‹ Absorption par les plantes de quelques sels solublesChapitre 2 sur 59 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

par les fucus, qui contiennent de fortes proportions d’iode dont on ne trouve cependant que de très minimes quantités dans l’eau de mer; cet iode est engagé dans les plantes marines dans une combinaison tellement stable qu’on ne peut déceler sa présence qu’après avoir détruit la matière organique par incinération.

De nombreuses vérifications ont montré depuis trente ans la justesse des vues de mon savant maître; toutefois, 1l restait quelques faits inexpliqués. Si nous comprenons sans peine l'accumulation dans les plantes de matières insolubles, nous ne concevons pas bien comment les végélaux peuvent renfermer dans leurs tissus des quantités parfois très considérables de sels solubles. C’est ainsi que la formation de réserves azotées à l’état d’albuminoïdes nous apparaît comme parfaitement normale, tandis que nous ne nous expliquons pas l'existence de réserves de nitrates, c’est-àdire d'azote sous une forme éminemment soluble et diffusible.

Si, en raison de l'importance du rôle qu'ils jouent dans la végétation, les nitrates attirent tout d'abord notre attention, la même question se pose pour d’autres sels solubles, dont l'utilité est moins évidente, mais que l’on rencontre toujours dans les végétaux en quantités plus ou moins fortes.

A la fin de son travail, M. Dehérain conclut que l'o on doit admettre, pour expliquer ces faits, l’existence d’une sorte de combinaison non définie entre les tissus des plantes et certains sels solubles. Pour concevoir comment les végétaux accumulent certains principes de préférence à d’autres, il faudra admettre aussi que cette combinaison ne s’effectue pas avec la même énergie pour tous les sels, que par exemple l’affinité des substances végétales sera en général plus grande pour les sels de potassium que pour ceux de sodium. Les lois de la diffusion, dont M. Dehérain avait tiré si grand profit, devenaient donc insuffisantes pour rendre compte de ces faits particuliers.

Depuis 1865, la vieille expérience de Dutrochet sur l’osmose a été étendue par les recherches de De Vries, de Pfeffer, de Van’t Hoff et autres, et il importait de savoir si on ne pourrait pas en tirer l'explication de faits que la diffusion ne permettait pas d'interpréter.

On peut dire que le point de départ des recherches portant sur cette branche de la physiologie végétale a été une observation de Nägeli, faite en 4855. Nägeli montra que les solutions colorées ne peuvent pas pénétrer dans le suc cellulaire tant que le proto-

plasma est vivant; au contraire, la pénétration est aisée lorsque le protoplasma est mort; il y a là une différence capitale entre les membranes cellulaires, qui sont très perméables, et la membrane protoplasmique vivante, qui est imperméable.

Sachs ‘ vérifia ces faits : en immergeant des morceaux de betteraves blanches dans une solution foncée de la matière colorante des betteraves rouges, il trouva qu’il n’y avait pas coloration du suc cellulaire tant que les betteraves blanches étaient vivantes; mais si on venait à les Luer soit par une température de 55 degrés, soil par des agents chimiques, la coloration se produisait. Inversement, des morceaux de betteraves rouges placés dans l’eau froide ne se décolorent qu’après leur mort.

En 1871, De Vries? répéta ces expériences et confirma leur exactitude, et fut conduit à découvrir le phénomène de la plasmolyse, bien connu aujourd’hui*. Il en conclut que le protoplasma vivant est imperméable à presque toutes les substances dissoutes, en particulier aux nitrates et aux chlorures alcalins, au saccharose, comme il l’est, d’après Nägeli, aux matières colorantes; cependant il admet déjà la possibilité d’une perméabilité extrèmement faible. D'ailleurs, certains corps pénètrent nettement : l’'ammoniaque, le carbonate de potassium, l’acide sulfurique, en solutions très étendues s’introduisent dans le suc protoplasmique.

Lorsque le protoplasma meurt pour une cause quelconque, action physique ou action chimique, il devient au contraire très perméable, et les échanges de dedans en dehors et inversement se font librement par diffusion. Ce changement dans les propriélés osmotiques du protoplasma au moment de sa mort serait dû à un changement dans sa constitution chimique. Certaines propriétés chimiques, telles que la solubilité dans certains réactifs, sont modifiées; il acquiert aussi la faculté d’être teint par certaines matières colorantes.

La membrane protoplasmique vivante peut donc être assimilée d’une façon presque complète aux parois hémi-perméables de Traube et de Pfeffer; on arrive ainsi à des considérations impor-

Page 1