CHAPITRE XIX
Antimoihe.
Son état naturel. — Son extraction, — Sesyropriétés. — Ses combinaisons avec Foxigène , le chlore , le brôme, Tiode, le soufre et le phosphore.
Quoique les anciens chimistes aient en connaissance des mines qui contenaient l'antimoine et de leur emploi dans Certaines maladies, il paraît que le procédé d extraction de ce métal particulier ne fut publié que vers la fin du quinzième siècle , par Basile Valentin.
Depuis, les propriétés de ce métal ont été étudiées par un grand nombre de médecins et de chimistes , et il n'est peut-être aucune substance minérale qui ait attiré autant l'attention.
L'antimoine existe dans la nature sous plusieurs états. i° A l'état natif ; on le trouve au Hartz, en Suède , et à Allemont, près Grenoble. Il est toujours en petite quantité et allié à l'arsenic. 2° A l'état d'oxide ; il est mêlé avec un peu de silice et d'oxide de fer. 3° A l'état de sulfure; sous ce dernier état, il est-très-commun. On le rencontre abondamment en France , dans les départemens de l'Isère et du Puy- de-Dôme ; on en trouve aussi en Hongrie , en Saxe, de grandes quantités. Enfin, il s'offre, mais rarement, combiné tout à la fois à l'oxigènc et au soufre.
Ce métal est particulièrement extrait du sulfure , qui est le minérai le pl us abondant.
On commence d'abord par séparer le sulfure de sa gangue quartzeuse , en concassant la mine en morceaux de la grosseur du poing, et les plaçant dans des pots de
terre , percés à leur fond d'un ou de plusieurs trous , et posés sur d'autres pots enfoncés en partie dans la terre. Lorsqu'on vient à chauffer les pots supérieurs, en les entourant de bois allumé, le sulfure, très-fusible, fond , se sépare de sa gangue et tombe dans les pots inférieurs, où il se solidifie en une masse cristallisée en aiguilles.
Le sulfure d'antimoine, ainsi purifié par fusion, était livré et connu autrefois sous le nom d? antimoine cm , pour le distinguer de l'antimoine métallique, qu'on désignait sous le nom de régule d'antimoine.
La purification du sulfure étant opérée, on le pulvérise et on l'expose à Faction d'une douce chaleur dans un fourneau à réverbère , en l'agitant de temps en temps avec un ringard et en ménageant assez la chaleur pour que la matière n'entre point en fusion. Par l'action de l'air et de la chaleur, la plus grande partie du sulfure est brûlée, d'où il résulte de l'acide sulfureux qui se dégage, et de l'oxide d'ant'moine qui reste uni à une petite portion de sulfure. Lorsque le grillage est terminé*, ce qui ârrive au bout d'un temps assez long, et quand la matière se trouve transformée en une poussière grise cendrée, on mêle ce produit avec la moitié de son poids de tartre pur ( tàrtrate acide de potasse ) , et Ton fond ce mélange dans des creusets de terre. L'oxide d'antimoine est réduit avec une petite quantité de potasse par l'hydrogène et le carbone qui entrent dans la composition de l'acide tartrique, l'antimoine s'y allie, fond et se rassemble au fond du creuset, tandis qu'un autre partie de potasse de tartre s'unit à une portion de silice qui reste au sulfure d'antimoine qui n'a pas été brûlé dans le grillage et forme avec ceux-ci un composé qui surnage l'antimoine allié au potassium.
Lorsque la réduction est faite , on retire la masse fondue , on la laisse refroidir pour séparer le métal des sco ries qui le recouvrent 5 après l'avoir concassé èn nior-
47 a ÀBKÊGÉ ÉLÉMENTAIRE
ceaux et mis dans l'eau pour détruire le potassium , on le fond au contact de l'air, à une chaleur rouge obscur, qui l'isole entièrement de quelques portions de scorie qu'il avait entraînées.
D'après les observations de M. Vauquelin , on peut remplacer'avantageusement le tartre dans la réduction de loxide d'antimoine, en mêlant le sulfure grillé avec ^ de son poids de charbon en poudre , et seulement de tartre , ou en remplaçant tout- à-fait ce dernier par de potasse du commerce.
On avait tenté dans certains pays de décomposer le sulfure d'antimoine par le fer ou la grenaille de fonte ; mais ce procédé a été abandonné , car d'un côté , l'antimoine n'est pas pur, il reste allié .avec un peu de fer, et de l'autre, une portion se trouve avec le sulfure de fer qu'on ne peut en séparer qu'à une température élevée.
Propriétés. L'antimoine métallique , à l'état de pureté, est blanc bleuâtre, très-cassant, d'une texture lamelleuse. Lorsqu'on le frotte quelque temps entre les doigts, il répand une odeur particulière. Sa densité est de 6,712.
Ce métal, exposé à l'action du feu, entre en fusion au-dessous de la chaleur rouge, à une température de -j- 43 20 environ. Soumis à un degré de chaleur plus élevé , il reste fixe et ne se volatilise pas , si la calcination est faite à l'abri de l'air. On peut l'obtenir cristallisé régulièrement en octaèdres en le fondant et le laissant refroidir jusqu'à ce qu'il soit en partie solidifié, puis décantant les parties intérieures encore fluides. On remarque à la surface des morceaux d'antimoine du commerce des rudimens de cristaux qui affectent par leur disposition la forme des feuilles de fougère. ^ L'antimoine n'a aucune action sur l'air et l'oxigène secs à la température ordinaire ; mais lorsque ces gaz sont humides , il se ternit légèrement. A une tempéra-
DE CHIMIE. fy$
ture rouge, ce métal s'oxidc promplement et s'exhale en vapeurs blanches. Cette oxidation a toujours lieu avec dégagement de calorique et de lumière quand elle se fait rapidement. C'est ce que Ton peut constater en faisant rougir dans un creuset huit à dix grammes d antimoine et les projetant de 3 à 4 pieds de haut sur le sol. Ce métal se divise dans sa chute en petits globules rouges qui divergent dans tous les sens , comme autant de rayons, et brûlent à leur passage dans l'air, en y répandant une fumée blanche d'oxide d'antimoine.
L'eau pure n'exerce pas d'action sur ce métal celle qui contient de l'air en solution altère un peu son brillant , sans doute par la formation d'une légère couche d'oxide à sa surface.
Antimoine et oxigène. (Trois combinaisons.)
L'antimoine se combine en trois proportions avec l'oxigène , et produit trois composés bien déterminés.
Le proloxide d'antimoine se forme directement en chauffant au rouge le métal dans l'air.
Pour le préparer et le recueillir, on met dans un creuset de terre une certaine quantité d'antimoine, et on dispose le creuset dans un fourneau rond, de manière qu'il soit incliné de 4° à 4$ degrés et qu'il dépasse les parois du fourneau. On recouvre ce premier creuset d'un autre renversé plus large et percé d'un trou à son fond, afin d'établir un courant d'air. Lorsque l'antimoine est chauffé au rouge blanc, il se convertit promptement en protoxide qui se vaporise et se condense dans le creuset supérieur, sous la forme de petites aiguilles blanches plus ou moins déliées.
Propriétés. Le protoxide d'antimoine , ainsi préparé, était connu autrefois sous lcnomde/7eur$ argentines d antimoine , lise présente en petites aiguilles blanches, inodo. res, insipides et insolubles. Il fond au-dessous de la cha-
474 JlBHÉG* ÊlÉMEHTlIUE
leur rouge et se volatilise en partie dans des vases fermés; au contact de l'air, il s'exhale presque entièrement en vapeurs blanches. Cet oxide était usité en médecine à cause de sa propriété émétique*, il ne sert plus que rarement aujourd'hui.
Suivant M. Berzélius, il est composé de :
Antimoine 100
Oxîgène i8,5
Le protoxide d'antimoine est le seul des oxides de ce métal qui puisse s'unir aux acides et former des sels. Le deutoxide et le tritoxide d'antimoine se comportent plutôt comme des composés électronégalifs par leurs caractères acides 5 aussi à cause de ces propriétés , les a-t-on désignés l'un sous le nom d'acide aniimonieux , et l'autre sous celui d'acide antimonique.
Deutoxide d'antimoine, ( Acide ami mon i eux. )
Ce deuxième cpmposé d'oxigène et d'antimoine s'obtient en traitant l'antimoine réduit en poudre fine par 5 à 6 fois son poids d'acide nitrique. Par l'action d'une douce chaleur, l'acide nitrique est décomposé. L'antimoine absorbe une partie de son oxîgène , et passe à Tétât de deutoxide qui se précipite en poudre blanche, tandis que l'acide nitrique, en partie désoxigéné , se dégage à l'état de deutoxide d'azote qui se convertit en acide nitréux au contact de l'air. On recueille alors le deutoxide d'antimoine sur un filtre, et après l'avoir bien lave, on le fait sécher à une douce chaleur.
Propriétés. Cet oxide est blanc, pulvérulent, indécomposable par la chaleur, insoluble dans l'eau, un peu moins fusible que lç protoxide ; il se volatilise aussi en partie à l'aide de la chaleur et cristallise en aiguilles blanches.
Suivant les expériences de M. Berzélius, il est composé de :
Antimoine 100
Oxigène. ^4,8
Cet oxide est inusité. ;
Tritoxide d'antimoine. (Acide antimonique. )
Le triloxide d'antimoine se produit dans la calcination du métal avec un excès de nitrate de potasse.
On l'obtient en exposant dans un creuset d'argent, à une chaleur rouge , un mélange de six parties de nitrate de potasse et d'une partie d'antimoine en poudre. L'antimoine, oxidé aux dépens de l'acide nitrique, reste uni à la potasse \ on délaye dans 1 eau distillée la masse fondue, et on ajoute assez d'acide nitrique pour décomposer tout l'antimoniatc de potasse forme; l'acide antimonique se précipite en flocons blancs hydratés qu'on recueille et qu'on sèche à une douce chaleur. Ainsi préparé, il rougit le tournesol.
Exposé à l'action du feu, l'acide antimonique perd son eau d'abord, et devient d'une couleur jaune de paille, puis à une chaleur rouge, il abandonne une partie de son oxigène et passe à l'état de deutoxide d'antimoine ( acide antimonieux ).
Il est composé, d'après M. Berzélius , de :
Antimoine. . . . 100
jintimoine et chlore. (Deux combinaisons.)
L'antimoine et le chlore s'unissent directement en raison de leur grande affinité. Lorsqu'on projette une partie de ce métal en poudre dans un flacon rempli de chlore sec , il y a aussitôt combinaison avec dégagement de lumière et formation d'une vapeur blanche très- épaisse , qui est un chlorure d'antimoine variable dans sa corn-
position , suivant le rapport du métal et du chlore mis en présence.
Protochlorure d 'antimoine. Ce chlorure, correspondant par ses proportions au protoxide d'antimoine, s'obtient aisément par plusieurs procédés.
On le forme ordinairement en chauffant , dans une cornue de verre, munie d'un petit ballon tabulé, un mélange de deux parties de deutochlorure de mercure et d'une partie d'antimoine en poudre. Par l'action d'une douce chaleur , le deutochlorure de mercure est décomposé par l'antimoine; il en résulte du protochlorure d'antimoine qui se volatilise et se condense en partie dans le col de la cornue et le ballon , tandis que le mercure, mis à nu , reste au fond de la cornue, allié à l'excès d'antimoine. En approchant quelques charbons incandescens du col de la cornue , on fait fondre le chlorure qui s'y est condensé et qui coule alors dans le récipient. Pour le retirer , on le fond de nouveau à une douce chaleur et on le verse, ainsi liquéfié, dans des flacons à large ouverture qu'on tient ensuite bouchés hermétiquement.
Lorsque le chlorure obtenu par ce procédé est un peu coloré , on le distille à une douce chaleur , dans une cornue de verre , dont le col se rend dans un flacon sec \ les matières étrangères qu'il a pu entraîner restent au fond de la cornue.
Le sulfure d'antimoine chauffé de la même manière , avec deux fois son poids de deutochlorure de mercure , fournit aussi un produit semblable. Il y a décomposition réciproque de deux composés , formation de chlorure d'antimoine et de sulfure de mercure moins volatil , qui reste dans la cornue et se volatilise sur le feu par une chaleur plus élevée.
Suivant les observations de 3M. Robiquet, on peut obtenir le protochlorurc d'antimoine par un procédé plus économique, en dissolvant le sulfure d'antimoine dans
Digiïized by GoogI
l'acide hydrochlorique , évaporant la dissolution dans une cornue jusqu'à ce quelle ne distille plus d'eau, puis augmentant le feu pour volatiliser le protochlorure qu'on reçoit daiis un ballon de rechange parfaitement sec. Ce dernier procédé donne constamment un beau produit.
Propriétés. Le protochlorure d'antimoine est blanc , solide à la température ordinaire , demi - transparent , extrêmement caustique. Il fond au-dessous de ioo°, "et présente ainsi l'aspect d'une huile épaisse et butireuse; c'est ce qui lui a fait donner autrefois le nom de beurre d'antimoine par les anciens chimistes. En refroidissant, il cristallise avec la plus grande facilité en tétraèdres.
Exposé à une chaleur au-dessous du rouge , il se volatilise sans éprouver aucune décomposition ; au contact de l'air, il attire peu à peu l'humidité qui s'y trouve, et se résout en un liquide épais , très-acide et très-caustique. C'est sous ce dernier état qu'on l'emploie en médecine pour cautériser certaines plaies , et principalement celles occasionées par la morsure des animaux enragés.
Le protochlorurc d'antimoine traité par l'eau se décompose en partie. L'oxigène de ce liquide se porte sur l'antimoine pour former du protoxide qui s'unit à la portion de chlorure non décomposeé, et produit un composé blanc , insoluble, qui se précipite (oxi chlorure d'antimoine), tandis que l'hydrogène se combine avec la portion correspondante de chlore , et forme de l'acide hydrochlorique qui retient en dissolution une petite quantité de protoxide d'antimoine.
La poudre blanche ( oxicfclorure d'antimoine ) obtenue par l'action de l'eau sur le chlorure d'antimoine était très-employée autrefois en médecine ; on la connaissait sous le nom de poudre d1 Algarolh.
L'oxichlorure d'autimoine, traité à chaud par une solution faible dépotasse ou de sous-carbonate dépotasse, est décomposé et donne du protoxide d'antimoine pur.
ABRÉGÉ ÉLÉJ4BBTAIRE
Le protochlorure d'antimoine, suivant les expériences de M. Rose ( Annales de chimie et de physique , t. xxix ) , est composé de :
Antimoine. .... 100 Chlore. ...... 87,6
Deutochlorure dïantimoine.
On obtient ce composé directement en faisant passer nn courant de gaz chlore sec sur de l'antimoine en poudre , placé dans un long tube de verre adapté à un petit ballon entouré de glace. Il se forme successivement un protochlorure et un deutochlorure qui se rendent dans le ballon : le premier se solidifie , et l'autre qui le surnage reste liquide.
Propriétés. Le deutochlorure d'antimoine ainsi obte-> nu est incolore, très -vol atil -, il répand d'abondantes Tapeurs blanches au contact de l'air, d'une odeur acide très-piquante et pénétrante.
Lorsqu'on le verse dans l'eau , il fait entendre un petit sifflement , et est décomposé subitement et converti , suivant M. Rose, en acide antimonique qui se précipite en flocons blancs hydratés, et en acide hycuochlorique qui reste combiné à l'eau.
Sa composition , d'après l'analyse qu'en a faite ce, chimiste, est représentée par :
ni 1 . ,\i :u\j uupi'iiAil'y*
Antimoine. . . 100 1 \ -
rs* , /.'a f:./iti ifi'»H. .* v o*nvj ;ab* «ft Chlore. .... 107,2 1
Siœs nombres sont exacts, il faut en conclure que ce chlorure correspond plutôt à l'acide antimonieux qu'à l'acide antimonique , puisque la quantité de chlore qu'il contient est à celle que renferme le protocblorure : : 1,57 : i $ le rapport devrait être : : a : 1, s'il correspondait à l'acide antimoniefue.
Brômure d'antimoine.
Suivant M. Sérullas , ce composé peut se former directement -, il jouit de plusieurs des caractères physiques du protochlorure d'antimoine.
Iodure d'antimoine.
On produit ce composé en chauffant doucement dans un tube de verre ( rmé par un bout, un mélange de trois parties d'iode et d'une partie d'antimoine pulvérisé. L'iodure ainsi obtenu est d'un rouge foncé en masse , d'un rouge vermillon en poudre-, soumis à l'action du calorique, il se volatilise sans décomposition. L'eau à la température ordinaire le décompose en le convertissant en acide bydriodique qui se dissout, et en protoxide d'antimoine qui se précipite.
Antimoine et soufre. (Sulfure d'antimoine. )
Le soufre et l'antimoine se combinent en trois proportions qui correspondent aux trois qxides connus. Le protosulfure est le seul qu'on rencontre dans la nature, les deux autres s'obtiennent en faisant réagir l'acide hydrosulfurique sur l'acide antimonieux et l'acide antimonique; il en résulte des sulfures proportionnels au degré d'oxidation de l'acide.
Le protosulfure d'antimoine se trouve communément dans beaucoup de pays. 11 existe en assez grande quantité dans plusieurs département de la France, principalement dans ceux du Puy-de-Dôme, de l'Isère, de l'Allier et du Gard , c'est la mine d'antimoine qu'on exploite pour l'extraction du métal.
U est si commun , qu'on ne se donne pas la peine de le préparer 5 on se contente pour les besoins ordinaires de purifier par plusieurs fusions celui que fournit la nature.
Dans les laboratoires, on peut l'obtenir, en chauffant
480 ABRÉGÉ ÉLéMENÎAIHt
au rouge, dans un creuset fermé, un mélange de deux parties d'antimoine en poudre et d'une partie de fleurs de soufre.
Ce protosulfure artificiel est identique avec celui qu'on rencontre dans le règne minéral 5 il est solide, d'une couleur grise bleuâtre, brillant comme l'antimoine, plus fusible que ce métal et susceptible de cristalliser en longues aiguilles par le refroidissement. C'est sous cette forme cristalline qu'on le trouve dans le commerce. Ce sulfure est inaltérable à l'air sec ou humide, à la température ordinaire \ mais à l'aide d'une chaleur voisine de son point de fusion, il en absorbe l'oxigène et donne naissance à du protoxide d'antimoine et à du gaz acide sulfureux qui se dégage.
Il est formé, d'après l'analyse de M. Berzélius, de :
Antimoine. . . . . . 100
Soufre 37,^5
D'où l'on voit qu'il correspond exactement au protoxide d'antimoine.
Le deulosulfure et le tritosulfure d antimoine ne peuvent être obtenus directement, car ils se décomposent à l'aide d'une douce chaleur en protosulfure fixe et en soufre qui se sublime. On les prépare par l'action du gaz hydrosulfurique sur l'acide antimohicux et antimonique dissous dans l'acide hydrochlorique , ou eu faisant agir un acide sur l'antrmonite et l'antimoniate de potasse mêlés à du protosulfure de potassium. Ces deux sulfures sé précipitent à l'état d'hydrates en flocons d'un rouge orangé-, par l'action du feu, ils perdent leur eau, une partie de leur soufre, et se transforment en protosulfure qui se fond facilement en une masse noire bleuâtre.
Le deutosulfure parait composé de :
DE CHIMIE. 4^t
Antimoine. . . . 100 Soufre 49>8
Quant au tritosulfure , il doit contenir, d'après l'analyse dcFacidc antimoniquc,
Antimoine 100
Soufre. ...... ^4
La composition de ce titrosulfure n'a -encore été établie que théoriquement.
Le protosulfure d'antimoine est le seul de ces composés qui soit employé; il sert, comme nous l'avons déjà dit, à l'extraction de l'antimoine. C'est avec lui qu'on prépare le verre, le crocus et le foie d'antimoine, le kermès et le soufre doré , composés médicamenteux fort usités.
Le verre d antimoine y ainsi nommé à cause de son aspect vitreux et de sa transparence , s'obtient en exposant à une douce chaleur, long-temps continuée, le protosulfure d'antimoine pulvérisé, jusqu'à ce qu'il soit
converti en une matière grise cendrée, formée d'une
grande quantité de protoxide d'antimoine et de sulfure non décomposé. Si l'on chauffe rapidement cette substance dans un creuset, elle se fond, et peut être ensuite coulée en plaques minces de l'épaisseur du verre à vitre.
Ce composé vitreux, transparent, a une couleur rouge jaunâtre; il est insoluble dans l'eau , et contient, d'après M. Vauquelin , une quantité de silice qui s'élève à environ r0T, et qui provient des creusets de terre dans lesquels la fusion a été faite. .
Le verre d'antimoine est formé d'une grande quantité de protoxide d'antimoine , de sulfure d'antimoine, d'oxide de fer et de silice. On le désignait autrefois sous le nom dCoocide d antimoine , sulfuré vitreux.
Le safran des métaux , crocus metallorum , safran d'antimoinc, est une préparation pharmaceutique , qu'on on-
48* ABRÉGÉ ÉLÉME5TÀIEË
tient facilement par un grillage moins prolongé du protosulfure d'antimoine , et ensuite sa fusion. Ce composé opaque, d'une couleur rouge marron foncé, renferme du protoxide d'antimoine et une plus grande quantité de sulfure que le verre d'antimoine. On le distinguait de celui-ci par le nom à'oxide d'antimoine sulfuré demi* vitreux.
Lejfô/e d'antimoine , 'ainsi nommé à cause de sa couleur et de son aspect , s'obtient en projetant dans uu creuset, chauffé au rouge, un mélange de parties égales de protosulfure d'antimoine et de nitrate de potasse. Une partie du sulfure d'antimoine est brûlée par le nitrate de potasse , d'où résulte du sulfate de potasse et de l'autimonitc de potasse , qui restent mêlés avec la portion de sulfure d'antimoine non décomposée, ainsi qu'avec la quantité de sulfuré de potassium qui s'est également produite pendant la réaction.
D'après ce que nous venons d'établir, le foie d'antimoine est un mélange de sulfate de potasse, d'antimonite de potasse , de sulfure de potassium et dé sulfure d'antimoine. En le traitant par l'eau, on dissout le sulfate et le sulfure de potassium , et on transforme le sous- an timonite en sur-antimonite, qui se précipite avec le sulfure d'antimoine.
Kermès. Ce médicament , dont la découverte paraît être due à Glauber , acquit une grande célébrité vers le commencement du dix-huitième siècle. Il fut connu alors sous le nom de poudre des chartreux, à cause d'un chartreux, le frère Simon, qui en préconisa le premier les vertus médicinales. Sa préparation, tenue secrète pendant long-temps , fut achetée, en 1720, par le gouvernement français, d'un' chirurgien nommé La Ligènc, qui en avait eu connaissance par un élève de Glauber*.
Depuis cette époque, les procédés ont beaucoup varié pour l'obtenir.
Dans les pharmacies , on le prépare aujourd'hui en faisant bouillir , dans une marmite de fonte , une partie de protosulfure d'antimoine pulvérisé, vingt-deux parties de sous-carbonate de soude cristallisé , et deux cent cinquante parties d'eau de rivière. Lorsque l'ébullilion a été continuéependant une demi-heure ou trois quarts d'heure, en l'agitant par intervalles avec une cuiller de fer, on filtre la liqueur à travers des papiers gris étendus sur des toiles , et on la reçoit dans des terrines échauffées d'avance avec de l'eau bouillante. Au bout de vingt-quatre heures , le kermès étant précipité, on décante l'eau mère et on le lave avec de l'eau . bouillie et refroidie; puis on le re* cueille sur un filtre. Lorsqu'il a été bien lavé*, on en exprime l'eau qu'il contient encore en le soumettant à la presse entre plusieurs doubles de papier , et ensuite on en achète la dessiccation dans une éyive échauffée de+ s5à-t-3o°.
En traitant à plusieurs reprises par la liqueur d'où le kermès s'est déposé la portion de sulfure d antimoine qui n'a pas été attaquée , on en obtient une nouvelle quantité comme dans le premier traitement.
Si après ces différentes opérations on sature les eaux mères du kermès par l'acide hydrochlorique ou sulfu* Tique , il se forme un nouveau précipité jaune orangé foncé , que l'on connaît depuis long-temps sous le nom de soufre dora.
Le kermès obtenu par le procédé que nous avons décrit ci-dessus se présente en poudre légère, d'une couleur rouge brune foncée et veloutée.
On le prépare d'une manière plus économique , en faisant bouillir deux parties de sulfure d'antimoine, une partie de potasse caustique , et vingt-quatre parties d'eau, filtrant la liqueur au bout d'un quart d'heure d'ébullition et la laissant refroidir.
Comme ces procédés n'en fournissent que de petites
4$4 ÀBttEGÊ ÉLÉMENTAIRE
quantités , on le prépare pour les besoins de la médecine vétérinaire, en fondant dans un creuset deux parties de sous-carbonate de potasse, une partie de sulfure d antimoine et — • de soufre* Lorsque ce mélange est fondu, on le coule dans une marmite de fonte , et après l'avoir pulvérisé on le fait bouillir dans dix à douze parties d'eau.: par le refroidissement de la liqueur bouillante , le kermès se précipite en abondance. On le recueille avec les précautions que nous avons indiquées plus baut.
La théorie de la formation du kermès peut être expliquée suivant deux hypothèses également admissibles. Dans la première, la plus ancienne, qui consiste à regarderie kermès comme un sous-hydrosulfate d antimoine, on admet qu'en traitant le sulfure d'antimoine par le souscarbonate de soude et l'eau , celle-ci est décomposée que son oxigène s'unit à l'antimoine, et son hydrogène au soufre pour former de l'acide hydrosulfurique qui s'unit en partie à l'oxide d'autinioine et à une partie de la soude du sous-carbopate de soude gui est alors transformé ensesqui carbonate de soude. Il en résulte alors du soushydrosulfate d'antimoine et de l' hydrosulfate sulfuré de soude. Comme ce dernier jouit de la propriété de dissoudre une plus grande quantité de sous- h\drosulfa te d'antimoine à chaud qu'à froid , il doit nécessairement en laisser précipiter une partie par le refroidissement. Les flocons jaunes orangés de soufre dore qu'on, sépare des eaux mères du kermès par lès acides proviennent de la portion de kermès que contenait à froid Thydrosulfatc sulfuré de soude et qui s'est mise avec l'acide hydrosulfuré et le soufre mis en liberté pendant la saturation. Dans cette supposition, le soufre doré serait un hydrosulfate sulfuré d'antimoine.
D'après les nouvelles recherches de M. Berzélius , le kermès serait un protosulfure d'antimoine hydraté, cor-
respondant au protoxide de ce métal, et le soufre doré un deutosulfure correspondant au deutoxide.
Ce savant chimiste établit que dans Faction de la potasse sur le sulfure d'antimoine, celui-ci se partage en trois parties ; ï une est décomposée par l'oxide de potassium, d'où résulte de l'oxide d'antimoine, et du sulfure de potassium. Ce dernier dissout la seconde portion de sulfure d'antinioine tt la laisse précipiter en partie par le refroidissement à l'état d'hydrate, tandis que l'oxide d'antimoine formé s'unit à la troisième portion du sulfure d'antimoine et forme le résidu de l'opération. L'opinion de M. Berzélius sur la nature du kermès et du soufre doré est fondée sur la manière 4<>nt se comportent ces produits au feu et leur analyse respective.
Le kermès , soumis à l'action de la chaleur , abandonne de l'eau sans dégagement de gaz, et se transforme - en sulfure d'antimoine ordinaire ; tandis que le soufre doré fournit en plus du soufre qui se sublime.
Il paraît néanmoins, d'après les expériences de plusieurs autres chimistes , que le kermès , suivant son mode de préparation , n'est pas toujours identique, et que dans quelques cas il renferme une assez grande quantité d'oxide d'antimoine. Ainsi, d'après M. Henry fils, le kermès préparé par l'ébullition du sulfure d'antimoine dans la solution de sous - carbonate de soude, contiendrait , sur cent parties : protosuifure d'antimoine, 63,i ; protoxide d'antimoine, 27,2; eau combinée, 9,6. Ce résultat, s'il est exact, tendrait à faire regarder le kermès comme un oxi sulfure hydraté , à proportions définies.
Ce conflit d'opinions différentes sur la nature du ker« mès prouve que ce composé n'est pas encore bien connr dans sa composition , ou que celle-ci est susceptible de varier suivant des circonstances qui n'ont pas encore été bien appréciées. ,
Le prix élevé du kermès fait que dans le commerce certaines personnes n'ont pas honte, dans l'espoir d'un plus grand gain , de le falsifier avec des substances inactfves. C'est ainsi qu'on Je trouve quelquefois mélangé avec de la brique pilée , de l'oxide rouge de fer , et certaines poudres végétales de couleur analogue. Cette falsification, qui répugne à tout homme qui ex#ce honorablement son art , peut se reconnaître facilement en traitant une certaine quantité du kermès suspect par six à sept fois son poids de solution de potasse caustique bouillante. Lorsque le kermès est exempt des substances nommées ci-dessus , la dissolution est complète -, dans le cas contraire , il laisse un résidu coloré sur la nature duquel un examen ultérieur peut décider.
Dans certains cas , le kermès ayant été mal préparé , peut contenir encore quelques substances salines -, on s'en aperçoit facilement à la saveur plus ou moins salée qu'il présente \ alors un simple lavage à 1 eau tiède et 1 évapo ration delà liqueur peuvent faire connaître directement les sels qu'il renferme.
Un autre médicament, qui était très-employé autrefois, est Y antimoine diaphoré tique. Gn l'obtient en calcinant au rouge dans un creuset, pendant une heure, un mélange d'une partie d'antimoine en poudre , et d'une partie et demie de nitrate de potasse.
Le résultat de cette calcinatipn est du sous-antimoniate de potasse , antimoine diaphorclique non lavé^ traité par l'eau bouillante à plusieurs reprises , il se transforme en un composé blanc insoluble de sur-an ti moniale de potasse, antimoine diaphorétiquelavé. Les eaux de lavage contiennent lexcèsde potasse et une certaine quantité de sous-antimoniate en solution \ en les saturan t par un acide, ils'en précipite une matière blanche, pulvérulente , qui est de l'acide antimonique hydraté. C'est à ce précipité qu'on avait
donné autrefois le nom de matière perlée de Kerkringins.
Antimoine et sélénium, (Séléniure d'antimoine.)
En chauffant doucement Tan tiraoinc et le sélénium, la combinaison s'effectue avec élévation de température. Le composé qui en résulte est très-fusible , dun aspect brillant et métallique et présente une texture cristalline comme Je sulfure d antimoine. Ce séléniure a été observé par M. Berzélius et du reste peu étudié.
Antimoine et phosphore.
L'union du phosphore avec l'antimoine peut être produite par différens procédés : i° en projetant de petits morceaux de phosphore sur de l'antimoine fondu dans un creuset qu'on ferme aussitôt 5 i° en exposant à une température rouge un mélange de parties égales d antimoine pulvérisé , de phosphate acide de chaux et d'une petite quantité de charbon.
Le phosphure qu'on obtient est loin d'être saturé de phosphore. Il est blanc , brillant , très-cassant , trèsfusible et formé d'un grand nombre de petites facettes cubiques. Ce composé , exposé à une chaleur rouge , brûle avec une flamme verte jaunâtre en donnant de l'acide phosphorique et du protoxide d'antimoine qui se sublime en aiguilles blanches. Quoique sa composition n'ait pas été déterminée , tout porte à croire que c'est un mélange de phosphure d'antimoine et d'antimoine.
Alliages dC antimoine.
L'antimoine est principalement employé pour la préparation des médicamens que nous avons décrits. Dans les arts, on ne l'emploie jamais seul à cause de sa fragilité on l'unit avec d'autres métaux pour composer des alliages qui sont plus ou moins utiles.
Parmi ceux-ci , nous devons mentionner les alliages
qu'il forme avec le fer et rétain et qui s'obtiennent par la fusion des mélaux mêlés ensemble.
L'alliage formé de deux parties d'antimoine et d'une partie de fer, connu autrefois sous le nom de régule martial, est blanc, dur, cassant et beaucoup plus fusible que la fonte; il ne s'altère que lentement à l'air bumide. On prétend que cet alliage peut servir avec plus d'avantages pour la confection d'objets moulés en relief que la fonte de fer.
L'alliage d'antimoine et d'étain , formé de neuf parties d'étain et une d'antimoine, est blanc , plus dur que l'étain et cassant. Il sert à la. fabrication des plancbes à graver la musique.
Les combinaisons utiles que l'antimoine peut contracter avec les autres métaux seront indiquées à mesure que nous ferons connaître les propriétés de ces derniers.