MESURES ITINÉRAIRES' 3 I
Avant Hipparque et depuis lui, quand la géographie n’a pu emprunter le secours de l’astronomie , quelles ressources a-t-elle eues pour déterminer les diverses positions sur le globe? Elle n’a eues que les moyens em-> ployés par Strabon et autres], je veux dire l’étendue relative et souvent arbitraire des mesures de convention. Mais ces mesures sont pour nous si précaires, que celles du même nom sont différentes non-seulement en pays différent , mais encore elles sont différentes à des âges différents dans le même pays, et varient d’après les calculs de divers auteurs. Cette confusion , parmi les géographes de l’antiquité, venait du peu de moyens qu’ils avaient de se communiquer et d’échanger leurs découvertes et leurs observations. C’est ainsi qu 'Arrien, presque contemporain de Ptolémêe , ne paraît avoir eu aucune connaissance des longitudes et latitudes, appliquées par cet auteur à la carte de géographie.
Voici un exemple des difficultés et des contradictions qui en résultent. \
Ératosthène évaluait le stade à la joo™' partie du degré d’équateur , par conséquent la circonférence do l’équateur à a52,ooo stades.
Ptolémée ne comptait que 5oo stades dans le degré d’équateur, par conséquent 180,000 dans la circonférence de l’équateur.
Aristote évaluait la circonférence de l’équateur à 4oo,ooo stades, ce qui donne 1,1 1 1 stades et une fraction pour un degré. Ce stade cadre assez bien avec les positions des lieux visités par Alexandre f suivant les observations modernes : ce qui fait penser qu’il pourrait bien être le stade des Macédoniens.
3a GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
Voici comme M. Gosselin ramène la mesure de Ptolémée à celle d’Erathostène.
Soit une distance de 1 4,000 stades évaluée en degrés : Ptolémée dira 28 degrés, et Eratosthène ne dira que ao.
Gosselin dit 28 x 5oo = -!-\~- =20: fortnule qui ramène la quantité de degrés des deux auteurs à la même valeur; c’est-à-dire, 28 degrés, multipliés par les 5oo stades de Ptolémée, donnent 1 4,000 stades, qui, divisés par 700, mesure d’Eratosthène, donnent 20 degrés.
N’y eut-il dans la géographie ancienne que la confusion qui existe dans le stade, ce serait assez pour démontrer la nécessité de recourir à l’astronomie comme sûre , précise , invariable.
Si de pareilles difficultés arrêtent le géographe dans les mesures de distance, qu’est-ce donc quand il recherche les positions sans autre guide que les noms ? Voici un exemple frappant. La petite ville de JengapourÇ Mogol ) est sur la rivière qu’on nomme aujourd’hui le Sutludji. Chaque nation moderne transcrit dans l’orthographe qui lui confient: aussi Tieffen- Thaler écrit-il Satluz , et le major Rennel Setledge; ce qui est évidemment le même nom. Mais c’est le Schetouder du sanscrit et d’Ayen-Akbari , le Zardrus de Ptolémée , XHesudrus de Pline , et le Saranges d’Arrien. Quelle ressemblance y a-t-il entre Saranges et Sutludji 1 ?
Nos descendants auront tout autant de peine à expliquer «otre géographie , lorsque nous ne leur trans-
1 Voy. Vincent, Voyage de A car que, traduit par Billecocq.