I. Procès-verbal de la séance du 3o août
PRIX DE ROME. ï65
règlement, puisque, le ii avril i665, la Compagnie ordonne de déposer au bas de chacune des oeuvres « une boîte pour recevoir les avis que chacun des délibérants seront tenus d'apporter par écrit sur des feuilles parafées du recteur en exercice » .
11 est à croire que certains académiciens avaient, Tannée précédente, été bien embarrassés à la pensée de rédiger leur avis et avaient demandé des instructions précises. Car, le lo septembre 1664, la Compagnie déclare « qu'on doit considérer en un tableau d'histoire ces points principaux à savoir I " l'ordonnance ou disposition du sujet ; 2° l'expression sur le sujet en général et sur chaque figure en particulier; 3° la perspective à l'égard du plan, des figures et de la lumière ; 4" le dessin et proportion de toutes les parties du sujet bien terminé; et 5° la distribution des couleurs ». Les qualités techniques, on le voit, sont ici nettement subordonnées aux qualités intellectuelles; cependant nous pouvons croire que les artistes y étaient moins insensibles qu'ils ne voulaient le faire croire, puisque le même jour ils donnent le prix de sculpture à un bas-relief qui « s'est trouvé à le mériter par l'abondance de sa disposition et la facilité du travail ' » . A noter que les œuvres n'étaient pas signées et que dans les votes on les désignait par la lettre de l'alphabet inscrite sur chacune d'elles : reste à savoir si cette précaution garantissait . suffisamment l'anonymat. J'incline à croire que les concours de 1664 et de i665 ne furent ni plus sincères ni plus impartialement jugés que ceux dont, un siècle plus tard, Diderot devait nous laisser un si savoureux récit -.
Une fois arrivés à Rome, qu'y faisaient les élèves ? La Correspondance des Directeurs de rAcadétnie de France ne nous donne aucun renseignement pour la période des débuts, et nous en sommes réduits aux conjectures et aux déductions. Cer-
1. Procès-verbal de la séance du lo septembre 1Ô64. - Le sculpteur Roger semble avoir traité le sujet de la Réduction de Dunkerque, mais sous le mythe d'Apollon et Marsyas; le procès-verbal de la séance du ii mars i663 prévoyait en eftet que cet acte héroïque du roi serait représenté « une fois par la Valeur, et une autre fois par la Richesse ». Le mythe de Danaë fait allusion à la Richesse; celui d'Apollon et Marsyas fait suffisamment allusion à la Valeur.
2. Diderot, Salon de 1767, éd. Tourneux, t. XI, p. ?76 et suivantes.
tainement les jeunes artistes étaient astreints, dès i665, à l'envoi de quelques-uns de leurs travaux à TAcadémie de Paris : car, le 6 novembre 1666, celle-ci, sur l'ordre de Du Metz, examine les œuvres qui viennent d'arriver, marque chacune d'elles d'une lettre et établit ensuite un classement, « afin que ceux qui auront été jugés avoir mieux fait soient par là encouragés à avancer d'autant plus les progrès de leur étude » . Nul doute que ces envois ne fussent des copies, puisque, deux ans plus tard, le 7 avril 1668, l'Académie sollicitée de nouveau par Du Metz d'examiner et de classer les tableaux envoyés par les élèves, « a estimé que l'on n'en pouvait juger n'ayant point les originaux présents, et que l'on s'en remettait à M. Errard ».
Ce qu'on copiait à Rome, c'était bien évidemment les chefsd'œuvre de l'antiquité et de Raphaël : toute la doctrine académique repose sur ces deux bases. Mais parfois il s'y faisait aussi d'autres travaux, et nous avons la bonne fortune de posséder un texte qui ne nous laisse aucun doute sur l'occupation de Pierre Monier dès son arrivée à Rome, avant même que son directeur Errard eût encore quitté Paris. Monier, nous venons de le voir, partit pour Rome à pied, avec J.-B. Corneille. Comme le biographe de ce dernier nous dit que ce fut « par un froid humide » et en i665 ', le voyage eut lieu en hiver ou au commencement du printemps, et on peut fixer approximativement au mois d'avril ou au mois de mai la date de l'arrivée des premiers pensionnaires du roi. Or Watelet reproduisant l'analyse d'une conférence de Sébastien Bourdon lue à l'Académie par Mariette le 6 mai 1752^, raconte que cet artiste avait chargé son élève Monier de mesurer de nouveau à Rome les statues antiques que luimême y avait mesurées autrefois. « Il lui avait enseigné, dit Mariette, la méthode qu'il devait mettre en pratique et dont il était sûr pour en avoir déjà fait lui-même l'épreuve. Il ne voulut pourtant pas que son élève entreprît rien que de concert avec le Poussin, et il eut la satisfaction d'apprendre que