ABSORPTION SIMULTANÉE DU CALCIUM ET DU MAGNÉSIUM A L'ÉTAT DE NITRATES
Nous avons enfin cherché si les plantes choisissaient entre le calcium et le magnésium, Ce point est moins important que les précédents, mais présente cependant quelque intérêt, puisque nous savons qu'à la longue le magnésium absorbé seul est toxique.
On analysait les liquides en suivant la méthode indiquée par Sainte-Claire, Deville. Le mélange des nitrates est évaporé à sec en présence d’un peu d'acide azotique, puis calciné légèrement au-dessous du rouge; le nitrate de magnésium se décompose aisément tandis que celui de calcium résiste très bien. On reprend par l’eau, on filtre pour recueillir la magnésie, qui est lavée, calcinée et pesée; dans le liquide on précipite la chaux à l’état d'oxalate. La solution employée nous a donné :
42 mg. 2 de calcium aulieude 42.6;
et 24 mg. 9 de magnésium au lieu de 25.7.
TABLEAU XXXIX. — Absorption simultanée du Calcium et du Magnésium, à l’état de Nitrates, par des cultures de Seigle.
milligr
Are .-ame0n 0
100 cc. de liquide renfermant : $ Ca. . . . 42.2 Mo'a. 002419
CULTURE. N° L CULTURE N°2 Durée : 9 jours. Durée : 9 jours.
HT - Calcium. Magnésium. Calciam. Magnésium.
Poids du métal absorbé... . 25mgs] 6me7 26m85 1086 Métal absorbé pour 100 in-
tonne LR 59.5 26.4 62.8 30.5 Azote correspondant au mé-
Lal ADS OT) SR EN ER EE 1088 18286 8n88
ne re TU
Azote absorbé, calculé . . . 25m84 2784 Azote absorbé, trouvé.. . . 25m85 30m82
Rapport de l'azote du calcium absorbé à l'azote du magnésium absorbé, ou
Ca °/o
TApPOrt ps CE 2.3 24 D
Cultures de seigle. — Tableau XXXIX. Deux culturés différentes de seigle ont donné les mêmes résultats : l’absorption de
calcium est de trois à quatre fois supérieure à celle de magnésium, et l’absorpüion centésimale de calcium est un peu plus du double de celle de magnésium; les rapports sont 2.3 et 2.1. La sélection : est en faveur du calcium.
Ces expériences n’ont pas la prétention de fixer les besoins minéraux des plantes; elles ont pour unique but d'établir que les végélaux exercent un choix parmi les sels solubles qui leur sont offerts. Nous pouvons nous imaginer ainsi ce qui se passe lorsque les plantes ont à leur disposition un mélange de potassium, de sodium et de calcium : le potassium sera absorbé en grande quantité, le calcium sera pris en proportion notable, puisque son absorption n’est pas annulée par la présence du potassium qui, au contraire, annihilera ou réduira fortement l’absorption de sodium.
Mais les résullats observés ne peuvent pas être généralisés ; si le colza, le blé, le seigle, les pois, les lentilles prennent plus de potassium que de calcium, il ne s'ensuit pas pour cela que toutes les plantes se comporteront de même. En outre, dans d’autres conditions, les choses ne se passent pas toujours de la mème façon, car, d’après ce que nous avons vu, la nutrition antérieure des sujets en expérience exerce une influence sur leur nutrilion postérieure.
Quelle est la cause de ces choix? Elle ne peut pas être attribuée à l’insolubilisation de l’un des sels sous une forme bien déterminée. Nous ne pouvons pas y voir non plus la conséquence de propriétés physiques de ces corps, puisque les vitesses de diffusion des sels de potassium et de sodium, par exemple, sont trop voisines pour expliquer les différences observées dans l'absorption.
Si, au lieu de considérer les poids absolus des éléments qui sont entrés dans les plantes, on compare les nombres de molécules, on trouve encore des différences considérables.
Reprenons la comparaison entre la matière azotée vivante et les colloïdes minéraux. Si l’on fait filtrer sur de l’argile des sels de soude el des sels de potasse, on constate que les solulions des premiers passent presque sans modification, Landis que les seconds sont relenus; la terre arable jouit des mêmes propriétés qui sont dues non seulement à la présence de l'argile, mais aussi à la présence de matières organiques mal définies. La terre ne retient pas les sels de chaux, et ses propriélés absorbantes ne sont pas
les mêmes pour les chlorures, par exemple, que pour les carbo= nates. Enfin, les propriétés absorbantes de l'argile sont profondément modifiées par la dessiccation et la contraction.
La matière protoplasmique, essentiellement colloïde, possède des propriétés analogues. Quant au fait qu’elle absorbe bien le sodium lorsqu'il est seul et qu'elle le laisse de côté lorsqu'il est accompagné du potassium, on peut voir là une affinité plus grande pour le second métal, absolument comme lorsqu'un mélange de deux bases est en présence d’une quantité insuffisante d'acide, l’une d’elles sera neutralisée de préférence à l’autre. Une autre considération en faveur de cette hypothèse réside en ce que nous avons vu les plantes se salurer progressivement d’un sel, d’un nitrate, et qu’une fois la saturation atteinte pour un nitrale d’une base déterminée, elle existe aussi pour un nitrate d’une autre base, et même pour un autre sel.
(Il est remarquable que les matières vivantes fixent de préférence le potassium, en laissant le sodium de côté. Ce que nous constatons dans le règne végétal existe aussi dans le règne animal: dans le sang, la partie vivante, les globules, renferme du potassium; au contraire, le sérum qui la baigne est riche en chlorure de sodium.)
À proprement parler, il n'y a pas combinaison entre le protoplasma vivant et le sel soluble, puisque, lorsqu’nne cellule séjourne dans une solution saline, sa pression osmotique croit, et que cette augmentation est partiellement due à l'introduction de sel; si, comme nous l’avons déjà dit, une combinaison avait lieu, le nombre de molécules en solution ne changerait pas, et la pression ne varierait pas autant.
Est-ce à celte tendance à augmenter sa pression interne que présentent les cellules plongées dans des solutions salines ou autres qu'il faut attribuer l'absorption de la substance dissoute?
Il est certain qu’un effet de cette absorption est d'accroître la pression osmolique intérieure aux dépens du liquide extérieur. Mais nous avons montré que des plantes peuvent totalement priver de chlore où d'azote nitrique des solutions ne renfermant que des traces de ces corps; à ce moment, les cellules présentent un excès osmotique énorme sur le liquide extérieur; ce n’est donc pes parce qu’un excès osmotique tend à s'établir que ces traces de sel sont prises, puisque cet excès existe déjà et qu’au contraire
le séjour des cellules dans une solution aussi diluée fait baisser la pression intérieure. Et, d'autre part, il arrive un moment où l'absorption cesse, même lorsque la concentration extérieure n’est pas négligeable, correspondant par exemple à une demi-atmosphère. Un accroissement de la pression extérieure, s’il provoque un accroissement dans la cellule, ne cause pas, dans ces conditions, l'introduction d’une nouvelle quantité de sel.
Nous sommgs donc obligés de reconnaître qu'il n’y a pas là de cause dominante de Pintroduction du sel, surtout lorsque l’on considère ce qui se passe pour les mélanges de potassium et de sodium, et on est amené à considérer ces phénomènes comme analogues à des saturations chimiques.