CHAPITRE XIII
Bore.
Son extraction, — Ses propriétés Ses combinaisons
avec Toxighne , le chlore et le soufre.
La combinaison de ce corps avec l'oxigène qui se rencontre dans la nature a d'abord été connue avant les propriétés particulières de ce corps simple-, mais son isolement, à l'état de pureté est une suite de la découverte du potassium. Bien qu'on eût prouvé par l'action de la pile que l'acide borique était formé d'oxigène et d'une substan.ee différente des autres corps simples , on ne l'avait pas encore obtenu en assez grande quantité pour l'é-
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tudier, lorsqu'en 1808, MM. Gay-Lussac et Thénard parvinrent à se le procurer en décomposant l'acide borique par le potassium.
Pour l'extraire on doit suivre le procédé suivant : on place au fond d'un tube de cuivre une couche de potassium qu'on a le soin de bien tasser ; on recouvre celle-ci de deux parties d'acide borique , fondu et pulvérisé , et successivement jusqu'à ce que le tube soit rempli aux deux tiers. Il faut avoir la précaution que Facide borique forme la dernière couche. On dispose ensuite ver ticalcnientletube , après l'avoir ferméavec un bouchon percé , dans un fourneau, et on le fait peu à peu rougir en approchant des charbons incandescens. Le potassium en se volatilisant passe sur la couche d'acide borique échauffé et le décompose ; le bore est mis à nu , et le protoxide de potassium qui s'est formé s'unit à une partie d'acide borique pour faire un sous-borate de potasse. Lorsqu'on a tenu le tube au rouge pendant cinq à six minutes., on le laisse refroidir et on y verse à plusieurs reprises de Veau bouillante , quiçdissout le sous-borate de potasse et isole le bore qui se précipite au fond de l'eau sous la forme d'une poudre brune verdâtre. On le lave , et après l'avoir recueilli dans un capsule , on le fait sécher à une douée chaleur.
Propriétés. Le bore est solide , toujours sous la forme d'une matière pulvérulente, d'un brun verdâtre , et sans odeur ni saveur ; il est fixe au feu , infusible, d'une plus grande densité que l'eau ; quoique insoluble dans celleci , il peut , s'il est très-divisé , y rester long-temps en suspension sans se précipiter.
A la température ordinaire , il n'a aucune action ni sur l'air ni sur le gaz oxigène -, il se combine avec ce dernier à une chaleur rouge et brûle en partie en se convertissant en acide borique. Mais dans cette combustion, une portion de bore échappe à l'oxigène par l'acide bori-
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DE CHIMIE.* a85
que formé qui fond aussitôt et la préserve de son contact immédiat. On peut constater cette propriété en chauffant sur le mercure une portion de bore dans une cloche courbe à moitié remplie de gaz oxigène ; à mesure que la combustion s'opère le mercure remonte pour remplacer la portion d'oxigène absorbée.
L'eau n'a point d'action sur le bore, môme à -f- ioo° ; il est probable qu'à une chaleur rouge , il la décomposerait en absorbant son oxigène et mettant en liberté l'hydrogène.
Bore et oxigène. ( Acide borique. )
C'est le seul composé d'oxigène et de bore qu'on connaisse. Il existe en grande quantité dans la nature , libre et combiné à quelques oxides , tels que l'oxide de sodium et l'oxide de magnésium, ou uni à d'autres oxides, comme dans les minéraux désignés sous le nom de tourmaline et tfaxite. On le trouve à l'état de liberté en solution dans l'eau de certains lacs de Toscane , d'où on l'extrait par l'évaporation pour les besoins du commerce.
Dans l'Inde, cet acide existe en combinaison avec l'oxide de sodium et forme un sel ( sous-borate de soude , borax ) qu'on rencontre aussi en solution dans l'eau de certains lacs , ou qui se précipite sur leur vase. Les In* diens l'en retirent pour le livrer dans le commerce , sous le nom de tinchal ou borax brut. Ce sel brut ainsi exporté est puriûé en Europe.
C'est toujours de ces produits naturels qu'on extrait l'acide borique à l'état de pureté. Dans le premier cas , on le purifie par des dissolutions dans l'eau et des cristallisations $ dans le second , on dissout le sous-borate de soude pur dans l'eau bouillante, et on ajoute peu à peu à cette solution, saturée à chaud, de l'acide sulfurique ou de l'acide hydrochlorique, jusqu'à ce qu'il y en ait un léger excès. L'oxide de sodium se combine avec l'a-
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cide ajouté pour former un nouveau sel soluble dans l'eau , et l'acide borique se précipite par le refroidissement en écailles blanches nacrées qu'on lave bien. Mais ce dernier n est point pur : il contient toujours une portion de l'acide qui a servi à le précipiter, et de plus une matière grasse si le borax n'a pas été raffiné. On lui enlève l'un et l'autre en le fondant dans un creuset de platine , et non dans un creuset de terre qu'il attaquerait*, si alors on le redissout dans l'eau , et si on le fait cristalliser , on peut l'obtenir pur.
Propriétés. L'acide borique ainsi préparé est solide , incolore , inodore ; il cristallise en prismes ou en petites écailles blanches et nacrées, suivant que la formation des cristaux est subite ou lente.
Exposé à une température rouge , il se fond et devient fluide comme de l'eau ; dans cet état on le peut couler, et il prend par le refroidissement la transparence et l'aspect du verre. L'acide borique ainsi vitrifié est très-dur ; on doit le conserver à l'abri de l'air, car au contact de celuici , il perd sa limpidité devient opaque , augmente de poids et se recouvre d'une poussière blanche, qui est le résultat de l'absorption de l'eau par cet acide.
L'eau à -f- IO° en dissout 7^:, à -|- 100* elle peut en contenir 775. Ces solutions rougissent faiblement la teinture de tournesol. L'alcool dissout aussi en petite quantité l'acide borique 5 cette solution présente cela de remarquable que , lorsqu'on la fait brûler à l'air, la flamme est colorée en vert céladon.
Quoique fixe au feu , l'acide borique peut être volatilisé par un courant de vapeurs d'eau. On démontre cette propriété en chauffant à une douce chaleur une partie de cet acide avec un peu d'eau 5 si l'expérience se fait tdans une cornue, de larges paillettes d'acide borique se condensent à la voûte.
L'acide borique cristallisé renferme une assez grande
nroportion'd'eau, qui s'élève à f-^ ou à , suivant que; les cristaux ont été desséchés ou non à -j- ioo°.
Sa composition peut être facilement déterminée, comme l'ont fait MM. Gay-Lussac et Thénard , en acidifiant un poids connu de bore par l'acide nitrique.
Cet acide est formé de :
Bore
Cet acide est employé pour la préparation de certains borates $ il entre dans la composition de certains émaux, mais sou usage pour cet objet n'est pas encore généralisé \ son prix trop élevé ne permet pas encore d'en faire usage en France pour la fabrication de l'émail qui recouvre la faïence. En médecine, l'acide borique était très-employé autrefois comme sédatif. Il a été connu pendant long-temps sous le nom de sel sédatif de Hom* berg9 et était usité comme un médicament efficace pour les fièvres continues. Aujourd'hui son usage est plus limité, il sert principalement en pharmacie à rendre le tartrate acide de potasse plus soluble dans l'eau, par suite de sa combinaison avec ce sel.
On ne connaît encore aucun composé de bore avec l'hydrogène , ni avec le carbone , et le phosphore.
Lorqu'on décompose à une haute température le sousborate de fer par l'hydrogène , l'hydrogène en excès qui se dégage brûle avec une flamme dont l'extérieur est coloré légèrement en vert mais cette propriété dépend, comme nous l'avons constaté, d'une portion d'acide borique qui est entraînée, et qui se précipite dans la flamme et la colore ainsi. 1
J?ore et chlore.
Le bore n'a point d'action sur le chlore à froid 5 mais
lorsqu'on le chauffe dans ce gaz , il brûle avec une flamme blanche , brillante, et se convertît en chlorure gazeux, qu'on sépare de. l'excès de chlore par son contact avec le mercure.
On peut encore obtenir ce composé en faisant passer un courant de chlore sec sur un mélange d'acide borique sec et de charbon calciné. A une haute température , il y a décomposition de l'acide borique par l'action simultanée du charbon et du chlore qui séparément n'en auraient aucune ; il se produit du chlorure de gaz oxide de cartone et du chlorure de bore gazeux. Mais l'on voit qu'il est impossible d'obtenir pur ce dernier composé du premier , car on ne connaît aucun moyen de les séparer. Ce procédé a été indiqué par M. Dumas.
Propriétés. Le chlorure de bore est un gaz incolore, d'une odeur piquante , rougissant fortement la teinture de tournesol , sans doute par sa' décomposition dans ce liquide. Il répand des fumées blanches au contact de l'air en absorbant la vapeur d'eau. La chaleur la plus élevée ne peut le décomposer ; l*cau en dissout une grande quantité et le transforme sur-le-champ en acide hydro^chlorique et acide borique qui s'en précipite, si la quantité d'eau n'est pas trop grande.
Sa composition paraît formée de :
Bore 9,29
Chlore. ... 90,71
Aucune expérience n'a encore indiqué si l'iode et le brôme pouvaient se combiner 'avec le bore 5 peut-être par le procédé que M. Dumas a employé produirait-on ces composés.
Bore et soufre.
M. Berzélitis a observé que le bore chauffé fortement
dans la vapeur de soufre , s'y combine avec dégagement de lumière. 11 en résulte une matière blanche que Teau transforme en acide borique et en acide hydrosulfurique. ?
Les proportions de ce composé n'ont pas été déterminées. Il parait que le soufre peut en former plusieurs-.
Le bore paraît pouvoir s'unir plus facilement avec beaucoup de métaux. Nous en parlerons en temps et lieu. y > 1 <