DEUXIÈME PARTIE
Dans la première parlie de ce travail, nous avons examiné comment les nitrates étaient pris par les plantes et comment ils étaient retenus. Comme les azotates se trouvent fréquemment en très forte proportion chez certains végétaux, il y a lieu de se demander si celte facilité d'absorption et d'accumulation est spéciale à ces sels, et si d’autres composés solubles se comportent de la même
facon.
Nous avons choisi les chlorures comme sels solubles à mettre en comparaison avec les nitrates. En effet, si le rôle de l'azote niltrique est bien déterminé et si son utilité est incontestable, il est loin d’en être de même pour le chlore. Il paraît démontré que les chlorures favorisent la migration de l’amidon, mais le chlore ne semble pas former dans les tissus végétaux des combinaisons indispensables à la vie de la plante; pour fixer les idées, ie chlore n’est aucunement comparable au phosphore; il ne l'est pas non plus au soufre, qui forme des composés organiques bien connus.
Chez la plupart des végétaux terrestres les chlorures sont en quantité relativement faible; la question se pose de savoir si leur rareté lient à la composition du milieu où végète la plante, ou bien à une faible appétence des plantes pour le chlore. Il est certain que si le sol est riche en chlorures, les plantes qu'il porte le sont également; d’après Cloëz, les choux marins du bord de la mer renferment 75,8 de chlorures {de potassium et de sodium) pour 100 de cendres, tandis que les mêmes plantes venues sur une terre ordinaire au Muséum ne contiennent que 16,2 de chlorures pour 400 de cendres; la moutarde noire donne des chiffres analogues.
M. Dchérain a obteuu des haricots gorgés de chlorure de potassium en arrosant le sol qui les portait avec des solutions de chlo-
rure de potassium ou de chlorure de sodium, qui dans ce cas fait double décomposition avec les sels potassiques de la terre arable.
D’après MM. Berthaut et Crochetelle!, le blé des régions salées de l’Habra en Algérie est quelquefois assez riche en chlorures pour que les tiges présentent des efflorescences de chlorure de potassium. Depuis, M. Bonjean? a trouvé que les raisins de ces mêmes terrains renferment normalement beaucoup de chlorures de potassium et de sodium.
Ces faits nous montrent que les chlorures pénètrent aisément dans les tissus végétaux; d’autre part, M. Dehérain a vu que des plantes placées dans des dissolutions étendues de chlorures pouvaient prendre plus de sel que d’eau. Il est donc à prévoir que les végélaux se comporteront vis-à-vis des chlorures à peu près comme ils le font vis-à-vis des nitrates.
1, C. R;, t. CXX, p. 691.
2, C.R., t. CXXVI, p. 1275.