Abrégé historique de la grande émigration des peuples barbares, et des émigrations principales arrivées dans l'ancien monde depuis cette époque
ET DES ÉMIGRATIONS PRINCIPALES ARRIVÉES DANS L’ANCIEN MONDE DEPUIS CETTË ÉPOQUE.
L’invasion des barbares a détruit l’empire le plus puissant qui ait jamais existé; c’est une des époques les plus singulières et les plus importantes de l’histoire ancienne et moderne. On la place ordinairement dans le quatrième siècle; elle est liée à des événemens bien antérieurs, et l’Asie en a peut-être encore ressenti des conséquences dans le dix-huitième. Les causes en sont moins connues que les effets, dont un des principaux a été de séparer entièrement l’antiquité des temps modernes.
Un tableau rapide de la succession des empereurs romains depuis le siècle d’Auguste, est presque nécessaire pour mieux saisir l’ordre et la liaison des événemens.
Tibère écrasa tout par son gouvernement dur et cruel (i). Il dégrada le peuple romain par la suppression des comices, il négligea la discipline militaire et ne trouva qu'une chose digne de son attention dans l’armée, c’était d’empêcher qu’aucun général ne pût devenir redoutable.
On vit le premier exemple de l’influence de la garde prétorienne sur le choix des empereurs, lorsque Chærea eut assassiné l’insensé Caligula, dont la folie et la cruauté semblaient vouloir mettre la patience du genre humain à l’épreuve. C’est lui qui forma le vœu horrible, que l’espèce humaine n’eut qu’une seule tête, afin de jouir du plaisir de l’exterminer toute entière d’un seul coup.
La garde prétorienne mit l’imbécille Claude (2) sur le trône , pendant que te sénat effrayé des cruautés de ses prédécesseurs, délibérait sur les moyens de rétablir la république.
Les cinq premières années du gouvernement de Néron (3) donnèrent l’espérance d’un règne heureux ; ses meurtriers délivrèrent Rome de la plus horrible tyrannie. Les affranchis étaient à la tête des affaires ; on avait dé-
(i) An 14 — 87 après J.C. (8) An 54 — 68. (a) An 46 — 54.
Iruit ou éloigné les anciens patriciens; les anciens plébéiens n’existaient plus.
La guerre civile éclata sous Otlion, Galba, \Vitellius (i). Civilis fit insurger les Gaules, les Germains passèrent le Rhin , les Parthes attaquèrent la Syrie.
Vespasien passa de la guerre contre les juifs au gouvernail de l’empire romain (pt). Il rétablit la tranquillité intérieure et la discipline militaire.
Son fils Titus, que l’histoire a surnommé les délices du genre humain, n’occupa le trône que pendant deux ans (3). 11 mit fin à la guerre contre les juifs. Jérusalem fut détruite, treize cent mille juifs perdirent la vie. Il fut question dans le même temps d’exterminer la nation des Helvétiens ; l’éloquence touchante d’un orateur les sauva.
Domitien , frère de Titus , fut tué après un assez long règne (4). Semblable à Néron à plusieurs égards, il eut moins d’audace et fut souvent cruel par pusillanimité.
Le respectable Nerva(5) résigna au bout de deux ans le fardeau de la puissance souveraine entre les mains de Trajan.
Trajan (6) rétablit l’autorité et recula les
(i) An 68-
(4) An 81 — 96.
(2) An 70—
(6) An 98 — 117.
limites de l’empire romain. I! sût concilier une administration vigoureuse avec la justice, et la majesté du trône avec une noble simplicité* A son avènement , il dit au commandant de sa garde en lui remettant l’épée, «pour moi, * c( si je gouverne bien ; contre moi , si je deviens « un tyran. j>
Adrien fut son successeur par adoption , à ce qu’il paraît ; il occupa le trône avec gloire (i ). Son caractère impétueux l’entraîna plus d’une fois hors des bornes de la justice ; plusieurs sénateurs furent mis à mort arbitrairement par ses ordres. Après la mort d’Ætius Verus, il adopta Antonin le pieux , dont les vertus tranquilles firent le bonheur de l’empire (2) et commandèrent le respect des peuples barbares, qui le prirent plusieurs fois pour arbitre de leurs différends. Antonin le pieux laissa les rênes du gouvernement à Marc- 'Aurèle, qui fut à la fois philosophe , capitaine , homme et souverain (3).,
Cet intervalle de cent dix ans, depuis l’avé» nement de Yespasien au trône, l’an 70, jusqu’à la mort de Marc-Aurèle, l’an 180 de l’ère chrétienne, forme les plus beaux temps de l’empire romain , en faisant cependant abstrac-
tion du règne de Domitien. Après, on ne voit presque plus que faiblesse et corruption; les invasions ennemies trouvèrent aussi peu de résistance dans l’inertie des bons, que dans la perversité des méchans.
Plusieurs auteurs ont attribué la eause de ce relâchement à la philosophie stoïque; on la trouverait bien mieux dans l’étendue monstrueuse de l’empire et dans la nature vicieuse du gouvernement.
Commode (i), indigne successeur de son père Marc- Aurèle, croupit dans les vices les plus bas. Il lâcha complètement la bride à la licence des prétoriens. Sa cruauté se porta sur ceux qui l’entouraient; il fut bientôt assassinée
Les auteurs de cet attentat cherchèrent à le justifier en mettant la couronne sur la tète d’Helvius Pertinax. Les soldats le tuèrent en haine de ses vertus et de son amour de l’ordre. La garde prétorienne vendit le trône et la mort à Didius. Les légions des provinces, irritées de la suprématie que la garde prétorienne affectait, nommèrent trois empereurs à la fois : Pescennius Niger , en Asie , Claudius Albinus , en Bretagne , et [Sévère , en Pannonie (2). Sévère , plus politique que ses compétiteurs, parvint à les empêcher de se réu-
(i) An 180 — 193. (2) An 193^ — 194»
nir contre lui, et resta seul empereur (i) , après les avoir vaincus séparément. Il ne hasarda point de rétablir la discipline militaire , et chercha sur toutes choses à conserver le trône pour lui et ses deux fils, Caracalla et Géta.
Caracalla régna bientôt seul par le meurtre de son frère (2;. Courageux à la guerre , sanguinaire envers les citoyens, plongé dans la débauche, il se fit aimer par Tarmée en la favorisant exclusivement. Macrin, commandant de la garde prétorienne , craignant sa colère, le tua.
Macrin fut proclamé empereur (3) et assassiné peu après avec son fils Diadumenus, jeune homme de la plus grande espérance, au nom d’Héliogabale , fils prétendu de Caracalla.
Héliogabale (4) trouva bientôt la mort dans le mépris des soldats , complices de ses propres vices.
Son cousin Alexandre Sévère lui succéda (5). Il méritait le trône par son amour de la vertu et des sciences. La bravoure qu’il montra contre les Sassanides qui venaient de renverser la dynastie des Parthes en Perse , et contre les Germains , aurait dû lui concilier le res-
(1) An 198-— 21 1.
(2) An 211 — 217.
(3) An 217 — 218.
(4) An 218 — 222.
(5) An 222 — 235.
pect de l’armée. Il travailla à rétablir la discipline et mourut victime de son zèle pour le maintien de l’ordre. Ses soldats le tuèrent' près de Mayence.
L’armée éleva sur le trône le goth Maximin , dont la taille gigantesque et le courage brutal faisaient l’unique mérite. Le sénat lui opposa Gordien et son fils , et après leur mort Balbin et Puppien. Gordien le fils périt dans une bataille; le père, poussé par le désespoir , se tua de sa propre main.
L’armée massacra Maximin et son fils à cause de leur cruauté, mais elle refjsa de reconnaître les empereurs nommés par le sénat On craignit de nouvelles guerres civiles, heureusement les vertus du troisième Gordien (i) réunirent tous les suffrages. Philippe, arabe de naissance et commandant de la garde impériale , excita pendant la guerre contre les Perses une sédition dans l’armée contre Gordien et le tua. Il fut proclamé empereur (2); son crime fut puni par un crime semblable , il perdit la vie par un assassinat.
Decius (3) se proposa Trajan pour exemple; il périt bientôt dans la guerre contre les Goths» Gallus, Volusien ,Hostilien, Æmilien, trouvèrent le trône et la mort en deux ans (4).
(1) An 238 — 244»
(2) An 244 — 249.
(3) An 249 — 25 1.
(4) An 25i — 253.
Valérien avait fait naître pendant Texercioe de la dignité de censeur , une attente qu’il ne remplit nullement. Il fut pris par Sapor (i), roi de Perse, et condamné à une mort ignominieuse, à laquelle il n’eut pas le courage de se dérober (2).
Son fils, l’insouciant Gallien (3), livré aux voluptés, abandonna l’empire au hasard. Les barbares pénétrèrent de tous côtés pendant son règne; il y eut des défections dans toutes les provinces de l’empire , meme en Italie. La révolte d’Aureolus à Milan le réveilla de sa léthargie ; il fut assassiné avant la fin du siège de cette ville. En mourant , il recommanda de choisir le plus digne.
Claudius (4) délivra Fltalie des Goths par une bataille non moins terrible que celle de Marius contre les Cimbres et les Teutons. Il mourut bientôt.
Aurélien lui succéda (5). Grand capitaine, il repoussa les barbares par-tout et n’essuya jamais une défaite ; il vainquit la reine Zénobie et prit Palmyre. Humain envers les citoyens et les vaincus , il se montra terrible pour le sénat qu’il haïssait. Il fut le premier empe-
(1) Scliapur.
(2) An 253 — 25g,
(3) An 259 — 268.
(4) An 268 — 270.
(5) An 270 — 275*
reur qui abandonna volontairement une province romaine en évacuant la Dacie transdanubienne , afin d’avoir une meilleure ligne de défense. Il périt par un assassinat.
Le sénat concourut pour la dernière fois avec l’armée , pour la nomination de son successeur. Le choix tomba sur Tacite, descendant de l’historien. C’était un vieillard qui mourut en peu de mois.
L’armée proclama Probus empereur (i). Il chassa les barbares de la Pannonie et des Gaules. On voit encore en Souabe et en Franconie , les débris d’une ligne de fortifications qu’il fit construire. Ses vertus, son amour de la discipline causèrent sa mort. Les soldats le tuèrent et le pleurèrent bientôt après.
Carus , son successeur, fut tué par la foudre , à moins qu’on n’ait prétexté cet accident pour cacher un meurtre. Son fils aîné Numérien périt par la main d’un ambitieux, qui paya cet attentat d’une prompte mort; un mari jaloux tua le cadet Carinus (a).
Dioclétien, Dalmate de naissance, fut porté sur le trône l’an 284 ; il s’adjoignit Maximien Herculius. Ils convinrent de nommer chacun un César, afin d’assurer la succession à l’empire; l’un nomma Galerius, l’autre Constance Chlo-
(i) An 276—282»
(2) An 282 — 284*
rus, digne par sa sagesse et sa bonté de son oncle Claudius.
Dioclétien (i) changea la division de l’empire, l’organisation du gouvernement et la résidence des empereurs; il résida à Nicomédie, Maximien à Milan, les Césars aux frontières pour contenir les ennemis. Les restes des anciennes formes républicaines disparurent ; Dioclétien arbora le diadème et les ornemens des rois de l’Orient : il ordonna la cérémonie de l’adoration.
Il avait pour but d’affermir l’empire contre les troubles intérieurs et les invasions des barbares ; il partit d’une idée très-naturelle et qui trompe toujours, c’est que les hommes ne sauraient manquer de s’entendre pour des intérêts communs. En divisant le pouvoir, il prépara des guerres intestines. Ses successeurs appelèrent bientôt eux-mêmes les barbares à leur secours dans les rivalités qui s’élevèrent entr’etix.
La religion chrétienne, tantôt persécutée , tantôt favorisée, avait fait de puissans progrès, qui contribuèrent à amener un autre état de choses, non moins que les changemens opérés par Dioclétien dans la forme du gouvernement. C’est de son règne qu’on
(i) An 284—304.
peut dater le passage de l’antiquité au moyen âge.
Il devient nécessaire de rapporter ici, au moins pour la partie principale de l’Europe, la nouvelle division de l’empire en provinces, ainsi que les premières incursions des barbares , qui semblent avoir préparé la grande in* vasion.
Les anciens ont commencé par comprendre les habitans de l’Allemagne et de tout l’ouest de l’Europe jusqu’aux colonnes d’Hercule , sous le nom de Celtes. A mesure que les notions se sont rectifiées, ils ont mieux distingué les nations, et ils ont réduit la Celtique aux Gaules et enfin aux pays entre la Marne et la Garonne. Ils plaçaient la Germanie depuis les sources du Danube jusqu’à l’extrémité du nord, les îles de la Scanie comprises, et depuis le Rhin jusqu’aux monts Crapaks et aux plaines habitées par les Sarmates.
Une chaîne de montagnes s’étend sous différons noms depuis la mer Noire jusqu’à l’Adriatique ; elle communique presqu’avec les Pyrénées par les Alpes et par les Cévennes. La partie principale s’appelait le mont Hæmus. Au midi se trouvaient les plus belles et les plus riches provinces de l’Europe et de l’empire romain : la Thrace , la Macédoine , la Grèce, llllyrie, l’Italie, les Gaules méri-
dionales , l’Espagne. Quelques contrées de lai Thrace étaient habitées par les Gètes, que leur valeur héroïque et le dogme de l’immortalité de l’ame rattachaient aux peuples du nord , bien qu’on ne puisse démontrer une origine commune entre eux et les Goths.*
Au nord de cette chaîne se trouvaient la Bretagne, les Gaules septentrionales jusqu’au Bhin , plusieurs contrées de l’Allemagne , le Noricum , la Rhætie, la Pannonie, la Dacie. Une partie de ces provinces formaient les boulevards de l’empire ; leurs habitans composaient l’élite des légions.
Marseille, Autun, Narbonne, Lyon, étaient les villes principales des Gaules méridionales. Les deux premières servaient de centre à l’enseignement public. Toutes les grandes routes partaient de Lyon , où l’on célébrait annuellement des fêtes très-magnifiques auprès du temple d’Auguste,
La Gaule narbonnaise et l’Aquitaine avaient chacune deux provinces, la Gaule lyonnaise quatre. La Gaule belgique comprenait toutes les provinces du Rhin, jusqu’à ce qu’on en eût séparé l’Helvétie et la Séquanie sous le nom de province de la grande Saône, et l’Alsace avec le pays vers Mayence , sous le nom de Germania prima , Germanie première.
Les Romains paraissent avoir particulière-
ment maltraité le nord de la Gaule belgique , à cause de l’esprit de liberté de ses habitans. Trêves était la ville la plus brillante ; Paris , Tongres, bâties en bois et situées au milieu des marais , ne marquaient point encore.
La Suisse d’aujourd’hui avec ses adjonctions, faisait partie de la grande Séquanie belge, de la Germanie première et de la Gaule lyonnaise ; Avenches , grande et florissante , Nyon , Augst (i) près de Bâle , Besançon , étaient des villes principales. Le Valais appartint aux Alpes Pennines, jusqu’à son adjonction à la Rhætie, qui eut lieu lorsqu’on sépara celle-ci de Plllyrie dont elle avait fait partie jusque-là, pour la joindre à l’Italie comme province frontière. Avant cette séparation , les Gaules confinaient avec l’Illyrie près du lac de Constance, alors lacus Venetus (2).
Les Rhètes habitaient entre Vérone , le Danube , les sources du Rhin et la Carinthie ; Wilten (3) dans le Tyrol, Corne et Bergame étaient les villes les plus considérables.
Près du Lech, la Rhætie confinait avec la Vindélicie (4); celle-ci avec le Noricum, qui
(1) AugustaRauracorum. (4) Windelecjiien , Wen-
(2) Wenden See. denland am Lech,
(3) Velvidena.
comprenait la Bavière supérieure, la haute Au^ triche et partie de la basse Autriche et de l’Autriche intérieure; contrées habitées alors par des peuples pasteurs , mais que leur situation avait rendues importantes comme point d’observation contre l’inquiet Marbod (i), roi des Gépides, des Quades , des Carpes (2).
La Pannonie comprenant la Hongrie et partie de l’Autriche , commençait près de Vindobona (3) , qui fut le faible commencement de Vienne , et s’étendait vers l’Illyrie , dont la capitale Sirmium (4) fut souvent la résidence des empereurs. Après la séparation de la Rhætie, l’Illyrie prenait depuis le Rarst par la Dalmatie jusqu’à la Mœsie. Elle donna naissance aux empereurs Claudius, Aurélien, Probus.
La Mysie et la Dacie cisdanubienne (5) étaient de très-beaux pays, dont la population augmenta beaucoup par l’émigration des habitans de la Dacie transdanubienne (6) , lorsqu’ Aurélien évacua cette province.
Dès le temps de Trajan à la fin du premier siècle , les hommes d’état avaient craint l’invasion des peuples du nord. Trajan les rédui-
(1) Konigreicli Maehren. (5) La Moldavie , la But-
(2) Monts Crapaks. garie , la Wallacliie.
(3) Wendenwolinimg. (6) La Transilvanie.
(4) Sirmicli.
sit à la tranquillité par la force des armes ; ii jugea nécessaire de construire une ligne de fortifications depuis Péterwaraddin jusqu’au Don. Adrien son successeur suivit cet exemple pour les frontières de l’Allemagne ; il fortifia aussi celles de la Bretagne contre les Calédoniens.
Les Germains ligués et redoutables comme du temps de Marius, se jetèrent sur la Rhætie ^ sous le règne de Marc-Aurèle. LesBajoares, sous Marcomir, attaquèrent en meme temps le Noricum et la Pannonie. Marc-Aurèle les défit complètement en 162. Il paraîtrait que les Allemands prirent part à cette guerre; quelques écrivains pensent cependant qu’ils ne se montrèrent pas avant le règne de Caracalla. C’étaient des Gaulois qui, fuyant une patrie tombée dans la servitude , s’établirent dans la Haute Allemagne, à peu près dans le temps où les Marcomans occupèrent les pays à l’est de la forêt de Bohême. Ils se mêlèrent aux Suèves, peuple nomade , avec lequel on les a souvent confondus. Ils vivaient en communauté absolue de terres fi) et brûlaient les villes, parce qu’elles leur semblaient inutiles.
Caracalla remporta une victoire signalée sur les Allemands, sur les bords du Mayn (2). Se-
(i) In ungetheilter AU- (2) An 216.
nieude.
lori FuSage des barbares, les femmes furent spectatrices du combat : lorsqu’elles virent la bataille perdue, elles tuèrent leurs enfans et se tuèrent elles-mêmes après.
Ils crurent avoir trouvé l’occasion de se venger pendant qu’ Alexandre Sévère faisait la guerre aux Perses ; mais ils demandèrent la paix dès qu’il arriva sur le Mayn (i). Sous le règne de Gallien, ils firent une irruption à travers la ligne des fortifications d’Adrien, dans la grande Séquanie, la Germanie première et la Rhætie. Un essaim innombrable de ces bar* bares conduits par le prince Rroch, pénétra par le Tyrol jusqu’à Ravenne , l’an 260,
C’est vers ce temps que les Francs parurent pour la première fois. Ce n’était pas une nation particulière , mais une association guerrière formée dans la Westphalie et dans la Hesse inférieure. Ils passèrent le Bas -Rhin, traversèrent les Gaules en dévastant tout sur leur passage , et pillèrent en 260 , Tarragone, une des principales villes d’Espagne.
C’est aussi vers ce temps qu’on vit paraître les Goths, originaires selon Jornandès et Paulus, fils de Warnefried, chancelier du dernier roi des Lombards Desiderius, de la Scandinavie , dont ils sortirent très-anciennement avec
(i) An 235.
l€S Lombards. Ils se séparèrent d’eux après une bataille contre les Vandales, peuple nomade de la Poméranie et du Meklenbourg. Les Lombards se portèrent vers l’ouest et parurent après dans le nord du pays de Brunswig. Les Goths se portèrent en Prusse où Pomponius Mêla les place, et se répandirent ensuite dans les plaines de l’IIkraine vers le Don , au nord de la mer Noire et plus avant dans la Russie, que les Livoniens appellent encore Gothie. Ils finirent par s’établir dans la Chersonèse taurique et ravagèrent sous le règne de Decius, les provinces grecques de l’Europe et de l’Asie. Ils brûlèrent Cyzique, Calcédoine, Ephèse , et pillèrent en q.5o la ville d’Athènes, que Néron avait pillée long-temps auparavant d’une autre manière, en faisant transporter en Italie les tableaux et les statues des meilleurs maîtres.
Les princes des Goths étaient de la race des Baltes (f). La Pologne et toute la partie ouest de la Russie jusqu’aux cotes de la Livonie et de l’Esthonie, semblent avoir reconnu leur domination vers la moitié du 4® siècle.
Ciaudius et Aurélien sauvèrent Pempire et le délivrèrent des barbares. Les Allemands furent chassés sur le Lech ; Aurélien contint par
(ï) Die hervorleuchtenden , die küknen.
un traité les Goths dans la Daeie transdanubienne. Après sa mort, les Allemands renforcés par les Francs et probablement encore par d’autres tribus barbares, vinrent inonder les Gaules ; ils s’emparèrent de 70 villes. '
Probus les vainquit ; après son règne , les incursions recommencèrent avec plus de fureur.
Vers la fin du troisième siècle , les Francs ripuaires s’établirent avec le consentement du gouverneur romain dans le pays entre le Rhin et la Moselle.
Plus tard, on voit paraître les Francs saliens dans la Belgique , sous un de leurs chefs i Pharamond (i).
Un roi des Gépidés, attaqué, ce- semble, par les Goths, expulsa les Bourguignons des bords de la Vistule; ils se portèrent sur la Saale. Ils restèrent cependant en paix avec les Allemands et refusèrent d’écouter les sollicitations des Romains, qui les poussaient à la guerre afin de détruire les barbares les uns par les autres.
Jusqu’à la séparation de l’empire d’Orient et d’Occident et l’opposition d’intérêt qui en fut la conséquence , l’empire romain résista mieux aux attaques des barbares par sa masse
(i) Wahrmund, an — 4218.
réunie. La translation du siège de l’empire à Constantinople en 33o , contribua à rendre la défense plus facile du côté de l’Orient, mais elle compromit la sûreté de l’Occident. La mollesse et le faste asiatique des successeurs de Constantin, les intrigues des impératrices et des eunuques, la composition des armées romaines recrutées chez toutes les nations barbares, les déprédations croissantes des gouverneurs de provinces, la haine bu l’indifférence des habitans , exposèrent l’Occident de plus en plus aux invasions de cent peuples divers. Dans la dernière moitié du quatrième siècle , sous les règnes de Jovien , Valens , Valentinien les Allemands, lés Francs,
les Gépides, les Quades, les Huns, les Vandales, les Sarmates, les Saxons, les Bourguignons , les Hérules (2) , inondèrent les Gaules et l’Espagne, et les dépeuplèrent de la manière la plus cruelle. La peste et la famine vinrent à la suite de la guerre ; les mères mangèrent . leurs enfans.
C’est à-peu-près dans ce temps que les Allemands et les Vandales s’établirent en Espagne, et que les Huns se montrèrent pour la première fois.
Dès l’origine de l’histoire connué, on voit
(i) An 363 — 378.
(2) Poméraniens.
errer, dans les plaines immenses qui séparent la Sibérie de l’Inde et de la Chine , trois races principales : les Turcs, les Calmoucks ou Mogols , et les Mandchous. Les premiers se sont emparés de l’Asie mineure et d’une partie de l’Europe ; les autres , de l’Inde et de la Chine^
Les Hiongnous, auxquels les Calmoucks doivent l’art de l’écriture, et dont les Huns descendent évidemment, ainsi que le prouve la ressemblance physique et celle des mœurs, formaient autrefois un puissant empire. Vingtsix peuples différens obéissaient à leur prince Te-Ou-Man, qui régnait depuis le Thibet jusqu’à l’océan oriental, et qui ébranla la dynastie chinoise de Han, vers le temps d’Hannibal, environ deux siècles avant J. C. (i) Il portait le titre de Tanchou Fils de Dieu, ou Fils du Ciel et de la Terre. Il eut une difficulté d’étiquette avec les Chinois, qui prétendirent qu’il ne pouvait s’appeler que l’Image du Fils de Dieu.
Deux vice-rois de l’Orient et de l’Occident gouvernaient sous ses ordres ; vingt - quatre chefs militaires, chacun de dix mille hommes, formaient son conseil. Les mœurs des Hiongnous étaient semblables à celles des Tartares nomades d’aujourd’hui. Une princesse chi-
(i) Desguignes J etc.
( ai )
noise, mariée à un de leurs princes, disait dans sa complainte : « Une tente fait ma triste « habitation , des pieux sont les murs de ma <f nouvelle patrie, de la viande crue ma nourec riture, et du lait caillé ma boisson. »
Des guerres intestines amenèrent la chute de l’empire des Hiongnous; les Chinois intervinrent dans leurs dissensions et leur donnèrent des conseils perfides. Ils les engagèrent à substituer seize Tanchous à un seul chef. Après de longues guerres , il survint une scission complète. Une partie de la nation, sous la conduite de Pounon , se retira dans les forets de la haute Sibérie ; l’autre suivit Tanchou- Peh et se confondit avec les Chinois. La discorde, des sécheresses, des épidémies, persécutèrent les premiers, dont trente-huit mille familles se réunirent aux Chinois dans la deuxième année du règne de Domitien, et cinquante-huit tribus quatre ans plus tard. Le reste fut vaincu, dans la treizième année de Domitien (i), par le général chinois Teou-i-en, qui prit leur tanchou Yout-Choukien et lui fit couper la tête. Ceux qui préférèrent une liberté périlleuse au joug des vainqueurs, abandonnèrent les rives du Selinga, traversèrent le désert de Dsongar, et se portèrent
,(i) An 94 de l’ère chrétiennei
vers la mer Caspienne. Les géographes et les historiens latins en font d’abord mention comme d’une faible peuplade de Huns sur les bords de la mer Caspienne; ils en parlent plus fréquemment dans des temps postérieurs et sous le règne de Valens (i), comme de monstres descendus de montagnes couvertes de neige, et nés dans les forets du nord des horribles accouplemens de magiciennes et de démons.
La nouvelle organisation de l’empire eut des effets salutaires pendant la durée du règne de Dioclétien et Maximien. Les Romains furent victorieux contre les barbares, tant que ces deux monarques restèrent sur le trône. Ils comprimèrent les Goths et les Perses; les Bretons furent soumis, les Allemands battus à Langres et en Suisse.
Dioclétien abdiqua en 3o4, et se retira à Salone (2) ; Maximien suivit cet exemple à contre-cœur.
Constance Chlorus nomma son fils Cons* tantin, César, deux ans avant la fin de sa glorieuse vie (3) : Galerius nomma Sévère (4).
(1) An 364. contre l’usage ordinaire ,
(2) A présent Spalatro. afin de mieux faire sentir la
(3) Mort en 3o6. différence de quelques noms
(4) On a conservé plu- qui se ressemblent beausieurs terminaisons latines coup, et d’éviter que d’au-
Maximien profita d’un mécontentement de<^ Romains contre Galerius, pour opposer en Italie son fils Maxence à Sévère , qui fut vaincu presque sans résistance. Mécontent de ne faire que partager l’autorité de son fils, il fit proposer à Dioclétien de reprendre les rênes du gouvernement; Dioclétien refusa.
Constantin avait épousé Fausta , fille de Maximien ; il gagna les légions des Gaules et de la Bretagne, et obligea son beau-père, ainsi que Galerius, à le reconnaître empereur (i). Maximien fut bientôt dans la nécessité de chercher un refuge auprès de son gendre, contre la cruauté de son propre fils Maxence, qui désolait Rome. Son esprit in- • quiet et la soif de régner, le firent entrer dans des complots contre Constantin, qui voulant se défaire de lui , ne lui laissa que le choix du genre, de mort. Constantin gagna une bataille en 3i2 contre Maxence, qui pé-, rit dans la mêlée. Galerius mpurut dans l’Or rient, et son neveu Maximinus Daza, peu après lui.
très ne devinssent tout-à- qu’on cliercliât , autant que fait semblables à des mots possible , à leur conserver français. Il serait en général leur prononciation origineldésirable qu’on ne dénatu- le. C’est ce qu’on a tâché rât dans aucune langue les de faire dans cet abrégé, noms propres étrangers , et (i) An 3o6 — 337.
Constantin partagea l’empire avec LiciniuSy que Galeriiis avait élevé à la dignité de César; ils nommèrent Césars leurs fils Crispus et Licinius. C’est dans ce temps que Dioclétien mourut de sa propre main , à ce que l’on croit, parce que les nouveaux empereurs lut firent témoigner leur mécontentement de ce qu’il n’était pas venu aux noces de Licinius. Les deux empereurs se déclarèrent en faveur du christianisme l’an 3i3. Constantin ne se fit cependant baptiser que peu avant sa mort.
La guerre s’alluma bientôt entre eux; Licinius fut vaincu. Constantin le fit périr et se trouva seul maître de l’empire, dont il transféra le siège à Byzance fi), qui fut nommée Constantinople d’après lui.
Il fit mourir son fils Crispus , sa femme Fausta et son neveu Commode, et partagea avant sa mort l’empire entre les trois fils qui lui restaient. Il donna l’Orient à Constantius, l’Italie , l’Afrique et Flllyrie à Constans , la Bretagne, les Gaules et l’Espagne à Constantin II; l’administration de la Grèce, de la Macédoine et de la Thrace à Dalmatius et celle de l’Arménie à Hannibalianus ses neveux, avec le titre de César.
L’armée, excitée par les suggestions des
(i) An 33o.
empereurs, tua les deux Césars; Constantin II voulant enlever Tltalie à Conslans , périt en 340, dans la bataille d’Aquilée. Dix ans après, Magnentius fit assassiner Constans (i) dans un bois au pied des Pyrénées, où il faisait sou- - vent des retraites avec ses mignons.
L’Italie se déclara pour Constantius; Magnentius se vengea cruellement sur Rome; Constantius le défit près d’Essek en Hongrie, Magnentius fit tuer sa mère et un de ses frères : son second frère Decentius ainsi que lui, se tuèrent eux - memes , et dérobèrent ainsi toute leur famille à la vengeance du vainqueur.
Avant de marcher contre Magnentius, Constantius avait confié la conduite de la malheureuse guerre contre les Perses à son cousin Gallus , qu’il avait élevé à la dignité de César. Il le fit tuer pour des abus d’autorité (2). La mort de Gallus fit entrer son frère Julien dans les affaires de gouvernement. Les Allemands, que Constantius avait excités contre Magnentius, inquiétèrent les Gaules. Constantius se vit obligé à confier la conduite de cette guerre à Julien, et à le nommer César; l’armée le proclama empereur Auguste, au moment où la jalousie conspirait sa perte. Constantius mourut
(i) An 35o.
(a) An 354.
en Cilicie de chagrin et d’inquiétude : pendant la durée d’un assez long règne (i) il fut l’esclave de sa femme et de ses eunuques, et le jouet de ses flatteurs.
Julien (2), doué de talens et de qualités rares , méconnut l’esprit de son siècle. Le dégoût de ce qu’il avait vu et le ressentiment de ce qu’il avait souffert , l’entraînèrent à l’idée de rétablir le passé, au lieu d’améliorer le présent en mettant à profit les changemens que les temps avaient amenés. Il ne fonda rien qui pût avoir durée, et mourut de ses blessures dans la guerre contre les Perses.
Jovien , son suecesseur (3) , fit une paix forcée et céda à Sapor la place frontière de Nisibis ; il mourut en retournant à Constan-
Valentinien Pannonien ainsi que son prédécesseur, fut proclamé empereur ; il s’adjoignit son frère Valens, entre les mains duquel il remit l’Orient. Ils furent cruels l’un et l’autre. V alentinien avait auprès de sa chambre à coucher les cages de deux ours énormes , dont l’un s’appelait V Innocence et l’autre Mica aurea. Il se complaisait à voir dévorer par eux les victimes qu’il immolait à la ven-
tinople
(1) An 337—361. (3) An 363— 364»
(2) An 36i — 363.
geance ou à la méfiance, ou même de simples malfaiteurs. Il récompensa les longs services de t Innocence^ en rendant ce fidèle ministre à la liberté; il le fit reconduire, avec les égards les plus respectueux, dans la forêt d’où il l’avait fait venir à sa cour. Valens persécuta avec une extrême dureté les évêques non- Ariens. Il fit mettre à mort beaucoup de gens considérables, qui portaient le nom de Théodore, Théodose, Théodotus , à cause dTine prédiction que des devins lui firent, disant que le nom de son successeur commençait par Tliéod. La discipline militaire acheva de se perdre, la cour de Constantinople devint tout-à'fait asiatique; les impératrices et les eunuques gouvernèrent, et des ministres puissans rendirent les empereurs inaccessibles.
Les Goths étaient divisés en deux grandes tribus : les Goths occidentaux , gouvernés par la dynastie des Baltes, et les Goths orientaux, par celle des Amales. On a appelé les premiers, Visigoths (i), et les autres, Ostrogoths (a), ou simplement Goths. Les Huns inquiétèrent vivement les derniers, dont les princes Friedigern , Aleth et Safrach , demandèrent la permission de s’établir dans la Dacie cisdanubienne, à charge de défendre la frontière du
(i) Westgotlient.
G) Ostffolhen.
Danuîje. Valens y consentit et leur envoya pour les instruire l’évêque ülfila , qui les con-» vertit à l’Arianisme.
Les vexations et la mauvaise foi des Grecs les irritèrent; le gouverneur d’une province voisine tenta de faire assassiner Friedigern dans un banquet. Les Goths mirent la Mœsie à feu et à sang jusque sous les murs de Constantinople. Valentinien, qui résidait dans l’Occident, refusa de secourir son frère Vaîens, parce qu’il favorisait Llrianisme au préjudice du concile de INicée. Valens perdit une grande bataille contre les Goths près d’Adrianople, l’an 378. Il fut blessé et périt par î’incendie d’une chaumière , dans laquelle il s’était réfugié dans sa fuite.
Valentinien étant mort, ses fils Gratien et Valentinien II, dont le dernier n’avait que quatre ans, se trouvaient sur le trône. Gratien (i) associa à l’empire Théodose , Espagnol et descendant d’une famille alliée à Trajan; il lui remit l’Orient. Théodose fit la paix avec Athanarich, successeur de Friedigern; il gagna son affection et celle des Goths par son amour pour la justice et ses lumières. Athanarich mourut à Constantinople, et les Goths firent savoir à Théodose que tant qu’il
(i) An 379—395.
vivrait, ils ne voulaient pas d’autre souverain que lui.
Gratien, recommandable par un caractère doux et noble et par ses lumières, se rendit désagréable à l’armée romaine, à cause de sa prédilection pour les soldats étrangers. L’armée proclama Maximus empereur, qui fit tuer Gratien (i) et chassa le jeune Valentinien d’Italie. Il fut vaincu par Théodose et périt en 388. L’empire fut tranquille pendant quelques années.
Le comte Arbogastes et Eugenius , secrétaire d’état, étranglèrent le jeune Valentinien II (2), Théodose les défit au pied des Alpes (3) et régna seul pendant quelques mois; la mort l’enleva trop tôt pour le bonheur de l’empire.
Ses deux fils, Arcadius dans l’Orient et Honorius dans l’Occident, laissèrent l’exercice du pouvoir à leurs ministres. Les Goths voyant combien le successeur de Théodose lui ressemblait peu , choisirent pour chef Alarich le Balte. Ruffin , ministre d’ Arcadius , voulant se débarrasser d’eux , leur conseilla d’attaquer l’empire d’Occident.
L’an 408 les Goths quittèrent la Dacie et la Mœsie ; ils marchèrent le long des frontières
(1) An 383,
(2) An 392.
(3) Ali 395.
de ITllyrie, et arrivèrent sans trouver de résistance jusqu’à six lieues de Ravenne, qu’HonO” rius avait choisie pour sa résidence, parce qu’il était mécontent des habitans de Rome, Alarich fit savoir à Honorius que toute la nation des Goths oceidentaux (i) était venue avec leurs femmes , leurs enfaiis et leurs troupeaux, lui demander des terres. Que s’il le préférait, on prendrait un jour pour que les Goths et les Romains mesurassent leurs armes.
Honorius lui fit répondre qu’il permettait à la nation des Goths de prendre des terres dans les Gaules ou en Espagne. Cette permission n^’accordait rien qui fût bien important, car les Francs, les Allemands et les Vandales pillaient de tout côté les Gaules et l’Espagne. Les ministres d’Honorius espéraient détruire les barbares par les barbares, qui eurent le bon sens de s’accorder entre eux pour des partages.
Alarich agréa la réponse d’Honorius et prit la route des Gaules; les Goths ne commirent ni meurtre, ni pillage. Pendant qu’ils célébraient les fêtes de Pâques dans les Alpes du Piémont, Sarus, général romain, parut toutà-coup à la tête d’une armée et les attaqua. Ils le défirent et tournèrent leurs armes contre l’Italie, sur laquelle ils se vengèrent de
(i) Visigoths.
la perfidie d’Honorius par d’horribles ravages,, Alarich prit Rome le 2 3 août 409 et la pilla 5 sans cependant répandre de sang. Il fit élire empereur contre Honorius un certain Attalus, par lequel il se fit servir, comme par un grand officier de sa maison. Il passa dans le midi de l’Italie avec le projet, dit-on, de conquérir la Sicile et l’Afrique, et mourut de maladie à Cosenza , à l’âge de 34 ans.
Les Goths le pleurèrent selon l’usage de cette nation. Ils détournèrent la rivière, creusèrent dans son lit le tombeau de leur chef, qu’ils enterrèrent avec tous les trophées de ses victoires , et rendirent ensuite à la rivière son ancien cours.
Ils élurent Adolphe (i), remarquable par sa beauté, et cousin d’ Alarich. Adolphe retourna à Rome, que les Goths pillèrent une seconde fois; il obligea Honorius à lui donner sa sœur en mariage, et se rendit dans les Gaules. Les Goths prirent les pays entre le Rhône , la Loire et les Pyrénées , et toute la partie adjacente de l’Espagne. Ils obligèrent les Vandales et les Allemands à se contenir les premiers dans les provinces du Bætis , et les autres dans la Gallicie et dans les montagnes du Portugal.
(i) Ailiaulf.
Le mouvement des peuples barbares augmenta de plus en plus. C’est à-peu-près dans ce temps que plusieurs tribus des Scots passèrent d’Irlande en Calédonie pour se joindre à leurs compatriotes , afin d’attaquer la Bre» tagne, et que Gonthier (i), prince des Bourguignons, occupa le haut -Rhin et établit sa résidence à Worms. Au commencement du règne de Valentinien III, un traité conclu avec |es Bourguignons par Aëtius, à-la-fois général et ministre, leur céda la haute et basse Bourgogne (2), avec condition d’aider les empereurs d’Occident dans leurs guerres. Les Bourguignons traitèrent à Tamiable avec les habitans et se contentèrent des deux tiers des terres, et de la moitié des bois, maisons et jardins. A leur arrivée dans les Gaules, ils se firent instruire pendant sept jours dans la religion chrétienne et reçurent le baptême le huitième jour.
Les Hérules et les Rugiens traversèrent la Silésie et la Bohême, et s’établirent dans le Noricum (3j. Les Lombards occupèrent la Pannonie (4) , les Goths orientaux la plupart des villes de la Thrace.
(1) Günther , Gundichar, (3) La Bavière supérieure
(2) Le Dauphiné, la Sa- et la Haute Autriche,
voye et la Suisse occiden- (4) La Hongrie et partie taie. de la Basse Autriche.
Héraclien , gouverneur de l’Afrique, Alaximus et Jovinus se révoltèrent.
Honorius mourut en L\‘iL\ et laissa son trône ébranlé à son neveu Valentinien III (i), âgé de 5 ans. A peine l'intervention de Tbéodose II, successeur d’Areadius, avait-elle raffermi la couronne chancelante sur la tète de son cousin , que l’Afrique fut perdue pour l’empire d’Occident. Aè’tius accusa boniface, gouverneur de l'Afrique, d’intelligence avec les ennemis de l’état, auprès de Galla Placidia, mère du jeune Valentinien et régente. Afin de le perdre plus sûrement, il le fit avertir qu’il était perdu. On rappela Boniface , qui n’osa pas revenir et qui engagea Genserich et Gontliahar, fik de Modogisel , roi des Vandales en Andalousie, à venir à son secours , en leur* promettant des terres en Afrique. Genserich passa le détroit l’an 427, et se porta vers Carthage, mettant le pays à feu et à sang, et détruisant tout avec une férocité inouitj.
L’intrigue qui avait amené de si grands malheurs se découvrit , mais trop tard. Théodose II envoya son général Aspar au secours de Boniface; Gonthahar avait été tué, Genserich les battit tous deux. Il prit la florissante Carthage (2) et fit mettre les hahiîans à la
(2) Ail
(i) An 424 — 455.
* torture, pour découvrir les trésors cachés. Tous les notables furent massacrés. Il poursuivit cruellement les partisans du concile de Nicée. On fit périr les uns par les flammes, ou dans des supplices lents; on arracha la langue à d’autres. Le fils de Genserich avait épousé une princesse de la dynastie des Baltes. Genserich la soupçonna d’empoisonnement, il lui fit couper le nez et les oreilles, et la renvoya à sa famille.
Craignant à -la -fois la «vengeance des Romains et des Goths , il demanda du secours à i\ttila (i) , roi des Huns.
Attila avait sa résidence entre le Danube et la Theiss. Les tribus des Huns jusqu’au Wolga, les Gépides,#les Lombards, les Awares, les Goths orientaux, beaucoup de peuplades du sud de l’Allemagne ; obéissaient à sa domination. L’empereur d’Orient, Théodose II, lui payait un tribut. Il portait avec complaisance le surnom de Fléau de Dieu (2). Un village entouré de pieux était sa capitale, et un grand édifice en bois son palais.
Attila, joignant la ruse à la force, écrivit en meme temps à Valentinien III, et à Toulouse à Théodorich (3), roi des Visigoths, pour les
(1) Etzel. (3) Dietricli.
(2) Godegisel, Gottesgeissel.
animer Tun contre l’autre et les engager à se joindre à lui, dans la guerre qu’il allait faire à l’ennemi commun. Il partit à la tête de 700,000 hommes. Afin qu’il ne s’élevât pas de troubles pendant ses fréquentes absences, il avait pris , bien avant cette expédition , la précaution de faire tuer son frère Blet,
Le cabinet de Valentinien découvrit l’artifice; il écrivit à tous les princes de l’Occident et leur demanda de se réunir à lui dans ce danger commun.
Tliéodorich , roi des Goths occidentaux, Sangipan, roi des Alains, peuple originaire du Caucase, qui s’était établi sur les bords de la Loire, les villes confédérées de l’Armorique i i)^ la cité de Paris, les Francs saliens sous Mérovée, les Francs ripuaires entre le Rhin et la Moselle, les Bourguignons, les Saxons de la Westphalie, vinrent toiis combattre Attila. Les armées se joignirent dans la vaste plaine que traverse la Marne, aux champs de Croisette, non loin deChâlons. Harderich, roi des Gépides , commandait une des ailes des Huns; Théodomir, Théodorich, Walamir, princes des ’ Goths orientaux, l’autre aile; Attila le centre. Aëtius commandait la gauche de l’armée alliée , Théodorich, roi des Goths occidentaux,
(i) La Bretagne actuelle.
la droite; Sangipan, dans lequel on avait moins de confiance, le centre. La bataille fut terrible et long-temps disputée. Théodorich, roi des Visigoths, fut tué. Attila battit en retraite à l’entrée de la nuit, et craignant de ne pas échapper aux ennemis, il fit ramasser une montagne immense de selles, afin de les allumer en cas de besoin et de mourir au milieu de la fumée de cet incendie bizarre.
Aëtius voulant peut-être ne pas compromettre la gloire de cette journée, ou cherchant à ménager les Huns contre les Gotbs et à prolonger la guerre selon sa politique accoutumée , dissuada les alliés de la poursuite des Huns et conseilla à Thorismond, fils de Théodorich, de rentrer dans ses états « avant qu’un « autre n’eût occupé \e trône de son père. »
Quelque temps après, Attila poussé par le désir de la vengeance et du pillage, invité peut-être par une sœur de l’empereur Valentinien qui désirait l’épouser, attaqua l’Italie. Aquiiée l’arrêta quelque temps; il la détruisit de fond en comble; les hommes furent tués, les femmes et les enfans réduits en esclavage. Il pilla les villes aussi anciennes que florissantes de Pavie, Milan, Concordia, Monfelice, Vicence, Vérone, Bergame , Brescia; il prie Havenne, où le pape Léon vint le trouver, afin de fléchir sa fureur. Attila n’alla point
plus avant; il épargna Rome et retourna cliar- £'é de butin dans ses états. Il menaçait l’em-
pire d’Orient, mais il mourut fi) le jour de ses noces avec la belle Hildechunde , qu’il venait d’adjoindre au grand nombre de ses femmes. La puissance des Huns disparut avec
lui.
Aëtius devint suspect à Valentinien, qui le fit tuer. Peu de temps après la garde impériale vengea la mort de son ancien commandant, en massacrant l’empereur, qui commit l’imprudence de venir au milieu d’elle, accompagné par un seul eunuque. Maximus , qui avait conduit cette trame, se fit proclamer empereur et épousa la veuve de Valentinien III, l’impératrice Eudoxie. Il lui révéla dans l’ivresse le secret de la mort de son premier mari. Eudoxie, aveuglée par la vengeance et peut - être par d’autres passions non moins actives, appela GensericR, roi des Vandales d’Afrique. A la nouvelle de son arrivée, les sénateurs et tous les notables de Rome prirent la fuite; Maximus fut tué. Genserich pilla Rome pendant quinze jours; Eudoxie obtint avec peine qu’il ne livrât point la ville aux flammes.. Il emmena en Afrique l’impératrice , ses deux filles et toute la jeunesse de
(ij Vers l’an 45o.
Rome (i); le fer et le feu dévorèrent toute la Campanie ; Capoue et IN^ola furent détruites jusqu’aux fondemens.
Les légions des Gaules mirent la couronne impériale sur la tète d’Avitus , révéré pour ses vertus (2). Il l’accepta à regret et la résigna bientôt après. Rome proclama Majorianus, homme de guerre; il mena l’armée contre les Alains; les soldats le tuèrent (3). Sévère lui succéda ; il confia le commandement de l’armée à Ricimer, qui battit les Alains près de Rergame. Ricimer se prévalut de l’autorité que lui donna cette victoire, pour mettre (4) son beau-père Authronius sur le trône. La discorde vse glissa bientôt entre eux. Ricimer gagna une bataille contre Authronius près de Rome, prit la ville, assassina l’empereur son beau-père, et commit de si épouvantables pillages , qü’ils causèrent la famine et la peste. Il mourut trois mois après, l’an 47^-
Olybrius, mari d’une fille de Yalentinien, et favorisé par l’empereur d’Orient Léon, monta sur le trône; il mourut en peu de mois. Les Romains proclamèrent Glycerius; l’empereur Léon donna sa nièce et la couronne de l’empire d’Occident à Julius Nepos. Glycerius
(3) An./|Gi.
(1) An 456.
(2) An 456.
préféra la paix , prit les ordres et devint évéqiie de Porto.
Hengist, à la tête des Anglo-Saxons, avait fait la conquête de la Bretagne l’an 449. Les barbares s’étaient rendus entièrement maîtres des Gaules et de la Germanie première, ils menaçaient l’Italie. Julius Nepos envoya le général Orestès pour garder les passages des Alpes. Orestes se servit de l’armée avec la-' quelle il devait défendre l’Italie contre les barbares, pour mettre son fils Romulus Momilius fi) sur le trône ; il obligea Julius Nepos à abdiquer (2).
Odoacre, roi des Hérules, arriva en Italie des bords du Danube; il assiégea Orestes dans Pavie, prit la ville, le fit prisonnier et lui fit couper la tête. L’Italie épouvantée se rendit; Romulus Momilius vint au camp des Hérules déposer les armes et la pourpre. Odoacre épargna sa jeunesse et le confina à Lucullanium en Campanie.
C’est ainsi qu’un peuple barbare venu des bords de la Baltique, mit fin à l’empire d’Occident, l’an 476 de Père chrétienne, 1229 ans après la fondation de Rome, et 5i5 ans après la bataille de Philippi; où Brutus périt sous
les débris de la république.
(i) Augustule.
(2) An 475.
Depuis la mort cFAttila, les Goths orientaux avaient recouvré leur indépendance sous les Amales. Ils demeuraient entre le Danube et la Save (i) et recevaient, sous le nom de présens annuels, une espèce de tribut des empereurs d’Orient, auxquels ils donnaient des otages, comme gages de la paix.
Théodorich (2), fils du roi Théodomir (3), se trouva du nombre des otages. Le séjour de Constantinople lui servit d’éducation et développa en lui d’heureuses dispositions.
Les Goths fatigués de la paix, demandèrent à Théodomir de les conduire dans un pays où il y eût -moins d’assujétissement et plus de chances de butin. Il passa les frontières de rillyrie et prit Larissa en Macédoine. Il mourut peu après; son fils Théodorich lui succéda. L’empereur Zénon chercha tous des moyens de captiver ce jeune homme; il le nomma consul avec lui, le fit triompher, lui érigea une statue; mais voyant qu’il ne pouvait parvenir à satisfaire ni son ambition, ni les besoins des Goths, il se détermina à lui céder l’Italie par une sanction pragmatique, en lui recommandant le sénat de Rome opprimé par les Hérules.
(1) Sau. (3) Theudmir,
(2) Dietrich*
Les Goths orientaux quittèrent leurs foyers l’an 490? et se mirent en route pour Fltalie avec leurs femmes, leurs enfans et leurs troupeaux, sous la conduite de leur roi Théodorich.Ils ne trouvèrent aucune résistance jusqu’au Lisonzo (i). Ils traversèrent le Vénitien; les Italiens se battirent mollement pour Odoacre, Rome lui ferma ses portes. Il se retira dans Ravenne où il tint pendant trois ans. Ravenne se rendit, Odoacre fut tué, Théodorich revêtit la pourpre romaine, et rétablit tout sur le même pied que du temps des empereurs (2).
Il était arien; il eut la sagesse de ne persécuter en aucune manière les partisans du concile de Nicée. Il décida les élections litigieuses de l’église romaine et sut maintenir le clergé dans la dépendance du gouvernement; il laissa mourir en prison le pape Jean, qui dans une ambassade avait agi contre ses instructions. Sa femme Odeflède était fille de Childebert, roi des Francs et sœur de Clovis; il maria sa sœur à Trasimond , roi des Vandales , ses deux filles à Sigismond , roi de Bourgogne et à Alarich II, roi des Visigoths; sa nièce Amalberge au roi de la Thuringe.
(i) En Goricie.
(2) An 493.
Tliéodoricîi s'empara presque sans effusion (le sang de la Sicile, de la Rhætie et des Alpes, jusqu’à Genève. Il rétablit avec magnificence plusieurs villes d’Italie, entr’ autres, Pavie, dans laquelle il fit souvent sa résidence. Quoiqu’il ne sût point écrire, il favorisa les sciences et les arts; il fut éclairé et humain. Sa justice et sâ sagesse le rendirent l’arbitre des souverains de son temps, aux-, quels il parlait avec l’autorité d’un père. En mourant (i), il recommanda à sa fiüe Amalasonthé et à son petit-fils Athalarich, âgé de dix ans, l’amour de l’ordre, du peuple et du sénat, et la paix avec les empereurs d’Orient.
La discorde se mit bientôt entre le fils et la mère, qui chercha un appui en associant son neveu Théodat à la régence. Athalarich mourut (2), Théodat tua Amalasonthe.
Gélimer, roi des Vandales, avait commis un crime semblable sur une reine protégée* par l’empereur Justinien. Bélisaire prit Gélimer et le fit transporter à Constantinople avec tous les trésors, fruits des brigandages de Genserich.
Caligula avait réduit les deux Mauritanies en provinces romaines, en faisant tuer le roi Ptolémée, fils.de Juba célèbre par ses écrits.
(i) An 526.
(2) An 534*
Les Vandales enlevèrent l’Afrique à l’empire d’Occident; elle devint une partie de l’empire d’Orient, par la chute de Gélimer.
L’empereur Justinien déclara la guerre au meurtrier d’Amalasonthe; Bélisaire prit la Sicile (i); les armées abandonnèrent la cause/ de Théodat : la nation le déclara déchu de la couronne, qu’elle donna à un général nommé Witig (2).
Bélisaire trouvant que les Goths n’avaient pas eu le droit de disposer du trône des Amales, sans le consentement de l’empereur d’Orient, de qui cette dynastie tenait l’Italie, continua la guerre contre Witig. Il assiégea Naples , qui se défendit avec constance ; il prit la ville et fit tuer tous les habitans, afin de répandre l’épouvante dans le reste de l’Italie. Il augmenta les fortifications de Rome , que les ennemis avaient évacuée, et battit les Goths a.Perugia. Milan et les villes voisines se déclarèrent pour lui, par haine contre l’arianisme. Witig appela à son secours 10,000 volontaires de la Bourgogne, déjà soumise dans ce temps aux fils de Clovis. Milan se défendit contre eux avec opiniâtreté; les horreurs de la famine n’ébranlèrent pas le courage des assiégés. Les Bourguignons s’emparèrent cepen-
(i) An 535.
(2) An 536.
dant de îa ville Tan 538 , et massacrèrent tous les habitans, au nombre de 3oo,ooo.
Bélisaire força Witig à se retirer de devant Rome, qu’il avait vainement assiégée pendant quatorze mois. Il prit Ravenne et envoya Witig prisonnier à Constantinople l’an 539.
Les Francs, inquiets des succès de Bélisaire, inondèrent l’Italie; l’intempérance et les maladies détruisirent leur armée ; ils furent bientôt chassés après des succès éphémères.
Les descendans des premiers chefs des Francs avaient profité des désastres de l’empire romain , pour étendre leur domination vers le centre de la France et vers Paris. Clovis défit en 4^6 le gouverneur romain qui tenait encore dans les Gaules, malgré la chute de l’empire d’Occident. Une contestation de frontières alluma la guerre entre les Francs et les Allemands, qui habitaient alors le pays depuis l’Aar suisse jusqu’à la Lahn et vers Cologne. Clovis les battit près de Zülpich (i)dans le pays de Juliers l’an 49^? et les soumit à sa domination. Au fort de la bataille long-temps douteuse , il adressa sa prière au Dieu des Chrétiens, et redoubla ainsi le courage des Romains et des Gaulois, qui faisaient une partie considérable de son armée. Après cette journée, il se fit baptiser avec 3o,ooo guerriers francs.
(i) Tolbiac.
Pendant que les Goths s’établissaient en Ita^ lie, les fils de Clovis prirent le royaume de Thuringe (i) ; ils se servirent habilement des mésintelligences de famille qui s’élevèrent entre les princes des Goths et des Bourguignons, pour faire la conquête du royaume de Bourgogne (2). Plus tard, les Romains leur cédèrent la -Provence pour prix de leur neutralité dans la guerre contre les Goths.
Les Goths élurent successivement Euthar et Hildebald, qui furent aussitôt détrônés que choisis. Totila rétablit l’état des affaires; il battit plusieurs fois les Romains ; il prit Rome sous les yeux de Bélisaire, et connaissant l’infériorité des Goths dans l’art des sièges , il en. détruisit entièrement les fortifications (3). Les habitans furent expulsés ; il fit emmener ceux des sénateurs qui n’avaient point pris la fuite, et cette ville immense devint un désert. Bélisaire fut rappelé par des intrigues de cour.
Totila se crut maître de l’Italie et s’efforça de marcher sur les traces de Théodorich. Il chercha à réparer les maux de la guerre, et repeupla Rome. Le pape Sylverius avait déjà obtenu précédemment de Bélisaire le rétablissement de Naples.
(i) La Hesse inférieure, (2) An 534* les états de la maison de (3) An 546.
Brunswig , et la Thuringe proprement dite.
L^empereur d’Orient donna le commandement de l’armée à l’eunuque Narsès, qui vint en Italie avec le secours des Lombards. Il défit Totila (r), qui ne céda la victoire qu’en mourant. Teias lui succéda; les dernières forces des Goths périrent avec lui près de INlocera.
Les Allemands, sujets des rois francs d’Austrasie, tentèrent aussi d’arracher l’Italie aux empereurs d’Orient. Conduits par Lantachar et Buzelin, ils obtinrent d’abord de très-grands succès; ils trouvèrent, comme les Francs, leur tombeau par l’intempérance, les maladies, la famine et des défaites réitérées (2).
L’Italie respira sous le gouvernement de Narsès. L’ombre de l’ancienne république, les noms de consuls et de sénateurs avaient disparu, mais Rome se releva. L’empereur Justin II disgracia Narsès, qui se retira à Naples et appela le roi des Lombards Albouin (3).
Le 2 avril de l’an 568 , les Lombards, hommes, femmes et enfans, quittèrent la Pannonie et se mirent en marche pour l’Italie, sous la conduite de leur roi Albouin, accompagnés par 20,000 Saxons. Des aventuriers de toutes les nations se joignirent à eux en route. Quarante-deux ans auparavant, Audouin (4),
(2) An 553.
(3) Albwin.
(4) Audwin.
père d’Âlbouin, avait occupé la partie de la Pannonie évacuée par les Goths orientaux. Les Avvares succédèrent aux Lombards. Les Baj oares habitaient le Noricum qui portait déjà leur nom , et les Tseches s’étaient emparés de la Bohême (i), délaissée par les Bajoares.
Albouin prit facilement Pavie et la plus grande partie de l’Italie jusqu’à Bénévent, où il établit un duc, ainsi que dans le Frioul et sur les frontières.
Les Romains de Constantinople ( car c’est ainsi qu’ils continuèrent à s’appeler jusqu’à la chute de l’empire d’Orient, regardant ce nom comme un titre d’honneur,) ne conservèrent dans le haut de f Italie, que la capitale des Goths, Ravenne, avec le reste de Pentapolis, Rome et quelques villes de mer, gouvernées sous le nom de Flaminie , par un exarque; et dans le midi, sur l’Adriatique, la Pouille et une partie de la Calabre. Otrante et Bari étaient des villes florissantes; un stratèges ou katapan exerçait les fonctions de gouverneur, au nom de l’empereur d’Orient.
Albouin respecta l’église et chercha à se concilier l’amour des peuples. Trois ans avant la conquête de l’Italie par les Lombards, il avait
(i) Bojor , Bojenheira , Boelieim.
vaincu une tribu de cette nation, les Gépides; il buvait tous les jours dans le crâne de leur roi Cunimond fi), dont il avait épousé la fille, la belle Rosemonde (2). Rosemonde , poussée par d’autres amours, crut peut-être ne faire que venger la mort de son père en commandant l’assassinat de son mari (3). Les grands de l’empire gouvernèrent pendant la minorité de son fils.
Pavie fut la résidence des rois lombards. Authari, fils de Rleph, affermit le royaume de Lombardie contre les Francs et les empereurs d’Orient. Le pape Grégoire fut médiateur d’un traité de paix (4) entre les Lombards et les exarques. Agilulf, duc de Turin, épousa Tbeudelinde, veuve d’ Authari; il fit la paix avec les Francs et les Awares. Rothari, gendre d’Agilulf, fit rassembler les lois lombardes en un code (5), qui survécut à la destruction du royaume des Lombards, et resta en vigueur, en concurrence avec les capitulaires des Francs. Le droit romain se maintint à Rome et dans Fexarquat. Les Lombards s’appliquaient principalement à l’agriculture, leurs lois étaient douces, le gouvernement modéré.
(4) An 599.
(5) An 636 — 643.
(1) Kunimund.
(2) Rosamunde.
(3) An 573.
Entre les peuples barbares, ce sont eux et les Bourguignons qui ont montré le plus de tendance à la civilisation.
Les inconvéniens des monarchies électives occasionnèrent pendant un demi-siècle, une succession départis, de meurtres et de guerres intestines, dans lesquelles les nations voisines ne manquèrent pas d’intervenir. Le duc de Bénévent, Grimoald (i), finit cependant son règne avec assez de réputation, pour qu’une tribu bulgare demandât à être reçue au nombre de ses sujets; il l’établit dans le comté de Molise. Les Lombards choisirent enfin, l’an 710, Ausbrand, un sage vieillard de la Bavière, dont le fils Lütbrand (2 ) régna avec autant de sagesse que de gloire.
Pendant une partie de cette époque désastreuse, l’empereur d’Orierit, Constans II (3), fit aux Lombards une guerre dans laquelle il surpassa tous les brigandages des barbares de l’Occident. C’est lui qui fit enlever le toit du Panthéon. Il retourna à Syracuse en 6G2 , avec tous les trésors de l’Italie. Les Arabes prirent les vaisseaux qui devaient les transporter à Constantinople; ds les envoyèrent à Alexan-
(3) An 642— 668.
(1) An 661 — 671.
(2) Nommé ordinairement Liutprand.
drie ; on ignore ce qu’ils sont devenus. Constans fiit assassiné en Sicile. Sous son petit-fils le cruel Justinien II, il arriva un événement à Ravenne, qui caractérise les mœurs de ce temps. Les exercices militaires qu’on avait coutume de faire le dimanche , donnèrent lieu à une brouillerie entre deux corporations de la ville. Sous prétexte de célébrer leur réconciliation, les membres de l’une invitèrent les autres séparément à dîner chez eux un même jour et les assassinèrent tous. On découvrit le crime ; tous les membres de la corporation coupable furent condamnés à mort et leurs maisons rasées (i).
Le roi des Lombards Lütbrand conçut le projet de réunir Rome, l’exarquat et le midi de ritalie à sa domination. La puissance papale se serait trouvée subordonnée à celle du souverain de toute l’Italie; les représentations et l’autorité du pape Grégoire III le portèrent à se désister de l’exécution de ce plan, qui aurait peut-être donné à l’Europe un avenir très-différent.
Les empereurs d’Orient ne conservèrent Fexarquat qu’en ménageant avec le plus grand soin l’amitié des Francs, ennemis naturels des Lombards. Ils cherchèrent à sauver au moins les apparences, en accordant volontairement
(i) An 691.
ce qu’ils ne pouvaient empêcher de prendre, lorsque les sacrifices devinrent nécessaires, Cest ainsi qu’ils donnèrent à plusieurs chefs de barbares le patriciat, qui les investissait de la plénitude du pouvoir impérial sur les anciens habitans. Clovis fut créé patricien et consul. Sous les fils de Clovis, on voit un duc préposé à la Bourgogne proprement dite, et un patricien au pays des deux côtés du Jura. Cette réunion du pouvoir impérial sur les uns et du pouvoir militaire sur les autres, favorisa l’hérédité et le pouvoir absolu.
Les subtilités tbéologiques et les intrigues des conciles de Nicée, de Constantinople (i), d’Ephèse, de Calcédoine, répandirent des germes de divisions dans” toute la chrétienté. La haine des partisans du concile de Nicée contre les ariens, de ceux du fougueux Cyrille d’Alexandrie (2) contre les nestoriens, dégénéra souvent en lutte sanglante. L’ineptie avec laquelle les empereurs d’Orient prirent parti dans les querelles de dogme, au lieu d’en rester les médiateurs, leur fit perdre toute autorité sur Rome et favorisa l’accroissement du pouvoir des papes. En prenant la défense de la pureté du dogme et des libertés de Rome, Grégoire le Grand travailla en même temps
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(i) Sous Tbéoclose II. (9.) Concile d’Éphése.
( Sa )
à l’indépendance de l’église. Boniface III porta le premier le litre de patriarche du monde.
Les Allemands furent pendant assez longtemps la nation la plus puissante en Espagne; ils finirent par succomber sous la puissance des Goths occidentaux (i), dont le roi Leuwigild prit, l’an 585, à Braga, le dernier roi des Allemands, Andeka. Toute la péninsule se trouva soumise aux Goths, mais bientôt les scissions religieuses et politiques, les haines et les vengeances particulières préparèrent la chute de leur empire. Le trône était électif, Leuwigild eut dix -sept successeurs dans le cours de 127 ans.
Des causes inattendues précipitèrent les événemens; l’Europe vit paraître un peuple nouveau pour elle, les Arabes, plus connus encore sous le nom de Maures ou Sarrasins. Son histoire est trop intimement liée pendant une assez longue époque avec celle de l’Europe, pour qu’il ne faille pas remonter à la naissance de la croyance religieuse qui lui donna un élan si prodigieux.
Une émeute excitée à la Mecque contre le prophète Mohammed (2) , l’obligea à se retirer à Yatreb. L’hégire (3) date du jour de sa
(1) Visigoths. (3) Hedsclira,
(2) Maiiomet. '
fuite. Il mourut en 632. Son gendre Ali comptait lui succéder ; Ayesha , une des veuves de Mohammed, fit nommer son père Aboubekr calife (i) , c’est-à-dire successeur du prophète.
Chalid, à la tête de 4^00 fidèles, fit la conquête de toutes les provinces , depuis le Tigre et l’Euphrate jusqu’à la Méditerranée. Amrou s’empara de l’Egypte, incendia Memphis (2), prit Alexandrie d’assaut et fit brûler la bibliothèque des Ptolémées. Les Arabes défirent les Perses, prirent les îles de Rhodes et de Chypre, et pénétrèrent jusque dans la chaîne du Taurus et les déserts de la Nubie (3).
Omar succéda à Aboubekr, Othman à Omar, Ali à Osman. Ayesha, toujours ennemie d’Ali, arma les fidèles contre lui; il fut assassiné à Coufah. Les shütes ne reconnaissent comme successeurs légitimes des califes que lui et ses descendans, dont le dernier. Mohammed Montalar, né en l’an 868 de notre ère, vit dans l’obscurité et reparaîtra à la fin des siècles comme chef des croyans.
Les Perses sont shütes et haïssent d’autant plus violemment les Turcs, que ceux-ci sont sunnites (4)«
(1) Chaîlf, successeur.
(2) An 639.
(3) An 636-^65i,
(4) La Sunna.
Le califat devint héréditaire dans la famille d’Ommia , oncle du prophète Mohammed.
L’ommiade Moawiah transférable siège du califat de la Mecque à Damas. Il est digne de remarque qu’il établit des postes dans ses états, tandis que la France ne les connut que dans le quinzième siècle.
Quelques tribus errantes de l’Afrique demandèrent des secours contre les oppressions des gouverneurs de l’empereur d’Orieht , à Okbah , lieutenant de Moawiah. Okbah prit toute la côte d’Afrique jusqu’aux colonnes d’Hercule (i).
Rodrigue avait détrôné le roi des Visigoths Witiza. Un grand Espagnol ennemi de Rodrigue, invita le gouverneur de l’Afrique Mousa Ebn Nasir à se rendre en Espagne.
Dans la septième année du califat de Walid l’an 7i‘i,Ebn Abdoulmalek Tarif (2) fut envoyé en Espagne par Mousa, à la tète d’une armée d’Arabes et de Ber bers (3). Il commença par fortifier le rocher de Gibraltar (4). L’esprit de parti favorisa les Arabes. Oppaz, archevé-
(1) An 671 — 688. rasin en langue syriaque,
(2) Ou Zarich. l’habitant des déserts : Bar-
(3) Arabie^ en chaldéen , bar, fils du désert, le pays de l’Occident : Aæ/- (4) Gebel-Tarif.
que de Séville, passa à l’ennemi avec une partie de l’armée dans la bataille de Xerez, qui coûta la couronne et la vie à Rodrigue (i). Les Arabes prirent toute l’Espagne et le pays, adjacent entre les Pyrénées et le Rhône jusqu’à Lyon. Ils laissèrent subsister la religion, le gouvernement et les lois des provinces conquises; le calife exerça par-tout les droits du prince. Les provinces qui se soumirent volontairement, payèrent un dixième de leurs revenus, les autres un cinquième.
Walid apprit en rnême temps la conquête de l’empire des Goths et celle (Je l’Indostan.
Un petit nombre de Goths principalement de familles nobles , ne voulant pas se soumettre à la loi du vainqueur, se retirèrent dans les montagnes des Asturies. Un capitaine nommé Pélago (2), à la tête d’environ mille hommes, s’établit à la montagne d’Ausena, dans les grottes de Notre-Dame de Cabadonga. Le petit bourg de Gijon à peine remarqué sur cette côte, fut le berceau d’un nouvel empire que les Arabes négligèrent dans ses commencemens. Les forces des réfugiés augmentèrent peu à peu.
Ordunho II fut en état de proclamer la dignité royale à Léon, l’an 914. H renouvela
(i) An 713.
(2) Pelage.
les lois des Visigoths. Le zèle religieux, le désir de la gloire, Faïubition, donnèrent un élan extraordinaire à l’Espagne chrétienne; les progrès du christianisme dans le nord de l’Europe lui furent d’un puissant secours.
L’anglais Winfried connu sous le nom de St.-Boniface , répandit la religion chrétienne chez les Frisons, et depuis le Rhin jusqu’à la Saxe. Il fut archevêque de Mayence ( i ) , et légal du pape Grégoire IL La position géographique des provinces nouvellement converties, les mit sous la dépendance spirituellé de Rome; ce fut une nouvelle cause d’accroissemeut de la puissance' papale que les circonstances du temps favorisèrent particulièrement.
Rome dégoûtée du joug des empereurs d’Orient, avait refusé obéissance à l’empereur Philippicus Bardanes (2) , qui ne distinguait pas suffisamment les deux natures; elle se sépara tout-à-fait de Léon l’Iconoclaste (3). Le pape Grégoire II se trouva par des circonstances heureuses à la tète de l’Italie; le hasard plaça sur le siège de Rome une succession d’hommes éminens, les deux Grégoire, Zacharie,
Etienne, Paul, Adrien IL
Abderachman (4), gouverneur du calife en
(3) An 717 — 73,6.
(4) Abderame.
(i) An 756.
Espagne^ irrité de la défection de la Cerdagne, déclara *a guerre aux Francs et à Eudes, duc d’Aquitaine. Charles Martel, maire du palais du roi des Francs, fit un traité d’alliance avec Lütbrand, roi des Lombards. Les Arabes se répandirent dans la Gascogne, passèrent la Dordogne et battirent le duc Eudes; les partis détachés de leur armée s’approchèrent des frontières de la Bourgogne et de Nice. Rainulf, seigneur de Die, Gap et Grenoble, se tourna de leur côté.
Charles Martel fit sa jonction avec le duc Eudes, pendant que les Arabes pillaient Poitiers. Les deux armées furent huit jours en présence entre Tours et Poitiers. La bataille fut terrible et devint décisive par la mort d’Abderame. ( i ) Les Arabes repassèrent les Pyrénées. Le roi des Lombards resta avec son armée sur le chemin de Nice et n’eut point de part aux succès des chrétiens.
Childeric III, le dernier des Mérovingiens, fut détrôné; les Francs élevèrent Pépin, fils de Charles Martel, à la dignité royale (2).
Astolfe , roi des Lombards, s’empara de l’exarquat (3); le pape Étienne adressa des réclamations à Pépin, qui obligea Astolfe à
(1) An 732.
(2) An 762.
(3) An 752.
céder une partie de sa conquête dont il confia probablement le gouvernement au pape Etienne, ce qui a donné lieu à la prétendue donation de Pépin. Après la mort d’Astolfe, le duc de Toscane Desiderius fut porté sur le trône des Lombards par rinfluence du
pape Etienne ( i ). Pépin avait partagé la monarchie des Francs entre ses fils Charles (2) et Carloman. Celui-ci mourut peu après (3;, et l’on soupçonna Charlemagne de ne pas avoir été étranger à la mort de son frère. Desidei*ius oubliant trop tôt combien il devait à Fappui du saint-siège, éleva des contestations avec le pape Adrieil II sur les frontières de Fexarquat. Il commit une imprudence bien plus dangereuse; ce fut d’accorder asyle et protection à la famille de Carloman.
Charlemagne déclara la guerre à Desiderius; il fit la conquête du royaume des Lombards jusqu’au Garigliano et le réünit à ses états Fan 774- Il se contenta de recevoir foi et hommage du duc Arichis , qui conserva le pays depuis le Garigliano jusqu’à Naples et Brindes. Salerne, sa résidence, était une ville belle et forte; sa justice et sa sagesse lui avaient concilié l’amour des peuples. Ses successeurs s’a-
(1) An 756.
(2) Charlemagne, an 768.
(3) An 771.
grandirent aux dépens des empereurs d’Orient.
Charlemagne rejeta les Arabes de l’autre côté des Pyrénées , il occupa une partie de la Catalogne et nomma Bernhard de la famille des ducs d’Aquitaine, comte de Barcelone. Il rétablit l’empire d’Occident et fut couronné empereur à Rome, l’an 800.
L’empire des califes et celui des Francs étaient alors les deux grandes puissances du monde connu, elles furent peu durables l’une et l’autre. La décadence de l’empire de Charlemagne fut plus prompte; de grands mouvemens dans les tribus arabes accompagnèrent celle du califat, à laquelle l’esprit de secte eut une grande part.
Abou Abbas Abdallah el Saffah, descendant d’un oncle du prophète Mohammed, détrôna en 754, le calife Merwan II et fonda la dynastie des Abbassides.
Toute la race des Ommiades périt avec Merwan; un seul d’entre eux, Abderachman Dax:heli, petit-fils du calife Hesham, échappa au massacre ; il passa dans l’ouest de l’Afrique et de là en Espagne. Soutenu par l’autorité de son nom, il défit Joussouf, gouverneur du calife et sépara l’Espagne à titre d’Emir el-Moumenim de l’empire des Abbassides (i). Cor-
(i) An 755.
doue devint le siège de la nouvelle dynastie des Ommiades.
Abn Dshajafar AbMansour, frère et successeur de Saffab, fonda Bagdad, où il transféra la résidence des califes (i). Il conquit le Turkestan, B Arménie, et porta ses armes dans BAsie mineure.
Depuis qu’Abderachman avait aussi facilement réussi à séparer un royaume de l’empire des califes, les gouverneurs de provinces suivaient cet exemple et ne cherchaient plus qu^à augmenter leur puissance et à se rendre indépendans. Les descendans du prophète trouvèrent aisément des partisans contre des gouverneurs révoltés, ou contre la puissance affaiblie des Abhassides.
Edris, descendant de Fatime, fille de Mohammed, passa du fond de l’Arabie dans l’extrémité occidentale de l’Afrique et fonda la ville de Fez (a).
Ibrahim, fils d’Aglab, gouverneur du Kair- ’wan, refusa obéissance au calife (3), et fonda une souveraineté, dont Tunis devint plus tard la capitale.
Ces deux défections arrivèrent sous le règne du calife Haroun-al-Rashid, petit-fils d’Al-
(1) An 762.
(2) An 789.
(3)^ An 8o5.
Mansour. Il fut le dernier Emir el-Moume“> nim, qui fit en personne le pèlerinage de la Mecque. Ses successeurs s’enfermèrent dans leur palais; une garde de soldats turcs les rendit inaccessibles et les assujélit bientôt au lieu de les défendre; elle s’arrogea en 862, le droit de nommer son commandant ainsi que l’Emir el-Ommara (1) et ne laissa plus aux califes qu’un simulacre de puissance.
Les gouverneurs de la Perse et de l’Inde refusèrent obéissance au calife Al-Mamoun (2). Thaher qui avait mis Al-Mamoun sur le trône, s’empara du Khorasan l’an 882. Un maréchal-ferrant Jacob, fils de Leith, partagea la Perse avec Nasr, fils d’Achmed et fonda la dynastie des Soffarides. Le Turc Achmed, fils de Touloun, gouverneur de l’Egypte, se déclara indépendant (3). La mort de son petit fils Haroun , rendit celte province au calife Moktadi Billah (4)- Mohammed Yezid la sépara de nouveau (5) de l’empire des califes.
Les Arabes d’Espagne étendirent leur domination dans la Méditerranée. Ils prirent successivement l’île de Crète, Candie sa capitale (6), la Corse, la Sardaigne et les îles Baléares.
(1) Premier ministre.
{2) An 8i3.
(3) An 868.
(4) An <)o5.
(5) An 934*
(6) An 826.
Un Sicilien auquel le gouverneur de 1 empereur d’Orient avait enlevé sa future pour la vendre à un épouseur plus riche, appela les Arabes de Tunis. Palerme, Ghasuan résistèrent pendant long-temps. Les Arabes n’achevèrent la conquête de la Sicile qu’au bout de 53 ans par la prise de Syracuse (i). Les babitans firent moudre les os des animaux, mangèrent l’herbe des toits et dévorèrent les enfans. Ils finirent par succomber; les Arabes traitèrent la ville cruellement.
Depuis cette conquête ils inquiétèrent plus que jamais les côtes de l’Italie. De Fresnes où ils s’étaient fortifiés près d’Arles, ils firent des incursions dans toute la Provence, le Piémont, la haute Bourgogne et le pays de Vaud. Lorsque l’empereur Romanus Lacopenus leur eut abandonné ce qui restait dans le midi de l’Italie à l’empire d’Orient, ils arrivèrent jusque dans les faubourgs de Rome (a).
Mcéphore Phocas (3) rétablit la domination des empereurs d’Orient dans l’Asie mineure, en Syrie et en Crète, contre les Arabes d’Espagne et de Tunis, et contre les Boujides, qui s’étaient emparés du pouvoir à Bagdad. Le calife Rahdi (4) avait disgracié son
(1) An 88o.
(2) An 966 — 960.
(3) An 964.
(4) An 945.
premier ministre, qui se sauva en Médie dans le pays deDilern, auprès d’un descendant de Sapor et de Rhosrou, qui faisait le métier de pêcheur et qui avait élevé ses trois fils avec le produit de sa pêche. Ils étaient gens de guerre; ils commencèrent par s’emparer d’Isfahan (i) : l’un d’eux Maaz-el-Daula se rendit maître de Bagdad et porta Moti au califat en l’obligeant à leur donner héréditairement la dignité de premier ministre, et à se contenter d’un modique revenu.
Le calife Bramrillah fatigué de cette dépendance, appela du Turkestan un chef de bandes, Togroul-Beg, petit-fils de Seldchouk, con^ tre la tyrannie des Boujides. l’ogroul-Beg prit Bagdad (2) et s’empara du pouvoir.
Le fanatisme religieux et l’espérance du pillage , mirent Nasir-ed-din Sobochtekin en état de lever des forces considérables dans le Rhorasan, avec lesquelles il fit la conquête de rindostan jusqu’à Visapour; il fonda la dynastie des Sultans de Gazna (3).
Mohammed, fils d’Anoushtekin, gouverneur de la Chowaresmie, Turc d’origine, profita des divisions des Turcs Seldchouks, pour fonder dans la Chowaresmie une souveraineté puissante (4)7 qu’il étendit jusque sur une partie
(1) Ispahan.
(2) An io55.
(3) An 97a.
(4) An 1097.
des provinces voisines de la Perse et du Mawaralnara en de-là du Gihoun. Il fut remarquable par son courage, sa justice et ses lu mières.
Mahadi Obéidollah se disant issu de Fatime, fille du prophète Mohammed , déclara la guerre (i) aux descendans d’Aglab, princes de Tunis. Il fonda la ville de Mahadiah, battit les Aglabites , défit les descendans d’Edris et prit Fez. Moez-ladin Allah (2), petit-fils de Mahadi, fit creuser des puits dans le désert pour Fusage des troupes avec lesquelles il comptait attaquer l’Egypte. Il se mit en marche avec quinze cents chameaux qui portaient son trésor et les corps de ses ancêtres. Il s’empara de l’Egypte, fonda le Caire (3), prit la Syrie, Damas, Jérusalem, le mont Sinaï. Ses descendans les Fatimides régnèrent pendant deux siècles depuis l’Euphrate jusqu’aux sables du Rairwan. Il eut la sagesse de remettre les conquêtes de Mahadi en Afrique, entre les mains de Joussouf Belkin, fils de Zéiri. Les Zéirides régnèrent à Tunis pendant 177 ans.
Les côtes de l’ouest de l’Afrique éprouvèrent une révolution religieuse. Abdollah le
(1) An 908.
(2) An 969.
(3) Alcaliira.
prophète fi), prétendit rétablir la doctrine de rislamisme dans sa pureté primitive. Ses nombreux sectateurs les Morabéthes répandirent leur croyance par la force des armes, sous les ordres d’Aboubekr et après lui de son cousin Joussouf. Ils vainquirent les princes de Sedchelmesse, Fez, Salch, Tanger, Ceuta (2). Joussouf fonda Maroc, ses descendans régnèrent sur tout le pays.
La puissance temporelle des Arabes en Asie et en Afrique se trouva divisée entre six dynasties; le sultan de Gazna, celui de la Chowaresmie, les Seldshouks à Iconium et sous le nom des califes à Bagdad, les Fatimides en Egypte et en Syrie, les Zéirides à Tunis et les Morabéthes à Maroc.
Les Musulmans qui n’étaient pas soumis aux Fatimides, regardaient les califes comme les chefs de leur religion.
Ala-eddin Hosaïn, sultan de Ghaur, renversa les sultans de Gazna (3). Il prit le Moultan et leur capi'ale Lehli avec toutes leurs richesses; il trouva trois mille livres pesant de diamans dans le trésor de Gasnevides.
Ce nouvel empire n’eut pas de durée; les gouverneurs des provinces devinrent bientôt
(1) An io56.
(2) An
(3) An io56.
indépendans : il finit par succomber sous les armes des sultans de Chowaresmie.
En Espagne la dynastie des Ommiades déclina. Des divisions de famille donnèrent lieu à des défections de gouverneurs de provinces , qui facilitèrent les progrès des chrétiens.
Le comte des Basques Asnar avait passé les Pyrénées (i), afin de conquérir des terres sur les infidèles; ses descendans furent rois de Navarre.
Ferrando Gonzalez fonda le comté de Burgos (2), qui fut érigé en royaume de Castille Fan io33, en faveur d’un fils du roi de Navarre Sanchez, nommé Ferrando, qui réunit par mariage le royaume de Léon à celui de Castille. Sanchez ne laissa à l’aîné de ses fils que la Navarre et fonda le royaume d’Arragon en faveur de son fils naturel Rarnirez, dans les montagnes que traverse la petite rivière d’Arragon.
Winfried, descendant du comte de Catalogne Bernhard, se déclara indépendant du royaume des Francs (3). Un de ses successeurs le comte Berenger, acquit (4) le royaume de Navarre par mariage.
Alfonse, roi de Léon , fut détrôné par son
(1) An 83i.
(2) An 933.
(3) An 864*
(4) An' 1137.
frère Sanchez, roi de Castille. Tl se réfugia auprès d’Almamoun, prince de Tolède, qui le reçut avec toute l’hospitalité arabe. Alfonse lui jura une amitié éternelle, lorsqu’il quitta Tolède pour reprendre possession des royaumes de Castille et de Léon, après la mort de son frère.
Le petit-fils d’Almamoim se rendit méprisable , la guerre recommença. Alfonse invita tous les chevaliers de la chrétienté au siège de Tolède. L’ancienne capitale des Goths fut prise en 1080, malgré la résistance la plus ' héroïque.
Henri, de la maison des comtes de la haute Bourgogne, se distingua tellement au siège de cette ville, qu’ Alfonse lui donna sa fille naturelle en mariage, avec le gouvernement des conquêtes faites sur les Arabes , à l’embouchure du Tage et du Duero sur les côtes de l’ouest. Henri prit la ville de Porto, qui donna son nom à tout le pays. Sa femme hérita de la dignité royale à la mort d’Alfonse (i).
Alfonse, fils de Henri, fit la conquête de l’xAlentejo et défit près d’Ourique, J’an irSq, tous les princes arabes ligués contre lui. L’armée et le peuple le proclamèrent roi sur le
(i) An 1112.
champ de bataille ; il fut nommé el Conquistador. Afin de s’assurer le secours des croisés par rinfluence des papes, il reconnut St- Pierre et St.-Paul seigneurs suzerains de son royaume, et s’obligea à payer un tribut annuel de quatre onces d’or au saint-siège.
En Espagne, le clergé favorisa le pouvoir du souverain contre une noblesse puissante, en Portugal, il fut la première puissance et ne chercha point d’allié.
Les émirs arabes pressés de tous côtés, appelèrent à leur secours le fondateur de Maroc Joussouf. 11 vint en Espagne, l’an 1091, à la tête des Morabéthes, avec son chameau bardé de fer et réunit sous sa domination toutes les provinces restées aux Arabes. Le zèle et les efforts des Morabéthes arrêtèrent les progrès des chrétiens. Le grand émir de Séville Motammed fut envoyé prisonnier en Afrique; il charma les ennuis d’une longue captivité par la poésie; sa fille fournit à son entretien par son talent pour la broderie.
Des guerres entre les tribus nomades de l’Asie, causèrent l’apparition d’un nouveau peuple barbare en Europe. Les Utzes habitans delà Sybérie méridionale, chassèrent les Petchenégues de leurs habitations dans FUral. Ceux-ci tombèrent sur leurs voisins les Mad-
( Gg )
cbares (i), qui traversèrent les grands fleuves de cette partie de l’Asie et se portèrent vers Kio^v, où iis furent repoussés par les Russes. Après cet échec, ils passèrent les monts et vinrent occuper la Pannonie (2), habitée par les restes de tant de peuples divers. On les appela Ougres, Ungres, Hungares, c’est-àdire, étrangers; des princes delà maison d’Arpad étaient à leur tête. Une partie des habitans épouvantés de la férocité des arrivans, émigra : quelques tribus A\vares se joignirent à eux; les princes d’Europe les invitèrent bientôt à prendre part à leurs querelles. Ils ravagèrent tantôt l’Allemagne (3), tantôt la Bourgogne et la France f4) et pénétrèrent jusqu’à Toulouse.
Le nord de l’Europe dont l’histoire se perd dans les ténèbres plutôt que dans la nuit des temps , offre à peu près le même mélange de guerres et d’émigrations.
Les Danois et les Norwégiens ou Normands étaient les peuples les plus puissans de la Scandinavie; les Goths et les Suédois se maintenaient avec peine contre eux. Des guerres perpétuelles régnaient dans ces contrées; les malheurs et les oppressions qui en sont la
(1) Ou Madianes.
(2) An 897.
conséquence inévitable, ont probablement contribué à faire naître cet esprit d’aventure qui caractérise particulièrement les Normands. Leurs pirateries dans la Méditerranée excitèrent déjà l’attention et les inquiétudes de Charlemagne. Ils auraient pillé Paris sousCharles-le-Gros (i), sans la vigilance du comte Eudes.
Un hasard donna des chefs normands à la Russie, dont les habitans en proie à de longues dissensions, ne savaient comment remédier aux désordres qui en furent la suite. Gostomysl, premier magistrat de la cité de Nowgorod, leur conseilla de chercher en pays étranger des hommes propres à se trouver à la tête du gouvernement. Ils envoyèrent une ambassade à la tribu normande des Waréges, leur demander trois frères, Rourik, Sinaus et Trouwor , qui ramenèrent promptement Tordre au-dedans et la victoire au-dehors. Ils soumirent les habitans de la Livonie et de TEsthonie, et leurs puissantes flottes sur la mer Noire firent trembler les empereurs d’Orient (2).
Leur compatriote Jngoulf fonda une république en Islande (3).
Rollo ou Roll, fils de Raindwold, comte de
(1) An 885.
(2) An 862.
(3) An 874.
Sondmoehr, fit Fan 91 2 la conquête de la plus belle partie de la Neustrie, dont Charles-le- Simple fut trop heureux de lui donner Fin- Yestiture sous le nom de duché de IS^ormandie. Richard-le-Bon et Richard-le-Magnifique ses successeurs, furent d’autant plus redoutables, qu’ils eurent soin de conserver des relations avec la Norwége et la Suède.
Egbert avait réuni (i) Fheptarchie des Aiiglo - Saxons sous sa domination ; Alfred-le- Grand (2) délivra l’Angleterre des pirateries des Danois. Il rétablit le règne des lois et fit fleurir les sciences, les arts et l’industrie ; exemple d’autant plus mémorable que l’Europe entière ne respirait alors que guerres et conquêtes. Son fils Edouard et son petit-fils Athelstan ne furent pas indignes de lui. Sous leurs successeurs, des dissensions intestines réduisirent l’Angleterre à un tel état de faiblesse, que les Danois conduits par leur roi Sweno et son fils Canut-le-Grand (3), en firent aisément la conquête. Environ cinquante ans après, le duc de Normandie Guillaume, surnommé le Conquérant, prit l’Angleterre sur les Danois (4)-
C’est à peu près dans ce temps que les douze
(i) An 827.
{2) An 871.
(3) An ioi4* An 1066.
fils d’un gentilhomme normand Tancréde de Haiiteville et leurs descendans, fondèrent le royaume de Naples et environ cent ans après celui de Sicile.
Le vieux duc de Bénévent Landulfe et le Ratapan grec avaient pris des aventuriers normands à leur solde, contre les Arabes établis dans l’extrémité de l’Italie; ils leur promirent des terres en récompense. Les Normands défirent les Arabes; Landulfe et le Ratapan ingrats et jaloux , manquèrent à leurs engagemens. Les Normands irrités appelèrent des compatriotes à leur secours, et parvinrent bientôt à s’emparer des états de Landulfe et des villes du Ratapan. La mésintelligence du sainî-siége avec les empereurs d’Orient et d’Occident les favorisa. Ils traitèrent avec beaucoup de respect le pape Léon IX qu’ils avaient fait prisonnier dans une bataille, et consentirent à recevoir de lui l’investiture de leurs conquêtes. Le pape Nicolas II (i), fit ensuite la convention formelle et confirmative en faveur de Robert Guiscard, le plus éminent des Hautevilles. Dans le siècle suivant, les deux Roger issus de la même maison , firent sur les Zéirides de Tunis la conquête de la Sicile (2), qui retomba par le mariage de la fille de Ro-
(i) An io57“Iq58,
(2) An 1148 — ’iiSG
ger II avec l’empereur d’Allemagne Henri VI, à la maison de Hohenstauffen (t).
Charles d’Anjou, frère de St. -Louis, s’empara du royaume de Naples et de Sicile sur l’invitation du pape Clément lY, après la mort de l’empereur Frédéric II (2). L’astronome Brunetti dans la Romagne et le médecin Jean Procida en Sicile, donnèrent le même jour le signal des Vêpres Siciliennes. Tous les Français furent massacrés l’an 1282, hormis le seul Guillaume des Porcelets que ses vertus firent excepter. Pierre d’Arragon, mari de Constance de Hohenstauffen, devint roi de Sicile; Naples resta dans la maison d’Anjou.
La valeur des Normands avait enlevé la Sicile aux Zéirides, qui perdirent le reste de leurs états en Afrique, en appelant à leur secours une secte nouvelle.
Le prophète Mahdi Mohammed, mécontent de la croyance des Morabéthes, voulut rétablir la doctrine la plus pure de Vislamisnie à Maroc. Les Morabéthes, satisfaits de la doctrine pure de T islamisme^ telle qu’Abdollah la leur avait enseignée, chassèrent le nouveau prophète de la capitale. Mahdi Mohammed se retira dans le Telemsan et fonda avec l’aide d’Abd-el-Moumem , homme puissant dans ce
(i) An 1166. (2) An 12S0.
pays , la secte des Mohaweddins. Les adorateurs du vrai Dieu (c’est ainsi que ce nom les annonçait,) fondèrent une ville nouvelle sur la côte , déclarèrent la guerre aux Morabéthes , les défirent et assiégèrent Maroc leur capitale, dont la prise coûta la vie à 100,000 hommes. Ils avaient commencé par défendre les Zéirides contre les Normands ; ils finirent par les comprendre dans la conquête de tout le nord de T Afrique, depuis l’Egypte jusqu’au détroit de Gibraltar (i). Ils passèrent la mer, prirent le royaume d’Algarve, Séville, Grenade , Murcie (2) , et défendirent avec tout le succès d’une première ferveur, leur nouvel empire contre les Normands, les Morabéthes et les chrétiens d’Espagne.
L’Orient prit peu de part à ces événemens; il se trouvait exposé à de grandes vicissitudes, dont une partie de l’Afrique et bien plus encore l’Egypte ressentirent aussi les conséquences.
Une impulsion singulière , provenant de mille causes diverses et à laquelle le zèle mal dirigé d’une religion d’amour et de paix donna le dernier élan , précipita l’Europe sur l’Asie , pour conquérir Jérusalem et le saint Sépulcre. Sept croisades succes-
(i) An 1147.
(2) An 1157.
sives (i) maintinrent toute la chrétienté en mouvement pendant plus d’un siècle et demi. Les femmes, les enfans, les vieillards, suivirent les gens de guerre. Au commencement du treizième siècle, 90,000 écoliers quittèrent leurs foyers et leurs instituteurs , pour se rendre en Palestine (2). Ils se portèrent en bandes nombreuses sur Brindes et Marseille; la plupart périrent en route.
La Grèce , l’Asie mineure , la Syrie , éprouvèrent tous les malheurs que l’invasion des peuples barbares avaient causés en Europe. A la prise de Jérusalem, les croisés tuèrent 70,000 hommes; tous les juifs furent brûlés dans la synagogue (3). Au début de la quatrième croisade, les guerriers croisés contre les infidèles, prirent d’assaut Constantinople, la première ville de la chrétienté (4) , massacrèrent jusqu'à la nuit tous les habitans que leurs épées purent atteindre, et pillèrent la ville de fond en comble. Ils morcelèrent l’empire d’Orient; Baudouin, comte de Flandre, fut empereur de Constantinople; des chefs de croisés se partagèrent l’ancienne Grèce. La Villehardouin fut prince de l’Achaïe; unBour-
(1) An 1096, 1147,1189, (3) An 1099.
1202, 1217, 1228, 1248. (4) An 12 04.
(2) An 1210.
guignon, Otlon de la Roche, duc d’Athènes. Les Vénitiens prirent les îles.
Théodore Lascaris, gendre de l’empereur Alexis III , et deux princes de la maison des Comnènes et Angelo , fondèrent trois souverainetés grecques. Nicée en Bithynie fut la capitale de la première , qui comprenait une partie de l’Asie mineure; Trébizonde sur la mer Noire (i) , celle de la seconde, dont les souverains prirent dans la suite le titre d’empereurs. La troisième s’appela le despotat; elle s’étendait sur une partie de l’Ætolie et de l’Acarnanie.
Constantinople ne tarda pas long-temps à rentrer sous la domination des Grecs ; un général de Michel Paléologue, empereur de Nicée, la reprit dans une surprise de nuit, sans aucun plan prémédité et à l’insu de son maître. Les derniers débris des conquêtes des croisés, Tyr et Ptolémaïde (2) , Retombèrent en 1291 entre les mains des infidèles; il ne resta des croisades, que des souvenirs et une grande réaction morale sur l’Europe.
Elles contribuèrent à des changemens dans les dynasties arabes en Afrique et en Asie. La conquête de la Palestine et de la Syrie par les croisés, porta un coup doublement funes-
(i) Trapezus, Tarabozan. (2) Ali,o.
te à la puissance des Fatimides. Un visir (i) inepte appela à leur secours Noureddin Mohammed Atabek de Mausel, qui s’était rendu maître de la SyHe , et auquel le chef des croyans donna l’investiture de l’Egypte. Noureddin envoya un corps de troupes turques en prendre possession sous le commandement de Shirakouh, fils de Shadi. Selah-eddiii Joseph (2), guerrier du Kurdistan, petit-fils de Shadi par Nadshweddin Eyoub, fut proclamé par l’armée. Saladin se trouva sur le trône des Fatimides par la mort d’Aded - ledin, le dernier de cette race ; il fut sultan sous le nom d’El-Malek-en-Nasr. Il rétablit l’autorité spirituelle des califes, prit la Syrie sur les successeurs de Noureddin, s’empara de FArabie heureuse, et fit la conquête de Tripoli et de Tunis sur les Mohaweddins.
Wido (3) de Lusignan avait empoisonné son beau-père Baudouin V (4) pour monter sur le trône de Jérusalem ; il rompit la paix avec Saladin, qui le battit, le fit prisonnier et prit sa capitale après quinze jours de siège (5).
Saladin fit son entrée dans Jérusalem en père plutôt qu’en conquérant; il laissa le saint
(1) Vessir.
(2) Saladin.
(3) Guide.
(4) Baldwin.
(5) An 1188.
Sépulcre aux chrétiens et fut humain envers tous. ^
Le pape Urbain lïl mourut d’épouvante et de chagrin. Ces événemens ^donnèrent lieu à la troisième croisade, qui n’eut d’autre résultat que la prise de l’île de Chypre, qui fut cédée à prix d’argent à Wido de Lusignan.
Saladin adoré pour sa bonté, son humanité, sa modestie, grand par ses vertus encore plus que par son courage héroïque, mourut (i) à Damas, à l’âge de 57 ans. Il partagea ses états de manière à ce que Haleb, Hamath, Damas, Bassora et le Caire fussent les résidences de cinq sultans différons. La discorde les affaiblit.
Les descendans de son frère régnèrent en Egypte. Le sultan Malek-el-Saleh Eyoub établit la milice des Mamlouks, levée et recrutée dans les montagnes du Caucase. Une victoire
coûta le trône et la vie à son successeur Malek-
el-Moattam Turan Sha. Il défit et prit saint Louis (2) auquel il rendit la liberté moyennant une rançon considérable et la restitution de Damiette et de Mansoura. Les Mamlouks, irrités d’une paix conclue sans leur participation, tuèrent le sultan et s’emparèrent du gou- * vernement, Tan isâo. Il fut statué qu’à l’avenir, le sultan et son visir consulteraient les
(i) An 1193.
(2) An 1249.
principaux officiers des Mamlouks dans toutes les occasions importantes, qu’ils nommeraient un grand cadi pour Uadministration de la justice, et un cadi particulier pour chacune des quatre sectes principales de l’islamisme.
Après le commencement du onzième siècle, deux grandes nations de l’Asie, les Turcs et les Mogols (i), intervinrent dans les événemens; elles décidèrent la chute du califat, celle de la puissance des Arabes et de l’empire d’Orient.
Les Turcs erraient dans les contrées à l’est de la mer Caspienne, pays où les Scythes, les Massagethes, les Parthes, furent long-temps célèbres. Ils se soumirent à la religion de Mohammed et à la domination des califes, qui confièrent à une milice choisie dans leurs rangs, la garde de leur palais, et cédèrent bientôt à ses chefs l’exercice de leur pouvoir.
Les Turcs s’emparèrent (2), sous la race des Seldchouks, de l’Asie, depuis les frontières de la Phrygie jusqu’à celles de la Perse et de l’Inde. Ils firent la guerre pendant deux cents ans aux empereurs d’Orient et aux croisés. Iconium était le centre de leur empire, qui ne céda qu’à la puissance des Mogols.
Dans le commencement du treizième siècle,
(i) Mungales ou Tatares. (2) An io35.
rancienne patrie des Hiongnoiis vit une émigration nouvelle. Un chodcha (i) manifesta aux tribus assemblées sur les bords du Selinga, une vision céleste. Dieu, assis sur son trône éclatant de lumière, au milieu des intelligences supérieures, lui avait révélé que l’empire du monde appartenait au prince TemoLidchin, appelé à devenir Dshingis-Cban (2). Les Mogols jurèrent fidélité à Temoudchin. Il partit à leur tête (3), s’empara de Yemkin, capitale de la Chine, renversa la dynastie de Sum, prit la Corée, le Thibet, et traversant le Caebemire, pénétra jusqu’aux frontières de la Chowaresmie, où régnait Ala-eddin Mohammed, fils deTakash, vainqueur de la dynastie des sultans de Ghaur, souverain de la Perse et d’une grande partie de l’Indostan. Ala-eddin Mohammed marcha à sa rencontre avec 400,000 hommes; il perdit son armée et son empire. Dschingis-Chan se porta sur les côtes de la mer Caspienne ; il défit le czar des fiusses sur la Kalka. Les Russes tombèrent dans une telle dépendance des Mogols, que les czars se trouvèrent entièrement à la merci des chans de la horde dorée (4) et leur payè-
(1) Savant, docteur.
(2) Maître universel.
(3) An 1206.
(4j Tribu des Mogols.
rent tribut pendant 220 ans. La monarcbie des Seldchouks fut renversée.
Dschingis-Chan (i) donna des institutions militaires et des lois aux Mogols, et mourut en 1227, à lage de 64 ans. Ses quatre fils, Oktaï, Douchi, Touli, Dschagataï, et ses quatre petits-fils, Gouyouch, Batou, Houlakou, Roblaï , suivirent ses traees.
Batou , fils de Douchi, vint à la tête d’une armée innombrable attaquer les princes de la chrétienté. Il battit Bêla IV, roi de Hongrie, brûla Cracovie et Breslau, et défit dans une bataille sanglante à Wollstadt près de Liegnitz, l’an 1242, le duc de la basse Silésie, Henri, avec tous les princes et chevaliers qui étaient venus à son secours. Les habitans se réfugièrent dans les montagnes; toute l’Europe fut dans l’épouvante. Les Tartares ne pénétrèrent heureusement pas plus avant : ils ne connaissaient pas l’art des sièges et l’ouest leur parut trop pauvre.
Roblaï, fils de Touli, acheva la conquête de la Chine.
Une colère d’auteur occasionna la chute du califat. Rasir-eddin, astronome, géographe et moraliste , dédia un de ses ouvrages au calife
(i) Gingiscan.
Mostasem TAbbasside. Le calife, prévenu contre Fauteur , parce qu’il était du Khorasan , déchira le livre. Nasir-eddin, profondément blessé, engagea Ibn Alkaini, secrétaire-d’état du calife, à favoriser des dissensions à Bagdad ; il parvint à persuader Houlakou , petitfils de Dschingis-Chan , qu’il lui serait aisé de détruire le califat. Houlakou marcha contre Bagdad et prit cette ville florissante; Mostasem périt dans le désordre sous les pieds des chevaux; les Mogols pillèrent la ville pendant quarante jours, et tuèrent ^200,000 habitans. Se portant ensuite vers les côtes de la Méditerranée, ils prirent Haleb et Damas. Le sultan des Mamlouks, Malek-el-Modaffar Seif-eddin Rothouz , les défit près du puits de Goliath (t) ; la Syrie ne fut reprise que par son successeur. L’an 1262, le descendant des califes , Hakem - Beamrillah - Achmed - Mostaser , vint en habits de deuil chercher un refuge auprès de lui, et lui offrir en échange l’investiture de ses états au nom du prophète. Les souverains titulaires d’un empire qui avait menacé de devenir celui du monde entier, vécurent au Gair^, pendant 200 ans, des bienfaits des Mamlouks.
Dans le temps de l’invasion des Mogols, les
( i) An 1260.
Turcs , qui ne voulurent pas se soumettre aux vainqueurs, se retirèrent, les uns sous vSuleiman, du côté de la Syrie, les autres, sous son fils Erdogroul, dans l’Asie mineure. Ceux-ci se dispersèrent dans les montagnes; la chaîne du mont Ida, celle du Taurus, qui protégea autrefois la liberté de l’Isaurie , leur servirent de retraite. Lorsque le flot des Mogols fut retiré, Osman, né dans la Troade, fils d’Erdogroul, rallia les Turcs sous l'étendard qu’il disait avoir reçu du dernier des Seldehouks. De saints derviches marcbaient avec lui. Il fonda un nouvel empire dans l’intérieur de la Bithynie; Prusa au pied de l'Olympe devint sa capitale (i). Son fils Orchaii fit la conquête de la plus grande partie de l’Asie mineure (2); d’autres tribus turques s’y établirent dans le même temps. Il prit la Grèce et les îles* de l’ArchL pel. Les partis qui divisaient la cour de Constantinople accélérèrent la chute de l’empire grec, en appelant successivement les Serviens et les Osmans à leur secours; la Alacédoineet la Thrace furent presqu’entièrement dépeuplées dans le cours de six ans. Morad (3), fils' d’Orchan, s’empara en i36o d’Adrianople, où il transféra le siège de l’empire des Osmans;
(1) An 1289 — i3o3.
(2) An i326.
(3) Amurat.
il subjugua les Bulgares et les Ser viens. îi introduisit une espèce d’organisation féodale et militaire, et forma un corps d’infanterie régulière de 12,000 hommes, les janissaires (i), qu’il composa de la plus belle jeunesse prise sur les chrétiens. Il les caserna et les condamna au célibat. Il forma aussi un corps de cavalerie régulière, les spahis, et fonda ainsi la prépondérance militaire que les Turcs conservèrent pendant près de deux siècles.
La partie occidentale de l’Afrique fut peu inquiétée par les croisés et par les invasions des conquérans de l’Orient; sa position géographique la mettait hors de portée. Cependant la dégénération presque toujours subite des dynasties arabes, empêcha qu’elles ne fussent durables. La mollesse des successeurs laissait promptement détruire ce que l’énergie et l’audace du chef de la race avaient fondé. En moins de 5o ans après l’origine de la secte des Mohaweddins vainqueurs des Morabéthes, les côtes d’Afrique eurent d’autres maîtres. Lorsque saint Louis fit contre Tunis l’expédition dans laquelle ce grand monarque mourut de maladie (2), les descendans d’Abouhaf Omar avaient déjà remplacé sur cette côte ceux d’Abdelmoumem, et les Mérinides régnaient à Ma-
(î) Jen-ütchéri.
(2) An i25o.
roc. Ces cîiangemens fréquens de gouveroemens n’avaient cependant pas porté de préjudice notable à l’état des choses. Les sciences et les lettres étaient en honneur. La littérature des juifs eut sa plus brillante époque depuis leur dispersion; Averroès, Ben-Maimon fleurirent alors. Il y avait à des concours annuels; on y décernait le prix au meilleur poète. Un beau cheval, une belle esclave, un bel habit et le rang sur les autres poètes pendant toute l’année, étaient sa récompense. L’agriculture, le commerce, l’industrie prospérèrent. Alger fut fondée, Ceuta rétablie vers le détroit, Télemsan plus avant dans les terres, sur une rivière qui faisait marcher des usines sans nombre (2), et sur les frontières du désert, l’ancienne Odegast des Vandales.
En Espagne la puissance des Arabes atteignit son déclin. La victoire de. las Navas de Tolosa dans le royaume de Jaè’n, remportée le 16 juillet 1210 par Alfonse VIII avec le secours de beaucoup d’autres princes chrétiens, contre l’armée innombrable de Malelcen-Nasr Mohammed, prince des Mohaweddins et roi de Maroc, décida sans retour cette longue querelle en faveur des chrétiens. Fer-
(1) Al-Gazajari.
(2) Trois mille moulins , dit-on.
dinand, gendre d’Alfonse VIII, réunit à la mort de son beau-père les royaumes de Castille et de Léon (i). Il fit la conquête de Baeza, Cordoue, Séville et Cadiz (2).
Jayme I, roi d’Arragon, prit les Baléares (3). Le valeureux Rodrigo Diaz, connu sous le nom du Cid , conquit le royaume de Valence (4) sous le règne de ce prince, dont le petit-fils Jayme II occupa la Sardaigne (5j, que Pise et Gènes s’étaient disputée pendant des siècles.
Abouhaf, roi de Maroc, réunit toutes les forces des Maures contre Alfonse XI, qui faisait le siège d’Algeziras, alors ville de mer très - considérable. Les assiégés se servirent pour leur défense de poudre à canon, que les Arabes paraissent avoir connue longtemps avant rEurope. Les Castillans et les Portugais défirent complètement Abouhaf l’an f34o, près de Tariffa , sur les bords du Salado. Algeziras fut détruite de fond en comble, la charrue passe actuellement sur le terrain qu’elle occupait.
Les Maures se trouvèrent presque réduits au royaume de Grenade et coupés de l’Afrique, parce que les chrétiens s’étaient rendus maîtres des côtes. Gibraltar fut pris en 1462.
(1) An 12^6.
(2) An 1248 — i25o.
(3) An 122g.
(4) An 1258.
La querelle des Zégris et des Abencerrages acheva la ruine de la puissance des Arabes en Espagne. Le supplice d’une reine innocente porta cette haine au dernier point, la fleur des chevaliers abencerrages périt dans des émeutes. Leur descendance existe encore en Espagne sous le nom de marquis de Campotejar.
Mohammed-el-Tagal et son neveu Abou Abdallah se disputèrent un trône qui s’écroulait. La valeur héroïque des maures prolongea encore pendant dix ans cette lutte inégale. Grenade se rendit enfin à Ferdinand-le- Catholique l’an 1/192. Les maures ne firent d’autres conditions que de conserver la foi de leurs pères. Leur roi Boabdil conserva des terres en propriété, qu’il céda peu d’années après à la couronne de Castille, pour la somme de 800,000 ducats.
Mendoza, ministre d’état, avait projeté en 1/177, l’établissement de l’inquisition avec Alfonse de Salez , évêque de Cadix. Le Franciscain Cisneros, confesseur d’Isabelle, la fit agréer à cette princesse; elle fut définitivement introduite l’an i48i ; le dominicain Torquemada fut le premier grand inquisiteur.
Dès la première année 17,000 personnes furent déférées à l’inquisition, 2000 périrent dans les flammes, leurs biens furent confisqués.
170,000 familles juives furent expulsées, les
traités faits avec les Maures s’opposaient à ce qu’on prît la uGiéme mesure contre eux. Une assemblée de prélats et de jurisconsultes sous la présidence des archevêques de Grenade et de Tolède, décida que Ferdinand et Isabelle n’étaient pas tenus à observer leurs engagemens envers des infidèles. On laissa aux Maures le choix entre le baptême et l’émigration. Il y eut beaucoup de sang répandu. Les uns perdirent la liberté, d’autres leurs biens, le cardinal Ximenez condamna tous les livres arabes au feu. L’expulsion totale des Maures n’eut lieu que sous Philippe III, en 1609 et
L’ouest de la chrétienté se trouva ainsi à
l’abri de toutes les entreprises des Musulmans; il n’en fut pas de même dans l’Orient. Le fils de Morad, Bajessid (i), surnommé Dshilderoun, l’Éclair, défit Sigismond, roi de Hongrie et la moitié de la chrétienté, à Nicopolis, l’an 1 396. Il prit la Bosnie et força l’empereur d’Orient Manuel Paléologue à céder le trône à son neveu. Rien ne semblait pouvoir lui résister, un incident protégea Constantinople et l’Europe.
Timour (2), gouverneur du Chan Mogol de Dshagataï, à Kesh non loin de la délicieuse
(i) Bajazet.
{2) Taraerlan , Timourlenk,
Samarcande, siège antique des lettres et de la puissance, parvint à la dignité de nowian ou premier ministre. Issu de Dschingis-Chaii ainsi que son maître, il cacha le projet de se créer un empire en rétablissant la puissance des Mogols, sous le prétexte de ramener à la soumission des gouverneurs désobéissans.
Il fit la conquête de la Perse et sema la discorde entre les chefs de la horde dorée, qui dominait à Casan, à Astracan et dans la Crimée. Une arme nouvelle dans ces contrées, l’artillerie, contribua à ses succès. Il défit près d’Ancyra dans la Galatie en 1399 (i), le sultan Bajessid, qui mourut bientôt de chagrin dans la captivité. Ses états furent partagés entre ses quatre fils Suleiman, Mousa , Isa et Mohammed par le vainqueur. Timour dévasta l’Asie mineure et battit le sultan des Mamlouks.
Ensuite il porta ses armes vers le nord-est. Pendant que la horde dorée fuyait devant lui (2) de l’autre côté du Wolga et de l’Ouralsk, son petit-fils Pir Mohammed entrait dans l’Indostan par les montagnes du nord. Timour arriva traînant à sa suite les garnisons des places conquises. Craignant une révolte, il les fit massacrer avant de livrer ba-
(i) Selon d’autres en 1402. (2) An 1401.
tailie au sultan Mahmoud, qu’il trouva sous les murs de Dehli. Il le défit, la ville fut pillée. Une seconde victoire dans les gorges sacrées de Koupeli, où le Gange sort des montagnes, lui assura la conquête de l’Inde. Il envoya une armée de 200,000 hommes contre la dynastie de Sing dans la Chine, et mourut à 71 ans dans la trente-sixième année de sa puissance (i).
Pir Mohammed fut tué et son empire partagé ; le sultan Bahr conserva l’Indostan et c’est par lui que les grands mogols descendaient de Timour. C’est pendant son règne que les Portugais, ainsi que le dit Maraï Ben Joseph, sortirent des ténèbres de la mer inconnue derrière la ISigritie, et parurent dans l’Inde pour la première fois.
La puissance des Osmans fut rétablie par la sagesse du sultan Mohammed I et de son visir Bajessid; ils réunirent l’empire morcelé par Timour.
Son fils Morad II (2) , comme lui courageux et magnanime, rendit à la réputation des janissaires son ancien lustre. Il avait fait la paix avec le roi de Hongrie et l’observait fidèlement. Le cardinal Julien, légat du pape, délia les Hongrois de leurs sermens envers les infidè-
(2) Amurat,
les. Ils attaquèrent Morad à l’improviste sous le commandement d’Huniades et furent défaits à Warna en i444- victoire fut longtemps douteuse; au moment où Morad élevait ses mains vers le ciel pour demander vengeance à Dieu de la perfidie des chrétiens, le roi des Hongrois Wladislas se précipita imprudemment dans les rangs des Turcs. Il fut tué, sa mort décida la bataille.
Mohammed II, fils de Morad, prit Constantinople l’an 1453. L’empereur Constantin périt dans l’assaut les armes à la main. Le vainqueur livra la ville au pillage , tous les habitans furent esclaves. Mohammed avait donné la vie à Lucas Notaras, grand duc et logothéte; il le fit tuer avec tous ses fils, parce que le père avait refusé d’abandonner le cadet à ses infâmes désirs. Il tua par la meme raison de sa propre main, le fils du protovestiaire Phranzés.
Jusqu’au dernier moment les disputes théologiques restèrent l’occupation principale des Constantinopolitains. On voyait trois cents couvents dans la ville et aux environs; les forces militaires ne s’élevaient pas à cinq mille hommes.
Mohammed prit la Servie, le Péloponnèse, et fit sans peine la conquête de Trébizonde (i).
(1) An 1461.
Il se trouva maître de l’empire d’Orient : il envoya l’empereur David Coranène à Constantinople, où il le fit tuer. Il s’empara de l’Albanie, de la Crimée et prit Caffa (i) sur les Génois, le grand entrepôt du commerce de l’Inde avec l’Europe par le Gange et la mer Caspienne. Huniades sauva la Hongrie par la sanglante victoire de Belgrade (2), dont Mohammed conserva l’impression pendant toute sa vie.
Heureusement pour la chrétienté, Hassan-el Tawil (3) donna dans ce temps une grande consistance à la Perse et fut assez politique pour entretenir des relations avec les princes d’Europe. Bajessid (4)> fils de Mohammed, eut le caractère pacifique, il se forma peu à peu un système de défense plus lié entre les puissances de la chrétienté.
Selim I, frère de Bajessid, fut guerrier (5j. La conquête de l’Egypte porta un coup funeste au commerce des Vénitiens. Ils étaient en alliance avec le sultan des Mamlouks, qui venait même d’envoyer à leur demande une flotte contre les établissemens des Portugais
(i) An 1475. (4) An 1481 — iSia.
(a) An 1467. (5) An i5i2— iSiq,
(3) Usong , chanté par Haller.
dans les Indes. Seliin fit jeter l’amiral dans la mer Rouge à son retour et refusa de maim tenir les traités avec Venise, dont il convoi» tait les possessions. Il envoya le calife Mota» wakel à Constantinople : les habitans du Sinaï et toute la partie voisine de l’Arabie se sou* mirent (i).
Suleiman II (2) fit la conquête d’Erzerum et de trois provinces de la Géorgie sur les Perses. Il sacrifia 180,000 hommes au siège de Rhodes, qui fut signalé par l’héroïque défense des chevaliers de St.-Jean de Jérusalem sous le grand-maître de File -Adam. L’usage des bombes inconnues ou du moins peu con* nues jusqu’alors, contribua à la prise de la ville (3). Soliman battit à Mohacz (4), le jeune roi de Hongrie Louis qui se noya dans la re* traite; il soutint Jean Tapolia contre Ferdinand I d’Autriche, pénétra jusqu’à Vienne (5), et fit céder la moitié de la Hongrie à son protégé. Il réunit l’an i538 le califat à la puissance temporelle de la Porte, et prit le titre de padisha, c’est-à-dire, empereur.
Son caractère ombrageux introduisit la coutume d’élever les successeurs au trône au mi-
(1) An i5i7*
(2) Soliman.
G) An i522.
(4) An 1S26.
(5) An iS2g.
lieu des femmes et des eunuques du sérail ; il prépara ainsi le déclin de la puissance des O^mans. Il fit périr six de ses fils et cinquante mille de leurs partisans vrais ou faux.
C’est pendant son règne que les états barbaresques prirent leur forme actuelle. Le fils d’un potier de Lesbos, Arouk Barberousse , chassa les Espagnols d’Xlger à la tête de ses compagnons de pirateries et de guerre. Avec mille hommes il expulsa la dynastie des Abouhaffiens de Tunis. Il fut tué dans une bataille contre les troupes de Charles -Quint (i). Son frère Shéreddin fit une alliance avec Soliman , de qui il obtint des vaisseaux et des janissaires. François envoya à son secours l’amiral d’Enghien avec une flotte, à l’aide de laquelle il pilla le côtes d’Espagne et de Naples.
Les Abouhaffiens étaient remontés sur le trône; Mohammed, prince de Tunis, institua seul héritier entre ses trente-quatre fils, Hassan, celui qu’il aimait le plus. Hassan pressé par la soif de régner, empoisonna son père et assassina ses trente-trois frères. Un seul d’entre eux Rashid, parvint à se sauver à Constantinople. Le grand-seigneur envoya une flotte considérable pour le remettre sur le trône; Tunis fut enlevé , Shéreddin prit Tripoli sur don Pèdre
(i) An i5i7.
de Navarre. Hassan se réfugia auprès de Charles-Quint, qui lui donna une flotte et une armée. Rien ne put résister à Fenthousiasme des Espagnols contre les Infidèles. Tunis fut pris et pillé; trente mille habitans périrent dans cette journée. Shéreddin se retira dans l’intérieur de l’Afrique : Hassan , le meurtrier de son père et de ses frères, fut mis sur le trône; Charles -Quint garda les ports, on donna Tripoli aux chevaliers de St. -Jean de Jérusalem ; mais ces conquêtes ne furent point durables.
Don Juan d’Autriche reprit encore Tunis et Biserte après la bataille de Lépante (i); la jalousie de Philippe II détruisit le fruit de ses victoires. Le chagrin et probablement le poison abrégèrent les jours de don Juan. L’amiral turc Sinan se rendit maître de Tunis et envoya le dernier des Abouhaffiens enchaîné à Constantinople.
La dynastie des Mérinides trouva sa fin à peu près dans le même temps. Le prince de Fez exila un shérif nommé Mouley Méhérés, qui avait pillé des caravanes. Plusieurs shérifs, c’est ainsi que s’appellent les descendans du prophète Mohammed, se déclarèrent saints , c’est-à-dire, gens qui parla force de la contemplation, se plongent dans l’éternelle lumière et
(i) An 1571.
deviennent semblables à Dieu, ce qui implique la justification de toutes leurs actions. Des chefs de hordes errantes remplis de respect pour eux, leur payèrent une dîme. Ils furent bientôt en état de prendre cinq cents hommes à leur solde et de sortir des montagnes de l’ouest de l’Afrique, pour s’emparer de la petite ville de Taroudant. Ils se déclarèrent envoyés de Dieu, chargés de la mission de délivrer le pays de Magrab (i) des infidèles Portugais.
Les saints se rendirent à Maroc. Le prince Mérinide les reçut sur son trône au milieu de ses grands. Deux shérifs le tuèrent en présence de tout le peuple assemblé ; c’est ainsi que Dieu l’ordonnait. Maroc jura obéissance au shérif Mohammed (2), qui prit Fez et subjugua tous les princes Mérinides. Ses descendans régnent encore.
Au commencement du t 6® siècle le prophète
Ismaël détruisit en Perse la dvnastie de Hassan
et Tawil, et rétablit la croyance des Alides. Ses successeurs les sophis régnèrent pendant deux cents ans à Isfahan (3). Les ministres de Hussein le dernier d’entre eux , offensèrent un peuple allié, les Afghanes (4) des montagnes du
(1) Le pays de l’Ouest.
(2) An iSip,
(3) Ispahan.
(4) Ou Afghans.
Candahar, qui vivaient comme les anciens Suisses du produit de leurs troupeaux et de services militaires. Us marchèrent contre le sophi, conduits par un de leurs chefs Mir-Ewis.
Hussein demanda en vain du secours à Peking, à Dehli, à Pierre-le-Grand, au padisha. Le moufti favorisa les Afghanes, qui étaient sunnites. Isfahan se rendit par famine (i) ; Hussein fut conduit dans le camp ennemi; Mahmoud, lieutenant de Mir-Ewis, le fit dépouiller de ses habits royaux, égorgea toute sa famille en sa présence, et le tua le dernier de tous.
La Perse tomba en dissolution; les partis se massacrèrent avec la plus horrible fureur. Les Russes s’emparèrent des côtes occidentales de la mer Caspienne.
Un rejeton de la race d’Ismaël, Sha-Thamas avait échappé au carnage. Un jeune pâtre des montagnes du Candahar entreprit de rétablir
le trône des sophis. Il prit le nom de Thamas- Kouli-Rhan, c’est-à-dire, esclave de Sha- Thamas (2). Par-tout il fut vainqueur.
Le nouveau sophi Sha-Thamas eut la faiblesse de céder la Géorgie et l’Arménie aux Turcs. Thamas-Kouli-Rhan en prit occasion pour le priver du trône et de la vie. Son fils le jeune Sha-Abbas ne lui survécut que de peu d’années et mourut dans l’enfance. Thamas-
^i) An 1722.
(2j An 1728.
Kouli'Khan reprit les provinces cédées aux Turcs , et conquit l’ancienne Téflis avec la Grusinie. L’armée le proclama Sha-Nadir (i) sur les bords de la Koura.
A Dehli, le sultan mogol Aurengzeb, onzième successeur de Timour, avait détrôné son père Sha-Géhan. Il fit la conquête de la presqu’île de l’Inde , établit un soubahdar et des nababs dans le Décan, et assujétit les rajahs à des impôts réguliers. On estimait son revenu à neuf cent millions de francs. Il régna près d’un demi-siècle par la terreur des armes, et mourut en 1707. Son fils Azem fut assassiné par son propre frère (2). Six sultans furent esclaves et victimes des partis dans 8 ans; après le supplice de Fourrouksir, quatre sultans furent empoisonnés ou égorgés dans quatre mois.
Mahmoud-Sha monta enfin sur ce trône ensanglanté; il laissa gouverner ses ministres. Ils offensèrent le soubahdar du Décan, qui appela Sha-Nadir. Sha-Nadir habitué aux massacres , vint avec une armée qui ne respirait que la guerre et le pillage. Il défit aisément les Mogols et prit Dehli leur capitale (3j. Cent mille habitans périrent au milieu des tortures que la barbarie des vainqueurs inventa pour découvrir leurs trésors cachés.
(i) An 1736.
( 2) An 1712.
(3) An 1738.
Un derviche eut le courage de se présenter devant Sha-Nadir et de lui dire : « Prince in- « vincible, es-tu un Dieu? sois clément comme c( Dieu! Es-tu prophète? montre-nous le chère min du salut! Es-tu roi? ne nous égorge « point et rends-nous heureux! »
Sha-Nadir répondit ; « Je ne suis ni Dieu a pour faire miséricorde, ni prophète pour en- « seigner les hommes, je ne suis point votre (f roi. Je suis celui que Dieu envoie dans sa « colère, pour châtier les hommes. »
Il réunit l’Indostan à son empire; on estime dix-sept cent millions de francs les trésors qu’il rapporta en Perse.
Il fit extirper les yeux avec des canifs à 5oo de ses soldats qui projetaient de rejoindre les hordes indépendantes du Caucase. Il traita de même, pour la même cause, 700 soldats sur les bords de la Koura, et il fit murer dans une tour les têtes des principaux d’entre eux. Il fit crever les yeux à l’aîné de ses fils parce qu’il était trop aimé. Il conçut le projet bizarre de transplanter tous les habitans des . bords de la mer Caspienne sur les côtes de l’Océan , et ceux des côtes de l’Océan sur les bords de la mer Caspienne.
Sha-Nadir se rendit dans le Khorasan pour repaître ses yeux de la vue de ses trésors. Sa garde le surprit dans la nuit et le tua d ns son camp de Turschis, au moment où il mé-