‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 92 sur 105 · Archives de Tarn-et-Garonne, C 63, i · texte numérisé non relu

Archives de Tarn-et-Garonne, C 63, i

2. Id., C 68, 3. Si les huit statues commandées à Arcis ont été exécutées, il est à présumer que deux auront été complètement détruites dans des accidents de ce genre.

la chapelle du Mont-Carmel du couvent des Carmes étaientelles très supérieures aux maquettes que conserve le musée de Toulouse; il faut songer qu'une réduction d'œuvres colossales paraît toujours maladroite et trop peu soucieuse du détail. Qui sait même si les bustes de terre cuite dont nous avons parlé n'étaient pas de simples études en attendant que les circonstances permissent une exécution plus raffinée et plus habile ?

En tous cas, les Évangélistes de la cathédrale Saint-Étienne rappellent, avec plus de feu, les meilleures productions parisiennes du même genre et de la même époque : Marc Arcis joint volontiers au personnage principal une figure d'ange ou d'enfant et enveloppe le tout d'un mouvement de draperies un peu tourmenté, mais élégant et puissant; le geste est rapide et l'exécution sa vante. Les Évangélistes de Marc Arcis ne seraient pas déplacés dans la chapelle de Versailles, et l'élève de Girardon, qui semble n'avoir pas ignoré le Bernin, a conservé toute la souplesse, toute la distinction, toute la belle tenue enseignées à l'Académie royale de Paris.

Mais son chef-d'œuvre est certainement le retable en plomb doré qui lui fut commandé pour le maître-autel de Saint-Sernin. On ne le voit plus guère aujourd'hui, caché qu'il est par un médiocre autel moderne, et il faut le regretter sincèrement'. Traité en bas-relief, le sujet offre un noble mélange de réalisme et d'élégance : on sait que saint Sernin refusant de sacrifier aux faux dieux fut attaché au taureau destiné à l'immolation et traîné par l'animal furieux jusqu'à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'église du Taur. Nouveauté aussi logique que hardie, c'est le taureau qui apparaît au centre de la composition, un taureau énorme, descendant éperdument les marches de l'autel le long desquelles on aperçoit le corps et la face douloureuse du martyr. L'expression du sentiment est un peu conventionnelle; mais il ne sied pas qu'un saint souffre comme un suppUcié vulgaire. Debout le grand-prêtre contemple, sans un geste, la scène terrible; par contre, des femmes épouvantées et d'une grâce raphaëlesque un peu lourde s'enfuient; à l'arrière-

I. II est même impossible de photographier cet excellent morceau; je ne sais à quelle date il fut exécuté ni quel prix il fut payé.

plan les flammes du sacrifice montent vers le ciel. L'ensemble a du mouvement, de la grandeur, et, sans quelques formes pesantes et maladroites, on pourrait considérer ce morceau comme un des meilleurs qu'ait inspirés l'esthétique académique du xvn" siècle.

N'eût-il exécuté que ce seul retable, Marc Arcis eût bien mérité de ses compatriotes, et nous savons qu'il travailla pour eux bien ailleurs, que même il fut mandé à Rieux et à Lavaur, qu'en un mot rien ne se fit d'important en sculpture dans la région toulousaine sans qu'il fût pressenti et consulté. C'est ainsi que l'académicien vieillissait au milieu du respect général dû à ses talents, dû peut-être aussi à son titre.

Car ce titre, il ne l'oublia jamais, et nous en avons la preuve dans le curieux incident qui marqua la fin de sa carrière. En 1726, après plusieurs tentatives de quelques particuliers *, la ville de Toulouse décida enfin d'organiser l'enseignement public des beaux-arts et confia à Antoine Rivais le soin d'établir une véritable école académique, sans toutefois que le peintre toulousain crût devoir demander l'assentiment de l'Académie de Paris. Lorsqu'il mourut, le 7 décembre 1735, les Capitouls, satisfaits sans doute des résultats obtenus, voulurent maintenir l'école, et, le 8 février 1736, le maire désirant donner Guillaume Cammas comme successeur à Rivais, insiste sur « la nécessité qu'il y a de nommer un peintre pour faire les portraits de MM. les Capitouls et les autres ouvrages de peinture dont la ville peut avoir besoin^ ». Arcis n'était que sculpteur; Cammas était peintre et architecte : de là sans doute les précautions oratoires du maire qui prévoyait certainement la candidature du vieil artiste.

En effet, dès le 14 décembre 1736, le « huitième point » à examiner en séance par les Capitouls est « un mémoire pré-

1. Il semble bien que J. P. Rivais ait bénéficié sinon d'une subvention, du moins de l'hospitalité des Capitouls à l'hôtel-de-ville de Toulouse quand il réunit des élèves. Peut-être, vers i683, Raymond Lafage ouvrit-il, lui aussi, une école; mais cela, ea tous cas, ne dura que fort peu de temps. En lôgS, l'amateur Bernard Dupuy du Grez fonda une école publique et gratuite de dessin d'après le modèle vivant; mais cette école avait déjà disparu en 1700, et il semble que le peintre Jean Michel ait essayé en vain de provoquer la création consentie enfin en 1736. M. Desazars de Montgaillard a étudié toutes ces tentatives (Cf. L'art à Toulouse, p. 48-86).

2. Archives de la ville de Toulouse, Registre des délibérations, BB 5o, fol. 6.

sente par M. d'Arcy, de l'Académie de Peinture' ». Mais ce jour-là on n'alla pas plus avant que le troisième point, et c'est seulement le 1 3 décembre de l'année suivante que le sculpteur, ayant vu Cammas choisi le 18 juillet comme peintre de la ville, obtient qu'on porte à l'ordre du jour la question de savoir « si le conseil de ville veut, maintenant que M. Rivais est décédé, continuer la même dépense qu'elle faisait de son vivant pour l'entretien d'une école de dessin et si on veut en confier la direction au s' Darcis et sous lui au s"^ Cammas^ ». Mais cette fois encore, à cause de l'heure tardive, l'ordre du jour ne fut pas épuisé.

Cependant Marc Arcis se méfiait : le 6 novembre 1737, Cammas avait commencé ses cours avec un succès considérable, semble-t-il ', et l'académicien plus qu'octogénaire écrivit à ses confrères de Paris la lettre de bonne année habituelle, tout en les informant que « Messieurs de l'hôtel-deville de Toulouse, après un délai de deux ans, étaient sur le point de faire l'établissement de l'Académie de dessin et de conclure cette affaire en sa faveur, et que même les étudiants s'offrent, si cela ne réussit pas du côté de l'hôtel- de-ville, de la tenir à leurs frais et sous sa direction, mais qu'au surplus il ne veut pourtant rien accepter sans l'aveu et la permission de l'Académie* ». Marc Arcis ignorait-il donc que Cammas avait ouvert son cours? Considérait-il ces leçons comme le prélude de la fondation d'une école académique officiellement patronée par l'Académie de Paris? En tous cas, il se souvenait qu'en 1676 cette Compagnie avait prévu des sortes de ramifications provinciales de son enseignement, et qu'elle avait même élaboré un règlement dont l'article II était le suivant : « Que lesdites écoles seront gouvernées et conduites par les officiers que l'Académie royale commettra, lesquels seront tenus de se conformer à la discipline de ladite Académie et de suivre les préceptes et manières d'enseigner qui y seront résolus ^ » La

1. Archives de la ville de Toulouse, Registre des délibérations, BB 5o, fol. 44.

Page 1