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ditait de nouveaux massacres (i). Son neveu, le voluptueux Adil, fut mis sur le trône.
Depuis ce temps, les rapports de l’Europe avec l’Asie ont entièrement changé. La puissance des Turcs décline de plus en plus, celle des Mogois n’est qu’une ombre. La Russie a soumis à sa domination une partie des tribus nomades autrefois si redoutables, l’Angleterre s’est créé un empire de plus de quarante millions d’habitans dans l’Inde. Ce sont des élémens non veaux , qui amèneront un autre ordre de choses dans cette partie du monde.
Les déchiremens postérieurs à la mort de Sba-ISadir ne sont pas de nature à appartenir au sujet de cet abrégé.
Les grandes invasions des conquérans et les émigrations des peuples présentent des apparences semblables. Ce sont des masses énormes en mouvement , bien plus propres à attaquer qu’à défendre, à détruire qu’à édifier.
Un examen plus approfondi fait voir des différences extrêmes entre des hommes animés par une pensée commune, qui donne le même intérêt moral à tous, et ceux qui, obéissant passivement aux ordres d’un chef, ne suivent que des intérêts matériels qui isolent au lieu de réunir; car c’est bien ainsi qu’on peut appeler une ambition vulgaire, la crainte des cbâtimens, ou le désir du pillage.
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(i) An 1747.
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Les peuples qui ont quitté leurs foyers pour s’établir dans d’autres contrées, portaient leur patrie avec eux; toutes leurs affections les suivaient. Le désordre et la licence de la guerre n’étaient pour eux qu’un état de passage; ils apercevaient l’ordre et la paix dans un avenir prochain. Ceux qui, transportés par un zèle pieux, annonçaient le glaive à la main une croyance nouvelle , voyaient dans leurs chefs des guides destinés à les conduire dans ce monde et à leur montrer le chemin de l’autre. La patrie céleste et la patrie terrestre se confondaient à leurs yeux. Appelés à établir la loi divine au prix de leur sang, ils n’hésitaient pas à exterminer ceux qui ne voulaient pas la recevoir. Moins on comprend ce que l’on croit, plus il est difficile de concevoir comment d’autres peuvent se refuser à l’admettre. On est toujours prêt à imputer les différences d’opinion à une volonté perverse. Comment aimer celui qui, se rendant coupable d’erreur volontaire, devient l’objet de la colère du ciel et doit bientôt en éprouver les terribles effets? On cesse de le regarder comme son semblable.
Ces conceptions mènent sans doute à de grandes erreurs, elles entraînent d’horribles conséquences, elles sont compatibles avec les mœurs les plus barbares, avec les vices les plus grossiers, mais elles se rallient d’un au-
tre côté à des sentimens sublimes , auxquels il ne faut que le secours des véritables lun7ières pour ennoblir toute l’existence de l’homme.
Il n’en est pas de meme des invasions produites par la soif des conquêtes : elles portent avec elles un caractère d’égoïsme , un principe de destruction, dont les conséquences retombent sur leurs auteurs.
Un chef secondé par la victoire peut conduire son armée par la terreur ; l’adoration de la puissance, si naturelle à l’humanité, vient à son appui; mais il n’existe aucune pensée commune, aucun lien réel entre les hommes et lui. Ses soldats n’ont rien à perdre à un changement de maître, les provinces dévastées par la guerre, écrasées pendant la paix, ne voient dans sa chute que l’espérance d’un avenir moins désastreux.
Souvent de grands revers et une mort cruelle suivent des succès souillés de crimes, et achetés par les malheurs des peuples.
Quelquefois on serait tenté de penser que celui qui peut tout, ne saurait vouloir que ce qui est bien et faire que ce qui est juste. En consultant l’histoire, on voit au contraire l’homme se corrompre de plus en plus par l’exercice d’un pouvoir sans limites, et parvenir à un tel degré de mépris pour le genre humain , qu’il compte pour rien la vie et les
souffrances de ses semblables. Il cesse de concevoir qu’on puisse ne pas se sacrifier aveuglément à l’exécution de ses volontés; la moindre hésitation lui paraît un crime irrémissible.
L’histoire nous offre l’exemple non moins triste de l’abrutissement auquel les guerres prolongées réduisent les hommes, lorsque l’état de soldat devient un métier sans patrie et sans but d’intérêt public, et que la discipline doit tenir lieu de morale. Toujours prêts à vendre leur bras et leur vie au plus offrant, ils ne sont plus que des instrumens de meurtre etde brigandage. ^
Ces masses mercenaires par leur esprit autant que par leur composition , contractent aisément une disposition à tout souffrir, tout endurer, les cruautés de leurs chefs, la faim, la soif, les fatigues et même les revers de la guerre. Souvent aussi elles ne connaissent plus ni obéissance, ni discipline, et deviennent non moins dangereuses pour le prince qui les soudoie, que pour le pays à l’oppression ou à la défense duquel elles étaient destinées.
Il n’est pas indigne de remarque, qu’on ne trouve presque pas d’exemple de chefs massacrés, ni dans les émigrations des peuples, ni dans les invasions des croyans des différentes sectes. C’est lorsque le but est atteint et que chacun se croit établi, que les effets ordinaires des passions humaines et des for-
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roes vicieuses de gouvernement, reparaissent. Jusque-là tout le monde s’occupe du grand intérêt commun, et l’effort est presque toujours irrésistible, lorsqu’il n’y a pas une trop grande inégalité de moyens entre l’attaque et la défense.
Plus on se rapproche des derniers siècles de Thistoire moderne , plus on aperçoit de stabilité dans les dy nasties de l’Europe : on voit aussi la succession au trône moins souvent décidée par la violence. D’autres opinions, d’autres mœurs , des formes de gouvernement moins militaires, ont essentiellement contribué à produire cet effet salutaire. L’assassinat du prince et un parti dans l’armée ne suffisaient plus pour hasarder avec succès de s’emparer de l’autorité souveraine.
En remontant à des temps plus reculés et sur-tout en considérant les catastrophes fréquentes des dynasties de l’Asie et de l’Afrique, on est frappé de cette soif ardente du pouvoir, qui s’empare si aisément du cœur de l’homme.
La justice, l’humanité, la reconnaissance, les liens du sang, tout disparaît à ses yeux; rien ne l’arrête , rien ne l’effraie , ni les crimes qu’il faut commettre , ni les dangers qui entourent un trône souillé de sang.
Ce désir effréné se purifierait dans sa source, s’il était accompagné d’idées grandes et
nobles, mais il est rare que la sagesse soit compagne de la violence, et que des idées d’ordre et de législation entrent dans Tesprit d’un conquérant. Presque toujours le pouvoir se sert de but à lui-même, et l’homme qui s’abandonne à l’amour du pouvoir , ne pense point à rien établir qui en règle l’exercice , car ce serait le restreindre.
Ces grands empires fondés seulement par la victoire, meurent avec le vainqueur. Ce que la force avait assemblé, se sépare dès qu’elle cesse d’exister. Deux causes ont encore ajouté à l’instabilité de ces dominations : les partages de famille dictés par des affections mal réfléchies et l’intervention des étrangers, que des dynasties chancelantes, des factions, ou des mécontens appelaient à leur secours. La première tenait à des idées de propriété mal conçues : on partageait un royaume comme un champ. Ces idées ne sont pas entièrement détruites; mais la politique a fait justice d’une application dont l’expérience a démontré les suites dangereuses. La seconde cause, beaucoup plus grave encore par la nature de ses conséquences, est intimement liée avec la peur et la vengeance, passions toujours actives et bien plus fortes que les affections.
C’est ainsi qu’on voit l’Afrique prise par Censerich, l’Italie occupée par les Vandales et les Lombards, les califes esclaves de leur garde,
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appelant Togroul-Beg contre les Boiijides et ne faisant que changer de maîtres; les Omniiades subjugués par; les Morabéthes, les Zéirides par les Mohaweddins, les Fatimides par les sultans de Syrie, les Abbassides par Houlakou, tous appelés comme des libérateurs par la faiblesse ou la vengeance, et devenant bientôt des ennemis cruels.
Au milieu de ce chaos d’événemeris, de cette succession d’opinions religieuses et de systèmes de gouvernemens divers, on retrouve quelques effets constans, parce qu’ils sont fondés dans la nature de l’esprit humain.
On aperçoit la puissance dans une dépen» dance inévitable de cette réunion de forces morales, qu’on a appelées l’opinion , réussissant facilement lorsqu’elle agit dans leur sens, échouant toujours lorsqu’elle les heurte de front.
T^a lutte des empereurs d’Allemagne Henri IV, Henri Y, Frédéric et Frédéric H (i) contre le saint -siège, en offre un des exemples les plus remarquables. Une grande puissance , la force des armes et des talens supérieurs, ne les empêchèrent pas de succomber sous le poids de l’opinion, qui voyait le ciel combattant contre la terre. Environ un siècle et demi plus tard, Philippe -le -Bel fit prendre par Guillaume de Nogaret le pape Boni-
(i) An io56 — i25o.
face VIII (i), qui mourut dans la captivité^ abreuvé de mauvais traitemens et d’amertumes. L’Europe resta indifférente à cet événement. Les papes ne se doutaient point encore que l’opinion les avait descendus du ciel sur la terre et ne trouvait plus dans leurs différends avec les souverains, que des querelles de prince à prince.
Enfin ce qui ne change jamais, c’est le jugement des hommes sur l’homme, le réspect et la confiance accordés à la vertu.
Les barbares prenaient Antonin -le -Pieux pour arbitre de leurs différends, les Goths déclarèrent à Théodose que tant qu’il vivrait, ils ne voulaient pas d’autre roi que lui.
Les noms des hommes véritablement grands par leurs vertus et par les services qu’ils ont rendus à l’humanité , braveront les siècles ; la postérité la plus reculée bénira leur mémoire*
De plus amples développemens sortiraient des bornes d’un abrégé tel que celui-ci. Dans le genre historique, de simples aperçus ont sans doute des vices irrémédiables. De nom-» breuses lacunes embarrassent et fatiguent le lecteur , le charme des détails disparaît entièrement, la liaison des causes et des effets, cette partie si instructive de l’histoire, reste à peine aperçue. Ils ont cependant l’avantage de concentrer l’attention plus aisément
(j) An i3o3.
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sur des considérations principales et de faire mieux ressortir les grands points de vue, seul moyen de ne pas se perdre dans cette foule de détails sans importance et de faits stériles qui abondent dans l’iiistoire de tous les pays.
Celle du monde présente un immense tableau dont il est extrêmement difficile de bien saisir Fensemble. Chacun la considère sous un aspect différent. Les uns ne veulent que repaître une curiosité vaine, d’autres y cherchent l’excuse du vice, ou meme le précepte du crime.
Trop de gens n’y trouvent que le mépris de l’humanité, ceux sur-tout qui ne sont pas suffisamment garantis par leur propre estime, d’un sentiment aussi douloureux qu’humiliant pour l’homme qui réfléchit. Il faut les plaindre et se joindre à celui qui, plus heureux dans ses recherches, y découvre de nobles exemples et de grandes leçons, et s’efforce de recueillir une instruction salutaire, afin d’apprendre son métier d’homme et de se rendre utile à ses semblables.