‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 58 sur 105 · II s'agit évidemment de Jean Goujon · texte numérisé non relu

II s'agit évidemment de Jean Goujon

abîmées dans Tignorance de la science théorique des arts qu'elles professent. Le bruit de cette conjonction ne fut pas plus tôt répandu dans Rome qu'on vit un placard sur Pasquin, où estoient représentés un asne et une asnesse en acte de génération et deux hommes qui tenoient ces deux animaux liez ensemble par le milieu du corps avec une corde de laquelle chacun d'eux tiroit un bout de toute sa force; au dessus du placard étoit écrit en grands caractères : La conjonction des Académies de Rome et de Pirsa. Et plus bas : Si chaque espèce engendre son semblable, nous aurons des asnons. Vous sçavez que Radrer, Grodiran, Nigaudren et Pelcoy ' , envoyez à Rome pour diriger vos asnons disciples académiciens, ou pour visiter les statues et fragmens antiques, ont esté successivement conduits à la chaise Borghèse, dans laquelle ayant pris séance ils y ont reçu la berne dont les Romains ont accoustumé de régaler les sots. Ces raisons jointes à la raillerie que vous dit un jour dans Venise le docte Sénateur Girolamo Lumiole : que l'architecture étoit dangereusement malade dans rostre pays, puisque l'on avoit été contraint de l'abandonner à un médecin *, doivent être suffisantes pour vous faire abandonner les sentiments d'une cause que vous ne pouvez soutenir avec honneur et sans vous exposer à rougir devant ceux qui ont plus de connoissance de la faiblesse que vous n'en avez.

Le Narcfois. — On ne doute pas que la belle architecture n'ait été inventée par des hommes remplis et enveloppez jusque par dessus la teste de la plus fine géométrie, et que les édifices publics et particuliers des premiers et plus fameux architectes se trouvèrent tellement accomplis en l'extérieur et intérieur de leur structure qu'ils servirent de règle et de prothotype à ceux qui de temps en temps ont fait profession de cet art ; lesquels copiant les uns sur les autres sans observer la première régularité, ont dégénéré jusqu'au point quïl ne nous reste à présent au lieu d'architectes que des picqueurs de manœuvres qui ne sçavent pas seulement construire une

i. Anagrammes de Errard, Girardon, Regnaudin, Coypel. 2. Allusion à Perrault.

cheminée qui n'emplisse toute la maison de fumée; et sans le chanoine Sebron qui a trouvé remède à cet inconvénient, la moitié des maisons de Pirsa seroient devenues inhabitables.

C'est pourquoi je souscris que l'architecture est morte dans les formes, c'est à dire dans les mains d'un sieur K. K. aussi ignorant dans l'art de bâtir qu'en celui d'Esculape; mais à l'égard du sculpteur et du peintre, je vous prie de me dire succinctement les prérogatives qu'ils ont ou doivent avoir l'un sur l'autre à raison de leur art et en quoy consiste la théorie qui leur est nécessaire pour élever leurs ouvrages à la même perfection que Phidias, Praxiteles, Agesander, Athénodore, Polidore, Glicon, Appelles, Prothogenes et Zeuxis ont élevé les leurs, supposé que la science de ces trois derniers aye esté telle que l'ont décrit quelques historiens qui paroissent avoir eu peu de lumières en telles choses.

Mais auparavant apprenez-moy s'il vous plaît quels sont les deux hommes qui tiennent l'asne eil'asnesse de la pasquinade en conjonction; car je conjecture que c'est de ces espèces de gens qui veulent soutenir aveuglément l'intérêt des arts quoy qu'ils n'en ayent pas plus de connoissance que de la chimère.

L'Italien. — On dit hautement que ces deux hommes sont Charles Turapel et Gedeon Zudmet ' conducteurs de manœuvres du Rouvel et de Saillevers^, comme membres de toutes les Académies de Pirsa, et particulièrement intéressez en la manutention de celle des statuaires et peintres, sous les auspices de laquelle ilz ont été tirez de leur première bassesse.

Pour satisfaire à vostre demande sur les prérogatives du sculpteur et du peintre, vous devez être persuadé que l'art de sculpture n'est pas moins recommandable au-dessus des autres arts que l'est un homme vivant exposé au soleil au-dessus de son ombre. Dieu au commencement des temps créa tous les animaux qui habitent sur la terre, sous l'eau et dans l'air, en forme relevée et non platte. Il forma l'homme à son image et

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