Procès-verbal de la séance du 6 mai ijit
l'habile artiste dont il recherchait l'avis avait fort goûté la justesse et la simplicité de sa méthode, que l'entreprise n'avait pas été moins de son goût, et que, tout usé qu'il était par le travail et par les années, l'amour de l'art lui avait fait retrouver de nouvelles forces, et ce fut en effet avec les propres instruments et presque sous les yeux et la direction du bonhomme que l'opération se fit. J'ai voulu, ajoute joliment le narrateur, laisser subsister l'expression de Bourdon dans toute sa simplicité'. »
Or Poussin mourut le 19 novembre i665, quelques mois après l'arrivée de Monier. Nous pouvons donc assurer que le premier travail de Monier et sans doute de J.-B. Corneille fut de mesurer presque religieusement, sous la direction de Poussin près de mourir, les plus belles statues antiques. Ainsi se précise dès l'origine la signification, la raison d'être véritable de l'École de Rome qui se proposait de former par la vision directe de l'antique des artistes capables de rivaliser avec les Grecs pour la plus grande gloire du roi. L'Académie de France à Rome était le prolongement nécessaire de l'école académique de Paris ; les travaux qui devaient s'y faire ne pouvaient différer que par l'habileté technique et, puisque Poussin apparaissait à ses contemporains comme le continuateur direct de Raphaël et des admirateurs de l'antique, il était juste qu'il présidât aux premiers travaux des premiers élèves : sa direction, si éphémère et si touchante, symbolise l'esprit qui inspira la création et les efforts de la jeune et glorieuse Académie*.
I. Article Conférence, dans le Dictionnaire des arts de peinture, sculpture et gravure, t. I, p. 419.
a. Les informations sur les origines de l'Académie de France à Rome sont malheureusement des plus rares : outre la Liste des pensionnaires.., publiée par MM. Guiffrey et Barthélémy, on ne peut guère citer qu'une communication de M. Lucien Marcheix insérée au Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, année 1908, p. aï, et un article de M. Henry Lapauze, paru dans le Bulletin de l'art ancien et moderne, n»' du 10 et 17 février igiî. Encore faut-il supprimer de la liste publiée par M. Marcheix Bénigne Sarrazin qui obtint simplement une pension du roi pour aller à Rome, comme nous avons vu plus haut (p. ?o) que dès 1624 Simon François en avait obtenu une.
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