EXTRAIT DES MÉMQIBES DE CHEVERNY
En Tannée suivante, 1570, ledit roy Charles fut conseillé par la reine mère de Sa Majesté, de se marier avec la fille de Tempereur Ferdinand ', depuis appellée la reine Elisabeth, laquelle venant en France sous la conduite de Tevesque de Mayence*, Tun des électeurs de Tempire, et autres, principaux seigneurs allemands, mondit seigneur le duc d'Anjou fut envoyé par le roy son frère jusques hors du royaume, et par-delà Sedan, pour la recevoir de sa part; ce qu'il fit avec un très grand appareil et compagnie, selon son courage et sa libéralité ; et eus cet honneur d'avoir la charge d'entretenir ordinairement, et accompagner ledit sieur évesque, d'autant qu'il ne parloit que latin (bien qu'à la mode d'Allemagne) : et je reconnus lors que, mesme à la cour, bien que les sciences et cette langue y soient méprisées, quiconque en peut avoir la capacité, en doit conserver quelque usage facile, pour ne demeurer court et s'en servir aux occasions.
Après cette bien-venue se forma aussitost une grande difficulté comme nous fusmes à Sedan; sçavoir si mondit seigneur duc d'Anjou bailleroit le costé de main droicte
< Cheverny fait ici une étrange oonfusion : Elisabeth était fllle de Maximilien II et petite-flUe de Tempereur Ferdinand.
* Les autres écrivains du temps ne nomment pas l'évéque de Mayence parmi les personnes qui accompagnèrent Elisabeth. {N'oie de V édition Michaud et Poujoulat.) — Ce qui suit prouvera que c'était là un singulier oubli. «
audit sieur evesque électeur, pour résoudre laquelle un gentilhomme fut despesché en diligence vers le roy et la reine la mère, demeurez à Maisières, qui rapporta qu'il falloit céder audit électeur la main droicte, attendu que de luy-mesme il estoit prince souverain et accompagneroit la nouvelle reine comme ambassadeur de Vempereur. Sur quoy je ne me pus taire , et remonstray la grande conséquence de cette résolution , et ôs recognoistre le tort que Ton faisoit à la France en la personne du premier prince du sang, et pour lors héritier présomptif de la couronne, de le laisser précéder par autres que par rois couronnez, puisqu'ils ne perdent jamais le rang dès leur naissance, mesme hors de TEstat; et sur ce que j'en dis avec raison et courage pour mon maistre, Leurs Majestez trouvèrent bon de me laisser mesnager cette difficulté, et disputer avec ledit électeur pour luy faire agréer et consentir, s'il m'estoit possible, sans l'offenser; ce que je luy fis doucement entendre; et par la créance que mon entretien m'avoit desjà acquise auprès de luy, je lui persuaday facilement ce que je desirois, et fis en sorte qu'encore que mondit seigneur lui offrist par courtoisie defferences là-dessus, et la main droicte, jamais il ne la voulut prendre ny accepter; et ainsi fut surmontée et accomodée cette difficulté, qui peut servir d'exemple à de pareilles occasions , et sans, aucune apparence d'icelle. Ladite reine Elisabeth fut amenée jusqu'au dit Maifiières, où Leurs Majestez la recourent avec toute sorte de contentement et honneur : puis les nopces y furent faictes, et au retour le couronnement de ladite reine à Sainct- Denis , et l'entrée solennelle du roy et d'elle à Paris. {Mémoires de messire Philippe Hurault, comte de Chewmyy cAaneelier de France \ pages 470 et 471.)
< CoUectioa des mémoires pour servir à Tbistoire de France, édition Michaud et Poujoulat, V* série, tome X.
ANNEXE N" ni.