Doc. in éd. loc. cit
but de ramener leurs familles à Halifax. L'équipage se composait d 'Anthony Casteel, messager du conseil, du capitaine Baunennan, d'un M. Cleaveland, et de quatre manœuvres: tous furent massacrés et scalpés, à l'exception d'Anthony Casteel. Comment celui-ci fut sauvé est raconté minutieusement daus le Journal qu'il a tenu, lequel, à son retour, fut certifié sous serment et transmis par le Gouverneur au Secrétaire d'Etat6.
Le récit est intéressant : il dévoile la basse trahison dont Conner et Grâce s'étaient rendus coupables envers les sauvages: Casteel, après le massacre de ses compagnons, fut conduit ça et là et passa par toute sorte de péripéties. Laissons-le parler :
« Vendredi, 25 (mai.) Avons traversé une baie et marché vers un endroit appelé Remsheag ; et quand nous fûmes en vue d'un campement indien qu'il y avait là, l'un des sauvages de l 'escorte répéta les cris de mort et tira deux coups de feu. Alors s'avança à travers le port un canot qui nous passa sur l'autre rive où habitaient la femme et la famille de mon maître. Dès notre arrivée, je dûs entrer dans son wigwam où je trouvai un vieillard infirme, son beau-père. Celui-ci me dit qir'il était fort heureux pour moi que je fusse français 7, autrement j 'aurais été tué avec les autres.
6. Cf. Can. Arch. (1894)— 3753. July 23. Halifax. Hopson to Lords of Trade: "Sloop sent with Indians attacked, and ail but one of the crew killed. " Enclosed: "Statement of Anthony Casteel, taken by the Indians on the 16th of May." (H. 193. B. T. N. S. vol. 14. H. 195.)
Ce journal est in-extenso dans les Doc. inéd. loc. citato. Nous nous servons du texte même pour compléter et corriger les extraits qu'en fait Eichard.
7. Casteel s'était fait passer pour français: "L'un des chefs s'avança et me demanda de quel pays j 'étais. Je lui répondis que j 'étais français, et le priai d 'interroger là-dessus ceux qui étaient venus souvent à Chebucto, et à qui, alors
Et il ajouta : « je suis étonné que les Anglais aient commencé les premiers. Les Sauvages se tenaient tranquilles depuis longtemps, mais les Anglais ont tué de nos gens. Nous avions recueilli deux hommes qui avaient été balayés par la tempête et avaient fait naufrage: c'est à peine s'il leur restait un souffle ; nou^s avions eu pitié de leur détresse, et les avions soignés et nourris; nous les avions assurés qu'à la première occasion nous les renverrions à Halifax. Or, la saison venue de nous en aller dans les bois, nous avions laissé ces deux misérables, (dont les deux compagnons avaient péri en mer,) avec "deux indiens, trois femmes et deux enfants (dont l'un encore à la mamelle) ; et ces sept personnes furent massacrées par eux pendant qu 'elles dormaient ; leurs corps furent ensuite chargés sur un canot et jetés à l'eau. Jamais nous ne pardonnerons ni n'oublierons un tel acte. Quand même nous tuerions et scalperions autant d'anglais que leurs victimes avaient de cheveux sur la tête, notre vengeance n'en serait pas assouvie. Dans le passé, nous avons toujours épargné autant de femmes que nous avons pu le faire; désormais nous ne ferons pas grâce même à l'enfant dans le sein de sa mère 8. » — Casteel continue : « Joseph Morrice confirme ce qui vient d'être dit au sujet du massa-
qu 'il n 'y avait aucun danger pour moi, j 'avais affirmé la même chose. Il le leur demanda en effet, et tous confirmèrent ma réponse. Alors, tirant de son sein une croix, il me dit que par la vertu de cette croix, je ne mourrais pas de leurs mains. . . ' ' — Journal.
8. A ce discours du vieux sichem, Bichard ajoute ce détail: "Puis il déchira devant Casteel un papier sur lequel se trouvait (sic) les préliminaires du traité."—fol. 382.
Cela n 'est pas dans le Journal de Casteel, à cet endroit-ci du moins. Mais à la page précédente (117), Casteel dit qu'à Cobequid, dans une certaine maison, un "Indien jeta au feu les articles du traité" (du 22 nov. précédent) et me dit: ' ' voilà comment nous avons fait la paix. ' ' Ceci se passait le mercredi, 23 mai.
cre des Indiens; si l'on \v désire, il est prêt à venir à Halifax, et à donner là-dessus un témoignage évident B. »
Il s'agissait donc de Conner et de Grâce, qui, quelques semaines auparavant, avaient apporté à Halifax sept chevelures pour lesquelles ils avaient réclamé la prime. Rapportons un autre incident tiré du même Journal: « Le douze juin, (Casteel était alors à Baie Verte, sous la garde et la protection d'un lieutenant du Fort, nommé Caskaron,) un indien vint me chercher, et l'officier (français) m'ordonna de le suivre. Il me conduisit à un endroit en face de Baie Verte, où les Indiens avaient récemment dressé leur camp. Je trouvai là, je pense bien, cinq cents d'entre eux. Le sauvage qui m'avait amené me dit d'entrer dans son wigwam. . . (Après avoir tenu conseil, les sauvages décident que Casteel doit payer sa rançon ou mourir. . .) Puis je fus mis à bord d'un canot avec le major Cope et cinq autres hommes pour être conduit au village (de Baie Verte.) En mettant pied à terre, je rencontrai Francis Jérémie et plusieurs autres Indiens, dont l'un était Paul Laurent, à qui Francis dit que je parlais très bien l'anglais. . . L'Indien me demanda si j 'estimais que la somme de trois mille livres était trop considérable pour ma rançon : je lui répondis que si j'en avais vingt mille, je les donnerais toutes plutôt que de m 'exposer à perdre la vie. A ce moment mon maître vînt, et je lui demandai si la somme de trois cents livres n'avait pas été convenue entre nous, et s 'il ne m 'avait pas été dit que j 'étais un homme mort si je balançais à accepter cette condition. Mon maître me répondit que si, qu'il était homme, et n'avait qu'une parole, et que je n'avais pas à payer plus