CHAPITRE VII
Brôme.
Son état naturel. — Son extraction. — . Ses propriétés.— Ses combinaisons avec Toxigène, V hydrogène, le carbone , thydrogène deutocarboné et le chlore.
Le brôme, par l'ensemble des composés qu'il forme avec les autres corps simples, a la plus grande analogie avec le chlore 5 niais il s'en distingue par un grand nombre de caractères différons.
Ce singulier corps a été découvert, en 1826, par M. Balard, préparateur du cours de chimie à la faculté des sciences de Montpellier.
Sa présence fut remarquée pour la première fois dans les eaux mères des marais salans , où il existe en combinaison avec le magnésium (bromure de magnésium). De puis on Ta rencontré dans l'eau de la mer en proportion très-faible et dans d'autres eaux salées et minérales , et il est probable que, dans beaucoup de circonstances , il se trouve en solution avec le chlorure de sodium.
L'extraction du brôme des eaux mères des salines qui le contiennent est fort simple ; elle est fondée sur la plus grande affinité qu'a le chlore pour les métaux avec lesquels il peut être uni.
Deux moyens ont été indiqués par M. Balard , pour retirer le brôme. Le premier consiste à faire passer un courant de gaz chlore dans les eaux mères du sel et à soumettre à la distillation , dans une cornue, le liquide , en ayant la précaution de conden'ser les vapeurs jaunes rutilantes qui s'en dégagent , soit dans un ballon , soit dans un tube de verre entouré d'un mélange réfrigérant.
Le second moyen , auquel M. Balard accorde la préférence , repose sur la solubilité du brôme dans l'éther sulfurique. Après avoir fait passer du chlore dans l'eau mère où existe le brôme , on agite fortement dans un flafcon le liquide avec une certaine quantité d'éther -, en l'abandonnant alors à lui-même , il s'opère une séparation } l'éther, coloré en rouge hyacinthe par le brôme qu'il a, dissous, surnage l'eaumèrequi est alors décolorée.
Pour séparer le brôme de la solution ëihérée , on agite à son tour celle-ci avec une solution de potasse caustique ; il en résulte la décomposition de cet oxide et la formation de brômurc de potassium soluble et deLromate de potasse qui lest peu et qui se précipite. En évaporant la liqueur on obtient le bromure de potassium qu'on
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mélange avec le tiers de son poids de peroxide de manganèse , et qu'on traite ensuite par l'acide sulfurique étendu dans une cornue munie d'un ballon contenant de l'eau.
Dans cette opération le peroxide de manganèse agit comme dans l'extraction du chlore ; il décompose l'acide hydrobrômique qui est dégagé par l'acide sulfurique. Les vapeurs de brôme qui en proviennent se condensent en partie sur les parois du col de la cornue en un liquide rouge foncé qui , en raison de sa plus grande densité, se précipite au fond de l'eau, sans se dissoudre en quantité sensible ; d'ailleurs la couebe d'eau qui le recouvre en étant saturée, empêche la dissolution de nouvelles parties. Quoi qu'il en soit, pôur obtenir le brôme pur, il est encore nécessaire de le distiller dans une petite cornue avec du chlorure de calcium qui absorbe l'eau qu'il peut contenir ( Annales de chimie et de physique , tome xxxn, pag. 34^).
Propriétés. Le brôme, à la température ordinaire, se présente sous la forme d'un liquide rouge si foncé qu'il parait noir par réflexion, et d'un rouge hyacinthe vu par réfraction \ il a une odeur forte et désagréable , ce qui lui a fait donner le nom qu'il porte et qui est dérivé dé ppwpoç (mauvaise odeur). Sa saveur est forte, acre et caustique-, aussi agit-il puissamment sur l'économie animale • sa densité est de 2,966. Il se solidiBe en une masse cristalline à — 200. Mis en contact avec la peau , il la colore en jaune foncé en la corrodant -, sa volatilité est si grande, qu'une goutte versée dans un grand flacon se vaporise à l'instant, et le remplît d'une vapeur jaune rutilante, impropre à la combustion ; il détruit rapidement les matières colorantes et se comporte à cet égard comme le chlore.
Exposé à l'action de la chaleur , le brôme bout à -f- 47% et se réduit promptement en vapeurs. Il n'éprouve aucune altération même à une température rouge,
ÀURÉGÉ ÉLÉMENTAIRE
L'eau n'en dissout que de petites quantités 5 ses véritables dissolvans sont l'alcool et l'étber.
Le brôme ne paraît pas susceptible de décomposer Feau comme le fait le chlore. Suivant M. Balard, on n'observe aucune décomposition de celle-ci en faisatttpasser du brème et de la vapeur d'eau à travers un tube de porcelaine porté au rouge.
Brôme et oxigène. ( Acide bromique. )
On ne saurait unir directement le brôme avec Fo xigène ; mais lorsque ce dernier se trouve à l'état de gaz naissant, il y a combinaison entre ces deux corps et formation* d'un acide désigné sous le nom d'acide brômique.
Cet acide se produit toutes les fois que lebrôme agit sur quelques-uns des oxides métalliques en présencfe de l'eau } l'oxigène de l'oxide se porte sur le brôme et l'acidifie , tandis que ce métal s'unit à une autre portion du brôme pour former un brômure. Telle est la manière d'agir des solutionsd'oxide de potassium, de sodium, de barium etc. * sur le brôme.
L'acide brômique se retire facilement du proto-brômate de barium qui se forme dans l'une des circonstances que nous avons indiquées. ci-dessus. On fait une solution aqueuse de ce sel, et on la précipite par une quantité convenable d'acide sulfurique. Le protoxide de barium s'unit à Facide sulfurique et forme du sulfate de barite insoluble , tandis que Facide brômique reste en solution dans Feau ; on le sépare de la plus grande partie de celleci- par une évaporation lente , ou par son exposition dans le vide.
Propriétés. L'acide brômique est sous la forme d'un liquide sirupeux, incolore, inodore, d'unesaveur très-acide *, il rougit la teinture de tournesol , et peu de temps après la décolore , ce qui prouve le peu d'affinité qu'ont ses «té-
DE CHIUIE. l5ï
mens ; exposé à Faction de la chaleur , il 6e décompose en partie en brème et en oxigène, et l'autre partie se vaporise sans éprouver d'altération sensible.
La plupart des acides minéraux peuvent le décomposer , principalement ceux qui ne sont pas saturés d'oxif gène; quelques hydracides jouissent aussi de cette propriété. »
Il est composé, d'après les résultats que fournissent quelques brômates par l'action du feu , de :
Brome (34, Ck)
Oxigène 55^'
Cet acide est le seul composé d'oxigèue et de brome crue l'on connaisse.
Brome et hydrogène. ( Acide hydrobromique. )
Le brème et l'hydrogène ne peuvent s'unir qu'avec difficulté ; il n'y a aucune action entre ces deux corps en exposant leur mélange à l'influence des rayons solaires \ on ne parvient à les combiner que partiellement par l'action du calorique, soit en approchant de la flamme d'une bougie le flacon qui renferme le mélange de vapeurs de brème et d'hydrogène, soit en y plongeant un corps rouge de feu. Sous ce rapport le brème aurait moins d'affinité pour l'hydrogène que le chlore , puisque ces deux derniers se combinent aisément dans les mêmes circonstances.
Lorsque le brème se trouve en présence du gaz hydrogène naissant, ou de composés hydrogénés, il se transforme toujours en acide hydrobrèmique. C'est sur cette propriété que repose sa préparatidh.
Pour obtenir cet acide à l'état de pureté, on combine d'abord le brome et le phosphore, et onfait agirTeausur
i5a Abrégé élémentaire
ce composé. L'oxigène de celle-ci se porte sur le phosphore pour former de l'acide posjmoreux ou phosphorique, suivant la quantité de phosphore qui existe dans ce composé, et son hydrogène s'unit au brôme et produit du gaz hydrobrômique qu'on peut recueillir dans des cloches sur la cuve à mercure.
Le brôme ét le phosphore , mis en contact et humectés avec quelques gouttes d'eau, laissent aussi dégager abondamment de ce gaz.
Propriétés, L'acide hydrobrômique est gazeux à la température ordinaire ; il est incolore , d'une odeur acide et piquante. Mis en contact avec l'air , il répand des vapeurs blanches plus denses que celles de l'acide hydrochlorique, et qui provoquent aussi fortement la toux. Une chaleur rouge ne lui fait éprouver aucune altération , même lorsqu'il est mélangé avec l'oxigène.
L'air sec n'a point d'action sur ce gaz ; mais lorsqu'il est chargé d'humidité , il le condense sous forme de vapeurs blanches ; l'eau, en raison de sa grande affinité pour ce gaz, peut en dissoudre une aussi grande quantité que de gaz hydrochlorique. Lorsque cette solution s'opère , l'eau s'échauffe beaucoup, augmente de volume, acquiert une grande densité et la faculté de répandre des vapeurs blanches au contact de l'air. Cette solution d'acide hydrobrômique jouit delà propriété de dissoudre du brôme et de se colorer en jaune foncé.
L'acide hydrobrômique gazeux ou liquide est décomposé instantanément par le chlore; il en résulte du Lrôme qui est mis en liberté et de l'acide hydrochlorique.
Dans le premier cas , il y a production d'abondantes vapeurs jaunes rutilantes, précipitation de gouttelettes de brôme liquide sur les parois de la cloche qui renferme le gaz; daps le second, le chlore, en agissant sur l'acide hydrobrômique liquide, communique une teinte jaune à la solution par le brôme mis à nu.
DE CHIMIE. l53
La plupart des métaux qui ont beaucoup d'affinité pour le brôme décomposent l'acide hydrobrômique , tels sont 1 etain et le potassium; le premier absorbe le brôme à une température élevée , le second à la température ordinaire. L'hydrogène qui reste après cette décomposition forme toujours la moitié du volume du gaz hydrobrômique , ce qui prouve la grande analogie de composition entre cet acide et l'acide hydrocblorique.
D'après ce que nous venons d'exposer, l'acide hydrobrômique est composé de volumes égaux d'hydrogène et de vapeurs de brôme, sans augmentation ni contraction de volume. Si la dçnsité de ce gaz avait été déterminée par l'expérience, on connaîtrait directement sa composition ; elle n'a encore été établie que d'une manière théorique qui parait néanmoins très-probable. Dans cette hypothèse , cet acide contiendrait sur cent parties :
Brôme 98,68
Hydrogène. . . i,3a
Bromure de carbone.
M. Sérullas, en faisant agir à froid sur le periodure de carbone deux fois son poids de brôme , a observé la formation d'un brômure de carbone par suite de la décomposition du premier composé. 11 en résulte un sous-brômure djiode et du brômure de carbone. Le premier est séparé par une solution de potasse caustique qui le transforme en hydriodalcethydrobrômate de potasse solubles, tandis que l'iodate de potasse qui se produit en même temps se précipite mêlé au brômure de carbone liquide.
On laisse reposer dans un entonnoir , et après avoir décanté la liqueur surnageante, on lave le dépôt avec une légère solution de potasse qui purifie le brômure de carbone du protoiodure qu'il contient.
l54 ÀBRÉGÊ Étf MENTÀIHE
Propriétés. Le brômure de carbone est liquide , incolore , plus pesant que l'eau , d'une odeur éthérée , pénétrante , et d'une saveur, très-sucrée ; refroidi à o , il se solidifie et se transforme en une masse dure f cristallisée $ exposé dans la flamme de l'alcool , il se décompose sans brûler, et donne des vapeurs roussatres de brôme. L'eau n'a point d'action sur ce composé \ seulement lorsque ce dernier est placé sous ce liquide , ses élémens se séparent peu à peu , ce qui le colore par le brome mis en liberté.
C'est le seul composé de brome et de carbone que l'on connaisse 5 l'on voit qu'il se forme dans d'autres circonstances que les chlorures de carbone. Sa composition n'a pas été encore déterminée. Sa formation a été observée par M. Sérullas ( Annales de chimie et de physique , tome xxxix, page 226. )
Brôme et hydrogène deûto- carboné.
( Hydrocarbure de brôme. )
Le brôme, comme le chlore, n'exerce aucnne action sur le carbone, même à une température élevée, mais il s'unit facilement avec l'hydrogène deuto-ca rboné et forme un composé analogue à l'hydrocarbure de chlore.
En versant quelques gouttes de brôme dans un flacon rempli de gaz hydrogène deuto-carboné, elles sont à l'instant converties en un liquide oléagineux qui est cet hydrocarbure de brôme.
Propriétés. L'hydrocarbure de brôme est un* liquide incolore , plus pesant que l'eau , d'une odeur suave et éthérée; il est très- volatil et combustible : mis en contact d'un corps enflammé, il brûle en répandant une fumée épaisse, noire, et des vapeurs acides. Par une chaleur rouge , il se décompose en donnant du gaz hydrobrômique et un dépôt de charbon. Le brôme en excès ne paraît avoir aucune action sur ce composé , même sous l'influence des rayons solaires.
Brème et chÈre. ( Chlorure de brôme. )
On obtient facilement cette combinaison en faisant passer un cotiranl de gaz chlore à travers du brème , et condensant au moyen d'un mélange réfrigérant les vapeurs qui se dégagent.
Propriétés. Il est liquide, d'un jaune rougcâtre, moins foncé que le brème lui-même ; son odeur est forte, pénétrante, et provoque le larmoiement; sa saveur estâcre et désagréable. Il se volatilise aisément et donne des vapeurs d'un jaune foncé, comparable à la couleur du deutoxide de chlore.
L'eau le dissout avec la plus grande facilité. Cette solution a la couleur et l'odeur qui caractérisent ce chlorure; comme lui, elle décolore rapidement le papier de tournesol sans le rougir. M. Balard admet qu'il peut par conséquent se dissoudre dans l'eau sans la décomposer {Annales de chimie et de physiffxie , tome xxxn, page 372 ). Mais, en présence des oxides métalliques, tels que ceux de potassium , de sodium, de barium, etc. , il la décompose et produit des hjrdrochlorales et des brômates de ces bases. Cette propriété, qui démontre encore ici que le chlore possède plus d'affinité pour l'hydrogène que le brôme, permet d'obtenir par un moyen facile les combinaisons de l'acide bromique avec les bases , qu'on sépare des hydrochlorates , par voie de cristallisation, en raison de leur inégale solubilité.
Action du brôme sur V économie animale.
Le brôme exerce une action énergique sur l'économie animale^ il paraît, suivant les expériences directes qui ont été entreprises, qu'il agit même à petite dose comme un poison caustique très-violent. Une goutte ingérée dans le bec d'un oiseau suffit pour lui donner la mort en peu de temps.
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