II. — INFECTION PAR VOIE LYMPHATIQUE
Elle peut emprunter deux chemins différents, soit la voie lymphatique principale du canal thoracique puis arriver au poumon par les lymphatiques pulmonaires ou la veine cave supérieure, soit les voies lymphatiques de voisinage, péritonéales, trans-diaphragmatiques puis pleurales.
De nombreux travaux établissent la possibilité anatomique de cette propagation lymphatique ; ce sont ceux de Sabin, de Miels, de Cunningam, de Cutler, de Hunt, de Qüttner, de Lennander, de Tilger, de Girault, de Ranvier, de Lüwen et de beaucoup d’autres. Un argument clinique de grande importance a été apporté par Qüttner et par Tilger qui insistèrent sur la fréquence des réactions pleurales à droite dans les péritonites. Par ailleurs, Featherstone a observé plus fréquemment des pleurésies que des pneumonies après les opérations sur les voies biliaires, et chacun sait que ces opérations portent sur une région très souvent infectée.
Au point de vue expérimental et dès 1905, Kelling a réussi, à l’aide de solutions colorantes introduites sous le diaphragme d'animaux sous narcose, à retrouver rapidement le colorant au niveau de la plèvre diaphragmatique et même dans le poumon. Coquelet a vérifié sur un de ses malades l'existence de cette propagation lymphatique de voisinage. Voici le résumé de ce cas :
OBSERVATION I (Coquelet).
Malade de 40 ans opéré d'urgence pour abcès appendiculaire. Simple drainage sans appendicectomie. Les jours suivants, signes pulmonaires et hoquet persistant. Dès le troisième jour, mauvais drainage de la plaie abdominale. Aggravation des phénomènes pulmonaires. L'examen fait penser à un pyopneumothorax. La radio montre l’existence d’un abcès du lobe inférieur droit. Phrénicectomie décidée. Meurt la nuit précédant l'intervention. Autopsie : plusieurs foyers de pus jaune, épais, entre les parois de la fosse iliaque et les anses intestinales : sous le péritoine pariétal, traînée de lymphangite purulente partant de l’abeès iaque et remontant latéralement jusqu’au-dessus du foie, où l’on trouve ün abcès
sous phrénique contenant le même pus jaune ; poumon droit adhérent au diaphragme : le lobe inférieur est le siège de bronchopneumonie et est creusé d’une caverne grande comme un œuf de pigeon.
La démonstration expérimentale de la propagation par voie lymphatique fut donnée par Lambret et Razemon puis, plus récemment, en 1925, par Binet et Laubry. Ces derniers se servent du bleu de Prusse en injection dans la paroi gastrique ou intestinale du chien. Rapidement, et même après la ligature de la veine porte, le poumon et les ganglions thoraciques deviennent bleus. Les expérimentateurs sont arrivés à suivre la trace du colorant depuis le lieu de l'injection jusqu’au canal thoracique, puis de là vers les ganglions thoraciques par les canaux lymphatiques ou — suivant les cas — vers le poumon par la veine cave et le cœur droit.
Voici le résumé donné par Lambret au sujet de ses recherches : « Les expériences faites à l’aide du vermillon et des bacilles de Friedlander (bacilles choisis parce que plus facilement reconnaissables) montrent le chemin suivi; il commence non pas sur la muqueuse ni dans la paroi de l'estomac, mais sur le péritoine ; de là, il emprunte, par le péritoine diaphragmatique, les Iymphatiques mammaires internes et surtout il passe par le canal thoracique dans lequel grains de vermillon et germes se précipitent en masse sous l’action de la respiration et du vide thoracique ; de là, les germes vont directement au cœur droit, puis au poumon, lequel se trouve être finalement le premier filtre capillaire placé sur la route des microbes absorbés par les lymphatiques péritonéaux. Ce n’est plus, dés lors, qu’une question de virulence et de quantité du côté des microbes et de résistance du côté du poumon ».
Les recherches expérimentales de Lambret et Razemon arrivent également à cette autre conclusion, au sujet des complications pulmonaires en chirurgie gastrique, que le point de départ de l'infection est la surface séreuse de l'estomac et qu’en cette région les germes d’origine gastrique sont beaucoup plus nombreux que dans la paroi elle-même. Les expériences de Razemon ont également démontré le pouvoir d'absorption extrêmement énergique du péritoine sus-ombilical, aussi bien