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LE CAS D'ABRAHAM BOSSE. loy
leur envieuse passion et ignorance volontaire et de la faiblesse du traité de perspective que M. Le Brun s'est fait dédier, et surtout après ce que vous en pouvez avoir vu dans rimprimé que je vous ai porté. Au reste, Monsieur, vous devez encore avoir assez de preuves de la capacité de l'auteur duquel j'ai puisé une bonne partie des choses que j'ai enseignées dans l'Académie plusieurs années, et, de plus, le jugement qu'il fit pour cette prétendue élévation de l'eau de la Pompe Samaritaine.
« Monsieur, vous m'avez aussi dit autrefois que l'on vous avait apporté des écrits faits contre M. Desargues : je vous ai baillé les réponses qui démontrent les ignorances et malices de ses envieux et aussi leurs faussetés,
« Feu M''" Desnoyers, votre prédécesseur, d'heureuse mémoire, voyant quelques envieux du mérite dudit Desargues, eut bien la bonté et curiosité d'en vouloir voir la preuve au Louvre, en présence des intendants, architectectes, entrepreneurs et plusieurs des appareilleurs, sur la coupe des pierres et cadrans au soleil, et chez M. de Monroy pour l'élévation d'eaux et autres fardeaux, où ledit s"' Desargues fit voir en cela son clair et net raisonnement, ce qui fit que M*'' Desnoyers lui rendit ensuite de très bons offices.
« Enfin, Monsieur, je serais très marri de me voir obligé à mettre en lumière des choses qui puissent être de mauvaise odeur à l'Académie, quoique très justes et équitables, pour maintenir mon honneur et mon bien à l'encontre de ceux qui me le veulent ravir, et que vous eussiez la moindre pensée que ce fût au sujet de ce que vous avez empêché que le plus grand nombre de la Compagnie me tinssent la parole que volontairement ils m'avaient baillée pour m'obliger à signer un acte ou arrêté dont je ne pouvais demeurer d'accord de son contenu très ridicule', vous assurant, Monsieur, que, n'étaient les mauvais discours que tiennent de moi, à tort et
I. Bosse fait encore allusion ici à la délibération du 7 août dont il aurait accepté conditionnellement les clauses. Le post-scriptum ajouté par Bosse à sa lettre indique que de véritables négociations avaient eu lieu, et me confirme dans la pensée que seule la mauvaise volonté de Le Brun empêcha la paix de se faire. Bosse, joué une première fois, s'aigrit et ne voulut plus, sous aucun prétexte, se dessaisir de ses lettres de i65i avant d'avoir les nouvelles.
no ACADEMICIENS D'AUTREFOIS.
sans cause, MM. Errard, Le Brun, Le Bicheur etTestelin, et le tout au préjudice, s'ils pouvaient, de mon honneur et de mon bien, je garderais le silence, ayant (Dieu merci) assez de charité pour cela. Mais, puisqu'ils y persistent, vous ne trouverez point mauvais, s'il vous plaît, que je me justifie, par ma lettre de M. de Charmois et par les actes signés des anciens ou professeurs au nombre de sept, et ensuite de mes leçons aussi signées, en attendant que mon dit traité des leçons voie le jour sous la protection d'une personne ' qui n'en ignorera pas les beautés et les vérités, ni non plus de faire le discernement si j'ai ou non obligé l'Académie par mon procédé, et si une partie de ceux qui la composent ne lui font pas un signalé déshonneur. C'est donc, Monsieur, le dessein de celui qui avec votre permission sera toujours, nonobstant les méconnaissances et préventions. Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur,
« A. Bosse. »
« Nota. La parole que le plus grand nombre de la Compagnie m'ont donnée pour me faire signer est que ma seconde lettre me serait donnée avant que de rendre ma première et qu'elle serait accompagnée des mêmes privilèges que celle des professeurs, puisque, sans contredit, la fonction que j'avais faite dans l'Académie n'était en nulle façon inférieure à celle de poser le modèle en action ou attitude, et que, pour cet effet, il y avait encore plusieurs lettres de reste du nombre des trente que Sa Majesté a données-.
« Pour conclusion. Monsieur, il faudrait que je fusse le lâche des lâches et le faible des faibles pour recevoir une charge ou qualité d'académiste et conseiller qui est à dire compagnon et maître; mais mes leçons feront bien voir ce que j'ai enseigné. »
Telle est la dernière lettre que nous ayons d'Abraham
1. Les leçons publiées en i665 furent dédiées à Nicolas de Croismare, chevalier, seigneur de Lasson.
2. Le roi, par l'article 20 de l'ordonnance du 24 décembre 1654, accordait à trente membres de l'Académie de peinture « les mêmes privilèges qu'aux quarante de l'Académie française ».
LE CAS D'ABRAHAM BOSSE. m
Bosse au cours de sa lutte contre Le Brun; tout ce qui a amené le débat y reparaît : son culte pour Desargues, sa lettre d'académicien, ses leçons, son indignation contre Le Bicheur. Mais il fronde le surintendant, directeur de T Académie, et refuse nettement, violemment, d'obéir aux injonctions de la Compagnie; auxvii' siècle, on peut en prendre à son aise avec les pouvoirs établis et les ordonnances, même royales, à condition de respecter les gens en place et de ne pas faire de bruit. Bosse, au contraire, ne voulait s'incliner que devant de bonnes et justes raisons, que devant des jugements rendus en forme, et recherchait le scandale pour prouver son bon droit : il devait infailliblement succomber.
Et, en effet, le 7 mai 1661 (notons encore ce répit de cinq mois avant la condamnation, comme si on avait voulu laisser aux esprits le temps de se calmer), l'Académie statuant sur les plaintes de Bosse, de Le Bicheur et d'Errard, « a cassé et annulé tant la lettre d'agrégation dudit sieur Bosse que l'acte sur lequel il a extorqué des signatures, révoquant toutes les grâces et faveurs qu'elle lui a ci-devant accordées, lui défendant l'entrée en icelle et défendant d'y recevoir ni lire à l'avenir aucuns de ses Ubelles..., ordonnant en outre que cet arrêté sera affiché en la salle des étudiants de l'Académie pour toute signification conformément à celui qui est enregistré dans le grand registre ' » . On voit que Testelin tenait à accréditer ce bruit répandu par lui, que Bosse avait extorqué les signatures du fameux (îc/e du i" juillet i65i. Mais TesteHn n'en était pas à une vilenie près, et le dossier de l'affaire nous en conserve une dernière preuve irrécusable.
Le procès-verbal de la séance du 7 mai indique qu'un rapport fut fait « sur les procédés et lettre dudit Bosse ». Une rature nous permet de lire que ce rapport avait pour auteur le secrétaire. Or nous possédons aujourd'hui, à côté du Récit de ce qui s'est passé en l'Académie à l'égard du sieur Bosse, c'est-à-dire du rapport auquel nous avons fait de larges emprunts, un véritable discours prononcé ou tout au moins préparé par le secrétaire pour une séance à laquelle devait