ODE
Nous Fépargnerons au lecteur; il suffira qu*il suohe que la pointe de cette ode, car c'est une ode spirituoUo» consiste à faire savoir aux païens qu'Albert ropoâo « nu pinacle de la pyramide » , tandis que leurs héros roposont t dessoubs les fondemens » .
Abordant ensuite son sujet, le sieur G'^^'^deRebroviottoa compare les larmes de Tarchiduchesse aux « pluies nierveilleUses{tombées) tout autour de Bruxelles incontinent après la mort du sérénissîme archiduc i , car « nous avons veu, dit-il^ le soleil pleurer ceste perte» ; puis il lui répète, en termes encore plus ampoulés, le Dessein qu'il a tracé pour le lecteur.
S'en suit, comme on disait alors, la première gravure
qui représente l'archiduc, vu de dos et gravissant le
Premier escalier lasty sur la terre, composé de Diamans, symboles de la Foy,
Les preuves de la foi do l'archiduc sont déduites dans les treize pages suivantes.
Les autres gravurcî? nous retracent l'archiduc franchissant le
2** escalier passant par la région de F air, composé de Esmeravdes, symboles de V Espérance,
S'' escalier passa7it par la région du feu, composé d' Escarboucles et de Rubis, symboles de la Charité»
4" escalier passant par le ciel de la Lune , composé d'Agathes, symboles de la Prudence.
5* escalier passami par le ciel de la pkmetU Mercure, eompcêéde Cristal, symbole de la Justice.
6« escalier passant par le dd de la planette Venus, composé d'Âmetistes, symboles de la Tempérance.
7' escalier passant par le del du Soleil, composé de Chrysolites\ symboles de la Force.
S*" escali&r passant par le ciel de la planette Mars, cornposé de Saphirs, symboles de la crainte de Dieu.
9^ escalier passant par le del de la planette Jupiter, composé de Topazes, symboles de la Piété.
10" escalier passant par le ciel de la planette Saturne, composé de Chrysoprases ^, symboles de la Science.
11*> escalier passant par le Firmament, composé de Ckelidcines % symboles du Conseil.
12" escalier passant par h premier mobile, composé éU Cornalines, symbole de ï Entendement.
13"* escalier passant par le ciel Empyrée, composé de Perles d'Orient, symboles de la Sapience.
Une dernière gravure figure Y
Apothéose, ou représentation de la gloire à laquelle le sèi^* Archiduc est parvenu, après avoir franchy les treize escaliers de la Pyramide
L*archiduc, arrivé dans la salle de réception du Paradis, est agenouillé sur de larges dalles que le sieur
* Terme général employé par les lapidaires pour déëigiier d«6 pierres de différente nature, mais toutes d'une couleur jaune ver^fttre.
- Variété d'agate d'un vert blanchâtre qui doit da couleur à l'oxyde de nickel.
' Pierre précieuse de la famille des agtites. On les appelle, en langue vulgpaire, pierre d*hir(mdeUe.
Guillaume de Rebreviettes nous apprend être < d'or céleste » , immédiatement au-dessus du treizième escalier, sur lequel Albert a abandonné sa couronne terrestre. Deux anges, la Grâce et la Vertu, sans doute, posent sur le front du prince la couronne dimmortalité ; les autres anges forment une double haie compacte des deux côtés de la salle.
Mais a est temps de céder la parole à Fauteur de cette ingénieuse apothéose :
Voicjf, Madame, h sérénissime ÂRcmouc au suprême degré de son dernier escalier façonné de perles d'Orient; le miey parvenu à cesU dernière voûte vray Orient du vray bonheur^ le voicy tout luetrueux et esclatant de gloire aux portes de ceste saincte cité composée d'autant de soleil$ qu'il y a de pierres précieuses à ses fondemenS' Les rilèsysont payées $ory mais d'or céleste^ clair ^ et transparent, plus riche qw celuy d'OpMr, ny que le meilleur que l'Amérique ait jamais produit. Les portes y sont de marguerites \ mais bien plus précieuses que celles de tous les joy ailiers et lofidaires de la terre. Les portiers y sont dejs anges, mais créatures lien plus nobles que ce que nous avons de plus noble parmy les homm^es. Le eoleil ny la lune n'y esclairent pas, mais c^est la clarté de Diie&u mesme qui Villumine, c'est l'aqnbau, le verbe, la sapience, le fils de Dieu mesme qui lui sert de flambeau* 0! richesses! ol beautez! o! lumières! o! félicitez! Ha! Madame, Vostre Altesse peut bien voir maintenant que son cher espoux estoit monté trop Mut pour descendre, et quHl estoit parvenu à trop de béatitude pour retourner icy à des calamîtez . .
Le sérénissim^ Archiduc en estoit là venu, et lorsqu'à
* Marguerites. — Du latin margarita, perle fine. — Ce mot ne s^emploie plus dans ce sens que dans la phrase : Jeter des marguerites devant des pourceaux.
s<m liet marM, au pluitost lici de vie et de bonheur, il se faisait lire un peu devant sa mort ce divin traieti du Ion père Lauye de Grenade oà il traiete de la miséricorde de Dieu et de la gloire du Paradis, il estait au plain exercice de ceste divine sapibnob, il asseiait des perles dernières pierres de sa fabrique, devant les partes de ceste triomphante cité, et savourait desja les douceurs qui en sortaient Et puis comment revenir, et quitter tant de liens? . .
Que de contentemens ! Que de soûlas * / Que de doux transports, à une heure si fortunée! Imagine^rvaus, Madame, que vous voyez toutes ces hiérarchies célestes sortir duparadis revestues, non d'or, ny de pourpre, mais d^une splendeur immortelle plus claire qu'un million de soleils. Elles sortent d'une cité bastie de pierres précieuses, elles apportent à TOSTBE Espoux unc couronne de pierres précieuses, elles vont vers luy, qui est monté par des escaliers de pierres précieuses; de sorte. Madame, que quay que^astreame vueille contempler, sait les murailles du Paradis, soit les biens qui en sortent ou le chemin qui y adresse, elle n'y verra que des pierres précieuses, des diam^ns de Foi, etc.,
qui luisent, brillent et esclatent autour de cest esprit glorieux de vostre sérénissime espoux
Après ce siècle ef'or^ Madame, les anges, mais lesroynes, les impératrices et tant éC autres princesses vos parentes qui sont au ciel, vous tendront la main : et comme vous avez foumy de vàstre cabinet plusieurs pierres précieuses dont le sérénissime archiduc d enriçhy ses escaliers, vous les irez revoir de degré en degré, vous passerez comme luy au travers des deux, oô vous le trouverez avec les sainctes
' Soûlas du latin solatium , consolation , soulagement. — Vieux mot encore admis dans le style marotique.
dames qui tous apporteront aussy la couronne éTimmortalité, et f>ou8 conduiront avec vostre qrand Albert dans ceste grande Hierusalem au milieu de laquelle est le throsne de Dieu unique, parfait et souverain objet d'une étemeUe félicité.
L'apothéose d'Albert contient cent quatre-vingt-dixhuit pages, empreintes de cet esprit et écrites dans ce style. Le hideux sourire de Philippe II, pour me servir de la métaphore hardie d'un grand poète français, a dû voltiger sur ses os décharnés. L'œuvre qu'il avait confiée à son gendre, le dévot archiduc, était accomplie : le lion belgique était enfroqué; et désormais tout occupé de mériter les béatitudes d'un Inonde meilleur, il n'avait plus ici bas le temps d'aiguiser ses griffes pour défendre son indépendance et la liberté !