‹ Abrégé méthodique de la science des armoiries, suivi d'un glossaire des attributs héraldiquesChapitre 23 sur 65 · DEVISE · texte numérisé non relu

DEVISE

Les béraldistes appellent Devise une sentence, ordinairement fort courte, qui est relative au caractère, à la condition ou à quelque acte de la vie de celui dont elle orne Fécu. Elle est quelquefois accompagnée d'une figure, soit naturelle, soit imaginaire, dont elle est comme la traduction. Dans ce cas, les paroles sont dites Yâme de la devise, et la figure en est le corps.

Le père Ménétrier distingue huit espèces de devises :

1° Devises équivoques aux noms. Comme les armes parlantes, elles se rapportent au nom du possesseur.

En voici des exemples : la maison de Vienne en Bourgogne : Tost ou tard vienne, ou A bien vienne tout; celle de Vaudray : J'ai valu, je vaux, je-vaudray; Jacques, bâtard de Savoie: Sans fourvoyer sa voye; la famille Lauras, en Dauphiné : Un jour lauras; la maison de Beaujeu : A tout venmit beau jeu.

2° Devises de rapport aux armoiries. Elles font allusion à quelqu'un des ornements intérieurs ou extérieurs de Técu. Ainsi, Monchenu avait une bande et pour devise : La droite voye ; Simiane, en Provence : d*or semé de lis ej de tours d'azur : Sustentant lilia turres ; Prunier, en Dauphiné ; de gueules à la tour d'argent : Turris mea Deus.

3<* Devises énigmatiques. Elles ne sont comprises que de celui qui les porte. Leur usage était très-répandu dans les tournois, où les combattants se contentaient le plus souvent de faire peindre sur leurs écus des mots isolés ou non, dont le sens n'était connu que de la dame de leurs pensées. En voici quelques-unes : Jean de la Trémouille, sieur dé Jonvelle : Ne m* oubliez; Philippe le Bon , duc de Bourgogne : Autre n'aray; Antoine de Croy : Souvenance; David de Brimeu : Quand sera-ce; Philippe de Croy, duc d'Arschot : J'y parviendray.

h^ Devises à proverbes ou à sens non couvert. Elles sont très-nombreuses. Baronat en Forez : Vertu à l'honneur guide ; Volfgang de Spiringk : Plus cogitare quant dicere ; la maison de Clermont-Tonnerre : Etiam si omnes, ego non; la maison de Vezins : Gratta Dei sumid quod sum.

5° Devises à mots historiques. Ce sont les plus curieuses, mais il n'est pas toujours facile d'en trouver l'origine. Ainsi, après le célèbre combat des Tirente, la maison de Beaumanoir prit pour devise les mots si connus adressés à un de ses membres : Bois ton sang, Beaumanoir, ta soif passera. Après l'assassinat de son mari, en HO?, Valentine Visconti, duchesse d'Orléans, se condamna à un veuvage perpétuel et adopta la devise : Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien. Les Vaterins de Lyon portaient en cimier un écu de Bourgogne avec la devise : Le duc me l'a donné.

6® Devises de simples figures. Les devises de cette espèce sont muettes et, comme leur nom l'indique, ne consistent qu'en une simple figure. Telles étaient les devises des anciens ducs de Bourgogne et de Bourbon, qui se composaient, celleci de l'image d'un chardon, celle-là de la figure d'un briquet ou fusil.

7° Devises littérales. Elles ne se composent que de lettres initiales. Telle est celle-ci : A, E, T, 0, U, qu'a prise souvent la maison d'Autriche et qui signifie : Austriêê Est Imperare Orhi Universo; et celle de l'ancienne maison de Kerkos en Bretagne : M qui TM {aime qui t'aime],

8** Devises irrégulières. Elles ont le plus souvent

un corps et une âme, et ne se conforment pas aux règles adoptées par les précédentes. Celles qui suivent appartiennent à cette classe. Le cardinal de Bourbon : Un bras avec Une épée flamboyante, et les mots : N' espoir ni peur; André de Laval, amiral de France : Un aviron flamboyant et les mots : Pour une autre, non ; la maison de Mantoue : Le mont Olympe avec un autel au sommet, et le mot Fides; la maison de Montmorency : une épée et le mot grec aTcXavwç.

Les devises n'étaient pas fixées dans les familles, et il arrivait assez souvent que chaque membre de la même maison en adoptait une différente. La devise de la maison de Sales par exemple, est : Nyplus ny moins. Mais Christophe de Sales prit pour devise : Tout pour Dieu ; François de Sales : En bonne foy ; Jean de Sales : Adieu, biens mondains; Galois de Sales : In paucis quies ; et saint François de Sales : iViniquam excidet (sous-entendu Charitas), Il arrivait même quelquefois qu'on changeait de devise, suivant les circonstances. C'est ce que fit, entre autres , Anne de Montmorency, qui, étant grand msdtre de France, avait pour devise : Inmandatis tuis, Domine, sempersperavi. Peu de temps après, il adopta les mots : Sicut eratinprincipio, pour

exprimer, dit Ménétrier, qu'il serait toujours le même et que les honneurs ne changeraient point S3S mœurs. Enfin , quand il devint connétable, il prit les mots de Lucain : Arma tenenti ornnia datquijusta negat.

La devise se place ordinairement au bas de l'écusson (fig. 207). Cependant, quand elle ne consiste qu'en simples mots, c'est-à-dire qu'elle n'a pas de corps, elle se met assez souvent en cimier. On la trouve aussi quelquefois sur une banderole qui accompagne, soit le cimier, soit les tenants ou les supports.

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