INTRODUCTION. XIII
Portugal, Tarchiduc, délivré des soucis d*une guerre civile , se livra à ses penchants favoris. Ce qui illustra le plus la vice-royauté d'Albert, ce fut, au dire de ses biographes * , une guerre scolastique entre les jacobins et le? jésuites, et l'achat des reliques sacrées de six chrétiens martyrisés au Maroc et de onze autres torturés au royaume de Fez *.
Pour gouverner un peuple qu'il fallait à tout prix ramener au culte des pratiques catholiques, chez qui on devait réveiller les scrupules de la conscience pour l'aveugler au point de ne plus distinguer ses véritables intérêts et pour l'éloigner d'une alliance offensive et défensive nécessaire avec la jeune et forte république batave, Albert était bien l'homme qu'il fallait à Philippe II.
Tant que la guerre se soutenait, le roi d'Espagne pouvait encore compter sur les ambitions, sur les susceptibilités de clocher, sur les manœuvres de ses créatures et des intrigants pour prolonger la séparation qui existait entre les provinces du midi et
• MoNTPLEiNCHANT, Histoire de Varchiduc Albert, pp. 37-40.
* Peu de princes, en effet, ont dépensé autant de soins et autant d'argent que Tarchiduc Albert, pour collectionner des reliques. Il est curieux de consulter à ce sujet V Histoire de Varchiduc Albert t par Tabbé de Montplbinchant, V Apothéose chrestienne de Guillaume de Rebbeviettes^ Le soleil éclipsé de Bernard de Montoaillard, etc., etc., — On nous aflSrme, en outre, qu'il existe aux archives et dans quelques bibliothèques privées des liasses contenant les volumineuses correspondances d'Albert et d'Isabelle avec les personnes chargées de négocier l'achat de ces précieuses reliques.
XfV INTBODtTOnON.
celles da nord. Mais on devait en prévoir la fin, ear le trésor s'épuisait, et, à bout dto ressources, TEspa^ gne n'avait plus d'argent k donner aux archiducs; la paix devait donc fatalement se faire. Le calme revenu, les affaires auraient repris leur cours habituel, les provinces belges auraient été insensiblement amenées à s'unir aux autres provinces des Pajs-Bas, et l'influence espagnole, battue en In^che de tous côtés, y aurait été bientôt perdue à tout jamais.
Le temps était donc venu d'élever une barrière, infranchissable en' ces temps d'ignorance, la différence de religion; entre deux peuples unis par les mêmes mœurs et par les mômes intérêts.
Ne pouvant vaincre par la force des armes une nation avide de liberté, on résolut de l'endormir par la ruse, afin de river ses chaînes plus solidement. Au despotisme violent et avoué succéda le despotisme cauteleux et cafard; car, le dit fort bien notre auteur, € Philippe n'était pas un homme h entrer < dans les intérêts de ses sujets et dans des senti- « ments d'humanité envers ceux qu'il avoit con- « traint de prendre les armes contre lui » ' . Après les avoir désolés par la guerre et les persécutions le roi d'Espagne ne pouvait que les leurrer par de fallacieuses promesses et un fantôme de souverain .
* Voir plus loin, page 22.
INTBODUCTION. XV
L'archiduc Albert, animé des meilleures intentions, inoosiscient de Tacte berisare qu*il allait accom<> plir, fat, dans cette c&olyvb d'anéantissement moral dn peuple belge , l'inslarumeat aveugle d'un roi qui, à son lit de mort , ne se préoccupait encore que du triomphe de ses deux passions dominantes : le fanatisme et le despotisme.
8î l'furchiduc Albert eût compris ce que Philippe II l'envoyait acoomplir en Belgique, son &me, rapetissée par une dévotion mesquine, mais nativement honnête, eût été, nous aimons à le croire, indignée de l'odieuse mission qui lui était confiée. Maid il était sa scrupuleux c quil n'y avoit rien qui Tesveilla^t d'avantage que le poinct de la conscience » \ et il $vait la foi. Or, dans ces dispositions < la for, dit « J.-B. Blaes, rend aveugle, intolérant; elle fausse « k raison, le jugement, la pensée; servant de « guide h l'homme, il est rare qu'elle ne le force à « exercer sur ses semblables une contrainte morale ; « souvent aussi, elle va plus loin : elle n'admet rien s de ce qui est opposé au principe au nom duquel fi elle se manifeste ; elle voudrait que le monde fdt a soumis à une loi unique, la sienne, et pour c atteindre ce résultat, elle ne recule devant aucun « moyen*. »
* Guillaume de Rebreviettes , Apothéose chrestienne ou panégyrique, page 77.
' J.-B. Blabs, Studes hi^hriques, page 77.