CARTES RÉDUITES
Ce sont des cartes sur lesquelles on trace des lignes droites d’un centre quelconque vers les points de l’horizon. Ces lignes sont des rhumbs ou aires de vent; on en compte 3a dans la circonférence du cercle : ainsi leur intervalle est mesuré par un arc de 1 1° ,i5'. Ces cartes sont les seules dont on puisse faire usage dans la marine.
Les droites, dont nous venons de parler, représentent donc des aires de veut; elles servent à diriger une route, à indiquer une direction quelconque vers un point donné de l’horizon. On reconnaît les points de l’horizon vers lesquels on veut se diriger, en partant d’un point dont on s’assure, et au moyen d’un instrument qu’on nomme boussole. \
Je devrais renvoyer l’article boussole à un autre ouvrage; cependant, vu son étroite connexité avec les cartes réduites, je vais en dire un mot ici.
Boussole.
La boussole est un instrument dont la propriété est d’indiquer à peu près le nord , c’est-à-dire la direction de l’axe de la terre. Elle se compose d’une boîte dans laquelle on s’est attaché à suspendre , aussi parfaitement qu’on l’a pu , et à l’abri de toute influence étrangère , une aiguille d’acier aimantée, dont la vertu est telle, que, suspendue en parfaite liberté, l’une de ses extrémités se tourne toujours à peu près vers le pôle. nord. Toutes les parties de la boussole ne sont qu’auxiliaires de l’aiguille, et c’est elle dont il convient de s’occuper.
CARTKS.
L’aiguille tient toute sa vertu de l’aimant, ou plutôt c’est la vertu magnétique, communiquée à l’aiguille par la touche, qui lui donne la propriété de diriger l’un de ses pôles vers un des pôles du monde.
Le fluide magnétique circule sur tout le globe dans une direction à peu près parallèle à l’axe de la terre , entraînant dans son cours les corps affectés de sa vertu.
On la nomme vertu polaire.
Aimant. — Inclinaison.
Indépendamment de cette vertu , l’aiguille en acquiert une autre par la touche : c’est celle de l’inclinaison. Le fluide magnétique circule, non-seulement sur toute la surface du globe, mais encore il le pénètre, et semble avoir une sorte de gravité, une sorte de pesanteur, une tendance vers le centre, ou au moins vers l’axe du globe. L’aiguille, suspendue verticalement, obéitàcette impulsion; elle incline quand on la place dans le plan de son méridien magnétique; elle n’incline plus quand on la place dans le sens des parallèles. Cette inclinaison n’est pas fixe : elle augmente à mesure que le rayon des parallèles diminue; mais elle ne paraît pas constante, c’est-à-dire qu’elle n’est pas toujours la même Sous le même parallèle à des distances considérables.
La progression de cette inclinaison, en allant vers fe pôle, ne paraît pas suivre un rapport régulier; et, à dire vrai, on n’a pas encore fait assez d’observations pour déterminer précisément cette marche et le rapport V
qu’elle suit. Il en est résulté qu’on n’a pu rien conclure de cette inclinaison pour déterminer les latitudes.
Il est à désirer qu’on multiplie les observations, et
#(> GÉOGJi APHIK PHYSIQUE.
qu'un les compare à celles de la longueur du pendule
sous des latitudes et à des élévations différentes. 1
La nature semble avoir formé des réservoirs du fluide
magnétique, qu’elle a déposé dans une pierre trèslourde, brune, assez dure, et cependant parfois tendre, grisâtre ou blanchâtre. Cette pierre se nomme aimant, magnes ; on la trouve communément dans les mines de fer, dans celles de cuivro ou dans les envirous. Elle communique sa vertu au fer et à l’acier, par le moyeu du frottement, en se subordonnant à certaines précautions relatives à la disposition de la pierre, de sou armure, et à l’opération du frottement.
L’aiguille une fois aimantée a donc reçu la vertu polaire; elle indique à peu près le pôle, et par conséquent elle sert à déterminer tous les points de l 'horizon : je dis à peu près le pôle , parce que cette direction n’est précise que dans deux endroits du globe. Ces endroits sont des courbes qui se trouveut l’une dans l’Atlantique, l’autre autour de la Nouvelle-Hollande. Ces courbes ne sont pas fixes : elles sont variables; partout ailleurs la marche du fluide magnétique est irrégulière, décrivant des courbes informes, sans s’assujettir aux méridiens ni aux parallèles, si j’en excepte l’océan Indien, où elle semble se subordonner un p*u à la direction des méridiens. On nomme cette irrégularité variation. L’aiguille varie tantôt d’un côté du méridien, tantôt de l’autre; mais elle ne passe pas de I’ un à 1 autre brusquement; elle suit dans cette marche une progression régulière.
A partir de l’endroit de. l’Atlantique où elle est nulle,
I aiguille augmente sa variation vers l’ouest h mesure
CRATES. #*•
qu’on marche vers l’est ; elle va au contraire en déclir uant vers l’està mesure qu’on marche vers l’ouest. C’est ce qu’on nomme variation nord-oue9t, ou variation* nord-est.
Pour être certain d’une direction sur le globe, il faut donc connaître la variation du lieu où l'on se trouve, puisque cette variation change à chaque pas. On compte bien près de 1 3° nord-ouest à Paris en ce moment.
Pour être certain de la variation , il faut l’observer, et c’est le soleil qui en donne les moyens ; ainsi d’une question physique, liée à la géographie, nous voilà rentrés dans une proposition astronomique, tant il est vrai que l’astronomie est indispensable au géographe.
L’astronomie nous fournit le moyen de connaître le vrai lieu de l’horizon où le soleil se lève et oit il se couche. On nomme amplitude,ï’airç de l’horizon compris entre le vrai est ou ouest , et le centre du soleil à son lever ou à son coucher. L’amplitude du lever est ortive, l’autre est occase. On observe, avec l’aiguille aimantée, le lieu où cet astre paraît se lever ou se coucher, et la différence entre ce lieu et celui indiqué par le calcul est l’erreur de l’aiguille; c’est la 'variation. Cet arc dépend de la déclinaison du soleil et de la latitude de l’observateur ; il faut donc les connaître, et alors on fait la proportion suivante :
Cos. lat. : R :: 6in. déclinaison : sin. de l’amplitude.
On sent qu’il faut employer la déclinaison du lieu et du moment où l’on observe. Si le soleil a répondu sur le compas ( on nomme ainsi la boussole ) à un point à l’ouest du calcul , l’erreur de l’aiguille est vers
l’ouest , par conséquent la variation est nord-ouest et vice versa.
Lorsqu’on se dirige vers un point du globe , il faut donc connaître la variation, soit pour connaître la direction du méridien , ou pour tout autre usage; mais alors même la boussole nous offre une bien plus grande difficulté qui a fait imaginer des cartes réduites : ce sont les' loxodromies.
Loxodromie.
Pour ne pas compliquer l’explication , nous allons, dans tout le reste de cet article, considérer l’aiguille aimantée comme si elle n’avait aucune variation.
L’aiguille sans variation se dirigera constamment vers le pôle : il résulte de là que partout ailleurs qu’en suivant un méridien ou un parallèle , il est impossible de décrire une ligne droite sur le globe par le moyen de la boussole; car, dès qu’on décrit une ligne oblique , celle qu’indique la boussole devient une courbe.
Supposons qu’on veuille se diriger sur une ligne qui fasse avec le méridien un angle de 45°. Quand on a parcouru une certaine distance, l’aiguille, qui était parallèle au méridien , a changé de position ; elle est devenue parallèle aux divers méridiens sous lesquels elle a passé;et cela, parce qu’elle est toujours parallèle au méridien sous lequel elle se trouve , afin d’indiquer le pôle. Nous avons vu que les méridiens ne sont pas parallèles entre eux, puisqu’ils aboutissent tous au pôle ; donc l’aiguille ne conserve jamais sa position , et se dirigeant toujours vers le pôle , elle se détourne
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