CHAPITRE Vin
C'est le médiocre portrait d'un médiocre artiste que celui d'Antoine Paillet par Florent Richard Delamarre \ et sur cette physionomie froide et morne on chercherait vainement le reflet des qualités brillantes qu'on serait en droit d'attendre d'un recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Au reste, l'abbé de Marolles qui cite Paillet au nombre des collectionneurs d'estampes les plus avertis de son temps*, se contente de le classer parmi les peintres divers auxquels il fait un collectif succès d'estime dans cet alexandrin sans beauté :
Peintres de peu de nom et pourtant de mérite *.
Et vraiment mieux vaut s'en rapporter au jugement de l'excellent amateur qu'à celui du versificateur grandiloquent Monicart, l'auteur de Versailles immortalisé ou la Merveille parlante de Versailles, lequel prête à la Clélie peinte par Paillet dans l'antichambre de la reine ces propos ambitieux :
I. Ce portrait, conservé actuellement dans les magasins du musée du Louvre, figure au Catalogue sommaire des peintures de l'École française sous le n» 21 5. Delamarre l'offrit comme morceau de réception le 3o janvier 1677 en même temps que celui de Noël Coypel le père.
■X. Le livre des peintres et graveurs, éd. Duplessis, p. 11.
3. Id., p. 33. Les admirateurs de Paillet, s'il s'en trouve, auront la ressource de répondre que vers 1670, époque où l'abbé de Marolles composait son fâcheux poème, Paillet n'avait pas encore donné sa mesure, quoiqu'il eût déjà travaillé aui Tuileries.
J'étais de noble extraction
Et voici le sujet qui fait mon action
Que Pailler ici représente
D'une main légère et savante
Et dont chacun connaît la réputation '...
Au reste, venant de Monicart cet éloge ne témoigne pas d'une admiration très grande : il faut savoir transposer en langage plus simple et plus sincère les hyperboles du pauvre écrivain.
D'autre part, si nous considérons le cintre en camaïeu que nous a laissé Paillet au plafond d'une des salles de l'appartement de la reine, nous ne pouvons arriver à une émotion intense devant ces femmes héroïques dont il a retracé l'histoire. C'est du travail honnête et conçu dans un goût décoratif un peu froid, mais qui s'harmonise convenablement avec l'ensemble, et concourt à produire cette impression profonde d'ordre et de noblesse à laquelle n'échappe à Versailles nul visiteur suffisamment préparé.
Le Cabinet des Estampes conserve un certain nombre de pièces gravées d'après Paillet, soit par Guillaume Vallet, artiste assez médiocre dont il avait épousé la cousine en 1668 '•', soit par l'habile et consciencieux Etienne Picart, et nous nous demandons si Vallet a trahi son modèle ou si Picart lui a donné des qualités qu'il n'avait point. Mais dans telles ou telles thèses, comme celles de Louis Antoine de Noailles, ou de Louis Bolé de Champlay, Vallet donne des portraits à la fois si graves et si vivants qu'on est en droit de conclure que Paillet, comme beaucoup de ses confrères de l'Académie, n'était jamais mieux inspiré que quand il suivait de près la nature.
Donc que Paillet, comme Martin Lambert, comme Lallemand, comme Saint-André, comme tant d'autres à cette époque, ait été un bon portraitiste, voilà qui ne semble pas dou-
1 . Versailles immortalisé.., t. II, p. 89. Monicart, qui publia son poème en 1720, annonçait pompeusement neuf tomes in-quarto. L'accueil du public l'amena sans doute à s'arrêter au tome II, et il eût certainement mieux fait de ne jamais donner son manuscrit à l'imprimeur.