‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 51 sur 105 · I. Procès-verbal de la séance du 7 mai · texte numérisé non relu

I. Procès-verbal de la séance du 7 mai

assister Ratabon et dans laquelle serait définitivement rédigée la sentence d'exclusion de Bosse. Je ne pense pas que la séance ait eu lieu, puisque l'Académie décide, le 25 juin, « d'attendre la présence de M. le Directeur », et que les procèsverbaux, à partir de cette date, restent absolument muets sur le compte de Bosse, quoique la vengeance de Le Brun ait continué à s'exercer sur lui devant d'autres juridictions '.

Mais enfin le discours inachevé de Testelin nous est parvenu^ : tendancieux, perfide, méchant, il ne s'appuie pas, comme le Récit, sur des documents et des faits qui se puissent contrôler, mais ne néglige rien de ce qui s'est dit à un moment donné au sujet de Bosse, depuis les prétendues plaintes des étudiants sur son enseignement jusqu'à son prétendu désir de vendre ses livres par esprit de lucre, à l'exclusion de ceux de ses confrères. Et avec une feinte impartialité, le secrétaire projetait de terminer ainsi son discours : « Sur quoi je conclus donc. Messieurs, non à l'ordinaire par mon suffrage puisqu'il serait suspect en cette affaire, mais par les avis de Monsieur notre Directeur que je vous mets en mains. » De fait, il existe dans la liasse un projet d'exclusion de Bosse signé de Ratabon, beaucoup plus violent et infamant que les termes du procès-verbal de la séance du 7 mai. Un autre projet, très raturé, déclarait non moins durement et injustement « ledit Bosse indigne et incapable d'être dorénavant du corps de l'Académie... sa prétendue lettre lui ayant été donnée par M. de Charmois sans aucun suffrage de l'Académie ». Devant ces projets de Testelin inutilisés, on est tenté de se demander si l'ardeur des adversaires de Bosse ne fut pas calmée par ces quelques « candides quoique timides » dont il parlait dans sa lettre à Mauperché.

En tous cas, Bosse, exclu de l'Académie, ne cessa pas de se défendre : il publia en i665 les leçons professées en i65i, puis en 1667 Le Peintre converti. Sans doute lui répondit-on plus

1. Voir plus haut, p. 68. — Ratabon, malade, ne revient à l'Académie que le 34 septembre 1662, et soit en raison de l'arriéré des affaires à liquider, soit par prudence, on ne parle pas de Bosse.

2. Ce discours devait suivre la lecture du récit ou rapport : une des première» phrases le dit expressément.

LE CAS D'ABRAHAM BOSSE. n3

d'une fois ou même prit-on les devants, mais sous le couvert de l'anonymat, alors que lui, tout vaincu qu'il était, continuait de combattre au grand jour pour Desargues et la perspective contre Le Brun et les fausses doctrines. Au fond, ce qu'on peut lui reprocher dans ce duel, ce fut de n'avoir point su vaincre; car je le crois beaucoup plus maladroit et beaucoup plus honnête que ses adversaires; pour ce qui est de la prééminence de la perspective, je ne me prononce pas, quoique enfin il semble y avoir eu depuis Bosse de très grands artistes qui ont ignoré Desargues; mais ce qu'on peut dire, c'est qu'il n'était ni envieux, ni orgueilleux, lui qui écrivait de Callot, le seul graveur qui l'ait surpassé de son temps : « Enfin, je dirai ici que feu l'illustre Callot a été en son travail non la merveille de son siècle, mais de tous les autres dont nous avons mémoire » , lui qui défendait Benoît et ses portraits de cire contre la médisance : « Si ceux qui ont prétendu les mépriser, dit-il, en avaient vu comme moi à qui il a donné l'air de vie par une gaieté souriante, ils n'auraient peut-être pas été si prompts à déclamer contre une si belle invention' ». Bosse savait parler pour les autres comme pour soi, même quand les autres n'étaient pas Desargues ; il défendait les morts comme Callot et les vivants moins glorieux comme Benoît; ceux qui l'ont fait condamner pour allégations mensongères et outrages n'ont pas toujours été aussi généreux que lui, et c'est une pitié de voir exclure de l'Académie, aux applaudissements mêmes de ses biographes, un des plus admirables graveurs, non seulement de son siècle, comme lui-même disait à propos de Callot, mais de tous les autres.

Testelin ne fit certes pas amende honorable, mais dans la Relation inspirée par lui, Nicolas Guérin, ou le rédacteur quel qu'il soit, a laissé du texte principal un commentaire plus juste daté de lyoS : « M. Bosse, dit-il, avait donné plusieurs sujets de mécontentement par des écrits diffamatoires qu'il avait publiés contre l'Académie, taxant les peintres d'icelle d'ignorants et d'ingrats envers un homme à qui toute la peinture devait avoir obligation, ce qu'il disait parlant de lui et de

1. Discours tendant à désabuser ceux.., k la fin du Peintre converti.

la géométrie, à laquelle il voulait assujettir toute la peinture.

« L'incompatibilité de ses sentiments lui attira des ennemis, entre autres MM. Huret, graveur, Le Bicheur et Seguans, géomètres, qui le combattirent par des écrits imprimés, auxquels il répondit par des libelles injurieux, ce qui causa beaucoup de division dans T Académie.

« M. Le Bicheur dédia à M. Le Brun en 1660 un livre de perspective qu'il avait composé, lequel M. Bosse dit être pillé de M. Desargues; Le Bicheur, profitant de la disgrâce de M. Bosse, fit sa cour à M. Le Brun pour se mettre bien dans son esprit aux dépens de l'autre, ainsi qu'on le voit dans l'épître dédicatoire de son livre dédié à M. Le Brun'. »

Laissons de côté les libelles injurieux sur lesquels nous sommes maintenant fixés, rappelons-nous les attaques anonymes des adversaires de Bosse; et convenons qu'en effet il voulait assujettir toute la peinture à la perspective et à M. Desargues, qu'il s'attira parmi les graveurs et les géomètres, ses rivaux, des ennemis dont nous trouvons les initiales dans ses écrits et dont les noms s'étalent ici sans que le dossier en fasse jamais mention, que Le Bicheur pécha en eau trouble, et que l'exclusion de Bosse fut non un acte de justice proprement dite, mais une disgrâce comme l'écrit Nicolas Guérin.

Décidément le cas d'Abraham Bosse n'était pas pendable ^

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