CHAPITRE IX
Barium.
Son état naturel. — Ses combinaisons avec Voxigcnc , le chlore , Viode , le soufre et le phosphore.
fiction du deuloxide de barium sur Veau. (Eau oxigénée ou deutoxide d'hydrogène.)
L'existekce de ce métal a été prouvée , comme celle du calcium, en soumettant la baritc à Faction de la pile galvanique. Jusqu'à présent , on n'a pu en obtenir d« assez, grandi s quantités pour Fétudier d'une manière complète ; on a seulement reconnu que ce métal était solide, d'uu éclat argentin, fusible au-dessous de la chaleur rouge, non volatil , capable d'absorber FoxigènC à la température ordinaire, et de décomposer l'eau en s'appropriant promptement Foxigène et laissant dégager l'hydrogène.
Ce métal se trouve dans la nature à l'état d'oxide , et en combinaison avec certains acides minéraux. Cet oxide , découvert en i774DarScliéele, fut désigné sous le nom de barite, à cause de la pesanteur qu'on avait reconnu à ses composés. Bien qu'on eût soupçonné, à cette époque, que cette matière était un oxide métallique, les essais qu'on avait tentés alors ayant été infructueux , on la considéra comme une terre analogue à la chaux. Ce lie fut qu'en 1808 que M. Davy , après avoir décomposé la potasse et la soude, fut porté à penser que toutes les terres qui jouissaient de certaines propriétés analogues à ces alcalis étaient aussi des oxides métalliques. Son soupçon 6e trouva vérifié par l'expérience,
Barium et oxigène ( Protoxidc de bariuni , barhc ) , et deutoxide de barium.
Le premier de ces composés est la barite , qu'on rencontre naturellement combinée, soit à l'acide sulfuriquc, soit à l'acide carbonique. On retire cet oxide ordinairement de la première combinaison , qui est plus commune et très-abondante en France. On l'obtient par le procédé suivant : après avoir réduit en poudre fine le sulfate de barite naturel ,,on le mêle intimement avec la cinquième partie de son poids de charbon végétal également pulvérisé? On remplit de ce mélange un creuset de terre qu'on lute avec son couvercle, et on l'expose à Un feu violent ,* pendant deux heures environ , dans un fourneau à réverbère. Le charbon, à cette température, décompose le sulfate de barite, et le convertit en sulfure de barium, en s'em parant de l'oxigène, de l'acide et de l'oxidc , pour former de l'oxide de carbone qui se dégage.
La masse noirâtre qui provient de cette réaction est pulvérisée 9 après son refroidissement, et délayée dans une terrine avec douze à quinze fois son poids d'eau distillée. Alors on.y verse peu à peu de l'acide nitrique faible , en agitant avec un tube de verre. Tout à coup il se produit une vive effervescence de gaz hydrosulfurique , qui se dégage avec tant 'de rapidité et en si grande quantité, qu'on courrait le risque de s'asphyxier *si l'on ne faisait cette opération en plein air. Il est même essentiel de se placer dans un courant d'air et de se tenir à une certaine distance du vase , en ayant le soin d'enflammer avec une torche faite en papier plié le gaz hydrosulfurique à mesure que l'on verse de l'acide nitrique. Toutes ces précautions sont dictées par l'action délétère qu'exerce ce gaz mélangé à l'air, même en petite quantité. On continue d'ajouter peu à peu de l'acide nitrique , jusqu'à ce que la plus grande- partie du sulfure soit décomposée 5
35ô Abrégé élémentaire
alors on filtre la liqueur pour séparer le charbon qui était en excès et le sulfate de barite qui n'a pas été décomposé, et on achève de saturer peu à peu la liqueur filtrée par l'acide nitrique. On la fait ensuite chauffer pour dégager l'acide hydrosulfurique qui était resté en solution, et pour précipiter le soufre qu'on sépare par une nouvelle filtration : en concentrant cette liqueur dans des capsules , elle fournit des cristaux de nitrate de barite pur.
Il est facile de se rendre compte des phénomènes qui arrivent dans cette opération 5 le sulfure de bariunuiis- $6ùs dans Feau est tout à coup décomposé par l'eau en présence de l'acide nitrique ; l'oxigène se porte sur le barium pour former du protoxide de barium qui s'unit à l'acide nitrique , tandis que l'hydrogène se comnine de son côté avec une portion du soufre pour produire le gaz hydrosulfurique qui se dégage ; mais comme le sulfure de barium ne correspond pas par sa composition au protoxide de barium , il y a une proportion de soufre qui se précipite pendant cette décomposition.
C'est en exposant à une chaleur rouge le protonitrate de barium , qu'on obtient le protoxide de ce métal. Cette opération peut s'exécuter en calcinant ce nitrate, soit dans un creuset de terre , ou mieux dans une cornue de pprcelaine. Ce sel se fond d'abord , et à une chaleur rouge l'acide nitrique se décompose en oxigène et en acide nitreux qui se dégagent ; la matière devient de plus en plus pâteuse, et finit par se prendre en une masse blanche, poreusé, qui est le protoxide de barium.
Lorsqu'on veut préparer de la barite pure , on dort faire la décomposition du nitrate dans une cornue de porcelaine, parce que , dans les creusets de terre, la barite qu on y prépare attaque plus ou moins les parois en se combinant avec une certaine quantité d'oxide de fer et de silice. On peut également calciner le nitrate dans un
creuset de platine mais on ne peut avoir, par ce procédé, qu'une petite quantité de barite à la fois.
Propriétés» Le protoxidc de barium ainsi obtenu se orésente en une masse blanche poreuse , très-facile à réduire en poudre. Sa saveur est plus caustique que celle de la chaux. Il verdit fortement le sirop de violette et absorbe l'eau avec tant de rapidité , qu'il se produit, pendant cotte action, un bruit comparable à celui qu'on entend en plongeant un fer rouge dans ce liquide.
Abandonné à l'air, le protoxide absorbe peu à peu, à la température ordinaire , la vapeur d'eau qu'il contient , se délite et passe à l'état de sous-carbonate } à une chaleur rouge , il attire l'oxigène de l'air et l'acide carbonique, et se transforme en partie en deutoxide et en partie enprotocarbonatc. 5 L'eau à -f- ioo° peut dissoudre au-delà de la moitié de son poids de protoxide de barium. Si l'on abandonne cette solution filtrée à elle-même, par le refroidissement la plus grande partie du protoxide de barite se dépose à l'état d'hydrate , sous forme de belles lames, qui paraissent être des prismes hexagones aplatis. Ces cristaux se groupent et affectent la forme de véritables feuilles ana-r logues à celles de la fougère.
Cet hydrate de protoxide de barium contient une grande proportion 6/eau qui s'élève à /0-o^-. Exposé à la chaleur, il eproftve la fusion aqueuse, perd une partie de son eau, se dessèche, ensuite, et peut devenir liquide de nouveau à une température rouge, sans perdre Feau qui lui reste. Dans cet état , c'est un hydrate qui renferme encore jzéz d'eau combinée.
JL'eau, à -f- i5° , dissout environ 7— de son poids de. protoxide de barium : cette solution est connue sous le nom àfeau de barite. Elle attire promptement l'acide car- • Ironique contenu dans l'air, lorsqu'elle s'y trouve exposée, et se convertit eu sous-carbonatc de barite insoluble.