CHAPITRE III
Voici comment, vers lySo, le comte de Caylus, réunissant les matériaux d'une sorte de biographie générale des membres de l'Académie royale de peinture', résumait la carrière d'Abraham Bosse : « Graveur et savant dans la perspective, se fit rechercher par l'Académie pour l'enseigner à ses élèves et fit l'ouverture de cette école le 9 de mai 1648. Il dédia à l'Académie un livre intitulé Sentiments sur la distinction des diverses manières de peinture, dessin et gravure et des originaux d'avec leurs copies (mai 1649). Il continua ces leçons et fut reçu simplement pour la perspective le 7 novembre i65 1 . C'était un homme emporté qui eut dispute avec Errard pour des figures qu'il avait copiées et avec Le Bicheur sur son traité de perspective. Ses discours et ses procédés le firent renvoyer le 25 juin 1661 , et ce renvoi fut confirmé par un arrêt du 24 novembre 1662^. » Caylus ne semble pas autrement ému des malheurs ou des crimes de Bosse, et, vers la même époque, Mariette, tout en appréciant les traités techniques où le graveur s'était inspiré de la doctrine de Desargues, « excellent géomètre », écrit assez cavalièrement : « Son esprit cri-
1. Les notes du comte de Caylus nous ont été conservées dans la liasse portant le n" 1 3 du Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts. Dans le Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français (année 1908, p. 70 et suivantes), j'ai essayé de préciser la date du travail de Caylus et de montrer l'intérêt de ses re-
i cherches.
2. Les dates données ici sont exactes, quoique Bosse ait été reçu le 4 et non le 7 no- Ivembre i65i et quoiqu'il ait été exclu le 7 mai et non le ï5 juin 1661. Mais une lec- I turc attentive des procès-verbaui de l'Académie explique ces légères erreurs et prouve Ique Caylus s'est reporté aux registres de la Compagnie.
tique et son peu de ménagement lui suscitèrent bientôt des ennemis qui formèrent un parti assez puissant pour l'en faire exclure (de l'Académie). Tout ce qu'il écrivit depuis pour sa défense ne servit qu'à les aigrir encore davantage et à lui faire perdre un temps qui aurait été bien plus utilement employé à la gravure ' . »
Mariette en parle à son aise et ne semble pas se douter de l'âpreté des luttes que Bosse eut à soutenir. Plus d'un an après son exclusion de l'Académie , Le Brun le soupçonnant sans aucune preuve sérieuse d'avoir poussé quelques étudiants à quitter l'école académique et à poser le modèle entre eux contrairement aux privilèges de la Compagnie, obtint, le 24 novembre 1662, un arrêt du Conseil d'État condamnant les étudiants et en même temps défendant « au dit Bosse de s'ingérer d'aller se présenter dorénavant à ladite Académie royale, de prendre plus la qualité d'académiste, de parler d'elle qu'avec honneur et respect et de tous ceux qui la composent, d'écrire aucunes lettres, libelles, mémoires, requêtes, factums ni autres choses qui les regardent à peine de prison ^ » . En 1 668, quand parut L'Art de peinture de Du Fresnoy avec la traduction et le commentaire de Roger de Piles, Abraham Bosse écrivit ce qu'il pensait de cet ouvrage et aussi de celui de Grégoire Huret qu'il désigne seulement par ses initiales \ L'attaque était vive, mais, somme toute, courtoise. Elle valut à son auteur une riposte en vers, dont l'extrait suivant donnera une suffisante idée * :