CRI DE GUERRE
En termes d'art héraldique, on appelle Cri de guerre, Cri d'armes ou simplement Cn*, certains mots autrefois en usage dans les tournois et les batailles, pour servir de reconnaissance ou d'encouragement aux combattants. « Le Cri suit la bannière, dit Ménétrier, parce qu'anciennement nul n'était reconnu pour gentilhomme de nom, d'armes et de cri, que celui qui avait le droit de lever bannière, l'un et l'autre servant à mener des troupes à la guerre et à les rallier. )?
Le Cri est ordinairement très-court : il ne se compose même quelquefois que d'un seul mot. Les héraldistes en distinguent plusieurs espèces.
1° Le plus souvent, les princes, les chevaliers et les seigneurs bannerets, prenaient leur propre nom pour cri. Quelques-uns criaient le nom des maisons d'où ils étaient sortis; d'autres, celui de certaines villes dont ils portaient la bannière ou dont ils étaient les souverains* Ainsi, les maisons
de Châteaubriant et de Malestroit, en Bretagne, criaient: Châteaubriant ! Malestroit ! Les seigneurs de Surréal et d'Auryt, issus de la famille de Dammartin, avaient pour cri :- Danimartin ! le comte de Vendôme : Chartres ! le duc de Bral)ant : Louvain aujniissant duc! le comte de Toulouse : Toulouse ! le sieur de Bousies : Bousies au bon clievalier !
2® Certains Cris étaient des invocations. Le duc de Bourçogne criait : Nostre-Dame de Bourgogne ! le comte de Limoges : Saint Liénard ! le duc d'Anjou : Saint Maurice ! le duc de Bourbon : Nostre-Dame Bourbon ! le duc de Normandie : Diex aye, dam Diex ayc ! (Dieu nous aide !)
3® Il y avait aussi des cris de résolution. Tel était celui des Croisés : Diex lo volt !
l\^ Une quatrième espèce de Cri était celui à' exhortation. A cette classe appartenait l'ancien cri des empereurs d'Allemagne : A dextre et à semestre ! par lequel ces princes exhortaient leurs gens à frapper à droite et à gauche. H en était de même de celui des comtes de Champagne î Passavant li meillor ! qui rappelle le cri du sire de Coucy : Place à la bannière ! Les seigneurs de Tournon criaient : Au plus dru ! c*est-i\-dirc au plus épais de la mêlée.
iSlx SCIENCE DES ARMOIRIES.
5° On appelait de défi les cris de la cinquième classe, comme celui des seigneurs de Ghauvigny : Clievaliers pleuvent !
6® La sixième classe comprenait les cris de terreur et de courage, comme ceux de la maison de Bar : Au feu ! au feu ! et de Charles de France, duc de Normandie : Au vaillant duc!
1° La septième classe renfermait les cris d'événement, qui devaient leur origine à quelque fait historique. Ainsi, Jean le Victorieux, comte de Louvain, quitta l'ancien cri de sa famille : Louvain au riche duc ! pour prendre celui de : Zî»ibourg à celui qui l'a conquis! après qu'il se fut emparé de ce nouveau pays. Les seigneurs de Prie criaient : Cant d'oiseaux! parce qu'ils avaient chargé l'ennemi dans une embuscade où des oiseaux chantaient.
8** Enfin, la huitième classe était celle des cris de ralliement. Nous citerons, comme exemple, le cri des comtes de Flandre : Flandre au lion! et celui des rois de France : Montjoie Saint^Denis! c'est-à-dire ralliez-vous à la bannière de Saint- Denis.
Le cri de guerre appartenait exclusivement à l'aîné, qui seul pouvait le faire peindre ou broder sur sa bannière ou sa cotte d'armes. Les puînés
étaient tenus de le changer, ce qu'ils opéraient en général en y ajoutant le nom de leurs seigneuries. Ainsi, les ducs de Bourgogne, de la maison de France, criaient : Montjoie au noble duc ! ou 31o7itjoie Saint-Andrieu !
Dans un écu où il y a cri et devise, le premier se place au-dessus du casque ou de la couronne , mais on s'écarte assez souvent de cette règle.