : l'eau qu'on a ajoutée à l'acide sulfurique se trouve décomposée , son oxjgène se porte sur le sodium pour le faire passer à 1 état de proioxide de sodium, qui s'unit à unepartie de l'acide sulfi^-.
DE CHIMIE. l3l
rique , et son hydrogène convertit le chlore en acide hydrochlorique. Ce dernier est décomposé à son tour par le peroxide de manganèse comme dans le premier procédé , d'où résulte une certaine quanlé d'eau , du chlore gazeux et du protosulfate de manganèse qui reste mêlé au protosulfate de sodium.
Propriétés. Le chlore est un gaz jaune verdâtre, d'une odeur forte et désagréable \ sa saveur est acerbe et styptique \ sa densité est de u,4ai6. Il est impropre à la combustion comme à la respiration. Lorsqu'on y plonge une bougie allumée la flamme pâlit en s'agrandissant, prend une teinte rouge et s'éteint ensuite. Respiré en petite quantité, ce gaz cause un sentiment de strangulation, resserre la poitrine, et produit un véritable catarrhe nasal ; son introduction en plus grande quantité dans les poumons détermine une hémoptysie et par suite la mort.
L'action qu'il exerce sur les matières colorantes végétales ou animales est des plus remarquables : il les détruit toutes et les décolore 5 il est facile de constater .cette propriété en versant de la teinture de tournesol , de l'encre ou tout autre liquide coloré dans un flacon rempli de chlore.
Exposé à une forte pression et à une basse température» le gaz chlore se liquéfie, d après l'observation de JVI. Faraday, sous cet état, il est très-fluide, d'une couleur jaune ci tri ne; sa densité, comparée à celle de l'eau, est de 1, 33; il est si volatil, que sous la pression ordinaire il reprend subitement son état gazeux. a
Le calorique et l'électricité n'ont aucune açtûm sur le -chlore sec, mais lorsqu'il est humide, il est transformé eu acide fcydrochlorique par la décomposition de, l'eau qu'il contient. • > , .. •
Pour vérifier ce résultat on dispose dans un fourneau à réverbère un tube de porcelaine bifurqué à l'une de ses extrémités, et terminé à l'autre par un tube recourbé qui
l3a ABRÉGÉ ÉLÉMENTAIRE
s'engage sous une terrine remplie d'eau (voyez pl. III, fig. 19). On met en communication le tube de porcelaine d une part avec une petite cornue à moitié remplie d'eau, et de l'autre avec un appareil d'où se dégage du chlore. Si lorsque le tube] est porté au rouge , on fait passer tout à la fois du gaz et de la vapeur d'eau, celle-ci est décomposée, le chlore s'unit à son hydrogène pour former de l'acide hydrochlorique qui se dissout dans l'eau de la terrine , et l'oxigène dégagé se rend seul dans la cloche qui termine l'appareil.
C'est parce qu'on avait obtenu ce résultat sur du gaz chlore renfermant de l'humidité , qu'on avait conclu à une certaine époque qu'il contenait de l'oxigène. Mais lorsqu'il est bien desséché, la température la plus élevée ne lui fait éprouver aucune altération.
• L'air n'exerce aucune action sur ce gaz ni à froid ni à chaud 5 ils se mêlent tous les deux sans se combiner.
L'eau à la température de + 20 et sous la pression de om,,n6, dissout une fois et demie son volume de ce gaz. On obtient facilement cette solution en faisant passer du chlore gazeux à travers de l'eau distillée (voyez Pi. III , fig. 18). On dégage d'un ballon du chlore par Tun des moyens indiqués 5 le gaz qui en provient est d'abord reçu dans un premier flacon contenant un peu d'eau pour le laver et lui enlever l'acide hydrochlorique qu'il pourrait entraîner: Après ce lavage , il va se rendre au fond d'un grand flacon rempli presque entièrement d'eau froide et qu'on maintient à cette température au moyen de linges mouillés. L'excès de gaz qui ne peut se dissoudre dans l'eau se perd dans une cheminée, par un tube de décharge; on pourrait si l'on voulait le faire plonger dans l'eau d'un second flacon.
La solution aqueuse de chlore ainsi préparée à la couleur et l'odeur caractéristique du gaz 5 son action sur les matières colorantes est aussi la même. Exposée à tin rer
froidissement de 3 à 4 degrés au -dessus de o, il s'y forme des cristaux lamelleux, dune couleur jaune citriné, qui sont une combinaison à proportions dé6nies d'eau et de chlore ( hydrate de chlore ). Ces cristaux contiennent à peu près les ^ de leur poids d'eau. Ils sont permanens à la température où ils se sont formés , mais ils se fondent à -f- 20 et se résolvent en liquide, en laissant dégager avec effervescence une partie de leur chlore. Lorsqu'on expose à l'action directe de la lumière solaire une solution de gaz chlore dans l'eau, il en résulte des phénomènes analogues à ceux que nous avons décrits ci-dessus, en parlant de l'action de ce gaz sur l'eau à une haute température. On observe d'abord qu'elle se décolore peu à peu, qu'elle laisse dégager de petites bulles d'un gaz qui présente tous les caractères del'oxigène, et qu'à mesure qu'elle s'altère ainsi, elle perd toutes ses propriétés et se transforme en un liquide incolore acide. Dans cette circonstance , l'eau se trouve aussi décomposée \ son hydrogène s'unit à une partie du chlore pour former de l'acide hydrochlorique qui reste disssous , tandis que l'oxigène se partage en deux parties y l'une se dégage à l'état (îe liberté, et l'autre entre en combinaison avec une partie du chlore et constitue de l'acide chlorique qu'on trouve dans l'eau mêlé à l'acide hydrochlorique.
. Les mêmes effets sont produits à la lumière diffuse, mais plus lentement. C'est pourquoi dans les laboratoires on est obligé de conserver cette solution à l'abri de la lumière , en la mettant dans un endroit obscur , ou ce qui est préférable , en recouvrant de papier noir toute la sur? face du flacon qui la contient.
Chlore et oxigène.
T . .if;-.**.-.
Lie chlore et. 1 oxjgène se combinent en quatre propos
tionset forment deux oxides gazeux et, deux a,ç#§s , sa*-
l34 Abrégé ÊLêtfEirtAniE
voir : le tyrbloQâe de chloré , le deutoxlde dè chtore, Y acide chloriqué et Y acide përéhlorique.
Aucun dé ces composée iië £eut être produit dlrectément; leur formation n'a lieu que dans certaines circonstances.
Protoxide de chlore. Ce composé, découvert par sir Humphry Davy, ne peut être obtenu qu'en traitant le chlorate de potasse par l'acide hydrochlorique faible. A cet effet on chauffe dans un petit ballon , muni cl un tube recourbé qui s'engage sur là cuve a mèrciiré, une partie de chlorate de potasse en poudré sur laquelle ôû a versé les ~ de son poids d'acide hydrochlorique étendu d'eau. Par l'action d'une douce chaleur ily a décomposition du chlorate de potasse par l'acide hydrochlorique. Une portion de celui-ci se porte sur la potasse pour for* mer de TeaU et du chlorure dé potassium, qui reste dissous dans l'eau , tandis que l'autre partie est décomposéé par l'acide chloriqué j son hydrogène s'unit à une partie de l'oxigène de l'acide chloriqué d'où résulte du chlore qui provient aelsacide hydrochlorique, et du protoxide de chlore qui a été formé aux dépens de l'acide chldrique en partie désQxigené.
En recevant ce gaz sur le mercure , le chlore libre est absorbé et le protoxide reste à l'état de pureté.
Propriétés. Le protoxide de chlore est un gaz d'une coulçùr jaune citriftfe plus foncée que celle du chloré', son odeur est forte et ressemblé à celle du sucré brûlé. Il est impropre à la respiration. Sa densité est dé 2,4oô. tiomme le chlore il agît sur les douleurs végétales ët léé détruit en peu de temps.
Exposé à l'action d'une douce chaleur, il est décomposé en ses élémens , et Son vbltime est augmenté d'un cinquième. D'après M. Davy , cinq volumes de ce gaz sont Ira'ri&ormës en sifc voîtimèS composés de quatre volumes 3e gâVcnfttfè, è% dèu* Volume* d'tfxigène. La décompo-
DR CHIMTTÎ. î35
sîtion de ce g& est si facile que la chaleur delà m ahi suffit pour la déterminer avec explosion - auisi ne dôlt-on le transvaser qu'avec précaution d'une cloche dans uneait*tre. LV.'iu , a la température ordinaire, en dissout à pWi près huit fois son volume , et acquiert la couleur et l'odeur particulière du gaz.
Quelques chimistes regardent ce gafc comme un mélange de chlore et de deutoxide de chlore, mais cette opinion n'a pas été généralement adoptée.
Deutoxide de chlore.
Gfc composé de chlore et d'oxigène a été découvert , à peu près en même temps, par MM. Davy et von Stadion. On l'obtient de la manière suivante : après avoir fait une pâte avec du chlorate de potasse pulvérisé et de lacide sulfurique étendu deson poids d'eau, on en remplit presque entièrement un tube de verre d'un demipouce de diamètre sur quatre à cinq pouces de long et bouché à l'une de ses extrémités, puis on adapte à ce tube un autre tube recoin hé d'un diamètre très-étroit , qui s'engage sous la cuve à mercure. En plaçant l'appareil verticalement dans un vase rempli d'eau qu'on échauffe peu à peu, il s'en dégage abondamment du deutoxide de chlore qu'on recueille sous des cloches remplies de mer* cure. Dans cette opération , l'acide suliurique s'empare seulement d'une partie de la potasse et la transforme ei* sulfate acide de potasse , l'acide chlori que qui lui était uni cède une partie de son oxigène à l'acide chlorique qui reste combiné à l'autre partie de potasse , et le fait passer à l'état d'acide perchlorique , en passant lui-même* à l'état de deutoxide de chlore qui se dégage. Par conèé-» quent le résidu* de cette décomposition est uri mélange de bi-sulfatc de potasse, de perchlorate de potasse et de chlorate de potasse non décomposé.
Propriétés. Le deutoxide de chlore est un gfifc d'utte
i36 abrégé élémentaire
couleur verdàtre, d'une odeur aromatique particulière , qni ne participe en rien de celle du chlore. Il est permanent à la température et à la pression ordinaire, mais on peut le liquéfier par une forte pression. Son action sur les matières colorantes est la même que celle du protoxide.
Lorsqu'on chauffe ce gaz à la température de -|- 100% il est décomposé tout à coup avec plus de violence que le protoxideet avec un dégagement très-sensible de lumière.
L'eau dissout une assez grande quantité de ce gaz et en contracte ainsi l'odeur et la saveur astringente.
La composition de ce gaz est facile à déterminer en le soumettant à l'action de la chaleur. Suivant M. Davy , deux volumes de ce gaz , en les décomposant , sont convertis en trois volumes , qui consistent en deux volumes d'oxigène et un volume de chlore.
Acide chlorique.
. Cet acide, dont l'existence avait été soupçonnée par Berthollet dans les sels qu'on connaissait autrefois sous lenom demuriates suroxigénés, et qui sont aujourd'hui désignés sous le nom de chlorates, a été isolé pour la première fois par M. Gay-Lussac. On l'obtient en décomposant le chlorate de barite dissous dans quatre à cinq parties d'eau j ar une quantité convenable d'acide sulfu- 4que affaibli. La barke est précipitée à l'état de sulfate insoluble, et l'acide chlorique, mis en liberté , reste en solution dans l'eau, ^près avoir séparé le sulfate de barite par la fil ira don, on évapore à une douce chaleur la solution, d'acide chlorique jusqu'en consistance demi sirupeuse.
Propriétés. L'acide chlorique est un liquide incolore, inodore , d'une saveur acide. Sa solution dans l'eau rougit les couleurs bleues végétales sans les détruire. •Si, lorsqu'il a été amené en consistance sirupeuse, Son
fiE CHIMIE. l37
le chauffe, il est décomposé partiellement en un mélange de chore et d'oxigène.
Cet acide se combine avec la plupart des oxides et forme des sels plus ou moins solubles.
D'après quelques considérations analytiques sur cet acide , M. Gay-Lussac a établi qu'il était composé de cinq volumes d'oxigène pour un volume de chlore.
L'acide chlorique n'existe point dans la nature ; il se produit dans la réaction du chlore sur les oxides métallique dissous ou délayés dans l'eau. ( Voyez Chlorates. )
Acide perchlorique.
Cet acide aéléobservéparM. le comte von Sladiondaus le résidu de l'action de l'acide sulfurique sur le chlorate de potasse. On l'obtient en lavant ce résidu dans l'eau jusqu'à ce qu'il ne donne plus de traces d'acidité. Le sulfate acide de potasse et le chlorate de potasse sont dissous, et le perchlorate reste insoluble. Pour en séparer l'acide perchlorique on le mêle avec la moitié de son poids d'acide sulfurique étendu d'un tiers d'eau, et on distille à une douce chaleur-, l'acide perchlorique dégagé se réduit en vapeur et se condense tout entier dans le ballon.
Propriétés, Cet acide est un liquide incolore , inodore , qui rougit le tournesol sans le détruire. Exposé à la chaleur de -f- i5o°, il se volatilise sans décomposition ; ce qui prouve que ses élémens sont plus intimement unis que dans l'acide chlorique. Sa composition paraît être de sept volumes d'oxigène pour un volume de chlore.
Chlore et hydrogène.
Le chlore et l'hydrogène ne s'unissent qu'en une seule proportion. Ce composé qui constitue l'acide hydrochlo-
i38 Abrégé Été ment a ire
Tiqué -, était connu autrefois sous le nom d1 acide maHn , acide muriatique.
On peut l'obtenir directement en mêlant lè chlore* et l'hydrogène et en les exposant , soit à la lumière diffuse , soit à celle du soleil , soit enfin à l'action de la chaleur. Dans le premier cas la combinaison est lente , elle se fait dans l'espace de quelques jours ; dans le second elle a lieu si rapidement , qu'à l'instant où le mélange est frappé par un rayon de soleil , il y a une détonation si forte , que le flacon est brisé tout à coup par l'expansion qu'acquiert le composé qui a été formé. C'est pourquoi il est nécessaire de prendre des précautions en faisant cette expérience , pour éviter le danger d'être blessé par les fragmens de verre. Après avoir fait le mélange des gaz, on doîtplacer le vase qui les renferme dans un endroit d'où l'on puisse l'éclairer à volonté , sans le tenir dans les mains.
Lorsqu'on veut opérer la combinaison de ces deux gaz à l'aide de la chaleur , on fait passer sur l'eau , dans un flacon d'un quart de litre environ , parties égales dé gaz chlore et d'hydrogène, et après l'avoir bouché on l'âgite pour les bien mélanger. Si alors on l'entoure d'une serviette pliée en plusieurs doubles ^ et qu'après l'avoir débouché, on en approche l'ouverture d'une bougie allumée , à l'instant la réaction a lieu, il en résulte utië détonation et la formation des vapeurs blan^ cW qui Sont du gaz acide hydrochlorique. Un char-4 bon incandescent ou un morceau de brique échauffée à 200° produiraient le même effet. *
Dans l'obscurité parfaite, il n'y a aucune action en-* trè ces deux gaz ; mais si l'on expose leur mélatigeà U lumière diffuse , la couleur jaune du chlore disparaît peu à peu par suite de la formation du gaz hydrochloriqiiei Cette expérience peut être facilement faite en £renànt un flacon et un ballon a long col > d'une égale capacité |
tJB CHIMIE. l3g
et les remplissant l'un de cblore et l'autre de gâa hydrogène, tous les deux parfaitement secs. Si l'on ajuste le col du ballon dans le goulot du flacon et qu'après avoir îuté les deux Orifices , on abandonne l'appareil à lui* même dans un coin du laboratoire , qui ne puisse recevoir directement les rayons du soleil , on remarque au bout de quelques jours que le mélange a perdu près-» que entièrement sa couleur jaune et que par son exposition au soleil il sè décolore tout-à-fait en très-peu de temps. En examinant alors le produit formé, on reconnaît que le gaz acide hydrochlorique qui est résulté de cette réaction est précisément égal à la somme des deux gaz employés.
Le gaz hydrochlorique se prépare dans les laboratoires en traitant le cblorure de sodium par l'acide sulfurique concentré. L'eau que contient ce dernier se trouve décomposée j son oxigène est attiré par le sodium qui passe à 1 état d'oxide de sodium ( soude) et s'unit à l'acide sulfurique pour former du sulfate de soude j son hydrogène se porte sur le chlore pour constituer le gaz acide hydrochlorique qui se dégage et qu'on doit recueillir sur le mercure.
L'appareil qu'on emploie pour cette opération est très-simple -, il consiste en un petit ballon ou fiole de verre, au col de laquelle on a adapté un tube recourbé. On met dans la fiole une certaine quantité de sel marin en poudre, on verse par-dessus assez d'acide sulfurique pour l'humecter, puis on ajuste le tube qu'on a préparé d'avance. Il se produit aussitôt une vive effervescence due au dégagement du gaz hydrochlori* t|ue ; on laisse perdre les premières portions qui sont mélangées avec l'air qui était contëntf dans le* vases , et ensuite on le recueille dans des cloches Ou flacon ri remplis de mercure. Lorsque le dégagement Se ralentit
i4o abrégé élémentaire
on chauffe légèrement. Une petite quantité de sel marin fournit plusieurs litres de ce gaz.
Propriétés. Le gaz hydrochlorique est un gaz permanent à la température et à la pression ordinaire ; il est incolore , d'une odeur acide très-piquante. Sa densité est de 1,247 5 ^ impropre à la respiration ainsi qu'à la combustion. Mis en contact avec l'air, il répand des vapeurs blanches abondantes qui résultent de la combinaison de ce gaz avec l'eau que contient l'atmosphère. Il rougit fortement la teinture de tournesol comme tous les composés acides , et précipite abondamment en flocons blancs la solution de nitrate d'argent ainsi que celle de protonitratc de mercure.
Ce gaz, suivant M. Faraday, peut être liquéfié par une forle pression et un abaissement de température (Annales de chimie et de physique, tome xxrv.) Soumis à l'action delà chaleur, il n'éprouve aucune altération à aucune température.
L'air n'exerce point d'action sur ce gaz ni à froid ni à chaud ; il lui cède seulement l'eau qu'il peut contenir et le condense en vapeurs blanches.
L'eau a une si grande affinité pour le gaz hydrochlorique qu'elle peut en dissoudre , à la température de -f- 20 et à la pression de om- 76, 46*4 f°'5 son volume. La glace jouit même de la propriété de l'absorber avec rapidité. On démontre la solubilité de ce gaz dans l'eau en remplissant une cloche de gaz hydrochlorique pure, et la plaçant sur une soucoupe contenant du mercure pour intercepter toute communication entre le gaz et l'air extérieur. Si on la plonge dans cette position , au fond du ne terrine remplie d'eau, et qu'on soulève la cloche, à l'instant l'eau s'y élève avec tant de rapidité que l'œil peut à peine en suivre l'ascension. Il arrive souvent que la secousse qui en résulte peut briser la cloche lorsqu'elle n'est pas trop épaisse.
DE CHIMIE. l$t
La solut ion du gaz hydrochlorique dans l'eau se prépare dans les laboratoires en faisant passer ce gaz à travers une certaine quantité de ce liquide. Cette opération s'exécute avec l'appareil représenté planche III , fig. 20. On dispose un vaste ballon de verre sur un fourneau au moyen d'un triangle de fer , et on le met en communication avec trois flacons de Woulf , munis de tubes droits de sûreté. Le premier flacon ne contient qu'une trèspetite quantité d'eau qui est destinée à laver le gaz. Les deux autres n'en sont remplis que jusqu'au tiers. Après avoir introduit le sel marin fondu et pulvérisé dans le ballon , on lute bien toutes les jointures , et on verse peu à peu, par le tube à boule en S, autant d'acide suif inique étendu du tiers de son poids d'eau qu'on a employé de sel. Il en résulte même à la température ordinaire un dégagement de gaz qui , après avoir chassé l'air du ballon, se rend dans l'eau du premier flacon , s'y dissout et ne tarde pas à la saturer ; de là il passe dans l'eau du second et du troisième flacon qu'il sature successivement. A mesure que l'eau absorbe le gaz hydrochlorique , on observe qu'elle augmente de volume et s'échaufie beaucoup , ce qui affaiblit son action dissolvante.
Toutefois la quantité d'eau qu'on veut saturer de gaz hydrochlorique doit être limitée par rapport à la quan* tité de sel marin. . -m
L'expérience a appris qu'une livre de sel suffisait pour opérer, à la température de + ao> 1* saturation de 11 onces d'eau distillée.
Cette solution d'acide hydrochlorique était connue au»* trefois sous le nom d'acide murialique, acide marin; dans le commerce on la désigne encore sous le nom à' esprit de sel.
Cet acide, à l'état de pureté, est un liquide blanc, trèsacide et caustique , d'une odeur piquante très-forte 5 sa densité, lorsqu'il est le plus concentré possible, est de
l4* A.BUÉGÉ ÉLÉME3STAITIE
L,aio; exposé à l'air, il répand des vapeurs blanches abondantes comme le gaz lui-même , et (fui sont dues à la mèmecause. Les réactifs agissent sur cette solution comme çur le gaz lui-même. C'est sous cet état que l'acide hydrochlorique est employé dans les laboratoires et dans les arts. Celui qu'on trouve dans le commerce et qui est le résultat d'une fabrication en grand est toujours impur ; il est coloré en jaune foncé par un peu de perchloruxe de fer, Qn peut le purifier, par la distillation dans des cornues de verre , pour les usages ordinaires.
La composition du gaz bydrocblorique est facile à déterminer par l'analyse et par la synthèse ; déjà nous avons fait remarquer que le chlore et l'hydrogène s'unissaient pour former ce gaz à volumes égaux, et qucconséquemment un volume de gaz hydrochlorique contenait un demi-volume de chlore et un demi-volume d'hydrogène , sans condensation.
La densité de ce gaz en est une preuve évidente ; ear ai Ton fait la somme de la demi-densité du chlore et l'hydrogène, on obtient un nombre qui diffère peu de celui donné par l'expérience.
On arrive, d'un autre côté, à la confirmation de ce résultat en décomposant le gaz hydrochlorique par le potassium. Ce métal absorbe à l'aide de la chaleur tout le chlore et laisse le gaz hydrogène, dont le volume, après l'opération, est précisément égal à la moitié du volume du gaz hydrochlorique.
D'après toutes ces considérations, l'acide hydrochlorique est composé de - •• .
x volume de chlore tQU en qjjs Ç chlore 97,26
1 volume d'hydrogène \ °U Cn S \ hydrog* 3,7 £
. < - ioo^oa Chlore et carbone»
Le chlore ne peut se combiner à aucune température
DE CHIMIE. %fô
avec le carbone. Lorsqu'on met en contact le chlore avec le charbon à une chaleur rouge , l'hydrogène que contient ce dernier s'unit au chlore , d'où résulte seulement du gaz hydrochlorique.
Lorsque le chlore réagit sur certains composés qui renferment du carbone , il peut se combiner avec celuici, former une véritable combinaison, et dans des pro-» portions variables.
L'existence de deux composés de chlore et de carbone a été signalée la première fois , il y a quelques années , par M. Faraday , chimiste anglais. Ils ont été obtenus en faisant agir, à l'action de la lumière, le gaz chlore sur
Fhydrocarbure de chlore ( combinaison de gaz hydrogène deutocarboné et de chlore ). A mesure que le chlore est absorbé, il y a décomposition de ce liquide, forma-» tion d'acide hydrochlorique et deperchlorure de carbone qui apparaît sous la forme d une masse blanche cristallisée en aiguilles. Pourpuriiiéf ces cristaux, on lea lave avec de l'eau alcalisée pour enlever l'acide hydrochlori-» que, puis après les avoir dissous dans une petite quantité d'alcool , on les précipite par l'eau et on les dessèche bien entre du papier joseph.
Ce perchlorure présente les propriétés suivantes : il est solide, blanc, transparent après sa sublimation, et cristallise en petites aiguilles ou lames; son odeur est aromatique et comme camphrée ; sa densité est de 2,000. Exposé à l'action de la chaleur, il fond à -|- 160, entre en ébullition à -f- 182, et se volatilise en partie sans altération.
L'air et l'oxigène sont sans action sur lui^ il est si peu combustible qu'il ne peut brûler qu'en le plongeant dans la flamme de l'alcool } en brûlant ainsi , il colore la flamme en rouge et produit des fumées abondantes, acides. L'eau ne peut le dissoudre -, il n'y a que l'alcool , l ether sulfurique et les huiles qui jouissent de cette pro-
ï44 Abrégé élémenïathe
priété. Ce perchlorure est formé , d'après l'analyse de
M. Faraday, sur cent parties de •
Chlore 89,72
Carbone 10,28 100,00
Le protochlorure s'obtient en faisant passer le percbîorure en vapeurs, à travers un tube de porcelaine rouge de feu et contenant des fragmens de porcelaine pour multiplier les contacts. Les produits de cette décomposition sont du gaz chlore et du protochlorure qu'on reçoit dans un tube courbé, qu'on entoure de glace, et qui est placé à l'une des extrémités du tube de porcelaine. Le protochlorure qui se condense est mêlé de chlore et de perchlorure 5 on le chauffe pour chasser le premier, et par une distillation ménagée on l'isole du dernier qui est moins volatil.
Propriétés, Le protochlorure est un liquide incore, très-limpide, d'une odeur* aromatique. Sa densité est de i,55o; il entre en ébullition à -f- 7l0« L'eau, l'alcool et l'éther agissent sur lui comme sur le perchlorure. 11 est composé de
Chlore 70,66 Carbone 29,34 ; ' .. .. 106,00
Un autre composé de chlore et de carbone a été découvert depuis en Suède-, il paraît intermédiaire aux deux précédens d'après l'analyse qui en a été faite.
Combinaison du chlore avec le gaz oxide de carbone , ( chlorure d'oxide de carbone ).
Ce composé , qui a été découvert par M. John Davy t s'obtient en mettant dans un flacon sec parties égales de gaz chlore et de gaz oxide de carbone également desséchés. Si l'on expose ce mélange pendant un quart d'heure environ à la lumière du soleil , la combinaison
DE CHIMIE. l45
s'effectue , et la couleur jaune du chlore disparaît entièrement. En ouvrant alors le flacon sous un bain de mercure , le métal remonte jusqu'à la moitié du flacon, ce qui prouve que les gaz se sont contractés, par leur union, de la moitié de leur volume. C'est en raison de la formation de ce composé, sous l'influence de la lumière, que M. Davy avait proposé de le désigner sous le nom de gaz phosgène (fwç, lumière , 7«voç , engendré ) .
Propriétés. Ce composé est un gaz incolore, d'une odeur forte et piquante qui excite le larmoiement. Sa densité est de 3,399. H est impropre à la combustion et rougit fortement le tournesol.
Lorsqu'on le met en contact a\ec l'eau , il est promptement absorbé; mais celle-ci se décompose et se transforme en acide carbonique et en acide hydrochlorique. L'on voit évidemment que l'oxigène se porte sur l'oxide de carbone , et l'hydrogène sur le chlore.
Les métaux qui ont beaucoup d'affinité pour le chlore en opèrent la décomposition en absorbant le chlore et mettant en liberté le gaz oxide de carbone.
Le chlorure d'oxide de carbone est composé , d'après ce que nous avons exposé ci-dessus , d'un volume de gaz chlore et d'un volume de gaz oxide de carbone , condensés en un seul volume , ou en poids de :
Chlore 71 ,63
. Oxide de carbone. '28,37
Combinaison du chlore avec le gaz hydrogène deutocarboné ( hydrocarbure de chlore).
Parmi les deux composés gazeux d'hydrogène et de car- Loue, il n'y a que le gaz hydrogène deuto-carboné qui puisse s'unir au chlore. En mêlant, sous l'eau, volumes égaux de ces deux gaz , il y a condensation et précipitation sous les parois du vase d'un liquide huileux qui les mouille et tombe bientôt au fond.
ï46 .ABlfet ÉLÉMENTAIRE
On obtient ce composé en assez grande quantité en faisant rendre dans un ballon, d'un côté du gaz chlore , et de l'autre du gaz hydrogène deutocarboné. Si Ton règle l'opération de manière que ce dernier soit en excès , le composé est neutre ; dans le cas contraire il est plus ou moins acide , par suite de l'action du chlore sur le produit. Toutefois , après sa formation , il est nécessaire de le laver à plusieurs reprises avec de l'eau.
Propriétés. L'hydrocarbure de chlore est un liquide incolore , d'une odeur éthérée très-agréable $ sa saveur est sucrée , chaude et aromatique $ sa densité est de 1,220 ; il bout à -(- 66°, 7. Il est sans action sur la teinture de tournesol. Exposé à l'action de la chaleur , il bout et se volatilise en se colorant peu à peu ; mis en contact à l'air avec un corps enflammé, il brûle à la manière des essences , en produisant une flamme verte , et une fumée épaisse , piquante et acide , qui laisse déposer du noir de fumée sur les corps froids.
Soumis à l'action d'une chaleur rouge, l'hydrocarbure de chlore se décompose et fournit, comme MM. Ro- * biquet et Colin l'ont prouvé (Annalesde chimie et de physique 1. 1, p. 33), un dépôt abondant de charbon, et un mélange de gaz hy drochl or i que e t d'hydrogène p roto carboné .
Il paraît composé, d'après les résultats qu'ont obtenus ces chimistes, et la densité de sa vapeur, de volumes égaux d'hydrogène deutocarboné et de chlore.
Le chlore, sous l'influence de la lumière solaire , mis en contact avec l'hydrocarbure de chlore , réagit peu à peu sur ses élémens et le convertit en acide hydrochlorique et en perchlorure de carbone.
Usages du chlore.
L'action qu'exerce le chlore sur les matières organiques le rend propre, comme l'a proposé le premier Berthollet , pour blanchir les tissus de lin et de chuiu-
vre. Ce procédé est aujourd'hui mis en pratique dans les arts j ou emploie le chlore , pour ces opérations , ou dissous dans l'eau , ou combiné aux oxides de potassium, de sodium et de calcium. Dans toutes ces réactions , il agit par 1 affinité qu'il a pour l'hydrogène en se convertissant en acide hydrochlorique.
Son emploi à l'état de gaz, pour désinfecter Pair chargé de miasmes putrides , est une des applications les plus heureuses et les plus utiles que Ton doit à Guyton de Morveau.
On opère facilement la désinfection de l'air chargé d'émanations putrides, en dégageant dans le lieu même une certaine quantité de ce gaz , après avoir toutefois éloigné les hommes ou les animaux, qui pourraient être fortament incommodés par l'action que ce gaz exerce dans l'économie .
Divers appareil s fumi gatoires ont été établ is pour opérer à volonté un dégagement de ce gaz , soit dans les chambres, auprès des lits des malades, soit dans les é tables ou bergeries , auprès des animaux.
Tout récemment on a constaté les bons effets de 1 mspiration de petites quantités de gaz chlore dans quelques maladies du poumon. ! ;