et. Jal, Dictionnaire critique, article Paillet
teux. Mais ni sa Vierge en prière, ni sa Vierge de douleurs où l'eifet théâtral nuit à l'émotion ne révèlent un grand artiste; son Mariage mystique de Sainte Catherine marque, grâce au profil poussinesque de la sainte et â sa coiffure imitée de l'antique, un effort vers le style sévère; malheureusement, la grâce en est absente^ et il ne vient pas à l'esprit d'accuser l'artiste d'avoir plagié les Italiens. Il compte d'ailleurs parmi les rares peintres de sa génération qui n'ont point passé les monts, sans qu'il ait eu, autant que Le Sueur, à s'en féliciter. Bref, les quelques documents qui nous permettent de l'étudier ne plaident pas en sa faveur ; nous ne nous étonnons point que sa renommée soit morte avec lui. Mais enfin comment se fait-il que ce talent assez mince l'ait élevé aux plus hautes charges? Paillet était-il donc un intrigant? La protection de Le Brun le servit-elle? Le seul hasard lui fut-il favorable?
L'unique biographie que nous possédions de lui, composée par Dubois de Saint-Gelais et lue à l'Académie le 7 juillet i73i,ne nous aidera guère à résoudre le problème. La voici en effet dans toute sa sécheresse : « Antoine Paillet, de Paris, était né avec des talents marqués. Il fut reçu Académicien en 1659, et il fit pour sa réception un tableau allégorique à la victoire qu'Auguste remporta à Actium sur Marc -Antoine et Cléopâtre ' . Assis devant le temple qu'il avait fait bâtir en reconnaissance à Apollon qui le couronne, il reçoit les tributs de toutes les nations en présence de la ville de Rome représentée par une femme vénérable qui lui fait des présents : la fortune et la renommée accompagnent cette action, et Neptune, témoin de la gloire de cet empereur, lui offre une couronne. On voit dans le lointain la marche du triomphe où la reine d'Egypte ne paraît qu'en figure, ayant préféré la mort à la honte de suivre le char de son vainqueur.
« En 1662, l'Académie le fit professeur, en i6go adjoint à recteur et recteur en lôgS. Il mourut le dernier jour de juin 1701, âgé de 75 ans. M. Paillet est connu par plusieurs
I. Guilletde Saint-Georges, qui s'était donné pour mission d'expliquer toutes les allégories des tableaux de réception, interpréta, le i" juillet 1684, à l'Académie et en présence de l'artiste, les intentions inscrites dans cette œuvre. Mais nous ne possédons •plus ni le discours de Guillet, ni le tableau de Paillet.
LA CARRIÈRE D'ANTOINE PAILLET. 2i3
ouvrages. Il fut choisi en 1660 pour faire le tableau votif de Notre-Dame qui représente le Martyre de saint Barthélémy ' . H a peint à Versailles dans l'antichambre de la reine cinq sujets : quatre historiques et un allégorique à la guerre ou à la fureur figurée par un homme armé d'un javelot allumé qu'il est prêt à lancer, et par une femme tenant d'une main une épée et de l'autre un flambeau. Les sujets historiques son Clélie passant le Tibre avec ses compagnes; Hipsicrate, femme de Mithridate, accompagnant le roi dans sa fuite; Zénobie, reine des Palmiriens, cotnbattant contre l'empereur Aurélien; Artémise, reine de Carie, soutenant les Perses à la Bataille de Salamine. »
Il ne semble pas que nous trouvions là des indications bien précises sur le point qui nous occupe : remarquons toutefois que Paillet pratiqua, heureusement pour sa carrière académique, Tart de la longévité; car il mit vingt-huit ans à s'élever au-dessus du grade de professeur, et vit pendant cette période mourir quelques concurrents qui, en 1690, eussent pu lui être préférés.
Enfin nous savons qu'en 1684, il donna à l'église Notre- Dame de Paris « un vœu représentant une Sainte Famille, auprès de laquelle on voit saint Antoine et au-dessus une gloire d'anges'^ », qu'il était l'ami de Stella et son témoin à son mariage, qu'il appartenait à une bonne famille, puisqu'il avait pour père un brodeur valet de chambre du roi et pour frère un gentilhomme servant chez le roi'. D'autre part, Guillet de Saint-Georges, dans sa biographie de Sébastien Bourdon, lue à l'Académie le 7 juin 1692, nous apprend qu'il comptait parmi les élèves de cet artiste. Mais aucun de ces renseignements ne nous apporte de précisions sur le mystère de sa carrière.
Remarquons tout d'abord que les débuts de Paillet ne semblent pas avoir été très brillants; car le procès- ver bal
t. Il s'agit d'ua des mais que la corporation des orfèvres offrait chaque année à l'église Notre-Dame.
2. Description historique des curiosités de l'église de Paris.., par M. G. P. G. « Ou croit, ajoute l'auteur, que ce peintre a fait présent de ce tableau à la place de celui qui n'a pas été donné cette année-là par les orfèvres. »