LÉGION D'HONNEUR
L'Assemblée nationale ayant aboli les ordres de chevalerie créés par la monarchie, les officiers et
maintenues au delà de la vie de leurs fondateurs. — Citons encore, pour ne plus y revenir. Tordre des Chevaliers du Temple qui , si l'on s'en tient à son origine , peut être regardé comme français. Cette institution eélèbre reconnaissait pour fondateur quelques gentilshommes champenois qui s'étaient associés à Jérusalem, en 1118, sous la con- ^ duite de l'un d'eiftc, Hngues de Payens ou de Pains, pour défendre la terre sainte contre les musulmans. Elle exista jusqu'en 1312, où le concile général devienne prononça sa suppression. L'ordre disparut alors en France, du moins ostensiblejnent, mais, dans les autres pays, surtout en Espagne, ses membres réussirent à se faire admettre dans différentes associations analogues.
les soldats des armées françaises furent privés de récompenses honorifiques pendant plusieurs années*. Enfin, deux lois du 3 octobre 1799 et l'art. 87 de la constitution de Tan viii vinrent combler une lacune aussi regrettable. Il fut alors décidé que Ton donnerait des Armes d'honneur garnies d'argent à ceux qui se seraient distingués sur les champs de bataille. Ces armes étaient: des fusils, des sabres, des mousquets, des carabines, des grenades, des haches d'abordage, des haches de sapeur, des baguettes de tambour et des trompettes, suivant le corps ou la fonction des impétrants. 11 en avait été distribué 1854 ^, quand le gouvernement consulaire créa l'Ordre de la Légion d'honneur.
Cet ordre a été institué par une loi du 19 mai 1802 (29 floréal an x) et inauguré le H juillet 1804. Il est destiné à récompenser les services civils et les services militaires. A l'origine , il se composait d'un Grand Conseil de sept membres
1. Eq 1789 et 1790, on eut l'idée de etéer un Ordre mtiaml de France qui aurait servi à récompenser tous les mérites, mais on ne donna pas suite au projet.
2. 787 fusils, 429 sabres, 151 mousquets, 94 carabines, 241 grenades, 44 haches d'abordage, 6 haches de sapeur, 39 baguettes de tambour, 13 trompettes, et 53 sans indi^ cation.
siégeant à Paris, et de seize Cohortes, chacune ayant son chef-lieu particulier, et comprenant 7 Grands-Officiers, 20 Commandants, 30 Ofj^ciers et 350 Légionnaires, Mais son organisation a reçu depuis des modifications qui Tont entièrement transformée*.
Aujourd'hui l'Empereur est le chef souverain et le grand maître de l'ordre.
Les membres sont à vie et divisés en cinq classes : Chevaliers, Officiers , Commandeurs, Grands-Ofj^ciers et Grands-Croix, Le nombre des chevaliers n'est pas limité , mais celui des officiers est fixé à 4,000 ; celui des commandeurs à 1,000 ; celui des grands-officiers à 200 ; et celui des grands-croix à 80.
Nul ne peut être admis qu'avec le grade de chevalier, et des règlements spéciaux déterminent les conditions à remplir pour obtenir un titre supérieur.
Tous les membres jurent fidélité à l'Empereur. Les étrangers admis dans la Légion sont seuls dispensés de ce serment, mais aussi ils ne figu-
1. Voy. le Manuel du Légionnaire, par G. de (3iamberet (Paris, 1852, in-18), mais surtout le Recueil des décrets, règlements et instructions concernant Vordre impérial de la Légion d'honneur, etc. (Paris, 1853, in-8o).
rent pas dans les cadres et ceux qui, parmi eux, font partie de l'armée, ne jouissent pas des avantages pécuniaires accordés aux légionnaires français de la même catégorie.
L'admission dans Tordre ne donne droit qu'à des distinctions honorifiques aux membres qui appartiennent aux carrières civiles, mais les officiers, sous-officiers et soldats des troupes de terre et de mer en activité de service reçoivent, si leur nomination ^st postérieure au 16 mars 1852, une pension viagère dont la quotité varie suivant le grade.
• La pension est de 250 fr. pour les Chevaliers, 560 fr. pour les Officiers, 1,000 fr. pour les Commandeurs, 2,000 fr. pour les Grands-Officiers, «t 3,000 fr. pour les Grands-Croix. Elle est incessible et insaisissable .
La qualité de membre de la Légion se perd par les mêmes causes que celles qui font perdre la qualité de citoyen français. De plus, l'exercice des droits et prérogatives attachés à cette qualité est suspendu par les mêmes causes que celles qi|i suspendent les droits de citoyen français, ainsi que par la condamnation à la peine du boulet, des travaux publics ou de l'emprisonnement, et par renvoi par punition dans une compagnie de
discipline. Le chef de l'État peut, d'ailleurs, prononcer l'exclusion quand la nature du délit et la gravité de la peine prononcée correctionnellement paraissent rendre cette mesure nécessaire. La même décision peut être prise contre tout ottîcier des armées de terre ou de mer mis en retrait d'emploi pour inconduite habituelle ou pour faute contre Thoimeur. Enfin, la suspension ou la privation deâ droits et prérogatives attachés à la qualité de membre de la Légion d'honneur emporte la suspension ou le retrait de l'autorisation de porter les insignes d'un ordre étranger quelconque, et les infractions à ces règles sont poursuivies et punies conformément à l'art. 259 du Code pénal.
La croix de l'ordre est une étoile à cinq rayons doubles, émaillée de blanc et surmontée d'une couronne royale. Le médaillon qui occupe le centre est entouré de branches de chêne et de laurier, et porte, d'un côté, l'effigie de Napoléon 1®' et les mots: Napoléon, Empereur des Français ; et de l'autre , une aigle tenant la foudre et accompagnée de la devise Honneur et Patrie,
La croix est d'argent pour les Chevaliers, et d'or pour les autres grades. Elle a 40 millimètres
(le diamètre pour les Chevaliers et les Officiers ; et 60 pour les Commandeurs et les Grands-Croix. Les Chevaliers et les Officiers portent la croix sur le côté gauche de la poitrine, attachée par un ruban rouge moiré, mais ces derniers ajoutent, comme marque distinctive, une rosette à leur ruban. — Les Commandeurs la suspendent à un ruban plus large que celui des précédents et qu'ils mettent en sautoir. — Les Grands-Officiers placent sur le côté droit de leur habit une plaque ou étoile à cinq rayons doubles, diamantée tout argent , de 90 millim. de diamètre, et dont le médaillon du centre est orné de l'aigle impériale entourée des mots Honneur et Patrie. Ils portent, en outre, la croix d'officier à la boutonnière. — Les Grands-Croix mettent une plaque semblable sur le côté gauche de la poitrine , et suspendent une croix de 70 millim. de diamètre à un large ruban, moiré rouge, en écharpe, passant sur l'épaule droite.