‹ Acadie (volume 2)Chapitre 23 sur 89 · Journal dans les Doc. in., p · texte numérisé non relu

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de trois cents livres. Sur ce, Paul Laurent se leva, et dit qu'il donnerait lui-même l'argent et me scalperait, car son père avait été pendu à Boston. Mon maître lui répondit: scalpe-le donc et paie la somme tout de suite. Laurent mît sa main dans sa poche et en tira un couteau ; il y avait là un officier appartenant au fort français de Chignecto; il se tenait à ma gauche ; quand il vit le couteau et s 'aperçut que l 'Indien allait m 'en frapper, il me donna une violente poussée qui me rejeta trois ou quatre pas en arrière et me fit tomber à la renverse. Les femmes se mirent à pousser des cris, pensant que j'avais été mortellement atteint: les fils de Jacques Morrice 10 me prirent et me portèrent dans une petite chambre où je perdis connaissance. Quand je revins à moi, la femme de Jacques Morrice me donna un verre de vin et me demanda si j'étais blessé; je lui répondis que non. Et aussitôt elle alla vers un coffre d'où elle tira un sac de pièces de 6 livres ; elle en compta cinquante, ce qui fait trois cents. Jacques Morrice appela mon maître et lui dit de compter l'argent, ce qu'il fit. M. Morrice lui demanda quelle somme il y avait. Il répondit : 300 livres ; alors Jacques de dire : « cet argent est à vous ; prenez-le ; mais l'homme m'appartient. » L'Indien versa l'argent dans son chapeau. Alors Morrice lui dit : « qu 'aucun d 'entre vous ne vienne près de ma maison ni ne moleste cet homme, car je lui briserai les os. »

« . . .Je demandai. . . à Jacques Morrice s 'il voulait accepter mon billet (reconnaissant ma dette envers lui et promet-

10. Dans le M S. fol. 382. — Richard écrit non "Morrice", mais "Maurice", que c'était un "acadien nommé Jacques Vigneau dit Maurice". Nous suivons l 'orthographe du journal, où d 'ailleurs le nom de Vigneau n 'est pas mentionné. Murdoch, qui écrit Morris, dit également qu'il était un "habitant français". (Vol. 2, ch. XVI, p. 222).

tant de la lui payer;) il me répondit que non, qu'il croyait que j'étais un honnête homme; que, dût-il ne jamais recevoir un liard, cela ne l'empêcherait pas de faire tout en son pouvoir pour sauver un anglais, fut-ce au prix de sa dernière chemise. Il ajouta que si j'avais besoin de quelque chose, il me l'enverrait. Je lui dis que je serais heureux d'avoir une chemise. . . Nous nous séparâmes alors, et le lendemain il m'envoya les articles que je lui avais demandés, avec une pièce de 6 livres ". »

Nous nous sommes appesanti sur l'incident de Conner et de Grâce, et sur celui de Oasteel, parce que tous les historiens 12 qui en font mention signalent le meurtre des compagnons de ce dernier comme un acte d 'infamie dont la source doit être imputée aux instigations des Français. Et quelques-uns, prenant à la lettre la déclaration de Conner et de Grâce, intervertissent les rôles, et, ne voulant pas voir le crime que ces hommes ont commis en massacrant des Indiens sans défense, font du soi-disant meurtre de leurs compagnons un forfait attribuable à la même origine, tandis qu'en réalité ceux-ci avaient péri dans le naufrage de leur vaisseau.

Parkman, comme toujours, devait nécessairement tomber dans les pires imputations contre les Français. Il faut voir avec quels airs de sagacité pénétrante il s'efforce d'entrelacer les faits et les circonstances pour remonter jusqu'à eux. Il retourne quatre années en arrière pour mieux forger un enchaînement de preuves qui lui permette de conclure, ou du moins d'insinuer que les préliminaires du

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