‹ Acadie (volume 2)Chapitre 34 sur 89 · CHAPITRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIEME

Le major Charles Lawrence administre les affaires comme Président du Conseil, pendant l'absence de Hopson. — Son caractère. — Sa conduite envers les colons anglais, allemands, et les Acadiens, cause de grands mécontentements.

La confiance que Hopson avait si bien su rétablir allait disparaître avec lui. Il avait rendu la tâche facile à son successeur; encore eût-il fallu que celui-ci possédât quelques-unes des qualités qui distinguaient à un si haut, degré le premier. Or, Lawrence, excellent militaire, homme d'audace et d'action, doué d'une intelligence peu commune, jointe à ces manières insinuantes qui mènent souvent les intrigants au succès, était totalement dépourvu de sens moral et de toutes les qualités qui procèdent du cœur \ Il ne connaissait que son ambition, à laquelle il avait voué toutes les ressources de son vif esprit. Impérieux et cruel envers ses subordonnés,

1. Charles Lawrence, né à Portsmouth, Angleterre, le 14 décembre 1709, mort à Halifax le 19 octobre 1760. Le 11, il avait donné un grand bal à l'Hôtel du gouvernement, auquel assistaient 300 invités. Lawrence s'en donna à cœur joie et dansa beaucoup. Au cours de la soirée, alors qu'il était en transpiration, il but un verre d'eau glacée et fut pris immédiatement de crampes de poitrine, lesquelles se développèrent en inflammation de poumons. Il expira quelques jours après. En tête de la notice biographique plus que tendancieuse où nous avons pris ces renseignements, est un portrait de Lawrence, d'après une estampe conservée à l'Hôtel du Gouvernement à Halifax. Sa figure est loin de respirer f la sympathie. Impossible de voir visage plus dur ni plus bestial. (Cf. Coll. of N. 8. H. S. vol. Xn, p. 19. Halifax, (1905)'.)

il était souple et obséquieux vis-à-vis de ses supérieurs. D'une humble origine, ayant débuté dans la vie comme apprenti-peintre en bâtiments, il s 'était élevé, encore à la fleur de l'âge, à une position que le fils d'un pair du royaume eût enviée 2.

Il importe beaucoup de connaître le caractère de cet homme, puisque, du jugement que l'on portera sur lui dépend, dans une grande mesure, celui que l'histoire doit porter sur l'acte extraordinaire qui a signalé son administration. Même si l'on s'en tient aux seuls documents officiels, ses documents à lui, tronqués comme ils le sont, il sera aisé de se convaincre que notre jugement sur son compte n'a rien de trop sévère; car, dans toute la carrière de cet homme, l'on chercherait vainement une seule action, et, dans les pièces qui le concernent, une seule ligne qui pût faire soupçonner qu'il y avait en lui l'ombre même d'un sentiment délicat.

Nos recherches à l'effet d'obtenir des éclaircissements nouveaux, propres à confirmer ou à modifier l'opinion que la simple lecture du volume des Archives de la Nouvelle- Ecosse avait formée en nous, ont été couronnées d 'un succès

2. Ce détail apprenti-peintre en bâtiments est tiré du fameux document Lawrence's character, dont nous aurons l'occasion de reparler. Il y est dit en effet: 11 . . .this gentleman who sometime ago was only a Painter 's apprentice in London. . ." Est-ce que cela est bien exact? Nous n'avons, certes, que du mépris pour Lawrence, mais ce triste personnage a droit, comme tout le monde, à la vérité. La seule vérité historique est d 'ailleurs plus que suffisante pour le flétrir à jamais. Pas besoin de recourir à des légendes pour accabler la mémoire de ce malfaiteur. Or, qu'il ait débuté par être apprenti-peintre en bâtiments, voilà un renseignement qui ne s'accorde avec aucune des diverses sources d'informations que nous avons consultées et que nous avons lieu de croire impartiales. Lawrence descendait d'une famille considérable dans le Hampshire. En 1727, à dixhuit ans, il entra dans la carrière militaire, dans laquelle sa famille, du côté paternel et maternel, avait servi avec distinction depuis deux siècles.

qui a dépassé nos espérances ; et nous pouvons dire maintenant en toute assurance que notre premier jugement était bien en deçà de la vérité. Nous citerons, au cours de notre récit, quelques-uns des témoignages supplémentaires que nous avons récueillis. Pour l'instant, nous nous bornerons à reproduire un court extrait d'une longue requête adressée par les citoyens d'Halifax, en 1757, à un éminent personnage d 'Angleterre 3 :

« Monsieur,

« Nous vous sommes très reconnaissants de votre lettre du 3 juillet dernier, ainsi que de l'intérêt constant que vous portez à nos affaires. Nous pouvons vous assurer que nous avions presque perdu tout espoir d'être considérés comme sujets anglais ; l 'arrogante et dédaigneuse attitude de notre gouverneur à l 'égard des remontrances que nous lui avions

3. L'édition anglaise — vol. I, p. 343 — ajoute ceci qui n'est pas dans le MS. original — fol. 423: "whose name does not appear in the document supplied by Eev. Andrew Brown. " — L'extrait donné ici est en effet tiré de la fameuse pièce intitulée Lawrence 's char acier, à laquelle nous avons fait allusion dans la note précédente. Kichard y reviendra plus tard, cf. page 135 du vol. II de l 'édit. anglaise — et l'a donnée en appendice de ce volume II. — On la trouve également dans Pèlerinage au pays d'Evangéline, Appendices. Elle a paru d'abord dans Doc. in. sur l'Acadie, Carc. Fran. 1888, Tome I, page 142 et seq., pièce XXXIV, avec la note suivante:

"British Muséum. Brown MSS. Papers relating to Nova Scotia, 1748-1757. Add. MSS. vol. 19072.. In 4° fol. 43, no 33. En tête de ce manuscrit se trouve la note suivante de Mr. A.-B. Grosart: "A long letter (sixteen closely written pages) addressed to some one in England by the colonists concerning the State of the Province. . .This is a high-toned and most vigourous Letter : and lays bare with most withering scorn the character of Governor Lawrence. . . It reminds one of the complaints of the elder Puritans in the days of Charles. . .This MSS. most important. . . ' ;

faites pourtant avec la plus entière soumission, nous avait donné lieu de penser qu'il était soutenu en haut lieu. . . Votre lettre a fait revivre les espérances des habitants de la colonie; cela n'a pas été un faible réconfort pour eux de voir un anglais d'Angleterre prendre à cœur leur malheureux état et condition, et sympathiser avec les souffrances que leur font endurer l 'oppression et la tyrannie. . .

« Nous ne pouvons qu 'exprimer nos profonds regrets de savoir que notre bon Lord Halifax a, dans cette conjoncture critique, donné sa démission de membre du Bureau du Commerce. Nous sommes tous assurés de l'attachement sincère que ce bon Lord porte aux intérêts de la colonie, et sommes pleinement persuadés qu'il fera tout en son pouvoir pour éloigner celui qui nous opprime et qui compromet et anéantit tous ses bons desseins: ce personnage est inconnu à notre bon LoM Halifax et lui a été recommandé par des hommes en qui il avait confiance, mais nous avons la certitude que ceux-ci ignoraient le mauvais cœur et les intentions perfides de leur protégé; l'un de ceux qui ont ainsi recommandé notre persécuteur est le général Hopson, qui a eu depuis des raisons suffisantes de changer d'opinion à son sujet; l'autre est le général Cornwallis, qui est bien trop l'ami de notre population pour prendre la part de ce tyran et le soutenir, si l'on pouvait le convaincre des mauvais traitements et des injustes oppressions qu'il nous a fait subir.

«Voilà les seuls amis qu'il (ce tyran) compte en Angleterre; car, de ce côté-ci de l'océan, il n'en a pas un seul, ni parmi la population civile, ni parmi les gentilshommes de l'armée, qui le tiennent dans le plus profond mépris, — exception faite de ceux que nous vous avons déjà mentionnés et qui lui servent d'instruments d'oppression. Vous serez

peut-être surpris d'apprendre comme il se fait que ce Monsieur, qui, il n'y a pas longtemps, était apprenti-peintre à Londres, se soit tout à coup haussé à une telle position. Nous devons reconnaître qu'il a de l'habileté, une grande finesse de bas aloi, qu'il est passé maître en flatteries, qu'il se répand en paroles bienveillantes et en promesses fallacieuses ; il s'entend à merveille à courtiser les étrangers qu'il pense pouvoir lui être utiles. C'est par de tels manèges qu'il s'est élevé au poste qu 'il occupe : enflé de son succès, plein de luimême, il veut outrageusement écraser quiconque ose ne pas entrer dans ses vues. . .

« . . .Une autre des habitudes du gouverneur est de déprécier et de malmener tous ses subalternes: c'est ainsi qu'il a publiquement qualifié son conseil de tas de canailles, qu'il a appelé les marchands des voleurs et des banqueroutiers, et qu'il nous a tous représentés en Angleterre comme un peuple mécontent et révolté. . . »

Tel était, jugé par les siens, l'homme qui a conçu et exécuté la déportation des Acadiens. Si Lawrence a représenté les citoyens d 'Halifax comme « des mécontents et des révoltés », il ne faut pas s'étonner que les Acadiens aient été l'objet de semblables imputations de sa part; il ne faut pas s'étonner non plus qu'il ait fait peser sur eux une lourde oppression, quand ceux qu'il avait pourtant tout intérêt à ménager avaient été exaspérés par ses procédés autoritaires et écrasants.

Il fallait que sa nature fut Wn cruelle et perverse, pour qu'il n'ait pu la réprimer, quand une dénonciation, faite par ses concitoyens, pouvait le plonger dans la disgrâce et briser sa carrière! Mais qu'avait-il à craindre du côté des Acadiens? Leurs plaintes trouveraient-elles un écho par

delà les mers? Y parviendraient-elles seulement? Sûrement non!

En présence d'un tel homme, serait-il raisonnable de prendre à la lettre ses propres documents, tronqués plus tard à dessein par lui et par ses complices, en vue de justifier un acte injustifiable ? N'avons-nous pas le droit au moins le droit d'exiger de lui qu'il produise des faits avérés et non des paroles en l'air? Or, ainsi que nous allons le démontrer, il n'y a pas, dans tout le volume des Archives, sous l'administration de Lawrence, malgré la partialité qui a présidé à cette compilation, un seul cas de résistance imputable ou imputé aux Acadiens, dans toute l'étendue de la péninsule, et ce en dépit de provocations intolérables.

Pour mieux le prouver, nous passerons en revue les documents contenus au volume des Archives, nous arrêtant de préférence à ceux qui renferment des accusations ou des plaintes à leur adresse.

Lawrence ne fut d'abord qu'administrateur provisoire de la Province, à titre de Président du Conseil, en attendant le retour de Hopson, absent pour raison de santé. En donnant satisfaction, dans une certaine mesure, à ses administrés, et plus particulièrement à ses chefs, les Lords du Commerce, il pouvait espérer, grâce aux influences dont il disposait, recevoir bientôt, au cas où Hopson ne revînt pas, la nomina-' tion au poste de gouverneur. Celle-ci se fit attendre, mais il l'obtînt enfin, en octobre 4 de l'année suivante. Jusque-là,

4. Le MS. original — fol. 425 — porte novembre. C'est une erreur, ainsi que nous le verrons plus loin. Cf. Can. ArcJi. (1894) N. S. 1754. October 14, Halifax. Lawrence to Lords of Tracte. "His commission as Lieut. Governor received." (H. 263. B. T. N. S. vol. 15.)

sa conduite semble avoir été plus circonspecte, et peut-être aussi moins dure et plus équitable.

Le 5 décembre 1753, peu de temps après le départ de Hopson, il écrivait aux Lords du Commerce :

« Je saisis la première occasion qui se présente pour écrire à Vos Seigneuries, encore que, depuis le départ du gouverneur Hopson, il ne soit à peu près rien survenu de digne de votre attention. . .

« . . . J 'en viens maintenant aux Acadiens, qui sont suffisamment tranquilles pour ce qui est des affaires du gouvernement, mais sont toujours en difficultés les uns avec les autres. Comme cet esprit de contention et de chicane montre la valeur qu'ils attachent à leurs propriétés, cela est bon signe jusqu'à présent. Mais, comme il n'y a pas parmi eux de procédure régulière pour l'administration de la justice, ils deviennent très-ennuyés de voir que les décisions au sujet de leurs litiges se trouvent indéfiniment remises. Nous ne pouvons, sans de graves inconvénients, les laisser plaider dans nos cours de justice; le fait qu'ils n'ont pas prêté le serment d'allégeance constituant un empêchement légal à posséder des propriétés immobilières, vos Seigneuries concevront l'embarras que les tribunaux éprouvent à porter des jugements en des causes, où il s 'agit de terres dont les titres de propriétés sont loin d'être certains, et où l'objet de la dispute concerne ordinairement des bornes de terres qui n 'ont jamais été arpentées, que nous sachions. . .

« Les émissaires français continuent à semer l'inquiétude dans l'esprit des habitants au sujet du serment d'allégeance; et bien que ceux-ci n'aient été l'objet d'aucune pression sur ce point, récemment, ils semblent croire cependant que nous n'attendons qu'une occasion favorable pour le leur imposer; chaque jour ils se font une montagne des diffi-

cultes que la prestation du serment leur attirerait avec les Indiens, comme aussi s'effraient-ils à l'idée qu'ils seraient, de par ce fait, exposés à porter les armes 5. »

D'après ce qui précède, les Acadiens étaient alors « suffisamment tranquilles pour ce qui était des affaires du gouvernement, mais toujours en dispute les uns avec les autres ». Nous n'avons pas lieu de croire qu'il en fût autrement. Hopson leur avait donné satisfaction sur plusieurs points importants ; et, depuis longtemps, il n'était plus question du serment: c'était tout ce qu'il fallait pour assurer la tranquillité. Quant aux difficultés qui s'élevaient entre eux au sujet des bornes de leurs terres, nous n'avons non plus aucune raison d'en douter. Pouvait-il en être autrement? Il y avait au delà de douze ans que Mascarène, dans une lettre que nous avons déjà reproduite °, avait imploré les Lords du Commerce de changer les règlements excluant les catholiques de bénéficier des octrois de terres de la Couronne : « Ils (les Acadiens) ont divisé et subdivisé entre leurs enfants les terres qu'ils possédaient, et dont Sa Majesté leur avait gracieusement laissé la jouissance, en retour de leur serment d'allégeance; et maintenant ils cherchent à avoir de nouvelles concessions que ni le gouverneur (Philipps,) ni feu le lieutenant-gouverneur (Armstrong,) ne s'étaient crus autorisés à leur accorder, vu que les instructions de Sa Majesté sur ce chapitre prescrivent qu 'on ne doit concéder des terres nouvelles qu'aux seuls sujets protestants. . . Si l'on refuse à ces habitants de nouvelles concessions, ils en seront réduits

5. Nova Scotia Doc. Alcins, p. 205-6. Cm, Arch. (1894). H. 235. B. T. N. S. vol. 14.

6. Cf. notre tome premier, chap. X, p. 307. — Lettre du 15 novembre 1740. Nova Scotia Doc. Alcins, p. 108-9-10.

à vivre ici misérablement et fomenteront des troubles,. . . ou seront-ils tentés de passer dans les colonies françaises voisines. . . Si nous leur créons des embarras, soyons bien mus qu'en cas de guerre avec la France les Français du cap Breton ne manqueraient pas d'en tirer parti. . .»

Or, nous voyons, par la lettre de Lawrence, que rien n'avait été fait pour remédier à cette criante injustice; et cependant, les prévisions sinistres de Mascarène ne s'étaient pas réalisées, c'est-à-dire que les Acadiens n'avaient, pour oeite raison si grave pourtant, ni causé des ennuis au gouvernement, ni quitté la province. Et, en dépit de ce motif, « bien propre à les dégoûter ' », en dépit des projets de Shirley, plus dégoûtants encore, les Français n'avaient pu, pendant la dernière guerre, ébranler en rien leur fidélité. Si sérieuse que fût cette question des octrois, elle était cependant secondaire aux yeux des Acadiens, à côté de celle du serment avec toutes ses conséquences; c'est pourquoi ils ne voulurent pas en importuner les autorités. Mais l 'on conçoit que des terres qui n'avaient jamais été arpentées, et qui avaient été divisées et morcelées, depuis quarante ans, devaient donner lieu à des différends nombreux. Et, connue pour perpétuer cet état de choses, l'on remettait indéfiniment, sous de spécieux prétextes, le règlement de ces difficultés, quand la véritable raison de ces retards, laquelle on n'osait pas avouer, était celle-ci, à savoir: les Acadiens n 'ayant pas prêté le serment, étaient exclus, de par la loi anglaise, du droit de posséder des terres 8. Cela signifiait qu'en

7. Occasion of disgust, c'est le terme dont s'était servi Mascarène, dans ia lettre que nous venons de citer.

<S. " Thcir not having taken tlic oath of allegiance Us an ab-solute bar in our Law to their holding any landed possessions. . ." expressions même de Lawrence dans la lettre plus haut citée,

réalité, d'après la prétention de Lawrence, on ne leur reconnaissait même pas un titre aux propriétés dont ils jouissaient en vertu du traité d 'Utrecht.

Jusqu'à 1730, les Acadiens, malgré l'accroissement de la population, ne se préoccupèrent, ni de se procurer de nouvelles terres, ni de délimiter celles qu'ils occupaient, ni d'y faire des améliorations, pour la raison bien simple que la prolongation de leur séjour dans le pays était incertaine. Après la convention passée avec Pbilipps, et par laquelle ils étaient exempts de porter les armes, ils crurent que leur situation était définitivement- réglée; et c'est alors seulement que la question des terres prit pour eux de l'importance. Comme on leur refusait de nouvelles concessions, ils se virent contraints de subdiviser leurs anciennes terres ; et comme celles-ci n'avaient jamais été arpentées régulièrement, les difficultés commencèrent. Leurs différends à ce sujet furent soumis aux gouverneurs dès 1731 ; et c'est alors qu'Armstrong disait des Acadiens qu'ils étaient chicaniers. Le seul moyen de régler ces différends eût été de faire procéder à des arpentages. Or, au temps de Lawrence, il y avait dix, quinze, vingt ans et plus que ces cas litigieux étaient aux mains des gouverneurs, et rien n'avait été fait pour les résoudre. Il n 'est pas surprenant qu 'il ait pu dire : « . . .les Acadiens sont bien ennuyés de voir que les décisions au sujet de leurs litiges sont remises indéfiniment.» Ennuyés, — ils l'eussent été à moins. Mais voici qu'il nous livre le secret de ses délais interminables, quand il ajoute : « le fait de n'avoir pas prêté le serment d'allégeance constitue, suivant nos Lois, un empêchement absolu à 'pouvoir posséder des terres. » Apparemment, c'était à dessein que, depuis 1730, l'on n'avait pas fait arpenter leurs terres, ni supprimé par là la cause de leurs différends; c'était parce que le serment qu'ils

avaient prêté, et que l'on avait accepté, comportait une réserve. Mais alors, l'acceptation de ce serment n'avait donc été qu'une duperie, puisqu'elle ne leur donnait pas droit au titre de propriété? Que si nous faisons erreur sur la portée de la lettre de Lawrence, nous pouvons du moins en tirer cette autre conclusion, à savoir que l'on devait se soucier bien peu de mettre un terme aux différends des Acadiens, pour n'avoir pas fait exécuter cet arpentage de leurs terres, lequel était la manière toute simple de les régler.

Priver les Acadiens d'octrois nouveaux pour répondre à l'expansion de la population n'était pas une injustice assez grande, il fallait encore méconnaître leur droit aux terres morcelées qu'ils possédaient en vertu d'un traité. L'on exigeait d'eux un serment sans réserve, lequel ne leur eût même pas donné des titres à de nouvelles concessions, puisque cela était un privilège accordé « aux seuls sujets protestants ». Alors, les Acadiens se trouvaient donc réduits à la condition de parias. Il leur restait peut-être l'alternative d'acheter des terres de ces anglais qui avaient acquis à si bon compte une concession de 100,000 acres, autour des établissements des Mines et de Beaubassin9; mais l'on comprendra que leur situation précaire était propre à les détourner de pareils achats. D'ailleurs, était-il bien sûr que ces acquisitions n'eussent pas été annulées plus tard, conformément au principe énoncé plus haut par Lawrence?

Les considérations que nous venons de faire donnent un aperçu des plans longuement mûris par Lawrence. La suite montrera qu 'il est bien impossible de mettre la main sur un

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