Le chancelier Siiguier
3. Il s'agit de l'exposition de lôyS qui passe à tort pour le premier Salon. La Friperie des Peintres, que personne n"avait signalée et dont les contemporains n'ont pas parlé, n'a pu être retrouvée.
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mais le Saint André des Airs qui est à Topposite est sans contredit de la même fabrique que ses batailles, triomphes et autres ouvrages. S'il connoissait l'effet que doivent faire les passions de Tâme sur la face humaine, auroit-il, tant de fois comme il a, représenté le furieux pour le magnanime, le stupide pour l'héroïque, l'imbécille chagrin pour le modeste sérieux, le démoniacle ou le brailleur pour le criard effrayé, le constipé pour le plaintif affligé, sans observer en ses œuvres aucune distinction du caractère des personnes, d'autant qu'à son opinion la marque des mouvemens et conceptions de l'âme d'un grand Prince ne sont point différentes de celles d'un chétit valet. Son géomètre suit la maxime ordinaire de ceux de sa profession qui enseignent publiquement ce qu'ils ne savent pas, témoin son plan voisin du Pré au clerc. L'anathomiste achèvera de les précipiter dans la dureté et dans la sécheresse où ils sont déjà bien avancés. Pour ces hommes doctes qu'ils ont agrégez à leurs troupes, si vous appelez ainsi le borgne P. Renifor, procureur des putains et quelques autres de semblable étoffe ' , je m'en rapporte à l'hérétique TesteUn duquel le corps et l'âme sont aussi informes que les registres de l'Académie dans laquelle il est depuis si longtemps très digne secrétaire.
Le Narcfois. — En vérité. Monsieur, vous avez complètement effacé le peu d'estime que j'avais pour cette compagnie extravagante. Je ne m'étonne pas si plusieurs gens de mérite surpris par ce nom d'Académie, après l'avoir bien reconnue, y ont renoncé publiquement à la confusion de ces ignorans, lesquels, pour se vanger des affronts qu'ils en ont reçus, leur ont vilainement retenu ce qu'ils avoient exigé d'eux en leur réception, ce qui fit dire il y a trois ou quatre ans à l'un des abdicateurs que ces fourbes l'avaient volé et donné une partie de leur vol à un hôpital en reconnaissance de Vaille que leurs pères et mères, ayeuls et bisayeuls , y avoient dès longtemps trouvé^.
1. p. Renifor est le procureur P. Fornier ou Fournier qui défendit habilement les intérêts de l'Académie.
2. Ce propos ne peut être que celui de Simon Jaillot, le seul abdicateur connu, abdicateur d'ailleurs involontaire. Son morceau de réception est le seul qui ait été donné à un hôpital.
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Mais la surprise de quelques particuliers est peu considérable à l'égard de celle où est tombé la puissance supérieure en donnant un tiltre de Noble à Charles le Nurb pour avoir surpassé tous les peintres de son temps en l'art de peinture. J'eus dernièrement la bouche ouverte pour lui dire en face, après en avoir fait lecture, qu'on devoit du moins y avoir inséré qu'il fit pendre son cousin germain pour un crime que luy même luy avoit suggéré ' et le nombre des quittances et billets qu'il a fait écrire et signer en son nom par sa femme pour les donner comme il a fait aux ouvriers qui ont travaillé pour son maître sous sa direction. Pour moy je ne me facheray point du tout contre les étrangers qui en voyant les ouvrages de cet homme diront que les Narcfois ont la veue et le jugement plus troubles que n'eurent anciennement les Calcedoniens.
L'Italien. — Vous auriez sujet d'être scandalisé si ce méchant peintre étoit le seul faux noble de vostre nation; mais les dormeurs du Kieurelbam- et les quarante deux mille familles desquelles les Scaliger ont prouvé l'origine infâme (dans le manuscrit qui sera bientôt mis sous la presse) ne vallent pas mieux, non plus que ceux de la fabrique de Guirese qui par les intrigues de Densbale^ ont attiré une si grande multitude que, si l'enregistrement n'avoit pas été plus cher que les lettres, vous n'auriez peut-être pas un porteur d'eau ni un porte-faix qui ne portât l'épée avec ses seaux et ses crochets.
La robbe, la maltôte, et le secrétariat, et l'échevinage sont les garennes ordinaires de vostre Noblesse. Les extraordinaires sont le notariat faussaire, l'huisserie, le maquerelage, le la-
1. Un certain Louis Le Brun, cousin de Charles, fut pendu en 1664 pour avoir voulu l'empoisonner (voir VAbecedario de Mariette, t. III, p. g3). Les Archives Nationales conservent sous la cote X^* 1029 un interrogatoire du 17 janvier 1664 ainsi conçu: « Louis Le Brun, 35 ans..., a dit qu'il est peintre et demeurait en une maison appartenant au S' Le Brun peintre et que le S' Le Brun le faisait travailler, qu'il est le cousin du S' Le Brun, que, le 22 novembre i663, il fut en la maison du S' Le Bran et mit du poison dans son potage, a dit qu'il demandait pardon à MM" et l'a fait sans savoir ce qu'il faisait... que personne n'est mort... a prié MM"d'avoir pitié de lui. » 11 va de soi que l'accusation lancée dans le libelle contre Le Brun est diffamatoire.
2. Dans les Errata trouvés parmi les papiers de Jaillot, on lit que Kieurelbam doit être remplacé par Vinctum, ce qui reste aussi obscur.
3. Dans la clef trouvée parmi les papiers de Jaillot on lit : Guirese, Séguier, petitfils d'apothicaire et Densbale, Bàle Deny, agent secret de Guirese.
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quaitisme, la forfanterie Galenique, etc. C'est un appas pour leurrer les sots, comme étoit autrefois le paradis du Roy des assassins.
Les Princes plus judicieux sçavent très bien que la vertu est le seul titre qui peut distinguer les bons des méchans, et que le premier qui a donné des lettres de noblesse aux autres n'en avoit point luy-même; plusieurs l'ont retourné en ridicule comme depuis peu de temps le Prince de Lusitanie en donnant l'ordre de Chevalier del Christo à un frater barbier et à deux ignorans Médecins. Par ainsi ne soyez pas en inquiétude pour le titre de vostre peintre frippier; il suffit pour vous en consoler de croire qu'il le reçut par raillerie en mesme temps et de la mesme main qu'Angely reçut le sien pour récompense de ses folies. Si l'un finit peu de temps après ses jours dans un grenier, la noblesse de l'autre ne peut le garantir de la bastonnade au pont de Neuilly, non plus que la révérence de l'Académie n'en a pas exempté plusieurs académiciens ses confrères qui en ont esté chargez à divers fois par les cochers des fiacres publics ' .
Le Narcfois. — Je conçois très bien par ce que vous venez de dire que la naissance est égale à tous les hommes et qu'aucun ne peut donner ce qu'il n'a pas; mais je voudrois bien sçavoir si les titres de noblesse donnez par les Pontiphes rendent ceux qui les ont plus nobles et plus gentils que ceux des Princes séculiers.
L'Italien. — Les titres noblesqu'ont donné, donnent et donneront les Pontiphes de Rome jusqu'à la fin du monde ont et auront les mesmes droits et prérogatives que ceux qu'a donné Jésus Christ estant sur la terre puisqu'ils sont ses Lieutenans. Mais croyez moi : laissons les Artisans et les Nobles en repos et en allons prendre le nostre; car si quelque gentillatre à lièvre nous avoit entendu sans nous connoitre, il nous cracheroitau nez le proverbe commun de ses semblables qu'il est ordinaire à la canaille de mépriser les nobles.
A Leyden, rue pavée, à l'Enseigne de la Vérité. I. Tout ceci ne repose sur aucun fait connu et semble simplement inventé.
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On aura remarqué sans aucun doute qu'à côté des accusations les plus diffamatoires et les moins vraisemblables contre Le Brun et ses amis, Jaillot (ou l'auteur quel qu'il soit) n'avait pas eu de peine à discerner les défauts du premier peintre : son penchant à l'imitation ou au plagiat des grands modèles italiens dans la peinture d'histoire; les abus de sa pédagogie étroite qui prétendait, par l'étude de l'antique et du seul dessin, par celle de la fable et des bons auteurs, par la jonction des Académies de France et de Rome, infuser le talent aux élèves; enfin son dogmatisme dans la représentation de cette chose individuelle et changeante qu'est l'émotion, dogmatisme en contradiction fondamentale avec le principe qui aurait dû présider à la rédaction de cet ouvrage sur l'Expression des passions, où. il eut le malheur de prescrire les attitudes et les traits de physionomie propres à signifier la foi, Vestime, la frayeur ou Xamour simple.
Laissons de côté ce qui n'est qu'injure ou boutade : il reste dans ce libelle l'écho fidèle des reproches adressés à Le Brun par ses adversaires — ce qui n'empêchait pas ses adversaires de tomber dans les mêmes défauts! Et quel dommage qu'on n'ait pu encore retrouver cette Friperie des peintres dont l'auteur s'appelait peut-être Simon Jaillot, et qui fut certainement la plus ancienne critique d'un des plus anciens Salons !
Parce que Le Brun avait été maltraité dans le Dialogue et que l'Académie y avait été prise à partie, y avait-il lieu de mobiliser M. de La Reynie, de perquisitionner chez Jaillot et de l'envoyer à la Bastille en attendant la sentence du procès? Constatons simplement que la Bastille semblait faite tout exprès pour débarrasser des mauvais esprits les hommes en place et les corps constitués. Jaillot avait donc des droits incontestables à devenir l'hôte de la vieille prison d'État, car c'était un très mauvais esprit, et je ne serais pas étonné que par surcroît, il ait été l'auteur réel du libelle incriminé. 11 le nia expressément; mais dans les papiers saisis chez lui et qu'il reconnut avoir écrits, se trouva une clef des noms propres déformés dans le dialogue. On apprit ainsi par lui-même que Grodiran désignait Girardon, Nigaudren Regnaudin, Trapel Perrault, Zudmet du Metz, Guirese Séguier « petit-fils d'apo-
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thicaire », Denibale Baie Deny, « agent secret de Guirese », P. Renifor P. Fornier, « procureur des putains, des filous et de rAcadémie ». Bien plus, une liste d'errata commis dans rimpression du libelle était écrite, elle aussi, de la même main. Et enfin des pages entières des passages les plus sérieux du dialogue, de ceux où l'auteur louait la profession du sculpteur au détriment de celle du peintre, se retrouvaient presque textuellement dans des considérations sur les beaux-arts que le pauvre artiste semblait avoir préparées pour la publicité.
Au reste, on ne tint pas grand compte de ces faits dans l'instruction que, sans beaucoup de sens critique, dirigea en personne M. de LaReynie du 23 juin au 12 septembre 1678. Après la levée des scellés, le premier interrogatoire et l'information conduite par le commissaire Camuzet, arrivèrent, le 4 juillet, des lettres patentes du roi « pour continuer la procédure et information commencée, faire et parfaire le procès extraordinairement aud. Jaillot et autres ses complices qui se trouveront avoir composé, vendu ou débité le libelle calomnieux et diffamatoire qui a pour titre Dialogue d'un gentilhomme Narçfois avec un Italien, circonstances et dépendances, instruire et juger led. procès en dernier ressort ».
L'instruction semble avoir été laborieuse. Le 12 juillet, on trouve une « addition d'information faite par le s' Camuzet » et le 1 5 juillet, une «seconde addition d'information ». Il est visible qu'on s'occupa presque exclusivement de faire avouer ou de prouver à Jaillot qu'il avait écrit de sa main les diverses lettres anonymes injurieuses envoyées précédemment à l'Académie, puisque le i3 juillet intervient une « sentence qui ordonne la vérification des écritures dont était question par les sieurs du Houlx, Loyauté et Lanchenu, experts-maîtres écrivains nommés d'office » . On fournit à ce trio de graphologues des pièces de comparaison, et, le i3 août, Jaillot reconnut que les pièces examinées par eux étaient écrites de sa main.
De ce jour Jaillot fut définitivement perdu, les experts n'ayant aucune raison de prendre sa défense, les intentions du juge étant évidentes, et les pièces conservées encore aujourd'hui se prêtant aux conclusions les plus contradictoires. Le
29 août, on constate qu'il existe une « requête non répondue dud. Jaillot tendant à ce qu'il lui fût donné un conseil pour se justifier de son accusation ». Et le 12 septembre, sur la foi des dits du Houlx, Lanchenu et Loyauté précédemment confrontés avec Jaillot, fut rendue par M. de La Reynie assisté de sept conseillers du Châtelet, la sentence qui déclare « led. Jaillot dûment atteint et convaincu d'avoir composé et débité le libelle diffamatoire intitulé Dialogue d'un gentilhomme Narc/ois et d'un Italien, pour réparation de quoi il est banni pour cinq ans de la ville, prévôté et vicomte de Paris, il lui est enjoint de garder son ban à peine de la vie, et condamné en 3oo livres d'amende envers le roi; ledit libelle est déclaré injurieux et scandaleux, et comme tel ordonné qu'il sera brûlé en place de Grève par l'exécuteur de la haute justice. »
Ce n'est que le i3 janvier 1679 que Colbert ordonna l'élargissement de Jaillot; mais la peine du bannissement dut être commuée ou la surveillance illusoire; car Jaillot mourait le 23 septembre 1681 au quai des Grands-Augustins, très probablement chez son frère; il fut qualifié sur le registre de Saint- André des Arcs, sa paroisse, du titre de sculpteur du roi. Il devait avoir quarante-huit ans environ, et peut-être sa raison avait-elle été ébranlée par son procès un peu plus encore qu'elle ne l'était quelques années auparavant.
Car, il faut bien le dire, ce n'était pas par pure et gratuite dérision que Le Brun avait amené l'Académie à se dessaisir du morceau de réception de Jaillot en faveur de l'hôpital des Petites-Maisons. Les papiers saisis en 1678 sont parfois d'un homme intelligent qui s'est assimilé quelques fécondes idées de son temps, parfois d'un novateur généreux et hardi, parfois, hélas! d'un déséquilibré hanté par des rêves irréalisables de justice, par des chimères administratives, par le plus inquiétant dogmatisme artistique. Il y avait chez Jaillot un inventeur maniaque, et, précisément à cause de sa manie, on eût pu lui épargner la Bastille.
Cet homme pieux, chez lequel la justice saisit sous ce titre Réflexions touchant les livres, une liste d'ouvrages nettement jansénistes en même temps qu'une épigramme manuscrite
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contre Farchevêque de Paris', avait écrit quelques pages sur les Arts de peinture et sculpture qui témoignent de son amour et de son respect pour ces arts, autant que de ses illusions sur le pouvoir de la théorie. S'appuyant sur les mêmes textes de rÉcriture que Fauteur anonyme d'une très intéressante Lettre d'un ecclésiastique à un sien ami sur le sujet des peintures nues -, il affirme que « la sculpture n'est pas moins recommandable au-dessus des autres arts que le corps opposé aux rayons du soleil l'est au-dessus de l'ombre qu'il produit », et que « le sculpteur ne reconnaît pour auteur de son art que Dieu en trinité qui, au commencement des temps, créa toutes choses en nombre, poids et mesure et forma l'homme à son image et semblance ». La sculpture est une manifestation de la piété et un moyen de l'entretenir chez les hommes. Mais depuis Adrien elle ne s'est guère relevée, et il ne faut point attendre de chefs-d'œuvre comparables à ceux de l'antiquité « jusques à ce que les principes certains en soient rétablis » .
Veut -on savoir ce que Jaillot entend par les principes de la sculpture? On verra qu'il professa à peu près la même doctrine que son ennemi Charles Le Brun : « La théorie ou science de l'art consiste, dit-il, au véritable discernement du corps humain parfait d'avec l'imparfait et à la connaissance précise des proportions régulières de son tout avec ses parties, et réciproquement de chacune partie du tout entre elles dans les différents âges, situations et constitutions. Si le sculpteur ignore les passions de l'âme qui réfléchissent sur la face humaine , il représentera souvent la fureur pour la magnanimité, la stupidité pour la modestie, la rage et le déses-