INTRODUCTION
Les abcès du poumon ont été l’objet, au cours de ces huit dernières années, de nombreux travaux dont le résultat a été de mettre au point et de préciser une partie fort importante de la pathologie pulmonaire.
C'est dire que nous n’avons pas la prétention de faire ic; œuvre nouvelle ; au contraire, nous profiterons largement de ces travaux récents qui nous apporteront leur aide précieuse et nous guideront.
On entend classiquement par abcès du poumon une collection suppurée circonscrite, non tuberculeuse, développée dans une perte de substance (généralement unique, parfois multiple) du parenchyme pulmonaire.
Les abcès du poumon proprement dits sont des collections constituées par une suppuration collectée dans une cavité KÉOFOR- MÉE, creusée dans le poumon par une inflammation aiguë.
La question des abcès pulmonaires — ou pour employer, selon Sergent, le terme plus général de suppurations bronchopulmonaires — a fait de grands progrès depuis que l'attention a été à nouveau attirée sur eux en France tout particulièrement par Léon Kindberg, par Sergent et son école.
L'immense mérite de Sergent et de ses élèves a été de con- . sidérer cette partie de la pathologie pulmonaire sous un jour nouveau, de reprendre la question à sa base même et de repartir en redressant certaines erreurs dont la persistance entretenait la grande confusion qui existait jusqu'alors.
La tâche a été facilitée à la fois par une nouvelle méthode
EN te
particulière de travail, l'association médico-chirurgicale poussée à un si haut point par Sergent et Baumgartner, et par de nouveaux moyens d'investigation tels que l’utilisation du lipiodol, la bronchoscopie et plus récemment encore la stéréoradiographie.
Par ailleurs, le cadre des pleurésies interlobaires, dans lequel pendant si longtemps on faisait entrer toutes les collections situées dans la région de l’interlobe, se rétrécit de plus en plus, grâce toujours aux recherchés de Sergent, Kindberg et Kourilsky, et on ne prend presque plus systématiquement pour une pleurésie interlobaire, une collection purulente de la région juxta-scissurale située anatomiquement en plein parenchyme pulmonaire, au voisinage d’une scissure symphysée, avec des signes cliniques et radiologiques qui étaient pris, il n’y a pas très longtemps encore, pour des signes de certitude de ce diagnostic, lequel était ainsi, dans l'immense majorité des cas, presque toujours erroné.
Aussi, actuellement, les abcès pulmonaires sont-ils plus fréquemment rencontrés et diagnostiqués. Est-ce à dire que leur fréquence réelle soit plus grande qu'auparavant ? La question est très difficile à résoudre. Il s’agit en effet d’une affection particulièrement variable, aussi bien comme fréquence que comme gravité. Le fait avait été constaté et noté déjà par Laënnec lui-même, qui avait vu certaines années s’écouler sans en observer un seul cas, alors que d’autres années avaient été riches en observations. Il est du reste un fait qu’on ne peut nier, c’est l'importance du facteur « génie morbide », éminemment variable d’ailleurs, ainsi que nous le verrons plus loin.
Quoi qu'il en soit, nous avons été amené à observer cet hiver, à l’'Hôtel-Dieu, dans le service de la clinique médicale de notre maître le professeur Carnot, un certain nombre de cas d’abcès du poumon dont le plus typique nous a conduit à faire ce travail.
Qu'il nous soit permis de remercier ici tout particulièrement notre maître le Professeur Carnot, pour la sollicitude qu’il n’a cessé de nous témoigner. Après nous avoir donné le sujet de notre thèse, 1l a bien voulu, tout en nous prodiguant ses conseils éclairés et si précieux, diriger notre travail et accepter la pré-
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sidence de notre thèse. Nous lui en sommes extrêmement reconnaissant et nous le prions de bien vouloir accepter l'expression de notre profonde et bien sincère gratitude.
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L’abcès pulmonaire en général est-il primitif ou secondaire ? Et dans ce cas quelle voie d’abord peuvent bien emprunter les germes pathogènes pour arriver au poumon : voie descendante trachéobronchique ou voie sanguine embolique ? C’est ce que nous allons chercher à préciser au cours de notre travail, tout en passant en revue la question des abcès du poumon et nous essayerons de dégager les notions pathogéniques d’une affection que nous sommes appelés à observer de plus en plus en pathologie pulmonaire.