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Absorption par les plantes de quelques sels solubles

La question de la nutrition minérale des plantes peut être considérée comme datant maintenant d’un siècle. En effet, avant De Saussure, on n’y attachait aucune importance ; beaucoup d’auteurs admettaient que les végétaux ne se servent du sol que comme d’un support et que l’eau est le seul élément utile qu’elles y puisent. Dans ses Recherches chimiques sur la végétation, De Saussure se montre convaincu de la nécessité de la présence dans les plantes de certains éléments minéraux, et met en évidence la faculté que possèdent les végétaux d’absorber par leurs racines les matières solubles mises à leur disposition.

Ses observations l’amenèrent à formuler des conclusions d’une

grande importance, mais qui n'ont pas la portée générale que le savant physiologiste leur attribuait. C’est ainsi qu'ayant maintenu des plantes dans des solutions salines, jusqu’à ce qu'elles eussent évaporé la moitié du liquide, il trouva « qu’elles avaient sucé l’eau en beaucoup plus grande raison que les sels qui y étaient dissous ». Il montrait ainsi qu'il y a indépendance entre le dissolvant et le corps dissous au point de vue de l’absorption par les plantes.

De Saussure avait en outre abordé un sujet d’un très grand intérêt. Il avait cherché si les plantes sont capables d'opérer une sélection dans un mélange de diverses substances; il vit qu'il

en était bien ainsi, ei déduisit de ses expériences qu'un corps est absorbé en proportion d’autant plus forte que sa solution est moins visqueuse. C’est la seule explication que donne De Saussure de cette facullé d'absorption élective.

Ces observations prêtent d’ailleurs à la critique. Par exemple, les sels mis ensemble en solution devaient faire double décomposilion entre eux; De Saussure admet que cela n’a pas lieu parce que les liquides qu’il emploie sont très étendus, et, se contentant de doser le chlore et le calcium dans un mélange de nitrate de chaux et de chlorure de potassium, il conclut que le chlore est pris de préférence à l’acide azotique. Noûs savons aujourd’hui qu'il y a toujours double décomposition, et par conséquent ces expériences perdent toute leur valeur.

Ce n’est que beaucoup plus tard que le sujet fut repris sérieusement et que les beaux travaux de Graham sur la diffusion donnèrent naissance à une théorie expliquant la composition minérale des végélaux.

Dans un mémoire couronné par l’Académie des Sciences en 1865, M. Dehérain établit le mécanisme de l’assimilation élective des matières minérales par les plantes‘. Il montre qu’une substance ne s’accumule dans un tissu qu'autant qu’elle y devient insoluble; il tend à s'établir, suivant les lois de la diffusion, un équilibre entre la concentration du liquide qui baigne les organes d'absorption de la plante et celle du suc qu’ils contiennent; cet équilibre est constamment détruit par suite de l’insolubilisation de la substance en question dans l'organisme du végétal, soil qu'elle forme des sels insolubles, soit qu'il y ait élaboration aux dépens de cette substance de principes immédiats complètement insolubles ou simplement colloïdes et non diffusibles.

C’est ainsi que la silice et le carbonate de chaux entrés dans les végétaux à l’élat de solution dans l’eau chargée d’acide carbonique, se déposent dans les feuilles lorsque la cause qui maintient ces corps en dissolution vient à disparaître. L'acide phosphorique est retenu dans les plantes tantôt parce qu'il s’y trouve à l’état de phosphate insoluble, tantôt parce qu’il a donné naissance à des composés organiques complexes, insolubles ou colloïdes. Une illustration remarquable de la théorie de M. Dehérain est fournie

1. Annales des sciences naturelles, Botanique, t. VIIL, 1867, p. 145.

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