II. A quelle époque peut-on faire remonter l'o
rigine des armoiries'? Dans Tantiquité, les guerriers faisaient usage de figures symboliques, qui constituaient de véritables signes de reconnaissance, mais ils n'attachaient à ces emblèmes aucune des idées de caste et d'hérédité qu'on a depuis attribuées aux marques de même nature. Ces idées ont pris naissance à une époque relativement très-moderne, et c'est alors seulement que le Blason, appelé aussi Art héraldique, parce qu'il faisait autrefois l'étude spéciale d'officiers nommés Hérauts, a véritablement commencé.
Aux premiers temps du moyen âge, les figures choisies par les chefs et peintes sur les boucliers pour servir à les faire reconnaître aux soldats, n'étaient pas héréditaires * ; on les prenait et dé-
1 . Plusieurs héraldistes des siècles passés font cDmmencer l'usage des armoiries à la création du monde. André Favyn dit que la postérité de Caïn faisait peindre des instruments aratoires sur ses boucliers, tandis que les descendants issus de Seth donnaient la préférence à des représentations tirées du règne animal ou du règne végétal. Segoîng affirme que Noé inventa le blason en sortant de l'arche. D'autres, tels que Le Féron et Fursten, partagent le même avis et vont jusqu'à prétendre avoir retrouvé les armes d'Adam et des patriarches. Ces rêveries, et beaucoup d'autres que nous pourrions citer, ne méritent aucune réfutation.
2. On les appelait connoissances ou entre-sains , en latin cognitiones pkturafœ.
NOTIONS PRÉLIMFNAIRCS. 7
laissait à volonté. Peu à peu, cependant, elles devinrent transmissibles dans les mêmes familles, mais il est impossible de savoir à quelle époque précise cette transformation s'accomplit. On sait néanmoins que Tusage des armoiries héréditaires existait déjà dans quelques maisons à la fin du XI* siècle , mais ce n'est que dans les premières années du xiii®, que son adoption devint générale. M C'est pendant le règne de saint Louis, dironsnous avec un héraldiste moderne, que les armoiries sont entrées» dans une voie nouvelle, celle de l'hérédité. Avant cette époque, la révolution se prépare; ensuite elle se continue et se régularise, mais en dire le jour et l'occasion précise , nous semble tout à fait impossible, malgré les centaines de volumes qu'on a écrits à ce sujet *. » A mesure que l'usage des armoiries héréditaires se répandit, on sentit le besoin d'empêcher les écarts individuels en le soumettant à des règles nettement déterminées, et c'est à l'ensemble de ces règles que l'on est convenu de donner le nom d'ART héraldique ou celui beaucoup plus simple de Blason. Nous connaissons l'origine du premier de ces termes ; quant à celle