‹ Abrege elementaire de geographie physiqueChapitre 80 sur 123 · MESURES ITINÉRAIRES · texte numérisé non relu

MESURES ITINÉRAIRES

L’histoire emprunte souvent ses preuves de l’astronomie et de la géographie; et autant l’histoire est utile en nous retraçant les vertus et les erreurs des âges précédents, autant la géographie est utile en appuyant- Je témoignage de l’histoire. Les détails d’un évènement sont presque toujours relatifs à la description du lieu où l’évènement s’est passé. Le géographe doit donc confirmer l’historien, en recherchant la position et en vérifiant la description des lieux cités. Mais les descriptions très-détaillées manquent souvent au géographe, et très-souvent les récits des historiens ne sont plus d’accord avec la géographie actuelle; caries lieux cessent d’être les mêrfaes. ’l’out change dans lé monde, et ce changement est perpétuel. Une rivière peut tarir, ou changer son lit ou son nom : le géographe ne la retrouve plus; l’art peut l’avoir détournée dans des canaux étrangers. Une montagne se sera aplanie; une forêt sera détruite ou même engloutie; une cdlline se sera élevée sur une plaine, elle âura même pu changer de place (Plin. 1. a, ch. 83; Voy. l’article Trente blement de terre) ; un lac occupera la place d’un ancien monticule; la main des hommefc aura défiguré le

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pays; la charrue aura raturé des villes ou des monuments, et le géographe n’a plus aucun point fixe pour

asseoir son jugement.

La géographie n’est-elle pas aujourd’hui dans l’impuissance de retrouver l’enceinte de Carthage? Le voyageur, un«Quinte-Curce à la main, peut-il redemander Tyr au village de Sour? Le géographe osera-t-il lui montrer l’ancienne ville, dans un méchant village où lien ne répond plus aux descriptions de l’histoire? On ne retrouve pas même les vestiges de cette conquête des Macédoniens; le temps a dissipé jusqu’aux débris. Le port n’a pas laissé de traces : tout porte à croire que des dunes de sable s’élèvent sur l’ancien asile des vaisseaux phéniciens. [Voyez l’art. Retraite des mers .)

La fameuse digue d’Alexandre a tellement et si complètement disparu, qu’on ne peut pas même présumer le lieu qu’elleoccupa. La rade d’aujourd’hui est un mauvais mouillage en pleine côte, sans abri, sans profondeur. La géographie se tait sur ce lieu jadis si célèbre, et l’abandonne à la tradition.

Ainsi tout dans la nature est soumis au changement; les tremblements de terre, les volcans, les ravages des eaux, la différence du climat dans le môme lieu, sont autant de moyens que l’Etre-Suprème a mis à la disposition de la nature, pour opérer sans cesse des décompositions et de nouvelles agrégations.

Que la barrière de Niagara cesse de retenir les eaux du lac Eçié au Canada et autres lacs supérieurs, voilà toute l’Amérique septentrionale qui change de face.

Que, sans recourir à l’Amérique, la digue qui sous nos ypux retient le lac de Constance, enlevée par un

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volcan , ébranlée par un tremblement de terre , minée par des filtrations, décomposée, rongée par le temps, par des fermentations, par des acides, par des dissolvants; que cette barrière , dis-je , vienne à disparaître sous les murs même de Constance, le lac s’écoulera, le Rhin portera ses eaux à la mer, et bientôt tarira lui-même. La postérité, voyant les moissons mûrir sur le sol du lac desséché, reconnaîtra-t-elle la place, qu’il occupa, et la position des villes limitrophes? et quand le temps aura pulvérisé les grès, les quartz, et les autres monuments du séjour des eaux, le naturaliste lui-même, accoutumé à lire sur les ruines du glohe, pourrat-il y reconnaître l’existence antérieure de cette petite Méditerranée?

Tels sont les obstacles que le géographe rencontre souvent. Quels moyens lui reste-t-il donc pour découvrir les positions dont le temps a enlevé jusqu’aux vestiges?

Il ne lui reste que l’astronomie, qui ne le trompera jamais tant que les lois qui retiennent les astres dans leurs orbites continueront de régir leurs mouvements.

Mais ce moyen a presque toujours manqué aux anciens; et quand ils ont voulu s'en servir, la science encore au berceau, dénuée d’un point de réunion, sans unité d’opinion, voyait naître autant de variétés, autant de systèmes que de savants. Au milieu de ce dédale, il a sans doute été difficile de trouver le fil capable de conduire le voyageur et le géographe; il a fallu expliquer, comparer, commenter les divers systèmes métriques, déterminer leurs bases et les accorder, ou à peu près. Ce service nous a été rendu par plusieurs

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savants.- On doit surtout beaucoup à M. Gosselin, dont la méthode concilie Êratosthene et Ptolémée, ainsi que nous allons bientôt l’expliquer.

Mais si l’astronomie est venue au secours de la géographie, ce n’est pas sans opposition. Les découvertes heureuses ont cela de particulier, qu’elles sont toujours combattues et souvent étouffées à leur naissance. Hipparque voulant déterminer le lieu des constellations dans le ciel, et leur distance réciproque, imagina le premier de mesurer leur position relativement à certains cercles de la sphère’ en se servant pour cela d’une petite division qu’il nomma degré. Ceux de ces degrés qu’il compta sur le méridien, il les nomma degrés de latitude; à ceux qu’il compta sur l’équateur, il donna le nom de degrés de longitude. Il trouva cette méthode si lumineuse qu’il l’appliqua à la géographie, déterminant ainsi la position des lieux de fa terre par leur rapport avec des cercles qu’il supposa correspondants aux cercles de la sphère. Mais cette méthode , tout admirable quelle était, trouva des contradicteurs. Strabon etPline,‘qu\ vinrent après lui , non-seulement négligèrent de se conformera ce système, mais même ils s’y refusèrent. « Quiconque veut décrire « la terre, dit Strabon, liv. 2, ch. ig4> ne doit faire at- « terrtion à rien de ce qui est hors de la terre. » Subtilité qui n’a pas fait loi; car, malgré cette injuste prévention, Ptolémée , quatre cents ans après Hipparqüp, ressuscita sa méthode. Depuis lors elle a constamment étésuivie, et aujourd’hui la géographie a mis à contribution toutes les sciences physiques et mathématiques qui tendent à faire connaître la terre sous tous ses rapports avec ces sciences.

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