‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 91 sur 105 · Archives de Tarn-et-Garonne, G · texte numérisé non relu

Archives de Tarn-et-Garonne, G

2. La cathédrale étant construite aux frais du roi, il était naturel que les plans en fussent donnés par un architecte du roi résidant à Paris.

dimension, mais assises, « au droit des pilastres des ailes de la façade sur les socles répondant auxdits pilastres ».

Or il arriva, en 1722, qu'une partie de la nef s'écroula et qu'on craignit un nouvel accident, étant donné que le poids de la tour commencée derrière le chœur devait porter sur des constructions dont la solidité n'était pas certaine V On se décida donc à construire deux tours sur la façade qui en devint horrible et qui dès lors ne pouvait plus, semble-t-il, accueillir les statues assises du pauvre Marc Arcis. Deux de ces statues sans doute étaient déjà finies lorsque l'accident se produisit : elles restèrent à l'abandon pendant un siècle et demi, jusqu'à ce que l'archiprétre actuel, M. le chanoine Pottier, dont le goût et l'érudition ne peuvent être trop vantés, leur eût trouvé une place décente qui les mît en valeur.

Il y a dans cette partie de l'œuvre de Marc Arcis — qui ne devait recevoir que 85 o livres par statue — une grandeur peut-être un peu théâtrale, mais du sérieux, de la conscience et un effet décoratif heureux.

Quant aux statues des quatre Évangélistes, comment en parler? Un an après la consécration de la cathédrale, le chapitre protestait énergiquement contre les malfaçons de la construction et contre la médiocre qualité des matériaux employés. « Il y a, disaient les chanoines dès 1740, sur le frontispice de l'église six statues colossales de pierre^ si endommagées qu'elles menacent d'une ruine prochaine et dont la chute causerait de grands dommages à l'église et peut-être la mort de plusieurs personnes. » Et l'architecte était obligé de convenir que « les pierres des statues sont gelisses, mais non pas au point, ajoutait-il, qu'elles peuvent tomber à gros morceaux » ; et il terminait par cette remarque inquiétante : « S'il y a quelque partie

I. Les archives de Tarn-et-Garonne conservent sous la cote C 67 *', un curieux rapport d'expertise sur l'accident de 1722, la réplique de l'architecte Simon et une lettre de l'intendant de la province, M. de Saint-Maurin, d'ovl l'on peut déduire les plans primitifs de la cathédrale et les modifications apportées en cours d'exécution.

3. Je crois qu'il n'y avait sur la façade de l'église que quatre statues; car la place des deux autres reste introuvable, et un État des réparations nécessaires à faire dans l'église cathédrale de Montauban qui semble remonter à la même époque porte : « Une des quatre statues colossales représentant l'évangéliste saint Luc est sans tête, les autres ont été ébranlées, et elles auraient toutes besoin d'un vernis pour les mettre à l'épreuve des injures du temps. » Archives de Tarn-et-Garonne, C 68, 2.

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qui menace, on pourra l'assurer avec des liens de fer '. » Hélas! en dépit de cet optimisme, le chanoine syndic général Gouttes est obligé, le 7 février lySi, de faire savoir au roi qu' « une partie du fronton vient actuellement de s'abattre et d'écraser dans sa chute une corniche ou entablement avec une statue colossale^ ».

Ainsi la même mésaventure qui était survenue à Marc Arcis lorsqu'il cherchait le marbre nécessaire à la statue de Pau se reproduisait à Montauban, une fois son œuvre terminée : les matériaux ruinaient la conception et l'effort du sculpteur. Cependant, dans le contrat de 171 5, on avait bien spécifié que la pierre serait « prise de la carrière dite de Las Granges, de la plus convenable et mieux conditionnée pour l'exécution de l'ouvrage » . Pourquoi Marc Arcis ne s'était-il pas transporté lui-même à Bruniquel, dans la carrière de Las Granges, et n'avait-il pas constaté que la pierre, comme le reconnaîtra plus tard un rapport officiel, « en est molle et spongieuse et qu'aux premiers froids elle se brise en éclats quand elle a été imbibée des eaux de la pluie ' » ? Comme son élève Parant, qui décora de statues aujourd'hui informes le fronton du Capitole de Toulouse, il se désintéressa trop de la qualité de la matière, et la matière a emporté la pensée : on doit considérer comme un bonheur que les deux statues de Montauban qui devaient décorer l'extérieur de l'édifice aient dû chercher asile à l'intérieur et aient ainsi échappé à une sorte d'émiettement caricatural.

Du moins Marc Arcis put-il, à Toulouse, œuvrer sur des matières qui nous ont transmis fidèlement le témoignage de son grand talent : le marbre dans les statues des Évangélistes qui décorent le chœur de Saint-Étienne, le plomb dans le retable de Saint-Sernin. C'est là, et là presque exclusivement, qu'il convient d'étudier ce bon sculpteur mal servi souvent par le plâtre, la terre cuite ou même la pierre de taille, mal à Taise aussi dans le genre du portrait, et se plaisant avant tout aux grands sujets et aux grands effets. Peut-être les statues exécutées pour

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