CHAPITRE XI
Potassium.
Premier aperçu sur la découverte de ce métal. — Son extraction. — Ses propriétés. — Ses combinaisons avec Voxigène , le chlore , Viode , le soufre , le phosphore*
La découverte de ce métal, faite en 1807 par M. Davy, fut une suite de l'action de la pile sur la substance connue alors sous Je nom de potasse, et dont on ignorait la composition.
Si Ton place un morceau de potasse caustique , un peu humide , sur un disque de platine attaché au pôle négatif d'une forte pile galvanique en activité, et qu'on fasse communiquer la potasse avec le ûl métallique qui termine le pôle positif, cette substance est décomposée peu à peu ; on remarque à l'extrémité du fil positif un dégagement de gaz qu'on reconnaît facilement pour du gaz oxigène, et il se manifeste sur le disque en contact avec le fil négatif, des globules très-brillans , analogues à ceux d'un métal. En examinant les propriétés de ces globules , M. Davy reconnut qu'ils «absorbaient avec avidité l'oxigène et se convertissaient en potasse toutà-fait semblable à celle qui avait été décomposée ; il donna en conséquence à cette base métallique le nom de potassium. Bientôt après il étendit ses recherches sur d'autres alcalis et terres , et généralisa cette grande découverte, en démontrant qu'ils étaient de véritables oxides métalliques , analogues à la potasse.
Mais ce procédé ne fournissait que des quantités trèspetites de ce métal, insuffisantes pour en étudier toutes les propriétés. MM. Gay-Lussac et Thénard découvrirent peu de temps après qu'on pouvait décomposer la
potasse à une hante température par le fer, et obtenir par ce moyen de plus grandes quantités de potassium ; alors les propriétés de ce métal furent reconnues et examinées avec le plus grand soin , d'un côté par les chimistes français , et de l'autre par M. Davy .
La décomposition de la potasse s'exécute maintenant dans les laboratoires en d i sp osant l'appareil suivant (voyez planche V, fig. 6 ).
On fait choix d'un canon de fusil déculassé, qu'on nettoie bien intérieurement avec du sable et de l'eau. Après Ta voir bien essuyé et séché, on le fait rougir à la forge, et on le recourbe comme le représente la fig. 6 bis. On recouvre d'un lut formé d'une grande quantité de sable et d'argile la partie moyenne de ce tube , et on laisse sécher cet enduit pendant plusieurs* jours à la température ordinaire, et ensuite à une température plus élevée. Lorsque ces dispositions sont bien exécutées , on remplit de copeaux de fer, bien débarrassés dérouille par trituration, la partie du canon de fusil qui est placée dans le fourneau long à réverbère ; on introduit ensuite dans la partie la plus élevée de ce canon, sortie du fourneau, des fragmens de potasse caustique, de manière à la remplir presque entièrement. On ferme de ce côté l'extrémité du canon de fusil par un bouchon de liège , qui laisse passer un tube de verre recourbé ; Vautre extrémité est adaptée à une alonge en cuivre qui s'ouvre en deux parties, et qui est également fermée par un bouchon de liège, muni d'un tube recourbé , propre à conduite les gaz.
L'appareil étant ainsi préparé , on dispose, sous ta partie du canon qui contient la potasse , une grille demi-cylindrique en fil de fer, et on assujettit le canon dans le fourneau avec des briques et du lut infusible. Après avoir fait rendre la tuyère d'un soufflet sous le cendrier , on bouche toutes les ouvertures du fourneau avec des morceaux de brique et du lut qu'on laisse bien sécher.
A? CHlMlfe. 36^
Lorsqu'on veut commencer l'opération , on verse alternativement par la cheminée des charbons incandescens et des charbons noirs , jusqu'à ce que le fourneau en soit presque plein \ puis l'on entoure d'un linge mouillé la partie du tube qui contient la potasse pour l'empêcher de fondre, et on excite peu à peu un léger courant d'air, jusqu'à le rendre le plus fort possible. Quand le tube de fer est porté au rouge presque blanc , on ôte le linge mouillé qui entoure l'autre partie du tube, et on fait fondre peu à peu la potasse en plaçant d'abord quelques charbons incandescens à la partie la plus basse de la grille. Dès que la potass» est fondue, elle*coule dans la partie du canon qui contient les copeaux de fer \ se trou- • vaut là en contact avec ce métal à une température trèsélevée ; elle est aussitôt décomposée. Le fer s'empare de son oxigène pour former de l'oxide de fer , et le potassium mis à nu se volatilise et va se condenser dans l'alonge en cuivre qu'on tient refroidie avec un linge mouillé. Comme la potasse qu'on emploie contient une grande proportion d'eau qui lui est combinée, cette dernière est aussi décomposée, et fournit une certaine quantité de gaz hydrogène , qui se dégage à l'extrémité du tube du côté de lalonge. Ce gaz s'enflamme quelquefois spontanément eu entraînant une certaine quantité de potassium en vapeurs. Son dégagement rapide est un signe certain de la marche de l'opération 5 lorsqu'il se ralentit, on fait fondre une nouvelle portion de potasse en mettant des charbons allumés sur la grille au-dessus des premiers , et ainsi de suite, jusqu'à ce que toute la potasse ait été fondue.
Si par hasard la chaleur n'était pas assez élevée , la potasse fondue obstruerait le canon, et le gaz cesserait de se dégager par le tube placé à lalonge, et sortirait par le tube opposé. Alors il faudrait activer la combustion, dans le fourneau, en dirigeant plus de vent avec le
soufflet, et l'opération marcherait de nouveau. Mais lorsque le dégagement cesse tout à coup , malgré la haute température produite, on doit présumer , avec raison, ou que le tube a été percé, ou que le lut, n ayant pas résisté à la violence du feu , a fondu , ce qui a pu favoriser la fusion du tube lui-même par son contact aveclè charbon.
Lorsque l'opération a bien réussi , on trouve le potassium condensé en partie dans l'alonge en cuivre, et en partie dans la portion du canon de fusil qui lui est contiguë; alors, à l'aide d'une tige de fer courbe , on le retire , et on le fait tomber dans un flacon contenant une certaine quantité d'huile de pétrole rectifiée.
Pour réunir ce métal en une seule masse, on met les morceaux qui ont été obtenus dans un tube de verre bouché , avec une certaine quantité d'huile de pétrole , et on les fond sous ce liquide en les malaxant avec un tube.
M. Dulong a proposé de faire passer un courant de gaz hydrogène sec dans le canon de fusil pendant tout le temps que dure l'opération de la décomposition de la potasse. Ce courant facilite singulièrement sa réduction, comme nous l avons constaté en préparant ces leçons.
Propriétés. Le potassium , à la température ordinaire, est solide, d'un éclat argentin très-brillant 5 il est si mou , qu'on peut le comprimer entre les doigts , et le douper avec la plus grande facilité comme de la cire molle. Son brillant métallique ne peut être aperçu que lorsqu'il vient d'être récemment coupé, car il s'altëre promptement à l'air et se ternit en s'oxidant. Sa densité est moins grande que celle de l'eau; elle est de o,865 à -(- i5°. 11 entre en fusion à 58°, et commence à se volatiliser à une chaleur rouge , en formant des vapeurs vertes. Cette dernière propriété ne peut être vérifiée qu'en chauffant ce métal dans une cloche contenant du gaz azote.
Le potassium est , comme les autres métaux , conducteur du fluide électrique. Exposé à l'air , à la tempéra-
tare ordinaire, il s'oxide rapidement , et se recouvre d'une couche blanchâtre d'oxide de potassium. L'absorption du gaz oxigène est plus prompte à chaud.. A peine ce métal est-il fondu, qu'il s'enflamme et brûle vivement en produisant beaucoup de calorique et de lumière, et passe à l'état d'oxide de couleur jaunâtre. Cette grande action du potassium sur l'air indique donc qu'il est nécessaire de le conserver à l'abri de l'air; /c'est pour cela qu'on le recouvre d'une couche d'huile de pétrole dans les flacons qui le renferment.
Lorsqu'on jette un petit morceau de ce métal sur l'eau, il agit sur elle avec violence, flotte à sa surface, tourne sur lui-même et brûle avec une belle flamme rougeâtre un peu violette. La chaleur qui se produit par suite de la décomposition de l'eau est si grande, que le gaz hydrogène qui est dégagé s'enflamme au contact de l'air , et que le centre du potassium, qui n'a pas encore été touché par l'eau, /échauffe tellement qu'il finit par rougir, et offre ainsi l'aspect d'un petit globule rouge de feu qui court à la surface de l'eau , et se crève ensuite avec une* légère explosion. On retrouve dans l'eau le protoxide de potassium qui a été formé, et dont la présence se trouve démontrée manifestement , si l'on a eu le soin de colorer l'eau avec un peu de tournesol rougi , qui est alors ramené au bleu.
En introduisant sous une cloche remplie de mercure,, et contenant un peu d'eau, un petit morceau de potassium enveloppé d'un morceau de papier , à peine lç métal est-il en contact avec ce liquide , qu'il y a vive action avec lumière et dégagement de gaz hydrogène qu'on peutjnesurer et reconnaître,
Potassixm et Oxigène, Protoxide de potassium ( Potasse ) , Dèîitoxide dé potassium.
J^e potassium se combine en deux proportions avec
Voxigèn L a combinaison la moins oxigénéese rencontre abondamment dans la nature unie à d'autres corps; l'autre ne peut se produire que directement par la calcination du métal ou de son protoxide dans l'oxigène ou dans l'air.
La substance blanche qui se forme à la surface du potassium exposé à l'air, à la température ordinaire, est sans doute du protoxide ; mais il est difficile de l'obtenir pur par ce moyen.
Dans les laboratoires , on retire ordinairement ce protoxide de quelques-unes de ses combinaisons avec les acides.
Cet oxide se trouve naturellement combiné aux acides sulfurique, nitrique, pliosphorique, hydrochloriquc, et à certains acides organiques ; il forme alors des sels qui existent dans la plupart des végétaux, et qui font partie des cendres qu'on obtient par la combustion. Mais comme, par l'action du feu sur ces végétaux, les acides organiques ont été eux-mêmes décomposés , il s'ensuit que le protoxide de potassium , qui leur était uni primitivement , est rentré en combinaison avec l'acide carbonique qui a été produit, pour former le sous-carbonate de potasse que l'on rencontre en plus ou moins grande quantité dans ces cendres.
Dans le commerce, on donne le nom impropre de potasse au résidu de l'évaporation de la lessive de ces cendres , résidu qui renferme , avec le sous-carbonate de potasse qui s'y trouve toujours, une grande quantité de sels étrangers à base de potasse. Ce produit néanmoins est très-employé dans les arts , où la présence de ces sels ne peut être nuisible à la fabrication pour laquelle il est recherché à cause de son prix peu élevé.
On pourrait s'en servir dans les laboratoires pour ob*tenir le protoxide de potassium pur ; mais comme il faudrait le soumettre à des purifications longues avant de l'employer, on suit généralement un autre procédé qui ,
«quoique moins économique, donne un meilleur résultat* On prend deuxparties de tartrate acidulé de potasse en poudre , sel composé d'un acide organique etdeprotoxide de potassium ; on les môle intimement avec une partie de nitrate de potasse également pulvérisée. Ce mélange est ensuite projeté par portions dans une bassine de fonte dont le fond a été rougi par suite de son exposition sur un fourneau rempli de charbons incandescens. Aussitôt <jue ces deux sels sont exposés à cette température , il y a une vive déflagration ; les élémens de l'acide tartrique se combinent dans un autre ordre pour produire des combinaisons volatiles et gazeuses , tandis que l'acide nitrique lui-même se trouve décomposé par une portion du carbone et de l'hydrogène de l'acide tartrique. Il résulte un dégagement considérable d'une fumée blanche, piquante , provenant de la combinaison de l'acide tartrique, de l'eau en vapeurs , de l'hydrogène carboné sans doute , du gaz azote , quelquefois du deutoxide d'azote , «t toujours du gaz acide carbonique , dont une partie reste unie à la potasse de deux sels, et forme le souscarbonate dépotasse, que Ton trouve au fond de la bassine avec l'excès de carbone qui n'a pu brûler.
Lorsqu'on a préparé ainsi ce sel , on le dissout dans douze fois environ son poids d'eau de rivière , pour Je séparer du charbon par la filtration, et on ajoute peu à peu un poids égal de chaux vive qu'on a délitée d'avance. On fait bouillir ce mélange dans une chaudière de fonte , pendant une heure environ , en ayant soin d'agiter de temps en temps avec une cuillère de fer ou une spatule et en ajoutant de temps en temps de l'eau pour remplacer celle qui s'évapore. Le sous-carbonate de potasse s& trouve peu à peu décomposé par la chaux -, il se forme du sous-carbonate de chaux, et l'oxide de potassium mis en liberté reste en solution dans» l'eau. On reconnaît la décomposition est entièrement opérée , en filtrant
Abrégé ÊLÉuteKTÀiRE
tine portion de liqueur étendue d'eau , et y versant de 1 eau de chaux qui ne doit plus y former de précipite Liane. Alors on relire la chaudière du feu, et on filtre la liqueur à travers une toile serrée et fixée par ses quatre
coins sur un carrelet de bois. Le sous-carbonate de chaux et l'excès de chaux restent sur la toile , tandis que la solution de potasse filtre aisément et peut être reçue dans des terrines propres^ On rejette sur le filtre les premiéres portions qui ont passé et qui sont toujours un peu troubles. Le résidu resté sur la toile est ensuite lavé à l'eau bouillante , jusqu'à ce que l'eau qui filtre n'ait presque plus de saveur.
. Ôn fait alors évaporer rapidement la liqueur dans une bassine d'argent, et lorsqu'elle est réduite en une matière qui , malgré l'élévation de la température , est en fusion tranquille , on la coule dans une autre bassine , ou plutôt on plonge l'extérieur de la bassine (l'argent où l'évaporation a été faite dans de l'eau froide. La matière en se refroidissant peut se mouler , lorsqu'on vient à la promener sur les parois de la bassine , et s'en sépare aisément lorsqu'elle a pris de la solidité. La matière qu'on obtient d'après ce procédé est le protoxide de potassium hydraté ou potassé caustique à la chaude.
Gomme ce protoxide renferme toujours quelques sels étrangers et principalement du sous-carbonate de potasse qui s'est formé pendant l'évaporation , on le purifie pour l'usage des laboratoires de chimie, en le traitant par l'alcool qui dissout le protoxide de potassium et isole les autres sels. Cette purification se pratique en concentrant la solution de protoxide de potassium jusqu'à la circonstance sirupeuse, la laissant refroidir, et l'agitant dans un flacon avec quatre fois son poids d'alcool à 36°. Lorsque les sels sont bien séparés , on décante avec un siphon la solution alcoolique, et on la distille dans une cornue pour ne pas perdre l'alcool, jusqu'à ce qu'elle
soit réduite au quart de son volume* Le résidu , contenu dans la cornue , doit être alors évaporé à grand feu dans la bassine d'argent et coulé comme dans la première opération. Il est nécessaire , .avant de procéder au coulage , d'enlever avec une cuillère d'argent une matière charbonneuse qui s'est formée par suite de l'action dé l'oxide de potassium sur les élémens de l'alcool.
Le produit fourni par cette deuxième opération est le protoxide de potassium pur , qu'on connaît encore sous le nom de potasse à t alcool. Il contient une proportioU d'eau que la chaleur ne peut lui enlever , ce qui le constitue à l'état d'hydrate. On doit l'enfermer dans des flacons qu'on tient bouchés.
Propriétés. L'hydrate de protoxide de potassium ou de potasse , est blanc , solide , cassant et jouit d'ûne grande causticité. Son action sur les matières organiques est si grande , qu'il les décompose presque toutes ; aussi est-il un poison violent. Exposé à l'action du feu , il entre en fusion à une chaleur au-dessous du rouge, et n'éprouve aucune altération s'il n'a point le contact de l'air; dans le cas contraire , il absorbe une partie de l'oxigène et de l'acide carbonique de ce fluide, perd une partie de son eau et se transforme en deutoxide. Son affinité pour l'eau "est si grande qu'il attire avec avidité la vapeur d'eau contenue dans l'air et se résout en liqueur. En même temps il absorbe aussi l'acide carbonique qui y existe.
L'hydrate de potasse est très-soluble ; il peut se dissoudre dans moins de son poids d'eau à la température ordinaire. C'est sous cet état qu'on l'emploie principalement comme Téactif. Lorsque cette solution est convenablement rapprochée, si on la refroidit à l'abri de l'air, elle peut cristalliser. Il s'y forme dés cristaux en lames trèsgrandes qui sont une autre combinaison d'eau et de protoxide de potassium, contenant o,43 d'eau ; quelquefois ces Cristaux présentent des octaèdres groupés ensemble*
. L'hydrate de protoxide de potassium fondu contient une proportion d'eau qui s'élève, d'après quelques expériences, à r8pour 100. Il est facile d'évaluer cette quantité en combinant un poids connu de protoxide de potassium hydraté avec une portion d'acide borique vitrifié. La différence de poids, après la calcination, fera connaître la quantité d'eau contenue dans la potasse.
L'acide silicique peut aussi servir à la même détermination $ car le protoxide de potassium , en se combinant avec cet acide , ""abandonne entièrement l'eau qu'il renfermait. L'expérience peut se faire aisément dans un tube de verre bouché.
La composition élémentaire de ce protoxide peut être déduite du volume d'hydrogène que fournit un poîds connu de potassium, en agissant sur l'eau, puisqu'en Ja décomposant, il se convertit toujours en protoxide. C'est ce moyen qu'ont employé MM. Gay-Lussac et Thénard. {Recherches physico-chimiques ,t. I, p. 1 1 7 .) D'après leur analyse et celle de M. Bergéljus, le protoxide de potassium serait formé de :
Potassium. ... ; 100 Oxigène 20,08
On arrive encore à un résultat semblable en déduisant la composition de cet oxide de celle de son sulfate neutre.
Le protoxide de potassium hydraté est principalement employé en médecine -, on en fait usage pour ouvrir les cautères 5 aussi le connaît-on dans les pharmacies sous le nom de pieire à cautère, potasse caustique. On fait ox> dinairement usage de celle qu'on prépare en traitant les potasses du commerce par la chaux. Quelquefois on lui donne la forme de petits cylindres en la coulant dans une Jingotière.
Pans les laboratoires , ce* hydrate piir esj ff équem-
DE CHIMIE. âjj
ment usité dans une foule de réactions et de décompositions chimiques.
Deutoxide de potassium.
Ce degré d oxidation s'obtient en chauffant le métal dans du gaz oxigèue et même dans l'air. La combiuaison se fait vivement avec un grand dégagement de calorique et de lumière. On le produit encore en calcinant à l'air l'hydrate de potasse fondu.
Propriétés. Le deutoxide de potassium est solide, de couleur jaune verdâtre, caustique, fusible à une température plus élevée que celle où fond l'hydrate de potasse. Il est indécomposable par la chaleur seule , mais est ramené à 1 état de protoxide par la plupart des corps combustibles avides d'oxigène , tels que l'hydrogène , le carbone, le soufre. Ces deux derniers s'acidifient et se combinent avec le protoxide,
Le deutoxide de potassium se décompose peu à peu à l'air; il absorbe l'humidité, laisse dégager une partie de son oxigène, et se transforme enfin en protocarbonate de potassium. Mis en contact avec l'eau, il est subitement décomposé avec une vive effervescence; il perd une portion d'oxigène qui s'échappe et passe à l'état de protoxide qui se dissout. • .
Cet oxide, découvert par MM. Gay-Lussac etThénard, est composé de :
Potassium. . . ' . 100 Oxigène. ..... 60
il renferme donc trois fois plus d'oxigène que le protoxide. On en fait aisément l'analyse en déterminant la quantité [d'oxigène absorbée par un certain poids de potassium.
Chlore et potassium. (Chlorure de potassium. y
On ne connaît qu'une seule combinaison qui se trouve toute formée dans la nature. On peut l'obtenir directement en introduisant dans du gaz cblore des morceaux minces de potassium \ ils y brûlent avec beaucoup d'éclat, et se transforment en une masse blanche , soluble entièrement dans l'eau et sans effervescence.
Ce composé de chlore et de potassium peut encore être produit en exposant à une température rouge leprotoxide de potassium et le chlore 5 ce dernier s'unit au métal et eh dégage l'oxigène. On le forme encore en combinant le protoxide de potassium à l'acide hydrochloriquc , qui se décomposent réciproquement.
Propriétés. Ce chlorure est blanc , inodore , d'une saveur salée, un peu piquante et amère. Il est fusible à une chaleur rouge et indécomposable. L'eau à -|- i5°en dissout j de son poids , et l'eau bouillante J partie 5 il cristallise en prismes à quatre pans. Ces cristaux sont peu altérables à l'air, et décrépitent au feu.
Ce composé est formé de :
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"••■«Il * ■ ■ é • *
Potassium. . . . 100.
Chlore 90
Il était connu autrefois sous le nom de seîjébrifuge de Sylvius ( muriate de potasse). Dans la nouvelle nomenclature , on lui a donné celui d1 hydrochlorate de potasse , parce qu'on le regardait comme un sel. On a prouvé depuis que c'était un simple composé de cblore et de potassium.
On lé trouve dans certains végétaux ; en solution dans quelques humeurs animales avec le chlorure de sodium, et dans quelques eaux minérales , mais en très-petite quantité. M. Vogel a annoncé l'avoir rencontré dans certains échantillons de sel gemme.
DE CHIMIE. àjC)
Brome et potassium. ( Bromure de potassium* )
Ce composé , analogue au précédent par plusieurs de ses propriétés physiques , peut s'obtenir aussi directelement. ( H est sans usages. )
Iode et potassium. (Iodure de potassium. )
Lorsque lé potassium est en contact avec la vapeur d'iode, il y a absorption avec dégagement de lumière et formation d'un composé blanc qui est l'iodure de potassium. Cet iodure peut être formé par Faction de l'acide bydriodique liquide sur le protoxide de potassium dissous dans Feau , et en évaporant le liquide , on peut Fobtenir cristallisé.
Propriétés. L'iodure de potassium est blanc , solide , fusible, un peu déliquescent ; sa saveur est très-piquante et un peu acre. Il estsoluble dans Feau et dans Falcool , et cristallise aisément en gros cristaux cubiques analogues à ceux du sel marin. Ces cristaux ne contiennent point d'eau de cristallisation. (Gay-Lussac, Annales de thi* mie, t. xci .) Chauffés à Fabri de Fair, ils n'éprouvent aucune altération, et se fondent au-dessus du rouge.
La solution aqueuse d'iodure de potassium se coldre peu à peu, au contact de Fair, et prend une teinte jaune orangé foncé-, il se forme un iodure ioduré de potassium par suite de Faction de Foxigène sur une partie du métal qui est oxidée. Le chlore dissous dans Feau , versé peu à peu dans cette solution , la colore de la même manière en jaune orangé, et lorsqu'on en a versé une suffisante quantité pour décomposer tout Fiodure, l'iode se précipite en poudre noirâtre , et l'on retrouve dans la liqueur du chlorure de potassium.
Cet iodure de potassium a été d'abord regardé comme un sel , et connu sous le nom à'hydriodate de potasse. Mais tout porte à croire que c'est un simple composé bi-
38o Abrégé élémentaire
naire d'iode et de potassium ; car, dissous dans l'eau et cristallisé, il n'augmente pas de poids, comme cela devrait avoir lieu s'il se transformait en hydriodate par Ja décomposition de l'eau. (Gay-Lussac. )
Cet iodure existe , mais en petite quantité, dans la nature. On la trouvé dans certaines plantes marines, telles que les fucus , les varecks. Plusieurs productions animales en renferment, comme les éponges et quelques enveloppes de mollusques. Il a été aussi rencontré en solution dans quelques eaux salées et minérales. %
Ce composé a été préconisé par le docteur Coindet, de Genève, pour le traitement des goitres, qu'il fond en très-peu de temps. Il a été introduit dans l'art de guérir, d'après Jes remarques qui ont été faites sur la présence de l'iode dans les éponges et les fucus calcinés qu'on employait avec succès autrefois dans ces maladies.
On l'administre à l'intérieur, à très-petites doses, à cause de son action énergique sur Péconomie. A l'extérieur, on le mêle avec de l'axonge, et on en compose des pommades qui sont très-employées pour résoudre les engorgemens glanduleux , et que quelques essais nouveaux ont appris être aussi utiles dans certaines douleurs arthritiques.
Soufre et potassium. (Sulfure de potassium. )
Le potassium et le soufre, chauffés ensemble, s'unissent en un grand nombre de proportions , et forment plusieurs composés. En raison de la grande combustibilité du métal , la combinaison ne peut se faire directement que dans un gaz impropre à la combustion , par exemple, dans le gaz azote pur.
Lorsqu'on chauffe au milieu de ce gaz ces deux corps , ils se combinent promptement avec dégagement de calorique et de lumière : on obtient une matière fondue de eQuleur grise forcée. Ce composé se tfissout dans
DE CHtMlÉ. 30! .
sans produire d'effervescence , et en la colorant en jaune orangé plus ou moins foncé, suivant la proportion de soufre combiné. Celte solution est décomposée par tous les acides , qui en dégagent de Pacide hydrosulfurique et en précipitent du soufre en s' unissant à l'oxide de potassium , qui se produit par suite delà décomposition instantanée de l'eau.
Lorsque le soufre et le potassium sont combinés dans le rapport d'un atome de soufre et d un atome de potassium, ce composé, correspondant au protoxide de potassium , se dissout dans l'eau sans la colorer , ou d'une manière peu sensible-, il dégage de l'acide hydrosulfurique sans précipiter du soufre par les acides. L'on voit alors que , par l'action des acides et de l'eau, Fox i gène et l'hydrogène de celle-ci se trouvent dans les rapports suffisans pour oxider tout le potassium , et former avec tout le soufre de l'acide hydrosulfurique.
Si la proportion de soufre dans le sulfure est plus grande, elle devra se précipiter % ce qui arrive dans le cas ou, au lieu d'opérer sur un protbsulfure , on agit sur un deutosulfure ou un composé renfermant plus de soufre.
Le protosulfure de potassium, chauffé à l'air, brûle avec éclat , et se transforme en sulfate dépotasse. L^s autres sulfures , indépendamment de ce dernier, donnent par la combustion plus ou moins d'acide sulfureux.
On peut obtenir le sulfure de potassium en calcinant dans un creuset brasqué avec du charbon le sulfate de potasse, ou en mettant à une haute température ce sel en contact avec le gaz hydrogène sec. Cette dernière expérience est facile à faire en plaçant le sulfate de potasse dans une rigole de platine qu'on introduit dans un tube de porcelaine, portant le tube au rouge et y dirigeant un courant d'hydrogène. f
I^e protosulfure de potassium jouit de la propriété de se combiner avec le gaz hydrosulfurique , et de former
38a ÀBUÉGÉ ÉLÉMENTAIRE
un composé qui a été découvert par MM. Gay-Lussac et Thénard. On peut l'obtenir en chauffant le potassium dans un excès de gaz kydrosulfurique : une portion de ce gaz est décomposée , il y a, dégagement d'hydrogène et formation de sulfure de potassium qui s'unit à une portion d acide hydrosulfurique non décomposée , pour constituer ce qu'on désigne sous le nom à' hydrosulfate de sulfure de potassium. Ce dernier paraît jouer le rôle d'un oxide dans cette combinaison.
On connaît depuis long -temps en pharmacie, sous le nom impropre de sulfure de potasse, un composé qu'on obtient par la réaction du soufre sur l'oxide de potassium. Ce composé était aussi désigné autrefois , à cause de son aspect physique, analogue à celui du foie des animaux, sous le .nom de foie de soufre.
Ce n'est que depuis les travaux remarquables de MM. Vauquelin, Gay-Lussac et Berzélius sur les sulfures, que Ton sait dans quel état se trouvent unis ces deux corps dans ce composé.
Pour l'obtenir , on mêle ensemble du soufre sublimé et du sous-carbonate pur et sec à parties égales. On introduit ce mélange dans un ballon de verre à fond plat et on chauffe au bain de sable , jusqu'à ce que le produit soit en fusion tranquille. A cette époque, on retire le vase du feu, on le laisse refroidir, et après l'avoir brisé, on en retire le sulfure qu'on doit conserver dans des flacons bien bouchés.
Ce composé se présente en morceaux solides , d'une couleur rouge de foie , d'une saveur acre et sulfureuse Exposé à lair , il s humecte et répand une odeur forte cY oeufs pourris; par une exposition prolongée il se décolore , se décompose et passe à l'état d'hyposulfite de potasse en absorbant l'oxigène de lair.
D'après la théorie déduite de l'expérience , le soufre dans l'opération ci -dessus, en réagissant sur le sous-
db chimie. $83
carbonate de potasse , en chasse tout l'acide carbonique j les j de l'oxide de potassium sont décomposés ; leur oxigène s'unit à une portion de soufre pour former de l'acide sulfurique qui se combine avec £ d'oxide non décomposé , tandis que le potassium se porte sur une autre partie de soufre pour produire du sulfure de potassium. Par conséquent ce composé est un mélange de sulfure de potassium et de sulfate de potasse. On peut prouver que telle est sa composition en déterminant * comme l'a fait M. Vauquelin , les quantités de soufre absorbées, celle de l'oxide contenu dans le sous-carbonate de potasse et la proportion de sulfate de potasse produite. ( Annales de chimie et de physique , tome vu, )
Lorsque le soufre réagit à une douce chaleur sur l'hydrate d'oxide de potassium, il y a aussi décomposition de l'oxide , comme M. Gay-Lussac l'a observé (Annales de chimie, t. lxxviii , p. 86). Il se produit dans ce cas un sulfite ou un hyposulfite de potasse et du sulfure de potassium \ à une température plus élevée, cet hyposulfite ne peut se former , car ce sel se décompose aisément par la chaleur 5 mais on obtient du sulfate de potasse et du sulfure de potassium. On peut vérifier ces résultats en chauffant à une douce chaleur, dans un petit matras , de la fleur de soufre avec de l'hydrate de potasse , jusqu'à ce qu'ils soient combinés , et en faisant la même expérience à une température plus élevée. Le premier produit , dissous dans l'eau privée d'air , formera avec le nitrate de barite un précipité blanc cristallin d'hyposulfite ? de barite , soluble dans une grande quantité d'eau , tandis que le second donnera avec le même sel un précipité de sulfate de barite tout-à-fait insoluble
Le sulfure de potasse est très-employé en médecine ; 011 le pulvérise et on le môle avec del'axonge pour composer un onguent usité dans le traitement des maladies
cutanées. Sa solution aqueuse est aussi employée pour composer des bains et des lotions.
On le prépare souvent pour les besoins de la pharmacie, en fondant , dafts une marmite de fonte fermée par son couvercle , un mélange de deux parties de potasse perlasse du commerce et d'une partie de fleur de soufre. Lorsque la matière est fondue, on la coule sur un marbre huilé, ou, ce qui vaut mieux, dans des moules de tôle qu'on recouvre de leur couvercle pour abriter le sulfure de Pair. Ce sulfure est beaucoup moins pur en ratson des sels étrangers que contient la potasse du commerce. Il a une couleur jaune verdâtre, et laisse un résidu vert noirâtre de sulfure de fer en se dissolvant dans l'eau. Il est principalement employé en médecine humaine et en médecine vétérinaire pour la confection des bains sulfureux.
On compose aussi , pour les mêmes usages, du sulfure de potasse liquide en dissolvant un tiers de soufre dans une solution de potasse caustique marquant 35° à l'aréomètre. Cette dissolution doit être faite dans un matras de verre qu'on chauffe ou à feu nu ou au bain de sable jusqu'à dissolution complète du soufre. Ce produit liquide est un mélange de sulfure de potassium et d'hyposulfhe dépotasse. On doit le conserver à l'abri de l'air, dans des flacons bouchés.
Sélénium et potassium. ( Séléniure de potassium. )
Le sélénium se combine à chaud avec le potassium et produit un composé solide, soluble dans 1 eau . decomposable à l'air qui en précipite du sélénium en poudre rouge $ les acides en dégagent du gaz hydrosélénique. Ce séléniure sert à la préparation de l'acide hydrosélénique. ( Voyez ce mot. )
Phosphore et potassium. ( Phosphure de potassium. )
Le phosphore et le potassium se combinent à l'aide d'une douce chaleur avec un léger dégagement de lumière. Le phosphure qu'on obtient est solide, d'une couleur brune chocolat -, mais quand le potassium est en excès, il est gris foncé avec éclat métallique, ce qui semble annoncer que ce métal peut s'unir en différentes proportions avec le phosphore.
Le phosphure de potassium est si combustible qu'il brûle quand il est exposé à l'air -, mis en contact avec l'eau , il la décompose subitement avec une sorte d'explosion , en donnant du gaz hydrogène per-phosphoré qui s'enflamme et derhypophosphite de potasse.
Ce phosphure ne peut être obtenu par la réaction du phosphore sur l'oxide de potassium qui contient toujours de l'eau. Il y a dans ce cas formation d'hydrogène phosphore et d'acide phosphorique , qui s'unit à l'oxidc de potassium.
Azote et potassium, ( Azoture de potassium. )
Le potassium et l'azote ne peuvent s'unir directement ni à froid ni à chaud. En chauffant au rouge le potassium dans le gaz ammoniac , il y a décomposition et formation d'azoture de. potassium. Ce composé est vert olivâtre ; mis en contact avec l'eau, il est décomposé 5 l'oxigènede l'eau se porte sur le potassium , et l'hydrogène sur l'azote , pour reformer de l'ammoniaque. Lorsque la calcination n'a pas été assez forte, il reste une portion d'ammoniaque unie à l'azoture , et même des quantités varia- Lies suivant les degrés de chaleur auxquels le produit a été exposé.